‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 2 sur 152 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

laquelle il permet l'impression du présent Ouvrage , non-seulement à Rome , mais , comme l’Auteur l’avait demandé, en quelque lieu que ce soit.

Dalle stanze del Quiiinalc, li i8 Agosto i83i.

Rev."® Pabre,

Essendo stato esaminato e rivednto il Manoscritto che la P. y. Rev."** si compiacque di recare a quest’ uffizio del Magistero del Sagro Palazzo Apostolico, col titolo : ExAMRir d’ur Ouvrage intitulé : Des doctrines plülosophiques sur les certitude dans leurs rapports avec les /bndemejis de la Théologie , par l'aJbbé P. Gerbet ; Par J. L. Rozaven ; non si è’* trovato in esso cosa alcuna cbe osti alla stampa, e per conseguenza potrà seconde le Belle Pontificic iinprimersi anche Rior di Roma.

Tanto devo alla P. V. nell’ atto che ritomandole il Manoscritto medesimo ho l’onore , etc.

Fr. Giov. M.* Vblzi , Maest. del 6. P. A.

INTRODUCTION

L’écrit qu’on va lire a été composé il y a plus de quatre ans , et il n’était pas destiné à voir le Jour. Nous n’avions en vue que de satisfaire le désir de quelques amis qui nous avaient demandé notre sentiment sur un ouvrage dont on parlait avec une sorte d’enthousiasme. Les partisans d’un nouveau système de Philosophie présentaient cet ouvrage comme un livre classique , qui devait opérer un changement heureux dans l’enseignement de la Théologie. Nous l’examinâmes avec une grande attention , apportant à cet examen tout le calme et toute l’impartialité qu’on doit désirer dans les discussions ; et nous avouons qu’il nous parut fort défectueux.' L’importance du sujet nous détermina à mettre par écrit les raisons qui motivaient notre jugement , pour les communiquer à ceux qui attachaient de l’intérêt à connaître ce que nous pensions. Au reste , l’aversion naturelle que nous avons pour les disputes et pour tout ce qui peut

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y conduire nous tenait éloigné de donner de la publicité à notre travail , et il serait resté parmi nos manuscrits , si quelques personnes au jugement de qui nous devons déférer , et entr’autres tm personnage qui tient un haut rang dans la hiérarchie ecclésiastique , n’avaient jugé qu’il pourrait être utile à bien des personnes qui ont adopté le nouveau système , ou qui pencheraient à l’adopter , sans l’avoir suffisamment approfondi. Nous avons cru devoir céder à de telles instances , et livrer à l’impression ce qui n’a^it été fait que pour l’usage de quelques amis. Nous donnons notre travail tel qu’il a été composé , à l’exception. d’un petit nombre d’additions que * nous a suggérées la lecture de quelques écrits plus récens.

Nous espérons que cette publication ne sera point regardée comme une attaque par ceux dont nous ne partageons pas l’opinion. Les discussions n’ont en elles-mêmes rien d’offensant , et ne sont point à redouter pour ceux qui aiment et cherchent la vérité. Il faut seulement qu’elles soient sages et pacifiques, qu’on y parle le langage de la raison et non celui des passions ; car dès que les passions sont de la partie , on ne s’entend plus ; on s’aigrit , on s’irrite , et bientôt les injures prennent la place des raisons. Nous nous faisons un devoir rigoureux de ne

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pas mériler un semblable reproche. Nous dirons notre sentiment avec franchise et avec une liberté entière , car nous ne savons ni ne voulons écrire autrement ; mais nous ne nous laisserons jamais aller aux invectives et aux déclamations , ressource ordinaire de ceux qui ont plus à cœur de faire prévaloir leurs opinions que de voir triompher la vérité.

Nous entrons dans cette lice avec d’autant plus de confiance , qu'en cédant aux désirs de nos amis » nous remplissons le vœu qu’ont exprimé les admirateurs de M. Gerbet eux-mêmes , au moment où son ouvrage a paru. Dans le Memorial Catholique , ( dont il était , si nous ne nous trompons , un des rédacteurs , ou du moins auquel il fournissait des articles , ) on manifesta , en l’annonçant , le désir que ceux qui ne pensaient pas comme cet Auteur entreprissent de le réfuter ; on alla même jusqu’à en faire • presqn’un devoir de conscience : « Assurément y ,» disait-on dans un article. écrit en faveur de l’ou- » vrage , ceci touche d’assez près aux premiers » intérêts de la religion , pour qu’il soit permis » de désirer que ceux qui ne partageraient pas la » doctrine défendue dans l’ouvrage de M. Gerbet » se fassent une conscience de la réfuter.» ( Mémorial catholique, tom. 7 . 4® année, p. q3. ) Si l’invitation était sincère , comme nous ne nous

INTRODUCTION

permettons pas d’en douter , ceux qui l’ont faite verront avec plaisir cette réfutation , qui n’aura à leurs yeux d’autre tort que de venir un peu tard. En effet, la vérité ne peut qu’y gagner. Si la réfutation est bonne , ceux qui la provoquaient , seront , nous aimons à le crojre , les premiers à y applaudir ; si elle manque de solidité , la faiblesse des raisons qu’on leur oppose fera mieux ressortir la vérité des principes qu’ils défendent , et ils n’en seront que mieux fondés à jaoursuivre l’œuvre glorieuse qu’ils ont entreprise, de la réforme de l’enseignement.

Mais l’Auteur de l’article que nous venons de citerne se contente pas d’exprimer le désir qu’on entreprenne une réfutation de l’ouvrage de M. Gerbet , il pousse la complaisance jusqu’à tracer le plan qu’il lui semble qu’on devrait suivre jxïur faire une réfutation vraiment utile. Malheureusement , je me vois forcé d’être d’un avis différent du sien , du moins en quelque point. « Pour que cette discussion , dit-il , fût » réellement utile , il faudrait qu’au lieu de se » borner à quelques objections partielles et iso- » lées , qui ne peuvent jeter un grand jour sur » le fond de la question , les défenseurs du Car- » tésianisme présentassent de leur côté un enj) semble d’idées dont on pût concevoir l’enchaî- » nement , et essayassent de prouver que la

INTRODUCTION. xj

n Théologie Cartésienne satisfait à toutes les » conditions de la Théologie Catholique.

Ce passage montre dans l’Auteur de l’article une préoccupation qu’il est important de faire remarquer , car elle parait commune à tous les partisans du nouveau système. 11 semble être persuadé qu’il n’y a pas de milieu entre adopter les idées de M. Gerbet , qui sont aussi les siennes, et se déclarer défenseur du Cartésianisme. Nous ferons voir que c’est là une fausse persuasion. Il est incontcst^le , je l’avoue , que quelques objections partielles et isolées ne peuvent pas , généralement , être données pour la réfutation complète d’un ouvrage dont elles n’attaqueraient qu’une partie ou quelques détails. Je pense néanmoins qu’il faut mettre à cette maxime une exception , et c’est le cas où il s’agirait d’un ouvrage qui reposerait tout entier sur un principe fondamental contre lequel on présenterait une objection insoluble. Dans ce cas , cette objection unique suffirait pour renverser tout l’ouvrage , et je ne vois pas ce qui manquerait à la réfutation. Il est assez clair que si l’on sape le fondement d’un édifice , il est nécessaire que tout l’édifice s’écroule , quelque belle apparence qu’il puisse présenter. Cependant , dans ce cas même , il pourrait encore être utile de faire voir que i'ouvrage n’est pas moins

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«léfectueiix clans le détail et dans les conséquences que dans le principe.

Mais il ne paraît pas être également incontestable que , pour faire une réfutation vraiment utile de l’ouvrage de M. Gerbet , il soit nécessaire de prouver que h. Philosophie Cartésienne satisfait à toutes les conditions de la Théologie Catholique. Cela pourrait être jugé nécessaire si la réfutation se faisait au profit du Cartésianisme , si l’Auteur de la réfutation se donnait pour le défenseur ou l’apologiste du système Cartésien , et annonçait la prétention de justifier ce que M. Gerbet appelle la Théologie Cartésienne. Mais s’il arrivait que celui qui entreprend cette réfutation fût absolument étranger au Cartésianisme et ne s’en donnât nullement pour le défenseur , il semble cpie tout ce qu’on pourrait raisonnablement exigçr de lui , serait de prouver que la Théologie de M. Gerbet ne satifait pas ellcî-méme à toutes les conditions de la Théologie Catholique. Car ce n’est j>oint*sans doute la Théologie Catholique qu’il est question de justifier. Nous devons rejeter sans hésiter tout ce qui ne s’accorde pas avec l’enseignement de cette Théologie , que ce soit la doctrine de Descartes ou celle de M. Gerbet lui-même.

Depuis quelques années les mots de Cartésianisme et de Gallicanisme soat continuellement

INTRODÜCTION. XU]

à la bouche et sous la plume des écrivains d’une certaine école. C’est uniquement au Cartésianisme et au Gallicanisme qu’ils en veulent , ce sont là les monstres qu’ils ont entrepris de combattre de toutes leurs forces. A les entendre , quiconque ne pense pas comme eux , n’adopte pas toutes leurs idées et s’avise de les contredire , est par-là même convaincu d’être Cartésien ou Gallican , et , à ce titre , doit être condamné sans qu’il soit besoin d’écouter scs raisons. Cependant , si vous ne vous laissez pas effrayer par les mots , et que vous lisiez attentivement leurs écrits , pour y trouver ce qui y est et non ce qu’ils annoncent , vous verrez que , le plus souvent , le Cartésianisme et le Gallicanisme sont entièrement en dehors de leurs discussions philosophiques ou théologiques. On peut très-bien n’étre pas de leur avis et les réfuter , sans se déclarer pour cela Cartésien ou Gallican. On en aura , nous l’espérons , une preuve manifeste dans cette réfutation. Nous ferons constamment abstraction du Cartésianisme , et nous réfuterons les raisonnemens que l’Auteur croit diriger contre les Cartésiens , tandis qu’ils attaquent une doctrine et des principes beaucoup plus anciens que Descartes. N’étre ni Cartésien ni Gallican n’est peut - être pas la seule ‘chose qu’on doive exiger d’un écrivain

IXTRODÜCTIOrr.

Catholique. Il y a d’autres écueils tout aussi nécessaires à éviter. Ou n’est pas certainement à l’aliri de toute erreur , par cela seul que l’on combat une erreur , ou ce que l’on croit être une erreur. Ce n’estpas chose nouvelle de donner dans l’excès opposé à celui qu’on s’est proposé de combattre. La crainte du Pélagianisme peut conduire au Jansénisme ; et le Janséniste n’est pas justifié parce qu’il lui plaît de traiter ses adversaires de Pélagiens , et de protester qu’il a en horreur les dogmes de Pélage. Nous ne les détestons pas moins que lui , mais nous savons que la doctrine Catholique tient seule la vérité , et qu’elle combat également les erreurs les plus opposées entr’elles. 11 est loin de notre pensée de vouloir faire une comparaison injurieuse , ou censurer des opinions que l’Eglise ne censure pas ; mais nous pouvons dire avec vérité qu’il ne s’agit pas ici de justifier Descartes , ni de savoir si c’est lui qu’il faut croire plutôt qu’un autre philosophe quelconque. La chose importante est d’examiner si les principes qu’on oppose à Descartes ont plus de solidité que ceux de ce philosophe.

Quand il serait clairement démontré que Descartes a posé dans les airs la pierre fondamentale de son édifice , il resterait encore à savoir si son adversaire , architecte plus habile , a bâti sur le roc. '

INTRODUCTION

Je vais donner une,preuve bien manifeste , et puisée dans l’article même déjà cité , que l’on peut très-bien , en s’en tenant à la doctrine Catholique , combattre la nouvelle doctrine , sans défendre celle de Descartes, surtout entendue comme l’entend M. Gcrbet. a S’il est , nous dit- » on , une maxime universellement reconnue » par les théologiens catholiques , c’est que le » principe de foi n’est pas dans la raison : cela » est même de foi , dit Suarez. -ai^Ibid.p. gS.) Oui , '^cette maxime est incontestable , elle est universellement reconnue par tous les Théologiens , sinon comme étant de foi, ainsi que vous le faites dire à Suarez , du moins comme indubitable. Il n’est point de Catholique qui ne doive l’admettre ; et si les Cartésiens se permettent de la contredire , je n’ai garde de les défendre. Condamnez-les , dites-leur même anathème , si cela vous plaît , je ne m’y oppose pas , j’y souscris au contraire de grand cœur. Si vous n’allez pas plus loin , je n’ai rien à dire. Je n’examinerai même pas si c’est à tort ou à raison que vous accusez les Cartésiens de placer le principe de foi dans la raison. La chose , il faut l’avouer , parait un peu étrange. On ne conçoit guère que les Cartésiens , niant une vérité de foi , ou enseignant un principe contraire à la foi , n’aient pas été condamnés comme hérétiques ou comme

IlVTROmTCTIOR'.

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suspects d’hérésie. Il faudrait soutenir que l’Église ne s’est pas jusqu’à présent aperçue de leur erreur : cela serait fort extraordinaire. Mais c’est là une question qui m’est étrangère , et à laquelle je ne veux pas m’arrêter. Je ne prends pas la défense de Descartes ni de ses partisans. La seule chose qu’il m’importe de défendre est la doctrine de l’Église Catholique , et je conviens avec vous que cette doctrine enseigne que le principe de foi n’est pas dans la raison. Etes-vous satisfait ? pas encore. Vous voulez que je vous accorde que les Cartésiens soutiennent que le principe de foi est <^ans la raison. Franchement , je ne crois pas qu’il en soit ainsi ; mais , pour ne pas contester , je ne vous contredirai pas. Est-ce assez ? Non. Vous exigez de plus que je dise avec vous que le principe de foi est dans la raison générale. C’est là votre article de foi à vous. C’est de cette manière que vous interprétez la maxime universellement reconnue par les Théologiens Catholiques. Vous ne regardez les Cartésiens comme hérétiques que parce qu’ils placent le principe de foi dans la raison individuelle ; tandis qu’ils devraient le placer dans la raison générale. Ici , malgré toute ma bonne volonté, je ne puis plus être de votre sentiment. La maxime universellement rcconuueest, dites-vous, que le principe de foi n’est

INTRODUCTIOÎT.

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