Examen chimique du musc Tonquin
Le musc est produit par un quadrupède rüminailt, sans cornes , et du genre des clievrotins , nommé par Linnée , Mosclius moschiferus. Il vit au Tonquin et dans le Tliibet* Il est un peu plus gros qu’une chèvre , très-vil , sauvage et remarquable par deux canines très-longues , qui , sortant de la mâchoire supérieure, dépassent de beaucoup l’inférieure ; son poil est d un gris fauve et comme gauffré. La poche qui renferme le musc est située entre le nombril et les parties de la génération 5 la femelle en est pourvue comme le mâle , mais le musc qu’elle peut donner est faible et de mauvaise qualité. On remarque de plus que c’est dans le temps du rut que le musc se produit plus abondamment chez le mâle,
et que son odeur et ses autres propriétés sont le plus déve^ loppées.
On distingue dans le commerce deux sortes de musc , 1 un dit de Tonquin , et l’autre Kabardin | le premier, plus estimé , et d’une odeur très-forte , venant du royaume de ce nom 5 le second ^ étant versé dans le commerce parla voie du Bengale , et provenant sans doute du Thibet. Celui-ci est en général plus sec , d’une odeur moins forte , moins tenace , et comme se rapprochant d’une odeur aromatique végétale. On remarque aussi que le poil qui le recouvre est blanchâtre
et comme argenté , tandis que celui du musc Tonquin tire plus ou moins sur le roux. 11 ne sera question ici que du musc Tonquin^
A notre connaissance , on n’a eu jusqu’ici que des idées très-imparfaites sur la nature du musc. Neumann y avait reconnu la présence de l’aleali volatil \ le docteur Nysten , dans son dictionnaire de médecine, dit que le musc contient de l’huile volatile , de la résine et de l’adipocire 5 enfin le docteur John rapporte les analyses suivantes dans ses tableaux chimiques du règne animaL
Musc Tonquin 4
Carbonate d’ammoniaque . 10 8, 33
Cire pure . 9 7, 5o
Résine. * . I O, 83
Gélatine . 60 • 5o, 00
Albumine et membrane animale ... 3o 25^^ 80
Sel marin . 3 2, 5o
Potasse . I O, 83
Carbonate de chaux . 4
Perte présumée. o i , 68 .
Il n’y a pas d’huile volatile.
Musc Kabardin,
Ammoniaque . . 5
Cire visqueuse . 5
Matière gélatineuse . 5o
Membrane animale . ..36
Carbonate de chaux. ........ 2
Perte présumée . 2
ÏOO
il n’y a pas d’albumine ni d’huile volatile.
Ces dei>x analyses sont du nombre de celles qui peuvenC être bonnes , lorsqu’on se conlente de peser les matières obtenues par rétlier , l’alcohol ou l’eau , et de leur donner des noms analogues aux substances que ces menstrues dissolvent ordinairement ; mais elles cessent d’être exactes lorsqu’on procède à un examen plus approfondi des produits.
C’est ce que nous avons lenté de biire^ et, bien que nous n’ayons peut-être pas entièrement réussi , nous n’en présentons pas moins notre travail à la soriété , nous réservant de le reprendre plus tard et de l ameiier , s’il nous est pos-^ sible, à une plus grande perfection*
Dessiccation cia Musc,
1. 20 grammes de musc Tonqnin hors vessie, ont été desséchés dans une cornue , au bain-marie 5 il s’en est dégagé de l’eau et de l’ammoniaque, qui, saturée d’acide hydrochlorique , a produit o gr., 2 d’hydrochlorate j répondant à O gr. o65 d’alcali. Nous n’avons pas remarqué qu’il y eêit d’eife rvescence pendant la saturation , d’où nous présumons que l’ammoniaque était caustique.
Le musc desséché pesait 10 gr. 55 ; il avait une odeur beaucoup plus faible qu’auparavant et moins lenaccé
Traitement par T éther i
2. Le musc desséché a été traité qtiatre fois p^r l’étlier bouillant. L’étlier redisîilîé a passé absolument inodore , la portion non distillée , évaporée à siccité , a laissé 2 gr. 6 d’uii produit qui avait l’apparence de la cire jaune, jointe avec l’odeur du musc et à une saveur amère.
3. Ce produit a été traité par l’alcobol à 4o degrés bouillant : il s’y est dissous en partie ; le liquide refroidi a laissé
précipiter une grande partie de flocons qui , desséchés , se sont réunis en plaques sèches d’un jaune rosé , dont certaines parties étaient brillantes et nacrées. Un nouveau traitement par Falcohol en a encore produit une certaine quantité qut a été réunie à la première. Les liqueurs refroidies précipitaient abondauimenl par l’eau.
4. La portion qui n’avait point été dissoute par l’alcohol a été traitée encore plusieurs fois par ce menstrue : elle s’y dissolvait de moins en moins , et enfin l’alcohol a fini par n’en plus dissoudre qu’une très-petite quantité qui paraissait s’en séparer entièrenient par le ludroidissenient ^ car la liqueur filtrée ne précipitait plus par l’eau. 11 est à remarquer que la matière précipitée par le refroidissement de ces dernières liqueurs , ne ressemblait pas du tout à celle provenant des deux premières *, celle-ci était , comme nous l’avons déjà dit., sè(!he et d’un jaune rosé ^ celle dont nous parlons maintenant était d’un blanc sale , molle et presque coulante ^ la partie qui avait résisté à l’action de l’alcoliol était blanche , sèche et de la consistance de la cire.
5. La première portion d alcohol qui avait agi sur le produit de l’éther, et déposé la matière sèche rosée par son rtfroidissement , avait conservé une couleur rouge orangée assez belle *, évaporée lentement à l’air , elle a formé des lames plates , blanches et brillantes , qui en ont été séparées à plusieurs reprises ; et en dernier lieu , elle s’est réduite à un très-petit volume et a pris une consistance sirupeuse. Nous allons examiner successivement ces 5 produits : (A, la matière blanche , sèche , non dissoute par l’alcoliol ; ( B, la matière molle provenant des derniers traiteinens alcoholiques ; ( C 5 la matière sèche , jaune rosée provenant des premiers traitemens ; (D, la matière nacrée cristallisée spontanément dans la première teinture alcoholique ^ ( E , la matière sirupeuse ronge , provenant de la même liqueur^
6. Matière grasse A. Cette matière est blanche , sèclie , cassante , insipide, fusible à 44/t^ degrés centigrades ^ elle ne cristallise pas par refroidissement ; elle se fige et devient opaque à la manière de la cire ^ elle est insoluble dans l’eau , insoluble dans Falcoliol froid , peu soluble dans Falcoliol bouillant qui la dépose entièrement par le refroidissement, sans aucune apparence de cristallisation ^ elle est bien soluble dans l’éther^ elle n’altère en rien la teinture de tournesol,
7. On a traité cette matière , à chaud , par la potasse caus-» tique en excès ; elle a formé presque aussitôt des grumeaux gélatineux qui , au lieu de se dissoudre, se sont attachés sur les bords de la capsule ^«le liquide rapproché était épais et mousseux ^ étendu d’eau , il nous a paru se décomposer,, et, de plus , les grumeaux gélatineux se sont divisés et sont devenus blancs et opaques. La liqueur filtrée, traitée par l’acide muriatique , n’a laissé séparer que des traces de matière grasse; les grumeaux blancs, traités de même, ont fourni une liqueur contenant du fer , de la potasse et une trace de chaux. La graisse que Facide avait séparée a été traitée par l’eau bouillante, jusqu’à ce que ia liqueur ne présentât plus d’acide hydrochlorique • alors , traitée par l’alcohol bouillant , elle s’y est dissoute sur-le-champ , et la liqueur, a fortement rougi le papier de tournesol : preuve que la graisse avait été saponifiée ; de plus , cette graisse était devenue soluble même à froid dans Falcohol , et sa dis^ solution bouillante se solidifiait par le refroidissement; cette augmentation de solubilité dans Falcohol paraît générale dans ce genre de corps,
8. La même matière grasse A (environ un décigramme) a été ti ai tée par de Facide nitrique concentré ( 3ô grammes ) : elle n’a pas paru se dissoudre ; néanmoins la liqueur évaporée presqu’à siccité , et étendue d’eau , s’est troublée : op,
Fa filtrée et saturée par de r.'ürüjioriiarpic qui Fa iron-iblée de nouveau : les deux précipités étalent en trop petite quantité pour être examinés. La liqueur, filtrée et essayée par le sulfate de chaux, n’a offert tiucune trace d’acide oxa^ lique. La graisse qui n’avait pas été dissoute par l’acide nitrique était acide. Pour nous assurer si elle l’était par ellemême^ nous l’avons fait bouillir cinq ou six fois dans l’eau ; mais ce liquide nous a toujours présenté des indices de la présence de l’acide nitrique et, comme à chaque fois qu’on le décantait, il entraînait un peu de graisse, la quantités en a bientôt été réduite à un point de nous défendre tout autre examen. Il sendjle résulter cependant, de notre essai , que cette graisse retient opiniràtrément de l’acide nitrique , et qu’elle lui devrait les propriétés acides qu’on pourrait y trouver par d’autres moyens.
(). En comparant la matière A aux autres corps gras con-. nus, il nous a semblé qu’on ne pouvait la conqvarer qu’au suif absolu retiré par M. Braconnot, du suif ordinaire ( Ann. Chim. xcifi. 249). Elle a les mêmes propriétés physiipjcs et se fond au même degié ; de plus , tout ce que noiis avons pu observer dans l’action de ‘l’acide nitrique , se retrouve dans celle de cet ac ide sur le suif : dissolution trèb-imparfaile ; peu ou pas de vapeurs j utiîantes; graisse non dis-c soute acidifiée par l’acide nitrique; substance dissoute précipitable par l’eau , et formant probablement un acide particulier , comme l’a reconnu M. Braconnot.
L'action de la potasse nous a offert de grandes ditîérences ; il semblerait , d’après M. Braconnot , que le savon de suif est entièrement soluble dans l’eau , et ne laisse déposer aucune matière analogue au surmargarate de potasse décrit par M. Cbevrcul ; tandis que notre savon s’est entièrement séparé par l’eau de l’excès de potasse employée. Du ^uif absolu de mouton , traité de même , s’est comporté de la
nioiîie manière, c’esl-à-dlre , que la porlioii de savon dis® soute par l’eau était infiniment moins considérable que celle qui ne l’avait pas été. D’où il faut conclure , ou que quoique circonstance en a imposé à M, firaconnot , ou que , dans nos expériences mêmes , la chaux et surtout l’oxide de fei\conlenus dans notre potasse ont déterminé l’insolubilité presque entière de nos savons \ mais , quelle que soit la cause de ces dilTérences , l’essentiel est que nous prouvions que la matière grasse A ne difière pas du suif du mouton. N’est-il pas , en effet, naturel qu’une graisse produite par un animal ruminant soit du suif?
10. Propriétés de la matière B. Celte matière provenant des derniers traiteniens du suif A par l’alcohol bouil-^ lant , devait , puisque ce suif n’y est pas entièrement inso® lubie, en contenir une certaine quantité. Effectivement, ayant été reprise par l’alcoliol bouillant, la partie non dis-^ soute a été plus considérable que la portion dissoute. Celleci s’en précipitait à peu près complètement par le refroidissement obtenue par l’évaporation de l’alcobol , elle était lout-à-fait fluide, jaunâtre, et en si petite quantité , d’ailleurs, que nous avons borné là nos essais; mais , si l’on fait atten^ lion que le suif, et en général toutes les graisses, sont formés de deux corps gras , de stéarine et délaïne , on sentira que la graisse fluide B n’est que la portion liquide ou l’élaïne du suif contenu dans le musc,
11. Examen de la matière C. Cette madère était coloré© en jaune rosé par un peu de celle qui était restée en disso-? lution. De plus, elle devait être mêlée d’une certaine quantité d’élaïne qui donnait de l’onctuosité à ses particules et déguisait leur véritable forme ; car , celles de ces particules qui étaient isolées vers les bords du filtre , étaient brillantes et nacrées. Pour la purifier, nous l’avons traitée par l’alcoho}
à 36 degrés bouillant , présumant t[u’à ce degré l’élaïne n’y serait ([ne peu ou pas soluble. En eiïet , il y en a eu une certaine quantité qui ne s’est pas dissoute; mais la séparation de ces deux corps n’a été qu’imparfaite , et la liqueur refroidie n’a encore fourni qu’une matière floconneuse dans laquelle on découvrait à peine un comnienremeiit de cristallisation. Cette matière rassemblée sur un filtre , et séchée , était toujours colorée en jaune rougeâtre et agglutinée entre ses parties; fondue au bain-marie, elle se solidiliait à environ yn degrés ('cniigrades ; tout-à-fait refroidie , elle avait la cassurfî et la consistance de la cire , et se ramollissait comiiu' elle dans les doigts : on serait donc tenté de la regarder comme de la cire. Cependanl , si l’on considère qu’ejle est moins fusible (jue cette der nière , que néanmoins nous venons d'en séparer une certaine quantité d’élaïiie dont il est probable que nous ne l’avons pas privée entièrement; que nous trouverons plus loin une matière ciistallisable infiisible dans l’eau bouillante, et que l’effet nécessaire du mélange de ces deux corps serait de produire un cour posé d une fusion moyenne , coinme l’est la matière C ; il deviendra très-probable que cette matière C n’est qu’un mélange de ces deux corps ^ et nous le pensons.
12. Matière cristaUisce D. Celle substance est en lames blanches et brillantes , mêlée de points rouges ; nous l’avons fait cristalliser deux fois , et , en dernier lieu , nous l’avons reçue sur un libre et exprimée. Le filtre offrait encore çà et là quelques points huileux transpai’ens.
La maiièi'e J), soumise au degi’é de l’eau bouillante , ne s’est pas fondue : exposée à une chaleur de 120® dans un bain d’hvdrochloi’ate de chaux, elle a paru se séparer en deux parties ; l’une qui se liquéfiait, l’autre encore solide ; notre thermomètre n’ayaiit pas supporté un degré de chaleur [)lus efevée , nous n’avons pas déterminé le point précis auquel tout se serait liquéfié.
Nous remarquons cependant que ce point de fusion sè rapproche beaucoup de celui de la cholestérine , et qu’il n’en diffère peut-être que parce que cette matière , extraite d’im mélange d’élaïne naturellement liquide et de stéarine fusible à 4B” , ne peut être obtenue aussi pure que celle retirée des calculs biliaires qui ne contiennent absolument q l’elle de corps gras : notre matière cristallise comme la cholestérine , et est comme elle plus soluble dans l’alcohol , que îe suif, la cire et la céiine ; enfin , elle ne se saponifie pas par la potasse (i) : nous en concluons que c’est de la cholestérine , ou un corps très-analogue,
i3. Matière sirupeuse^. Cettemalîère devait encore contenir de la cholestérine \ mais sa couleur rouge , sa saveur amère et son odeur de musc y indiquaient évidemment d’autres principes. Pour en séparer la cholestérine , nous 1 avons dissoute à chaud dans de l’alcohol à 25° dont il a fallu une grande quantité , et nous l’avons laissée refroidir et reposer pendant quelques jours 5 alors il s’y était formé une cristaliisation confuse et assez abondante de cholestérine , sur laquelle nous ne reviendrons plus. La liqueur , évaporée et étendue d’eau , a été introduite dans une cornue , et distillée pour obtenir le principe odorant*, la liqueur obtenue dans le récipient était Irès-aromatique , louche , blanchâtre , d’une saveur amère et âcre , et sans action sur le tournesol , ce
(i) îN^oüs avons fait bouillir la matière cristallisée D avec de la potasse caustique en excès; la liqueur étendue d’eau, filtrée et saturée d’acide hydrochlorique ne s’est nullement troublée ; la graisse non-dissoute dans l’eau a été pareillement traitée par l’acide hydrochlorique , puis lavée et redissoute dans Talcohol; cette dissolution bouillante rougit très-faibiement le papier de tournesol : ce qui était dû indubitablement , d’une part , à la difficulté de priver entièrement d’acide hydrochlorique une graisse qui ne se liquéfie pas dans l’eau bouillante ; et d’autre, à ce que la matière D retenait du suif, lequel, comme nous l’avons vu , est saponifiable par la potasse.
qui nous a convaincus que Todeur du musc était due à une huile volatile , et non à un principe acide odorant.
i4« La liqueur non distillée a été filtrée pour en séparer une matière d’apparence résineuse que l’eau avait précipitée de la dissolution alcoliolique concentrée; elle en a de nouveau laissé précipiter par son évaporation à un petit volume; enfin, elle s’est réduite presqu’à rien. Elle avait alors une saveur très-amère , rougissait le tournesol , dégageait de l’animoniaque par la potasse caustique. Elfe contenait probablement en dissolution une combinaison d’ammoniaque et du principe huileux acide dont il va être parlé ; plus une petite quantité d’un acide indéterminé.
i5. La matière d’apparence résineuse joulssnit des propriétés suivantes :elle était molle, transparente, d’une très-belle couleur rouge orangée, encore odorante, d’une saveur d’abord grasse et ensuite amère , communiquant à l’eau sa saveur amère etlodeur du musc; très-solubledansl’alcobold’oLi l’eau la précipite sur-le-cbamp ; rétablissant , par sa décomposition au feu , la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide. îl est indubitable que c’est. cette matière qui porte le nom de résine , dans l’analyse que nous avons tirée des tableaux de John ; mais il est facile de se convaincre que cette substance n’est pas un produit immédiat simple. Cette matière, dissoute dans l’alcohol , rougit le papier de tournesol , et cependant cette dissolution , mêlée d’un excès de dissolution alcobolique de potasse caustique , précipite ensuite très-abondamment par l’eau , ce qui n’arriverait pas , si la matière en question , était entièrement formée d’un principe acide , lequel serait soluble dans un excès de potasse. En réflécbissant sur la présence simultanée de dilïérens coips gras et de l’ammoniaque libre dans le musc ,, nous avons été amenés à penser que cette matière , d’apparence résineuse, contenait une graisse saponifiée par l’ammoniaque , plus
une graisse non saponifiée. EfFecli veinent , Tayant traitée parla potasse caustique, la plus grande partie ne s’y est pas dissoute. La liqueur décomposée par l’acide muriatique, notis a donné une matière qui , bien lavée et redissoute dans l’alcohol , rougissait fortement le papier de tournesol; cette matière était en outre solide, rouge, fusible à une température peu élevée, ayant encore conservé Fodeur du musc.
i6. La matière que la potasse n’avait pas dissoute, ayant été traitée par l’acide muriatique comme l’autre , et bien lavée, ne nous a présenté aucun indice d’acidité. Non seulement donc , la substance d’apparence résineuse contenait une matière grasse toute saponifiée , et une autre qui ne l’était pas ; mais encore cette dernière, à l’instar de la cholestérine, n’est pas saponifiable par la potasse.
Cela joint à la présence de la cholestérine dans la matière sirupeuse E (i3), semble indiquer que cette substance est de la cholestérine. Cependant elle en diffère beaucoup : elle est d’une belle couleur rouge, d’uue odeur de musc bien caractérisée, fusible à environ 5o ou 6o°, non cristallisabîe par refroidissement. Telle que nous l’avons obtenue , ce n’etait donc pas de la cholestérine; mais c’était un mélange de cette substance avec l’huile odorante volatile, laquelle, n’ayant pas entièrement passé à la distillation de la matière sirupeuse E ( * 3) , est restée unie à la matière résinoïde , précipitée par l’eau , n’a pas été saponifiée par la potasse , parce que les huiles volatiles ne jouisssent pas de la propriété de l’être , et s’est néanmoins partagée entre la graisse acide que nous avons combinée à cet alcali , et la cholestérine qui ne s’y est pas dissoute. Quoique nous n’ayons pas obtenu celte huile isolément, ou peut déduire de ce qui précède quelqm^s-unes de ses propriétés. Elle 'doit être liquide ou facilement fu« sible, rouge, âcre, amère, d’une odeur tiès-forte, peu volatile, ,
En résumé , le musc desséché que nous avons traité par rétbfT a cédé à ce liquide : du suif solide et liquide, de la chrilestérine , une graisse acide combinée à l’ammoniaque, une huile volatile.
Traitement par Valcohol.
17. Le musc qui avait été traité par l’éther a été soumis trois fois à l’action de l’alcohol à 4o°. bouillant ; les liqueurs évaporées ont donné i gr. , 2 d’un extrait orangé brun , d’une odeur animalisée et d’une saveur désagréable.
Pour purifier ce produit, qui devait contenir encore un peu des principes du musc solubles dans l’éther , et de ceux qui sont seulement scltibles dans l’eau , on l’a retraité par Talcohol froid qui, en effet, a laissé un résidu peu considérable dont Péther a extrait les mêmes matières grasses qiu‘ nous avons vues, et qui s’est ensuite dissous dans l’eau, en lui communiquant les propriétés du liquide aqueux (20).
18. Le produit redîssous dans l’alcohol a été évaporé en consistance sirupeuse et étendu d’eau. Il y a eu précipitation de matière comme résineuse sur laquelle nous n’avons qu’un mot à dire : elle ressemblait entièrement à celle provenant de l’éthcr et que nous venons d’examiner (i5-i6) : elle nous a fourni les mêmes résultats.
19. Le liquide aqueux filtré avait une couleur jaune claire, une odeur musquée, une saveur amère, rougissait fortement le tournesol , précipitait le nitrate d’argent , l’oxalate d’ammoniaque , dégageait de l’ammoniaque par la potasse caustique, ne précipitait pas par i’eau de chaux; le. même liquide évaporé à siccîté , et le produit de l’évaporation calciné laissait un résidu contenant du chlorure de potassium.
Les conséquences de ces essais sont que cette liqueur con-
tient de la matière grasse saponifiée , de l’acide liydrochlorique , de la chaux , de l’ammoniaque , de la potasse et pas d’acide phosphorîque. Une reflexion facile a faire nous a conduits à y reconnaître la présence d un autre acide : le musc que nous avons soumis a l’analyse contenait de 1 ammoniaque libre, et nous trouvons ici un produit provenant d’une évaporation au bàin-marie , qui jouit d une assez forte acidité : ce n’est pas 1 acide hydrochlorique qui a pu. abandonner ainsi son alcali 5 il faut donc que c en soit un autre analogue à l’acide acétique ou a 1 acide lactique ^ car il est difficile d’attribuer cette acidité à la matière grasse saponifiée , qui , à la vérité , dissoute dans 1 alcohol et sursaturée d’ammoniatjue , redevient acide par 1 évaporation à siccité. Nous serons peut-être obligés cependant d’en venir là , n’étant pas parvenus à trouver cet autre acide par l’emploi des deux procédés que nous allons rapporter :
Dans l’un , nous avons commencé par saturer la liqueur de sous-carbonate d’ammoniaque, pour en précipiter la chaux *, le liquide filtré et évaporé à siccité est redevenu acide; le produit de l’évaporation a été redissous et chauffe sur de l’hydrate de plomb , dont l’excès s’est coloré aux dépens de la liqueur; celle-ci était alors devenue alcaline, effet dû à la décomposition de l’hydrochlorate de potasse et à la dissolution d’une portion d’oxide de plomb dans la potasse mise en liberté. Cette dissolution , melée de sulfate de potasse, ne s’est pas précipitée et n a pas du letre , car le sulfate de plomb est lui-même soluble dans les alcalis ; mais elle l’a été par une goutte d’acide sulfurique. On a alors évaporé presqu’à siccité et traite par 1 alcohol a 4® degres, qui devait laisser le sulfate et le chlorure de plomb , le sulfate et le chlorure de potassium , et ne redissoudre que l’acide lactique ou autre mis à nu par l acide sulfurique . la dissolution alcohoiique ne nous a offert que de 1 acide hy-
rlrocîilorîque qui avait lui-même été régénéré par ce même acide stilfurîque , mis en excès.
L^hydrate de plomb s’était coloré aux dépens de la liqueur, et l’avait même presque entièrement décolorée 5 cet hydrate bien lavé a été décomposé par le gaz liydrosulfurique -, le sulfure lavé de nouveau et séché a été traité par l’alcohol rectiflé. Celui-ci n’a produit par son évaporation que de la matière grasse acide.
Le second procédé que nous avons essayé est à peu près celui donné par M. Berzelius pour obtenir l’acide lactique -, on le trouve en note dans les Annales de Chimie , tome 88 , page 63. Nous avons évaporé le liquide dans lequel nous soupçonnions la présence de l’acide lactique à siccité *, le produit sec a été redissous dans l’alcoliol à 4o degrés, auquel on a ajouté une goutte d’acide sulfurique qui en a précipité de suite la potasse à l’état de sulfate ; une nouvelle quantité d’acide n’opérant plus de précipitation , la liqueur décantée a été digérée sur de l’hydrate de plomb que nous avons préféré au carbonate , comme plus propre à agir sur les acides dissous dans l’alcoliol ; néanmoins nous n’avons même pas pu neutraliser par ce moyen tout l’acide sulfurique, et à plus forte raison l’acide hydrochloriqiie. L’alcôliol a donc été évaporé et remplacé par de l’eau ; le liquide , digéré sur de nouvel hydrate, s’est décoloré comme nous l’avions déjrà observé, et nous avons pu retirer du précipité un peu de -la matière grasse acide que la première expérience nous a oiïerte.
Le liquide devait , suivant çous , contenir du chlorure de ■‘plomb et la combinaison du plomb avec l’acide cherché , laquelle combinaison, soit acétate-, soit lactale , devait être seule soluble dans l’alcohol. Ayant donc traité le produit de l’évaporation du liquide par l’alcohol , nous avons été très-étüiiiiés d’obtenir un liquide qui s’est à peine coloré
ID
par l’acide hydrosulfiirique , et qui, évaporé, ue nous a laissé qu’une petite quantité d’un liquide acide, contenant de r acide muriatique et de l’ammoniaque qui avait échappé à l’action de l’hydrate de plomb ^ nous n’avons pu déterminer si ce liquide contenait un autre acide. L’alcohol avait donc dissous du musc épuisé par l’éther , la matière grasse non saponilîabîe et la graisse acide déjà examinées (i 5 et i6), des hydrochlorates d’ammoniaque, de potasse et de chaux, et peut-être un autre acide en partie saturé par les mêmes bases ; à moins qu’on ne croie pouvoir attribuer l’action assez forte que le liquide aqueux (tc^) exerçait sur le tournesol , à la combinaison non saturée de la graisse acide et de l’ammoniaque, combinaison qui alors se trouverait dissoute à la faveur des autres sels : nous avouons que celte dissolution ue nous paraît pas claire.
Traitement par Veau,
20. Le musc épuisé par l’éther et l’alcohol a été traité par l’eau froide ; le liquide s’est de suite fortement coloré ; après une macération suffisante, il a été filtré et remplacé par de nouvelle eau qu’on a ainsi changée jusqu’à ce qu’elle ne se colorât plus sensiblement. Les liqueurs réunies et évaporées ont laissé un extrait sec pesant 3 gr. 8 , de couleur brune noirâtre , se détachant par écailles du fond de la . capsule.
Cet extrait , que nous désignons par A , nous a offert les propriétés suivantes :
Couleur . . . Brune très-foncée.
Tournesol . Rougi.
Noix de galle . Précipité floconneux.
Potasse . . Dégage de l’ammoniaque.
Eau de chaux, . . . Dégage de Tammoniaque •
forme un précipité contenant un peu de phosphate de chaux.
Oxalate ammoniaque, • . Rien.
Acide nitrique . Coagulum en partie soluble
dans un excès d’acide ; reparaissant par i’ammonîaque qui finit par le dissoudre entièrement.
Acide hydrochlorique. . . . Précipité abondant, liqueur
décolorée.
Chlore .
Deutochlorure de mercure. .
Nitrate de mercure .
Nitrate di argent .
Nitrate de plomb .
Flocons jaunes , liqueur décolorée.
Rien.
Coagulum blanc. '
Coagulum coloré , soluble dans l’ammoniaque.
Précipité très-abondant.
21. Pour séparer l’acide libre, indiqué par le tournesol , et que nous supposions toujours être l’acide lactique , nous avons concentré la dissolution de l’extrait aqueux, et nous l’avons étendu d’alcohol , lequel y a formé un coagulum noir (B) très-abondant.
La liqueur qui avait conservé une couleur ambrée a été évaporée à siccité, et le produit trituré avec de l’alcohol à degrés qui en a encore séparé des principes insolubles (C). Cet alcohol évaporé et remplacé par Peau, nous avons enfin obtenu une liqueur rougissant le tournesol , précipitant le nitrate d’argent , dégageant de l’ammoniaque par les alcalis fixes , laissant du chlorure de potassium par sa com-
biistion. Cette liqueur était évidemment semblable à celle examinée plus haut (iq) ; elle y a été mêlée et a servi simultanément aux essais que nous avons décrits.
22. La portion d’extrait (C) que l’alcohol a 4o deg. avait refusé de dissoudre, précipitait fortement la noix de galle, et , chose singulière , précipitait assez fortement par l’oxalaîe d’ammoniaque, quoique la dissolution primitive n’iii- <ii(piàt pas de chaux par ce réactif, à cause sans doute de l’excès de matière extractive , ou acide avec laquelle elle était mêlée. Un autre résultat non moins singulier , c’est que celte portion contenait toute la matière animale de l’extrait (A) , car le premier coagulum (B) redissout dans l’eau, ne précipitait plus du tout par la noix de galle ; sa dissolution s’est conservée plusieurs jours sans entrer en putréfaction , et le coagulum lui-même, décomposé au feu, rétablissait à peine la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide ; il semblait se trouver transformé presque de suite en une masse charbonneuse très-considérable, et laissait, après son incinération , une quantité assez consi-^ dérable de phosphate de chaux et un peu de chaux.
Ces essais, sans conduire à une analyse rigoureuse de l’extrait (A) , nous éclairent assez sur sa nature. Cet extrait contenait : 1°. les mêmes principes composant la liqueur acide que nous avons obtenue dans le traitement alcoholique (19)5 2^. du phosphate de chaux j 3®. un sel calcaire autre que le phosphate , soluhle dans l’eau , et insoluble dans l’alcohol 5 4°. une matière non azotée, très-carbonnée , soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcohol, insipide; 5*". une matière azotée qui est de la gélatine, comme le prouve l’expérience suivante : une portion de l’extrait (A) a été traitée par l’eau froide qui s’est de suite colorée par la facile dissolution de la matière brune carhonnée ; la liqueur décantée ne précipitait pas du tout par la noix de galle; nous avons remplacé
celte liqueur pnr de nouvelle eau, et celle-ci par d’autre^ alors il nous est resté un résidu ressemblant à de la eonime ramollie, poisseux, collant les doigts, et «pii, dissout dans l’eau bouillante, a formé une liqueur précipitant fortement par la noix de galle.
Traitement par V ammoniaque.
^3. Le musc qui avait été traité parrélner, l’alcobnl et l’eau, a été mis en contact avec de rammonirque caustique qui a paru le dissoudre de suite entièrement , et former une dissolution très-brune et très-épaisse. Après deux jours de digestion le liquide a été étendu d’eau et jeté sur un liltre ; il est resté au fond du llacon un résidu grisâtre qu’il nous a été facile d’isoler, et qui n’était que du sable pulvérisé; il y en avait environ o gr. o5. Le filtre a été lavé aussi longtemps que le liquide a passé coloré. Les liqueurs réunies et évaporées à siccité ont donné ?. gr. 4o d’un extrait brun, cassant, n’attirant nullement l’humidité, et n’avant au’une sa veur de blanc d’œuf desséché. Cette matière dissoute dans l’eau avait les propriétés suivantes :
Couleur. . . .
Tournesol .
Potasse .
Noix de galle . .
Acide nitrique . .
Acide mui’iatiqiie, . . , Cldorure de mercure. . .
Nitrate d'argent. , . . ,
Nitrate de plomb. . , ,
Trèsd)iu ne.
Lien,
Dégage des traces d’ammonia(|ue.
Précipité abondant.
Coagulum jaune, qu’un excès redissout en partie, en développant une odeur nitreuse; liqueur et précipité orangés.
Précipité fauve.
Précipité abondant,
Précipité très-abondant, soluble dans l’ammoniaque.
Précipité abondant,
li csL cviu(.;iil ^ ci api'Cs cca , c|uc la niaticrc dis^
soute par rammoniaque n’était que de ralbumine qui , a^^ant été coagulée primitivement par l’action de la chaleur sur le musc, n’a pu ensuite être dissoute que par un alcali. Celte albumine était colorée par de la matière carbonnée soluble, et, de plus , elle contenait une petite quantité de phosphate de chaux qu’elle laissait par sa combustion.
Traitement par la potasse , T acide acétique , et T acide nir^
trique.
34- Une partie du musc épuisé par toutes les opérations précédentes, et réduit à environ o gr. 55 , a été traitée par la potasse caustique qui en a dégagé de l’ammoniaque, puis une odeur d’urée, et l’a dissoute entièrement. La dissolu^ tion précipitait par l’acide nitrique,
25. Une seconde partie du même résidu de musc a été traitée par l’acide acéti([ue étendu de quelques parties d’eau ; on a fait bouillir, puis filtré h froid, Le résidu insoluble n’était plus composé que des poils qui sont toujours mêlés au musc. La liqueur saturée d’ammoniaque a formé un précipité qui n’était que du phosphate de chaux un peu coloré en gris. Ayant ensuUe été soumise à l’évaporation, elle ne s’est pas prise en gelée , et n’a pas pu se dessécher entière^ ment-, étendue d’eau, elle précipitait fortement par l’oxalale d’ammoniaque , et par le sous-carbonate de soude ^ elle pré-
(i) Thomson donne, comme un caractère de l’albumine, d’après ses expériences, que l’albumine forme avec le nitrate d’argent un précipité ahonduni , brun rougeâtre , qui ne se redissout pas par l’ammoniaque ( traduction française , tom. iv , pag. 455 ) ; il est facile de s’assurer, en délayant du blanc d’œuf dans l’eau, et filtrant la dissolution, que l’albumine forme le nitrate d’urgent un précipité blanc entièrement soluble dans l’ammoniaque.
eipitait aussi, niais moins abondamment, parla noix de galle et Talcoliol , d’où l’on voit que cette dernière liqueur contenait de la fébidne qui, une fois dissoute, jouit des propriétés de la gélatine , et de la cliaux qui ne pouvait être dans le résidu du musc qu’à l’étal de carbonate ; car, à tout autre état de combinaison, elle aurait été précipitée par l’ammoniaque.
26. La dernière portion du résidu du musc, traitée par l’acide nitrique, s’est dissoute presque aussitôt que l’acide a été chaud , sauf quelques lilamens provenant évidemment des poils mêlés au résidu. Cette dissolution , récehiment faite, est précipitée par les alcalis ^ évaporée à siccité, il s’y est formé un précipité cristallin insoluble d’oxalate de chaux : la liqueur étendue d’eau , et saturée par l’ammoniaque , a formé un précipité blanc abondant, qui, traité par Tacide acétique, lui a cédé du phosphate de chaux, et était pour le reste de l’oxalate ^ la liqueur précipitée par l’ammoniaque contenait encore de la chaux très-sensible par l’acide oxaliq ne. Cette chaux y était à l’état de malate, comme nous nous en sommes assurés en concentrant la liqueur et la précipitant par l’alcohol. L’action de l’acide nitrique confirme ce que nous savons dé^à sur la nature du résidu du musc; ce résidu, outre les inq^urelés accidentelles était formé de fibrine , de carbonate et de phosphate de chaux ^ la fibrine a été changée par l’acide nitrique en acides oxalique et malique, qui ont saturé la chaux provenant de la décomposition du carbonate.
2^. Voici l’exposé des résultats de cette analyse : Vingt grammes de musc ont donné , i
Par la dessiccation,
/Eau .
1 Ammoniaque,
Par l’ether.
Suif solitlo (stéarine').
Suif li(juiJe ( daine ).
ICholeslérine Huile acide combinée à l’ammoniacjue.
iHnile volatile Une trace d’un acide soluble dans l’eau ?
Par l’alcohol.
Cholestérine.
Huile acide combinée à l’ammoniaque.
Huile volatile.
Hydrochlorates d’ammoniaque, de potasse et de chaux.
Acide indéterminé en partie saturé par les mêmes bases?
Par 1'
eauj
Hydrochlorates d’ammoniaque, de potasse et de chaux.
Acide indéterminé en partie^ saturé par les mêmes bases?!
^Gélatine. *
Matière très-carbonnée , tréssoîuble dans l’eau , insolublej dans l’alcohol.
'Sel calcaire soluble à acide' combustible.
Phosphate de chaux.
Par l’ammoniaque.
(Albumine.
Phosphate de chaux.
i Fibrine.
Carbonate de chaux.
Phosphate de chaux.
Poils mêlés au musc.
Sable. . . . . . i . .
üS. Cette analyse pourra fournir aux physiologistes quelques recherches que nous ne faisons qu’entrevoir, et qu’il serait au-dessus de nos forces de poursuivre. Dans quel genre de fluides animaux rangera-t-on le musc ? Sera-ce parmi les sécrthions proprement dites , c’est-à-dire , parmi les fluides destinés à être réabsorbés , et à remplir un rôle ultérieur
dans l’econoniie animale? ou bien le metlra-t-on au nnmbr'é (les excrétions (]ni, séparées des premières sous riniluence du principe vital , ne peuvent plus ser vir à la nutrition des individus, et sont constamment repoussées à rextéiieur? M. lîerzélius admet (|ue toutes les sécrétions soîit alcalines, et toutes les excrétions acides. ( JÉniii Chiin. lxxxviii , ii5. ) Cette règle ne peut être appliquée au mtisc dont plusieurs principes ont évidemment subi une altération profonde pendant l’intervalle de temps qu’il met à parvenir jusqu’à nous. Il faut donc s’appuyer sur d’autres considérations. II semble vque les excrétions doivent être privées de gélatine et d’albumine, corps essentiels à la nutrition , tandis que les sécrétions peuvent contenir l’un ou l’autre de ces principes, ou tous les deux. C’est ainsi que l’humeur de la transpiration humaine ne contient qu’une petite ({uantité d’acide acétique ou lactique, quehpies sels et une huile odorante fétide^ et que la lymphe, l’humeur des articulations et la bile, contiennent de l’albumine. Or’, le mnsc se ' refuse encore à cette classification • car s’il a , d’une part , une grande analogie avec l’humeur de la transpiration , par son huile odorante qui nous a quehjuefois offert l’odeur même du bouc*, d’une autre il se rapproche du sang et des parties solides organiques', par la fibrine, la gélatine et l’albumine que son analyse nous présente, ou tout au moins par l’albumine, si l’on suppose que la fibrine et la gélatine, qu’il ne contient d’ailleurs qu’en petite (|uanlité, proviennent des membranes renfermées dans son intérieur. ])’un troisième côté enfin, il touche aux conci étions morbifiques par son phosphate de chaux, son carbonate de chaux et sa cholestérine, matière composante des calculs biliaires de l’homme i, et que M, Lassaigne a déjà trouvée dans une concrétion cérébrale, tirée d’un cheval. ( Ann, de Phjs. et de Chim. IX, 827. ) >■
Cette même analyse nous conduit à une autre remarque
non moins intérrssnnte , qui est l’altération que le musc éprouve à l’aide du temps, avant d’être appliqué à l’usage médical ^ altération que l’on peut assimiler à celle qu’éprouvent les cadavres enfouis en masse dans la terre, et qui a été SI bien décrite par Fourcroy*
Le musc étant d’un très-haut prix, les marchands ont intérêt à ce qu’il augmente de poids plutôt que d’en perdre. Ils le conservent donc alternativement dans des lieux humides , et dans des vases hermétiquement bouchés, qui retiennent l’humidité dont il s’est chargé. Mais on conçoit que le musc placé dans de pareilles circonstances éprouve bientôt une altération ({ui porte surtout sur les principes azotés, et que l’ammoniaque, qui est un des produits de , cette altération , étant forcée de rester dans la masse , réagit à son tour sur le suif, et le convertit, en partie, eu graisse acide formant avec elle une combinaison semblable au gras des cadavres. Tous les muscs n’offrent pas cette altération au même degié, mais ils la présentent cependant , et les médecins doivent compter employer, non le musc naturel, mais bien celui qui a été ainsi altéré. JNous ne croyons pas que cette connaissance doive les éloigner d’employer un médicament énergique dans plusieurs circonstances ; car l’altération que nous signalons ne porte que sur l’albumine, la gélatine et la fibrine, substances inertes, et les remplace en partie par de l’ammoniaque réduite à l’état savonneux, dont l’effet, d’ailleurs a dû entrer, de tous temps, dans les propriétés médicales qui ont été reconnues au musc. Nous pensons que l’autre produit de la décomposition des matières azotées , cidessus nommées, est la matière très-carbonnée et non azotée, piéi'édemment décrite; cette matière est probablement inerte comme celles qui lui ont donné naissance, et ne doit rien changer aux propriétés du musc.
Il est malheureux que le musc soit si cher ; car , en le voyant réduit presqu’au cinquième de son poids de substances
actives par de l’eau , de la gélatine, de l’albumine, etc. , on serait tenté de proposer d’en préparer un extrait alcoholique, qui à la vérité pourrait ne pas représenter Ténergie absolue du musc dont il aurait été tiré, mais qui serait relativement beaucoup plus actif.
On pourra nous demander si nous sommes assurés que le musc que nous avons analysé n’ait pas été sophistiqué j nous ne pouvons répondre rien autre chose, sinon qu’il nous a paru d’une bonne qualité, et tel cependant qu’on peut en trouver d’autre dans le commerce. La plus forte présomption que nous ayons de sa pureté, se tire des résultats mêmes de notre analyse , qui nous offrent un assemblage de substances dont la réunion non prévue ne peut être l’ouvrage de la fraude. Nous ne développerons pas cette idée, d’ailleurs assez évidente, de crainte de fournir aux sophistiqueurs des armes qu’ils n’ont pas encore.