‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 23 sur 96 · JOSUÉ ARRÊTE LE SOLEU. ET LA LUNE · texte numérisé non relu

JOSUÉ ARRÊTE LE SOLEU. ET LA LUNE

Ch. 10, V. 12 et 15 (voir aussi le livre de Y Ecclésiastique, ch. 46, V. 5), Josué suspend la marche du temps, afin de prolonger le massacre des Amorrhéens. Ce miracle est un des plus hardis de tous ceux qui se lisent dans la Bible. Imagine-t-on les perturbations qu'il eût causées dans les rapports réciproques des corps célestes et sur toute la surface du globe? Pendant que la longueur du jour eût été doublée pour les Israélites, elle l'eût été également pour une moitié de la terre, en même temps que la longueur de la nuit eût nécessairement été doublée pour l'autre moitié. L'auteur du livre de Josué devait ignorer qu'un

pareil miracle ne pourrait avoir lieu pour un petit coin de la terre sans avoir lieu en même temps pour toute la surface, et cette ignorance Tempêchait de voir que le silence absolu que devaient garder sur un fait aussi prodigieux les traditions du reste du genre humain, l'accuserait auprès de la postérité. Mais pensait-il à la postérité? Pas plus sans doute que les prêtres chrétiens qui, sur son autorité, ainsi que sur celle de l'auteur de la Genèse (1), donnaient un démenti à la science des Pythagore (2), des Copernic et des Galilée; car c'était sur l'écriture sainte que se fondait l'église romaine lorsqu'elle déclarait absurde le système qui fait tourner la terre autour du soleil, son centre d'attraction. 11 ne faut ni oublier ni se lasser de redire qu'au xvii® siècle, un vieillard de 70 ans, honoré de tous les savants de l'Europe, était condamné à abjurer, maudire et détester ce système, et à expier le tort de l'avoir divulgué (3).

(1) Voir plus haut, chapitre 1*', § 1*', Les six jours de la création,

(2) Aux savants modernes appartient sans contestation le mérite d'avoir rigoureusement démontré le vrai système du monde ; mais on se tromperait fort si l'on croyait qu'ils l'ont trouvé. Il résulte de ce témoignage d'Aristote, que les Pythagoriciens connaissaient la forme sphérique de la terre, son mouvement annuel autour du soleil et son mouvement diurne sur elle-même : Twv frTiehrGov èxl rov fiiffou K^aôcu >JBj6vrtùv, offot rèv ôTiOv oùpavèv TSTspafTfiêvou iiyat fOffOfj èvavrîsdç oî rsp} rijv îrtikictv^ KaXoùfievot Ji Tivôxjopeot, >iyoufftv* ÙFÎ fièif yàp Tov ftéffou wup eîyai fdfft, rijp/ J'è yijv hf ray aarçuiv oIÂrAy, lânCh^ fipofj^vïfj rspi rà /xécou vùxrct re kcU iifAipxv srotelu, {Uepî oùpàvov, livre 2, chi^itre 13, tome !•% Paris, 1619.) 11 résulte également de deux textes de Lactance et de saint Augustin, que je citerai dans un instant, que l'idée de la sphéricité de la terre avait cours parmi les philosophes de leur époque.

(3) Voici quelques passages du jugement de l'Inquisition de Rome contre

Âa reste cette opposition à ravancement des sciences eosmolo* giques ne doit pas être attribuée exclusivement au catholicisme mais à Tesprit même du christianisme. Pendant que les inquisiteurs de Rome condamnaient Galilée, les ministres protestants, s*appu} ant également sur Fautorité des livres saints, s'élevaient contre ceux qui enseignaient le mouvement de la terre

Galilée, en date du 22 juin 1633 ; je les extrais textuellement et sans en changer Torthographe, d'une traduction française que je trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, portant le n** 9é76, mélanges Delamare 409, folio 19 :

» Tu tenois pour yéritable la/aMsêe doctrine enseignée par aucuns que le « soleil soit le centre du monde et immobile, et que la terre ne l'estoit pas,

• mais se remuoit d'un mouvement journalier les théologiens et docteurs

• ayants trouvé cette opinion non seulement absurde et fausse en philosophie^

• mais du moins eroTiée de la foy il a nagueres paru un livre imprimé à

« riorence sous ton nom intitulé. Dialogues des deux systèmes du monde de

• Ptolémée et Copernic, auquel tu défends encor la mesme opinion

« Disons, prononçons et sententions que toy Galilée t'est rendu fort suspect

• d'heresie ayant tenu cette fausse doctrine du mouvement de la terre et

• repos du soleil et que l'on pouvoit defiPendre comme probable une opinion « après avoir esté déclarée contraire à Vescriture, Consequemment tu as « encouru toutes les censures et peines des sacrés canons desquels neautmoins « nous te deslions pourveu que dez maintenant avec un cœur sincère et une « foy non feinte tu abjure, maudisse et déteste devant nous les susdites erreurs » et hérésies et toutes autres erreurs et hérésies contraires à V église , et toutefois m afin que ta grande faute ne demeure tout à fait impunie, que tu sois plus » retenu a l'ad venir et serve d'exemple aux autres. Nous ordonnons que les « dialogues susdits seront prohibés par edict public, que tu seras empnsoné

• dans les prisons dudit sainct office a notre arbitre, et pour pénitence salu-

• taire t'enjoignons de dire trois ans durant une fois la semaine les sept » pseaumes penitentiaux, nous reservants la faculté de modérer, changer ou

• lever en tout ou en partie les susdites peines et pénitences. •

autour du soleil. Descartes, qui était alors en Hollande, avait écrit un livre où il soutenait cette doctrine avant d'avoir connu l'ouvrage de Galilée, et qu'il renonça à publier quand il apprit la condamnation de ce dernier. Il tenait trop à son repos pour se commettre avec les puissances ecclésiastiques, et se contentait de dire que les déclamations des ministres protestants lui faisaient espérer que par contradiction les prédicateurs catholiques finiraient par adopter le mouvement de la terre. Ils ont bien uni par là les uns et les autres; mais en cela ils ont manqué de logique : quand on a posé en principe le caractère sacré des livres sur lesquels se fondait la condamnation de Galilée, on n'a pas le droit de renier cet opprobre, et l'on doit laisser à d'autres le soin d'en rire ou de s'en indigner.

Ce n'est pas seulement du temps de Galilée que les docteurs de l'Église ont condamné comme contraire au système cosmologique de la Bible le vrai système du monde, mais c'est dès les premiers siècles mêmes du christianisme. Lactance tourne en ridicule les philosophes de son temps, qui admettaient et enseignaient la sphéricité de la terre. Il traite d'ineptie et de mensonge une doctrine que personne n'oserait attaquer aujourd'hui (1), Quelle bonne leçon, pour ceux qui sauraient en pro-

(1) • Qoid îlli qui esse contrarîos vestigiis nostris autipodas putant, num « aliquid loqauntor? Aut est qiiisquam tàm ineptus qui credat esse homines » quorum vestigia sint superiora quàm capita, aut ibi quœ apud.nos jacent « inversa pendere, fruges et arbores deorsùm versus crescere, pluvias et nives 4» et grandines sursùm versus cadere in terram? Et miratur aliquis hortos • pensiles inter septem mira narrari, cùm philosophi et agros et maria et « urbes et montes pensiles faciant ?..,.. Gœli rotunditatem illud sequebatur m ut terra in medio sinu ejus esset inclusa ; quod si ità esset, etiam ipsam m terram globo similem Quid dicam de iis nescio, qui, cùm semel aberra-

fiter, il y aurait à tirer de cette superbe assurance avec laquelle il tranche une question où il est profondément ignorant! Saint Augustin fait à son tour sur le même sujet une dépense d'argumentation aussi vide que Tinsultante indignation de Lactance. Il décide, avec ce ton de supériorité que prennent les rhéteurs quand ils veulent parler de ce qu'ils ne connaissent pas, qu'il n'y a absolument aucune raison pour croire que la terre ait une forme sphérique : à ses yeux, ce n'est pas seulement une fable 9 c'est une absurdité (1).

• verint, constanter in stuliUid perseveratU et yanis yana défendant, nisî

• qubd eos interdiun puto aut joci causa philosophari, aut prudentes et seios M mendacia defendenda suscipere, quasi ut ingénia sua in malis rébus exera ceant vel ostentent. At e^o multis argumeniis probare possem nullo modo a fieri posse ut cœlum terrd sit in/erius, • (Institutiones divina , lia, 3, cap, 24, tomeI«', Deux-Ponts, 1786.)

(1) • Quod verb et antipodas essejoàulantur, id est homines à contraria

parte terrœ, ubi sol oritur quandb oocidit nobis, adyersa pedibus nostris H calcare yestigia, nnlld ratione eredendum est, Neque hoc ullâ historicâ » cognitione didicisse se afi&rmaut, sed quasi ratiocinando conjectant, eo quod

1 intrà convexa cœli terra suspensa sit, eumdemque locum mundus habeat et « infimum et médium : et ex hoc opinantur alteram terrœ partem quœ infrà â» est habitatione hominum carere non posse. Nec attendunt, etiamsi figura « conglobatâ et rotundâ mundus esse credatur siye aliquâ ratione monstretur,

• non tamen esse consequens ut etiam ex illâ parte ab aquarum congerie nuda <r sit terra, deinde, etiam si nuda sit, neque hoc statim necesse esse ut homi- M nés habeat. Quoniam nullo modo scriptura ista mentitur quie narratis pne- « teritis facit fidem eo qubd ejus prœdicta complentur, nimis que absurdum M est ut dicatur aliquos homines ex hâc in illam partem, oceani immensitate H trajectâ, navigare ac pervenire potuisse ut etiam illic ex uno illo primo » homine genus institueretur humanum. » {De civitate Dei, lib, 16, cap, 9, tome VII, Paris, 1685.)

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