PREMIÈRE SECTION
Pour résoudre les difficultés que j’ai éprouv ées à f orner les deux colonnes généalogiques des rois d’Arcadie dans le Tableau général , n.°* xn et xiv, j’ai commencé par réunir les fragmens dispersés qui nous en restent; ensuite j’ai disposé horizontalement l’un avec l’autre les noms que je lisois dans un fragment , et que je trouvois répétés au commencement ou à un point quelconque de la série d’un autre fragment. C’est ce qu’on voit aux lignes numérotées 6 o, 5 6 , 52, 36 et 31 du Tableau spécialement dressé ci-contre à l’appui de cette section.
Denys d’Halicarnasse , en nous donnant les deux premières séries du fragment n. w 1 , n’a pas dit, immédiatement après les avoir transcrites , dans quel auteur il avoit puisé ce fragment ; mais , à la fin de la page 1 o , il fait connoîtrc expressément qu’il a tiré de Phérécyde les trois degrés de généalogie arcadienne, n.° 2. Ces trois degrés, partant du même Pelasgus et de la même Dejanira qu’il venoit de nommer aussi dans le fragment anonyme n.° 1 , continuant la postérité de Pelasgus par Lycaon et son fils GEnotrus, je les ai trouvés parfaitement conformes aux
Antiquil. rom.
uk 1 , fiig. p.
î>4 EXPLICATION MÉTHODIQUE
trois degrés de la généalogie n.° i, et j’ai disposé ces deux
fragmen9 en regard.
Le fragment n.° 3 , tiré du scholiaste , se compose de onze degrés consécutifs qui remontent à Inachus père d’Iasus, ie même sans doute qu’Æzeus ou Phegeus. Pour combiner ce fragment avec les deux autres , j’ai commencé par aligner Pelasgus au n.° 6 o, en regard de ce même nom porté sur la même ligne horizontale dans les fragmens 1 et 2. Dans le fragment n.° 2 , qui est incontestablement de Phérécyde, le nom de Pelasgus est suivi de celui de Lycaon , suivi de celui d’QEnotrus. Dans le fragment 11. 0 1 , ces deux mêmes noms remontent àDejanira, qui est issue d’Æzeus par Lycaon I. er , et Pelasgus son époux remonte à Phoronée par Niobé; ce qui complète l’ascendance vers Inachus de ces deux branches principales de la maison d’Argos. Dans le fragment n.° 3 , tiré du scholiaste d’Euripide, au lieu d’QEnotrus n.° 52, on lit Nyctimus, présenté comme fils de Lycaon : mais cela ne peut faire naître aucune difficulté ; car il est devenu déjà évident que le généalogiste avoit poursuivi , d’un côté, la ligne de Lycaon II, qui descend par GEnotrus jusqu’à Italus, QEno- Tabt.col.xu. tride lui-même , aux temps voisins de la guerre de Troie ; ‘ tan <li s que, de l’autre côté, les degrés de la dynastie qui avoit continué de régner en Arcadie , descendoient jusqu’à Callisto et Areas par Nyctimus, où se fixe le point d’embranchement d’une ligne collatérale.
^ Cependant, commeNyctimus et QEnotrus étoient frères, ils remontoient tous deux par les mêmes degrés de générations à la souche commune des deux fragmens r et 2 rapportés par Denys d’Halicarnasse comme étant de Phérécyde , et il l’assure littéralement , quant au fragment
n.° 2, dont la connexion avec le fragment anonyme n.° i est nécessaire, comme on l’a vu. C’est donc seulement à partir de Nyctimus, qui s’identifie avec son frère QEnotrus pour représenter le même degré de descendance, dans l’intérêt de la recherche, que commence la difficulté de poursuivre les degrés descendans de cette généalogie jusqu’à Agapenor et la guerre de Troie.
Or, pour se convaincre que le fragment n.° 3, tiré du scholiaste, est aussi en entier de Phérécyde, il suffit de remarquer d’abord que le scholiaste venoit de citer cet auteur à l’occasion d’Oreste , immédiatement avant de rapporter les douze degrés de la généalogie arcadienne.
Or il n’est pas rare qu’un scholiaste, après avoir nommé d’abord l’auteur le plus ancien sur lequel il s’appuie, continue d’après la même autorité son raisonnement, sans renouveler la citation -, ou bien il arrive encore qu’il ne le cite que dans le cours de son récit, comme Denys d’Halicarnasse vient de nous en fournir un exemple, relativement au même Phérécyde.
La raison prépondérante qui me porte à conclure que le fragment n.° 3 est tout entier de Phérécyde , se déduit précisément du point difficultueux qui existe dans la généalogie de Callisto , mère d’Arcas , qu’Apollodore et Pausanias avoient supposée immédiatement née de Lycaon. Mais Apollodore, en rapportant cette généalogie, qui est fausse dans l’acception de la descendance immédiate quelle présente en apparence , avoue néanmoins que, suivant Phérécyde, cette même Callisto étoit fille de Ceteus ; et Areïthus , historien arcadien , faisoit des- A rcendre ce roi de Lycaon. Enfin Asius, aussi cité par Apollodore, paroît bien avoir donné la même filiation à
Cadisto, lorsqu’il donne à son père le nom de Nyctée , au lieu sans doute de celui de Cétée, et il suffit, pour expliquer cette différence, que les copistes du manuscrit d’Apoilodore aient altéré ce nom : or, cette descendance immédiate de Cétée étant tout-à-fait conforme à ce que porte la généalogie n.° 3 , transcrite par le scholiaste d’Euripide, et une telle conformité, jointe à celle des ancêtres des deux frères Nyctimus et GEnotrus, qui remontoient «à Pelasgus et à Dejanira, son épouse, par Lycaon, leur fils , se trouvant et dans le fragment du scholiaste et dans celui qui est formellement attribué à Phérécyde, j’en ai dû conclure que tous les degrés de descendance marqués dans le fragment du scholiaste entre Lycaon et Ceteus sont également établis d’après l’autorité de Phérécyde.
Je me suis encore confirmé dans ce sentiment, en lisant t in. xxiv, dans Pausanias un autre fragment n.° 4 » de la même généalogie, qui continue la branche cadette de ces rois d’Arcadie, depuis Nyctimus, Periphetes, &c. , jusqu’à Psophis, où la généalogie cesse absolument. Le fragment n.° 5 , colonne xm, qui termine le premier carré de mon Tableau général, fortifie donc aussi l’insertion du fragment des quatre rois nouveaux que fournit le scholiaste ; car, au moyen de cette insertion, Areas se trouve parfaitement contemporain du roi Psophis, son cousin, qu’il aura chassé d’Arcadie, suivant toute apparence, lorsqu’il réduisit ce pays entièrement sous sa domination.
Il paroît subsister encore une difficulté dans la perfection des parallèles ; car, si les noms des personnages établis en regard aux degrés 31, 36, 56, do, sont semblables, pourquoi sont-ils tout- à -lait différens au degré 62 ï ne semble-t-il pas qu’au lieu d’Arestor on devroit lire le nom
de Lycaon I. er , si les deux fragmens 1 et 3 étoient également de Phérécyde? Je réponds à cela, qu’Arestor pouvant avoir été un second fils d’Æzeus ou Iasus , quelque confusion causée dans la copie du scholiaste a pu faire prendre à cet Arestor la place de son frère Lycaon I. cr , dans l’ordre de primogéniture. On a sans doute le droit de le conjecturer, quand on a vu les degrés de Ceteus , d’GEnotrus et Nyctimus son frère, de Lycaon II , de Pelasgus enfin, et de Dejanira, se maintenir aussi continuellement en parallèle l’un avec l'autre que dans le reste des fragmens cités.
Mais comment le nom d'Arestor auroit-il donc interrompu la suite de cet accord , quand le nom même de son père Iasus est évidemment le même nom qu’Azeus , père du Lycaon I. er du fragment n. w 1 ! J’ai traité plus au long ce point dans ma Défense Je la véracité de Denys d'Halicarnasse, et j’ai fait voir qu’Iasus et Æzeus ne diflféroient sans doute que par une métathèse de dialecte, et que Phégée ne différoit des deux autres que par l’emploi du digamma éolien dans la prononciation.
Il paroît donc très-clair que Lycaon I. er étoit fils d’Iasus dans le fragment n.° 3 , comme il l’étoit d’Æzeus dans le fragment n.° 1; mais, lorsqu’Acusilas est cité par Apollodore en preuve de ce qu’un Lycaon I. er étoit fils de Pelasgus , comme le dit Denys d’Halicarnasse, sans doute d’après Phérécyde, n’est-il pas aussi probable qu’il peut l’être , qu’Acusilas considéroit Pelasgus comme fils de Lycaon I. cr , ainsi que Phérécyde dans le fragment cité par Denys d’Halicarnasse?
Acad, des wscripr. r. V, i\Wm.
p. 2)8 ei uqq.
Apo/lod. Ul , vin , y 1.
Æühyl. Pronui A. i».
Apollodori Di- Miotti . Il, I, f i.
Euriptd. nhol.
in Orcn. vert.
j,8 EXPLICATION MÉTHODIQUE