Examen d'un passage des Stromates de saint Clément d'Alexandrie, relatif aux écritures égyptiennes
Lorsqu en 1822, feu M. Champollion le jeune fit connaître par sa lettre à M. Dacier (1) sa découverte de la lecture de plusieurs légendes royales et impériales hiéroglyphiques, sculptées pendant la domination grecque et romaine , sur les monumens d’Egypte , ce savant regardait encore à cette époque le courant des textes sacrés comme essentiellement idéographique, et dans son opinion, les caractères employés comme phonétiques à la transcription des noms des souverains ne le devenaient que par une dérogation au principe constitutif de ce système d’écriture (2). En 1824 parut son Précis du système hiéroglyphique ( 3 ). Durant un intervalle d’environ deux ans qui sépara les deux publications , les idées de
(1) Lettre à M. Dacier, sur les hiéroglyphes phonétiques', par M. Champollion jeune, in-8. Paris, chez Firmin Didot.
(a) Lettre à M. Dacier, pag. 1/39.
( 3 ) Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens. Paris, i 8 ? 4 > in-8. Imprimerie royale.
M. Champollion avaient subi des modifications capitales; le principe phonétique n’était plus à ses yeux un moyen auxiliaire d’expression dans l’écriture hiéroglyphique , il en était Famé , Télé ment vital (i) , et son ouvrage fut en grande partie consacré au développement de cette proposition fondamentale (a). Une telle assertion , qui semblait si contraire aux traditions de l’antiquité, qui renversait les opinions admises jusqu’alors sur la foi de ces traditions, n’excita point toutefois l’étonnement auquel il eût été naturel de s’attendre ; elle fut considérée comme une suite de cet ordre de faits inattendus que les premières recherches de M. Champollion avaient révélés à l’Europe savante; faits incontestables, quoique la raison et le principe n’en eussent point été expliqués. La nouveauté de la théorie consignée dans le Précis imposait à son auteur la nécessité de l’étayer du plus grand nombre de preuves qu’il lui serait possible d’apporter. Il sentit combien
(i) Précis, p. 57 , 58, 3ao et. passim.
(a) Je ne fais ici que constater comment 1rs changemcns survenus dans les doctrines de M. Champollion ont influé sur sa manière d’interpréter les textes des auteurs anciens , et comment le passage de saint Clément d’Alexandrie, que je vais examiner, a acquis l extréme importance qu’il a aujourd’hui. A dieu ne plaise que l’on me soupçonne de reprocher au célèbre archéologue d’avoir adopté des sentimens diflerens dans des publications qui se rattachent à diverses époques de sa vie. Dans les sciences de faits et de découvertes, le droit de modifier indéfiniment son opinion , d’après des raisons suffisantes, est la condilion de tout progrès, le premier moyen de perfectibilité
il lui importait d’en retrouver l’indication dans les auteurs de l’antiquité, et de prouver que jusqu’alors on les avait mal compris. Si l’écriture hiéroglyphique était en effet composée en majeure partie de caractères disposés alphabétiquement, si elle était intelligible à toutes les .classes de la nation égyptienne (i), il était peu probable que ce système graphique, analogue aux habitudes
(i) En réfléchissant avec quelque attention au mécanisme de l’écriture hiéroglyphique phonétique, tel que l’a entendu M.Champoliion , il est facile de s’assurer que , lors mémo qu’elle eût disposé de douze à quinze signes homophones dificrens pour chacun des vingt-deux ou vingt-trois sons dont elle se compose , elle eût été néanmoins beaucoup plus facile à lire qu’aucune des écritures alphabétiques ordinaires : celles-ci, employant des caractères de forme arbitraire, souvent multiple, souvent diversifiée par des altérations calligraphiques, demandent un exercice habituel pour devenir familières. L’écriture hiéroglyphique se servait de formes constamment les mêmes, d’objets naturels dont la dénomination usuelle portait en première ligne la lettre que chaque caractère était chargé d’exprimer; il ne s’agissait, pour avoir la clef de ce système graphique, que de reconnaître l’iinagc de ces objets, que l'on avait sous les yeux dès l’enfance, de posséder la langue égyptienne , et de réunir à ces connaissance^, qui certes n’exigeaient aucune étude de la part des habitans de la vallée du TXil , une notion du principe en vertu duquel tout hiéroglyphe phonétique représentait la lettre qui était la première de son nom, principe tellement simple, qu’il n’a besoin ,,pour être saisi, que d'être énoncé et appliqué une fois. Quelles que soient les modifications que M. Champolliou s’est vu contraint de faire subir à celte proposition qu’il avait avancée d’abord d’une manière absolue , que « les signes rc- « connus pour phonétiques dans les noms propres, conservent cette « valeur phonétique dans tous les textes hiéroglyphiques où ils sc «rencontrent,!* (Précis, p. 5o) il est indubitable que ces modifications doivent être peu nombreuses, et cela, pour des raisons dont plusieurs peuvent, être aisément pressenties, mais que ce n’est ici. ni le lieu , ni le temps d’exposer.
des Grecs et des Romains , quoique sous des formes différentes de celles qui leur étaient familières, eût entièrement échappé à leurs investiga-
tions. Mais il était absolument impossible de tirer à cet égard aucune induction des récits d’Hérodote , de Diodore de Sicile, de Strabon , de Plutarque, de Pline. M. Champollion se vit forcé de récuser le témoignage de ces écrivains , et voici les raisons sur lesquelles il se fonda :
« C’est surtout à cette persistance bien remar- « quable des Égyptiens ( i ) à n’introduire dans leur « écriture , même pour peindre les sons , que des «caractères images d’objets naturels, qu’il faut « particulièrement attribuer l’opinion erronée qui a nous a été transmise presque unanimement par « les auteurs anciens , opinion d’après laquelle « lecriture hiéroglyphique égyptienne aurait été « formée seulement de signes figuratifs des objets « et de signes n’exprimant les idées que d’une « manière symbolique ou énigmatique : telles sont « du moins les données générales que les savans « modernes peuvent retirer de tout ce qu’ont « écrit sur ce système graphique les Grecs et « les Romains , qui ne portèrent jamais dans « l’étude des langues et des écritures des peuples « orientaux autant de soin et d’esprit d’analyse « que le font les Européens actuels : un seul au - « leur grec a démêlé et signalé dans V écriture
(i) Précis , p. 3ao.
« égyptienne sacrée les èlémens phonétiques , les - « quels en sont pour ainsi dire le principe vital.
« Les recherches des modernes partant des seules « données fournies par les auteurs classiques n’ont « pu par cela même conduire à des résultats port sitifs Il est vrai (i) qu’aucun de ces auteurs,
« soit grec soit romain, ne s’était proposé de trans- « mettre à la postérité une définition complète et « développée de ce système graphique. Clément « d Alexandrie s'est lui seul occasionnellement u attaché à en donner une idée claire , et ce phi - « losophe chrétien était bien plus que tout autre « en position d'en être instruit. »
« Lorsque mes recherches et l’étude constante « des ruonumens égyptiens m’eurent conduit aux « résultats précédemment exposés ( ceux qui for- « ment la matière du Précis), je dus revenir sur « ce passage de saint Clément d’Alexandrie que j’ai « souvent cité, pour savoir si à la faveur d’un « examen soutenu des inscriptions hiéroglyphi- « ques le texte de l’auteur grec ne deviendrait pas cr plus clair et intelligible qu’il ne l’avait paru « jusqu’alors. J’avoue qu’alors les termes me sem- « filèrent si positifs et si clairs , et les idées qu’il « renferme si exactement conformes à ma théorie . « de l’écriture hiéroglyphique, que je dus crain- « dre aussi de me livrer à une illusion et à un
« entrainement dont tout me commandait de me « défier. »
(i) Vrccis, p. 5a;.
Ces paroles donnent une idée du prix que M. Chain pollion attachait à une décision en sa faveur de la part du savant prêtre d’Alexandrie. Son célèbre passage des Stromates, devenu récemment l’objet de nombreux commentaires (i) est en effet du plus grand poids dans la question des écritures égyptiennes; tout concourt à donner de l’autorité au témoignage de Clément, et la vaste érudition dont il fait preuve dans ses ouvrages , et sa position dans une ville devenue le centre des traditionsantiquesetdes croyances nationales dont le philosophe chrétien fut le contemporain (a).
Pour éclairer la discussion actuelle , pour mettre la pensée de Clément dans tout son jour, il est indispensable de savoir à quelle occasion fut écrit le passage qui va nous occuper. Il appartient au cinquième livre des Stromates, consacré à traiter de la foi chrétienne. nspl piv yviocrocoO
ToaaûTa, gj ç èv èn^po[xr ( . Xopwp.£v $'e 7$ï) èm^rà ,
xat Sri TTjV maTiv aùôiç àiaÔprjTsov (3). De gnostico
(i) M. Letronne. Voyez Précis du syst. hier., i rr édit. pag.3a8, 4oi ; a* e'dit. Paris, i8a8, p. 277; Edinburgh Review, décembre i8a6, mars 1817. — M. de Klaproth. Lettre suf* la découverte des hiéroglyphes acrologiques, pag. 3a, 4^. — M. de GoulianolT, Questions archéographiques . — M. Weiske, Lettre à M. Spohn. V. de Lingua etliteris veterum AEgyptiorum.
(a) Euseb. Eccl. Hist. 1. V, c. u. — Id. Chron. can., p. 216. — Syncell. Chronogr., pag. 355. — V. M. Cbainpollion , Précis, p. 383. — Cf. Aristidem. orat. AEgypt. p.36o, T. II opp. ed.Jebb — Zoëga, de Usu et origine obeliscorum . Romæ, 1790, p. \i\ et
(3; Clementis Alexandr. Strom., lib. V, in princip., pag. a33 edit. Sylbtirg. j p. f>43 édit. Potter.
( swe de cognitione ) quidem hæc quodammodo cursim su mus persecuti : jant autem pergamus ad ea quæ deinceps cor.sequuntur, atque fides quidera rursus est consideranda.
Clément établit la différence qui existe entre l’ordre de foi et l’ordre de science ou de conception (i). Après avoir djt que le premier peut être indépendant du secqgd ( 2 ) , il s’attache à démontrer que des mystères, objets de foi, se trouvent dans les dogmes sacrés de diverses nations , des Hébreux, des Égyptiens (3) : les allégories, les paraboles, furent chez certains peuples un moyen d’exprimer la pensée (4). Les philosophes jetaient sur leurs doctrines un voile qu’ils ne soulevaient que pour un petit nombre de leurs disciples (5) : partout et en tout temps il exista des mystères impénétrables à la raison de l’homme (6). C’est parmi les procédés employés pour revêtir la pensée de formes symboliques que saint Clément range l’écriture hiéroglyphique des Égyptiens^).
En rapportant ici ce passage tant de fois cité (8), j’ai eu soin de le donner plus complet qu’on ne l’a fait jusqu’à présent Cette précaution ne laissera aucun doute sur le sens général dans lequel
(i) Strom, lib. V,$t, p. 233-645. — (2) Ibid., $ 3 , p. a 37 - 655 . Cf. Gcnt. Herveti Comment. , in lib. V Strom., Comment, p. 162. — ( 3 ) Strom. V, $ 3 , p. 237-656 j § 7, p. 212-670. — -(/j) § 8, p. i\ï-&7\ et sqq. Cf. Origen. coatr. Cclsum, lib. 1 , p. 11. — ( 5 ) Strom. V, §9, p. *4 5-6 80 et sqrj. - (6) 8, p. 242, 243-672 et
passim. — (7,8)^ 4> T* 237-672.
ii a été conçu. Le voici avec la traduction latine de Potter,que j’ai re^ifiée sur quelques points où elle m’a paru inexacte.
AÙTtxa oî irap’ Aiyu7rrtoi<; irai&euofifivoi, 7cpwTov (xèv 7rdv- Va >v twv aiyuiTTttov ypapttxaTwv (jlsÔo^ov ÈxptavôavouGi, tyîv È7riGTo}.OYpa<ptxY}v xaXoujjtivijv* ^EUTÉpav &è, tyîv t£patixyiv, 9) ypwvTai ot tepoypajxaqpeîç* ÛGTaTviv $& xal ts- ' >£uratav, tyîv tepoy^uçcxvfv* tqç r\ ptsv èort &tà twv ‘ttqwtwv
GTOI^EIWV, XUptO^OytXT). É GUIxêollXY^ TY|Ç GUpt€oXlX7;Ç
■fl jxèv, xupto^oyarai xaToc ptipiGiv. È worep Tpomxwç ypa<peTai* H , avTtxpuç dX}.Yiyop£tTat xara Ttvaç aivcyptou;. HXiov youv ypa^at (3o’Aopi£vot , xux^ov 7 Toiqugi‘ ge^vyiv Si , Gyripta pfirjvoei^èç , xarà to xuptoXoyouutevov eI&oç* Tpoirtxwç £è , xaT’otxewTYjTa [ZETayovTeç xal (X£TaTtôÉvT£ç* rà e£a^aTTOVTîç* t à ^oXXaywç ptETaG^Y) ptaTtÇovTe;, ^aparrou-
giv. Toùç youv twv PaotXéwv Èicatvouç ÔfioXoyouptivotç (xu- Oot; rapa^t^ovTe;, àvaypacpouGt &tà twv àvapXû<pwv. Tou Sè xaxà toùç atvtypLOiiç , TptTou a&ouç , &£Ïy{xa eaTw to&e* xà |/.èv yàp twv aXXwv aGTpwv &tà tyîv iropEtav tyîv > 0 Ç/IV, 0 <p£U)V GWptaOlV àirfitxa^ov. Tov &£ É> 10 V TW tou xavôapou* 8TC£t^vi xux^oTEpè; £X tou (îoetaç ovÔou Gyr.ua nXoccâp.£voç , àvTtirpo'GWTCo; xuXiv&Ei. Ornai' èi xal è^dptYivov jxev Otto yvjç* 8aT£pov èi tou^touç Tptvîpta, to £ôov touto ûirèp yr,; &iaTTao8ai‘ G 7r£p(xaiveiv te eiç tyîv G<paîpav, xal yevvav* xal 8 y^vv xavÔapov ptY) yivfioôat. ïldvTEç OTN , w; ÊVoç Etrav, ot SeoXoyYfGavTfiç , papéapot T£ xai Ë^X^vfç , t àç |xàv àpyàç twv TcpayjxaTwv a77£xpu<j/avTO* TYjv àXr*- Ô£iav atvtyjxaGt xal GuptêoXotç , à^^yoptatç te au xal pt£- Ta(popatç xai TOtouTotGt tigi Tpo'rot; 7rapa^£^wxaGtv. x. t. X
Jara veroqui docentur apud Ægyptios, primam quidera diseunt ægyptiarum literarum viam ac rationem , quæ voeatur epistolographica : secundo autem hieraticam qua utuntur hierogrammates.
Ultimam autem hieroglyphicam : cujus una quidem species est cyriologica per prima elementa ; altéra vero symbolica. Symbolicæ autem una quideru est juxta imita tionem cyriologumena ; alia vero scribitur veluti tropice. Àlia vero fere significat per quædam ænigmata. Quum solem itaque volunt scribere, faciunt circulum : lunam autem, figuram lunæ cornuum formam præ se ferentem, convenienter ei formæ quæ cyriologumena dicitur. Tropice autem per convenientiam traducentes, et transferentes , et alia quidem immutantes, alia vero mullis modis transfigurantes, insculpunt. Regum itaque laudes sacris fabulis immiseentes , anaglyphicis describunt. Tertii autem generis , quod fit per ænigmata , hoc sit indicium : alia quidem astra, propter obliquam conversionem , assimilabant corporibus serpentum : solem vero scarabei : quoniam cum rotundam ex bubulo stercore effinxit figuram, eam vultu adverso convolvit. Aiunt autem hoc quoque animal, sex quidem mensibus sub terra, alteram vero partem anni vitam degere super terram, et semen in globum emittere et gignere, et non nasci fœminam scarabeum. Omnes ergo, ut semel dicam, qui de rebus divinis Iractarunt, tam barbari quarn Græci, rerum quidem principia
occultaverunt; veritatem autem ænigmatibus, signisque ac symbolis et allegoriis rursus et metaphoris, et quibusdam talibus tropis modisque tradiderunt, cet.
L’écriture hiéroglyphique, comme nous l’apprend Clément , se compose de deux classes principales de caractères , dont la seconde comprend trois subdivisions. J’en ai dressé le tableau suivant, dans lequel l’ordre de classification et les expressions même de l’auteur grec ont été conservées. .
i . Hç ( T7)ç iepoy>u<piX7)<; (xeôo&ou ) y\ ptiv è<rri &ià twv T rpwTwv G<ro tyeuov xuptoXoyix?)'.
H auu.ê<Aixy)‘
TYÎÇ oè <7l»|xêo'Xlxf 1 Ç
I H (xèv, xupto^oyetrai xarà pu-
I fXTJfflV*
J H ^’ca<77rep Tpomxwç ypa<peTat #
H &è, avrtxpuç à»/)yop£trai xara ! nvaç atvtyjxouç.
M. Letronne reconnut comme M. Champollion les caractères phonétiques dans cette partie de l’écriture hiéroglyphique que Clément désigne par ces paots : xupioXoytx'/i à rwv TrpcoTwv errotyacov. Il entendit i 0 des caractères cyriologiques , c’est-àdire exprimant des objets au propre ; 2° par le moyen des premières lettres alphabétiques. ZTotyetwv désigna toujours dans sa pensée les lettres , les
lettres alphabétiques ; irp(ox<ov, donna lieu de sa part à deux interprétations. Il vit d abord dans ce mot rindication des premières lettres alphabétiques, une assimilation avec les sons les plus élémentaires de l’alphabet grec; mais on trouva cette explication peu naturelle , et il parut singulier que Clément d’Alexandrie allât chercher son exemple dans l’histoire obscure de l’alphabet grec pour expliquer la nature de celui des Égyptiens. Restait l’autre interprétation , à laquelle M. Letronne s’est arreté définitivement, et qui rentrait dans la première sans en avoir les inconvéniens; car elle consistait à dire que le mot irpwra se rapporte , non à l’alphabet primitif, tel qu’était l’alphabet phénicien , mais aux sons primitifs en général , c’està-dire aux plus élémentaires et aux plus simples de tous (i).
Le commentaire de M. Letronne est, au surplus, rempli d’érudition; et la question, traitée d’une manière purement philologique, l’a été avec cette supériorité qui n’appartient qu’à lui.
Voici le tableau de l’écriture hiéroglyphique d’après sa version du texte de*saint Clément :
Cyriologique, par le moyen des premières lettres de l’alphabet.
L’ écriture hiéroglyphique est \ Symbolique,
Comprenant Us
caractères
Cyriologiques par imitation.
Tropiques.
' Énigmatiques.
fi) Précis, deuxième e'dition , p. 377.
Il reste maintenant à savoir si les faits confirment l’économie de cette classification. Le savant helléniste qui a fait souvent un usage si heureux de ses connaissances archéologiques pour restaurer ou éclaircir des textes obscurs , conviendra sans doute avec moi qu’un rapprochement du passage de l’auteur alexandrin avec les monumens est le véritable moyen , sinon le seul , d’arriver à une solution entière et définitive de la difficulté qui a été soulevée.
C’est sous ce rapport que je vais entreprendre l’examen de ce texte si remarquable.
Avant d’entrer en matière il est bon de fixer nos idées relativement à la différence qui existe entre chaque sorte de caractères hiéroglyphiques, différence indiquée par les anciens , et qui a pour elle l’autorité des monumens.
Les premiers signes et les plus simples sont ceux qui , pour faire concevoir l’idée des objets , en retracent une image exacte, et les expriment par une simple imitation de leur forme. C’est ainsi que dans la pierre de Rosette les mots du texte grec vaoç , chapelle, eixa>v , image , £oavov, statue, à<mç, aspic, ffTvftn, stèle, son^ traduits hiéroglyphiquement par ces objets eux-mêmes reproduits avec la plus grande fidélité : ce sont les caractères figuratifs propres de M. Champoilion.
Mais il est des objets dans la nature, qui ne sauraient se prêter à une représentation exacte de leur forme. Les Égyptiens les retracèrent , soit en
abrégé soit d’après l’idée qu’ils en concevaient. Un cercle peignait le soleil; un croissant, la lune. I^a meme méthode servait pour exprimer Veau , les libations , un temple f un édifice „ etc. Ces caractères portent, dans M. Champollion, le num de figuratifs abrégés ou conventionnels. Je les appellerai figuratifs (i) mimétiques.
Les signes tropiques formés, par métonymie, par synecdoque et métaphore, représentaient, par exemple, une offrande par un bras étendu ; l’idée de mois , par le croissant de la lune , etc. Les Égyptiens, par la méthode énigmatique, rendaient une idée à l’aide de l’image d’un objet physique qui n’avait avec cette idée que des rapports fort éloignés et tirés de leurs croyances cosmogoniques ou religieuses. C’est ainsi qu’un serpent tortueux figurait le cours des astres ; le scarabée était le symbole du soleil.
Il y a donc quatre sortes de caractères ay^nt chacune un mode d’expression particulier; f° les caractères figuratifs propres ; 2 0 les caractères figuratifs mimétiques; 3° les caractères tropiques ; 4° les caractères énigmatiques ( 2 ).
Si nous revenons actuellement au tableau de
(1) Je regrette de ne pouvoir franciser KvpioUyoû/utrtr qui est dans le texte grec : ce mot ne peut être remplacé par celui de cpio logique , et il ne l’est qu’imparfaitement par le mot figuratif.
(a) Il est clair que les hiéroglyphes phonétiques ne sauraient être admis défait dans cette énumération, puisque la question qui s’agite actuellement est de savoir si Clément et les autres écrivains anciens en ont fait mentiorç.
M. Letronne, nous y voyons qu’une seule classe d’hiéroglyphes qu’il nomme cjrrïologiques par imitation, en renferme deux cependant bien différentes , les caractères figuratifs propres et les caractères figuratifs mimétiques. Les premiers rentrent ainsi dans la seconde des deux divisions principales tracées par Clément, et sont par conséquent symboliques. « Cette forme , dit M. Letronne , n’étant qu’un des attributs de l’objet, est une sorte de symbole : c’est donc avec raison que Clément rangé ce genre d’expression dans la symbolique ( i ).» Je me permettrai d’abord de faire remarquer au savant académicien que l’on pourrait voir, non sans raison peuj-être, une sorte d’anomalie dans cette dénomination de symboliques appliquée aux caractères figuratifs propres , au moyen d’expression le plus simple qui se soit jamais offert à l’industrie de l’homme. En second lieu , il «st évident que la classification rapportée paf Clément ne saurait lui appartenir, et quelle remonte à l’usage des caractères eux-mêmes. Inhérente à leur nature, dès que l’on eut inventé les divers modes d'expression qu'ils revêtent dans le courant des textes sacrés , elle dut par ce seul fait se trouver établie. Or je demande maintenant si à l’époque où l’on suppose communément que les hommes, n’ayant encore que l’écriture des idées , passèrent des caractères figuratifs aux caractères symboliques, ils purent, en faisant le / * * ’ .
( t) Précis , première ètîilion t page S3i .
premier pas dans ce système de classification , avoir l’idée d’une distinction subtile qui , envisageant séparément dans les objets , et leur substance et leurs modes , leur permît de peindre ces objets à l’aide d’un de leurs attributs nettement aperçu et fixé irrévocablement. D’ailleurs cette considération toute métaphysique ne convient point exclusivement aux hiéroglyphes figuratifs propres, et elle est inhabile à les caractériser ; car les signes de l’écriture hiéroglyphique, figuratifs mimétiques, tropiques ou énigmatiques, étant tous sans exception la représentation d’objets matériels, ont droit aussi bien que les caractères figuratifs propres à être regardés comme la reproduction de la forme d«*ces objets , abstraction faite de leur substanfe, et sont ainsi tous symboliques au même degré.
Mais si l’on se pénètre de la pensée qui a présidé à la conception de la classification des ca- . ractères de l’écriture sacrée, on se convaincra que les divisions quelle comprend ont pour base un principe unique , commun à toutes. Ce principe est la relation prochaine ou éloignée, directe ou indirecte de l’objet représenté à l’idée signifiée. La seule différence qu’il y ait entre un caractère figuratif propre et un caractère énigma- * tique , les deux degrés extrêmes de l’échelle , c’est que l’un est avec l’idée qu’il exprime , dans un rapport simple, imntédial, palpable, s’il m’est permis de parler ainsi, tandis que le second est
. avec elle dans un rapport éloigné , artificiel et presque arbitraire.
La distinction entre les signes figuratifs propres et les signes figuratifs mimétiques est , au surplus, marquée d’une manière bien tranchée par saint Clément. Ce docte père de l’Église caractérise ces derniers par des exemples qui sont tellement propres à la classe à laquelle ils se rattachent , l’image du soleil et de la lune exprimée par un cercle et un croissant, qu’ils excluent forcément les caractères qui font partie de la première classe : les procédés par lesquels les Égyptiens représentaient le soleil , la lune , l’eau , des édifices en abrégé ou suivant la forme attribuée à ces objets, ne pouvant en aucune sorte être les mêmes que ceux par lesquels ils peignaient une stèle pour exprimer une stèle, une statue pour exprimer une statue. '
« Et c’est avec une pleine raison que saint Clément range dans la division symbolique les caractères figuratifs mimétiques, car ces caractères étant une image abrégée, ou conventionnelle des objets , n’en retracent en réalité qu’une partie : ce sont de véritables métonymies par lesquelles l’expression tropique s’écarte déjà d’un premier pas * de l’idée qu’il s’agit de peindre aux yeux , à la différence des caractères figuratifs propres , qui expriment, comme nous l’avons dit, un objet par cet objet lui-même représeilté exactement et dans son entier, et qui ne sont le produit d’aucun pro-
cédé artificiel. Ces caractères, qui sont la base première de l’écriture sacrée, qui ne ressemblent ni aux hiéroglyphes figuratifs mimétiques , ni aux * hiéroglyphes tropiques ou énigmatiques, lesquels sont les trois degrés successifs de l’expression symbolique, doivent nécessairement composer une classe à part , et former ainsi une des divisions principales de tout l’ensemble.
Cela posé, il devient incontestable que les caractères figuratifs propres ne peuvent trouver place sous la dénomination qui s’applique aux caractères figuratifs mimétiques, encore moins sous celle qui convient aux caractères tropiques ou énigmatiques.
Serait-il plus vraisemblable de supposer que Clément a oublié de faire mention de cette classe d hiéroglyphes ? Non , car ils forment une partie essentielle du système graphique sacré; ils apparaissent à chaque instant sur tous les monumens , sur ceux de toutes les époques; en un mot, ils sont , comme le dit M. Champollion , le fondement de l’écriture hiéroglyphique égyptienne (i).
Quelle serait donc la raison pour laquelle l’auteur des Stromates, qui donne des exemples de chacune des méthodes figurative mimétique, tropique et énigmatique, a négligé ce même soin pour les hiéroglyphes alphabétiques si différens des autres, et qui , composent la partie des textes la
(») Précis, p. a 86.
plus considérable Y surtout lorsque la définition de ces caractères est si peu explicite, disons-ie, si obscure, qu'elle a pu arrêter la sagacité de tant d'habiles commentateurs ?
C’est que le sens des paroles du docteur chrétien a été forcé, pour le ployer à une indication qui n’y exista jamais. Si l’on revient au contraire à la version ancienne, version qui s’accorde parfaitement avec les doctrines de l’antiquité, si l’on entend par ces mots : xupio’Xoyix.y; twv xfworwv orotyeuov les carac-
tères figuratifs propres, la pensée de l’auteur grec s’éclaircit, et tout s’explique d’une manière naturelle; l’on retrouve dans une progression ascendante, d’abord en première ligne les caractères figuratifs propres, en second lieu les caractères figuratifs mimétiques, ensuite les signes tropiques, et au dernier rang lessignesénigmatiques. L’écriture hiéroglyphique, en parcourant cette échelle, d’accord avec la marche de l’esprit humain , s’élève de l’expression la plus simple jusqu a l’expression la plus artificielle, et suit une gradation dont la logique seule serait déjà un lumineux commentaire.
On se rend alors compte de l’absence de tout exemple cité à l’appui de la définition des signes figuratifs propres. Avec une simple indication on n’avait qu’à jeter les yeux sur tel monument que ce fut, pour les retrouver sans peine , tandis que, pour discerner dans un texte quels étaient les objets matériels qui y avaient été in-
troduits avec une signification empruntée, il fallait avoir une connaissance acquise de la valeur qui leur était imposée d'après des règles certaines ; et des exemples ajoutés à une définition dans le but de la faire mieux comprendre, étaient nécessaires pour conduire à découvrir dans des images d’objets physiques tout autre chose que l’image même de ces objets.
J’observerai en passant que l’intelligence des hiéroglyphes dépendait ainsi d’une science , qui était celle de la valeur conventionnelle des signes dont cette écriture disposait. Leur interprétation était dans les attributions du hiérogrammate (i) et se trouvait consignée dans l’un de ces volumes dont parle saint Clément à l’occasion de la pompe ♦ •
(i) Quel est le sens que l'on doit attacher aux mot» &< rap' Ai- }ta-T 40 Jc fl-auJit'O/ufro/? Si l’on suppose que les Égyptiens de toutes les classes étaient indifféremment admis à recevoir une même instruction et initiés à la connaissance des trois sortes d'écritures, épistologrnphiquc , hiératique et hiéroglyphique, saint Clément d’Alexandrie sera alors en contradiction, d'abord avec lui-même, car le contraire résulte de l’eusemble du passage et du livre entier d’où ce passage a été extrait, et en second lieu avec Diodore de Sicile, dans lequel nous trouvons une assertion entièrement opposée. La seule explication rationnelle des paroles de l’auteur Alexandrin et l’unique moyen de tout concilier, c’est d’admettre que Tiustruction était inégalement répartie agx diverses classes de la nation. Le chapitre 7 du cinquième livre des Stromales nous fournit sur ce point un excellent commentaire, qui est confirmé par le témoignage de Diodore. • Cum enim , dit l'historien, duplices sint Ægyptiis lileræ, ab omnibus promisçue disci quas vulgares appellitant, sacras au tenu quas nominaol , à
religieuse qu’il décrit au sixième livre de ses Stromates.
Il est encore une autre raison qui explique très- bien la négligence apparente de Clément. Cet auteur, se bornant dans son ouvrage à donner des notions générales sur l’écriture sacrée, ne pouvait citer un exemple des caractères figuratifs propres , sans déroger au plan qu’il s’était proposé, et voici comment : les hiéroglyphes de cette classe n’ont tous dans les textes , comme je l'ai découvert, qu’une présence locale , et n’y existent que pour rappeler occasionellement, soit la scène à laquelle s’adapte la légende hiéroglyphique dans laquelle ou les a fait entrer, soit la destination du monument où elle est sculptée. Cest ainsi que
sacerdotibus tantum sécréta parentum disciplina cognosci (III, 3). » Dans des Recherches que je prépare sur la géographie ancienne de la Nubie, je discuterai le passage entier de Diodore, et j’indiquerai la véritable raison qui lui a fait donner le nom d’ ypat's.yar* à l’écriture hiéroglyphique. D'après ce que nous venons de dire, ne pourrait-on pas penser que M. Champollion s’est un peu hasardé lorsqu’il a vu dans ces mots ot t*/j’ Aiyvrr. ?ra.t6tùi>/uitro t que l’étude destrois systèmes graphiques égyptiens était permise à toutes leselassesde la nation, et qu’il a avancé, sur la foi de saint Clément d’Alexandrie seul, et interprété d’après son opinion , « que ce système ne fut jamais réservé, comme on voudrait parfois le soutenir encore, à une petite fraction, à une classe privilégiée de la nation égyptienne. «Saint Clément d’Alexandrie ne nous dit-il point, ajoute l’auteur du Précis, que, même de son temps, ceux qui , parmi les Égyptiens, recevaient de l’instruction, apprenaient les trois genres d’écriture égyptienne, I’ épistolographique , Y hiératique , et Y hiéroglyphique. ( Précis , p.
( ai )
dans l’inscription de Rosette les seuls caractères véritablement figuratifs propres, stè/e 7 aspic , statue , image j chapelle , ne s’y montrent que d’une manière accidentelle et qui tient a la spécialité du monument. Je ne fais qu’indiquer ici ce simple aperçu , dont le développement trouvera place dans un travail particulier; je me bornerai, pour le moment, à dire que les caractères figuratifs des deux genres, propres et mimétiques, n’ont point encore été étudiés comme ils auraient du l’ètre , et qu’une connaissance approfondie de la théorie qui les régit sera un nouveau pas de fait dans le déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique. Or, si Clément eut voulu citer des exemples particuliers il eût été obligé de descendre dans des détails , de préciser tel ou tel monument, et, par suite , d’indiquer à quelle occasion et dans quel sens relatif ces caractères y avaient été inscrits : ce qui eût entraîné l’auteur dans de longues explications , étrangères sans doute à ses études, comme au dessein de son ouvrage.
Un examen archéologique du passade de saint Clément nous a fait découvrir la véritable pensée de cet écrivain ; tâchons de voir si nous arriverons philologiquement à des résultats autres que ceux que nous avons déjà obtenus,.
Il est bien reconnu que le mot Kupto^oyntYi ne présente ici aucune incertitude : il désigne clairement cette partie de l’écriture hiéroglyphique qui reproduit les objets au propre : xypioXoyixiff , xupiQ- 1
Xoyeî<TÔat, c’est s’exprimer au propre, et non d’une manière ftiétaphorique, ou par périphrase. La difficulté ne tombe que sur les mots &ià Tüiv 7Tp(0tw* <rroiyeta>*, ou plus réellement sur droiyetwv, dont la signification doit être connue, pour arriver à celle de irptorwv, et avant de savoir quelle est la modification qu’il reçoit de ce déterminatif. Occupons-nous de (TToiygiwv. Cette expression prise isolément s’offre comme un de ces mots vagues, ' d’une extension illimitée, et qui ne reçoivent . une acception précise que du sujet auquel ils se fient, ou du lieu où ils se trouvent placés; si, pour arriver à sa signification radicale, nous le soumettons à l’analyse étymologique, nous trouvons, après l’avoir dépouillé de sâ terminaison ov^ d’abord une partie finale et la même que dans ov, 27ip!.-er: ov, etc. Ensuite 2to ty , racine apparente, qui se reproduit diversifiée dans les mots 2TF!X : w , 2Tir-pi : i , 2TIR-T : oç , ?-STIX : ov, 2TOXa£ : optai , et une multitude innombrable de dérivés que l’on rencontre dans Henry Estienne et’ les autres lexicographes grecs. La racine 2T, qui leur est commune et qüi a été coriservéè avec sa valeur native dans le primitif inusité 2T -à : w, ainsi que dans le verbe latin ST : o, indique l’existence cT une cause fondamentale , la fixité , la stabilité , et devenue la base de 2T-oty-et:ov (2Tbiyàîbv), lui donne la valeur de principe primordial , éC élément constitutif des choses , des êtres : telle est la signi- 1 fication radicale et générique de ce mot.
En voici ta définition philosophique et. grammaticale, avec quelques-unes des nombreuses acceptions particulières dont il est susceptible.
ïrotyeîov roaay w; XtyeTau
iTQtyeiov XeyeTat, è£ où cuyxeiTai TïpwTou èvoirotpyovTo;à^taipéTou tw eiç ht pov et^oç. Otov, cpwvr.ç GToiyeïa
e£ wv cuyxetTat iq <pwvv), xal et; à ^taipeiTai ecyaToc.....; QfAQibjç xal toc twv GwptaTwv aroiyeia Xeyouaiv, olXéyovTe;, etç à&iatpetrat toc cwpuxTa tcyct'za. * èxeïva &è pfyjxeT et; aXXa a&et £ta<pepovTa ffwptara' xal eiTe irXetw Ta TotaoTa, Tocuxa aTOiyeîa Xéyouai. TrapaiïrXYiGiw; xal Ta twv ^caypxp.pLaTwv cTotyeta ‘kéytzau. , xal oXw; Ta twv ot 7 To^£tÇewv..... £to xal tô (xixpov xai ârXoOv xal à&tatpeTov, GTOtyetov XeyeTac oÔev àXyfXuOt Ta ptocXtcrra xaÔoXou GTOty eta elvar oti éxacTwv aÙTwv tv ov xal <x 7 rXoûv, èv 7C0XX01; èrcapyet, */) ica- Gtv, v; oti TrXetGTQL;. Kal to ev xal tt.v GTtypt^v, àpya; Ttot £oxet etvat, ticei oùv Ta xaXoujxeva yévr, xaOoXou xal à&taipeTa , (et; yap> «<m Xoyo; aÙTwv, ) <rroty eîa Ta yevr) XeyouTi
rive; àiràvTwv xotvov, to elvat «rroiyetov exaGTOu, vù
rpwTOv evurrapyov éxacrrw.
(Aristot. Metaphys. lib. IV, c. 3.)
Elementmn quot raodis dicatur.
Elementum dicitur, ex quo componitur primo inexistente indivisibiltspecie in altérant speciem : nt vocis elementa ex quibus componitur vox, et in quæultiina dividitur Similiter etiam corpo-
rum elementa dicunt, ea dicentes ultima iu quæ corpora dividuntur : ilia vero, non amplius in alia specie differentia corpora, et sive unuin , sive plura hujusmodi sint, hæc elementa aiunt. Similiter autem figurationum quoque elementa dicuntur, ac simpliciter demonstrationum. Quare et parvum et simplex et indivisibile elementum dicitur. Unde et evenit quæ et maxime universalia sunt, elementa esse : quoniam cuin unuraquodque eorum unum et simplex sit, in multis aut omnibus aut quamplurimis inest ; et unum et punctum principia esse videntur. Cum itaque ilia quæ généra vocantur universalia et indivisibilia sint ( una enim est ipsorum ratio,) généra quidam dicunt elementa omnibus vero com-
mune est, illud cujusque esse elementum, quod primum cuique iuest.
Dans l’impossihilüé de mentionner les significations si diverses attribuées à 7 nous
nous bornerons aux suivantes ; ce mot désignait :
Les quatre élémens dont les anciens croyaient le monde formé :< &y)Xûv tyjv &tà t&v Teooaptov gtoi- -Tropetav. Clem. Alex. Strom., V, § i4» p- ^56- 71 3 . — Les caractères alphabétiques, ainsi que le son qu’ils représentent : tyïv ht tûv Teacapoiv xal eixocrt <TTor/6tcov yaXaxTto&Q rptor/iv Tpo<pY)v. Ibid. Y,
^ 8 , p. 345-67 STOtyeto v ptèv oùv ê<ttI <pa»vri à&taipeToç , où irôtoa iïX xhpuxe ouv^erri ytyveaÔat <pcoVY).
Aristot. poet. 30. — On disait dans la dialectique
Ta $e GToiyeîa tûv èvOuij.T.jj.àTWv XÉywpuv, GTOiyEÎov dè Xéyto xaî toxov èvôu pL*/j piaTOi;, to aÙTo. Aristot. Rhet. a. Dans la science de l'administration, de l’économie politique: Taûxa crotyeia TcpcoTa xai |xiyt<rra ypr,<j- TŸjç iroXiTeia; è<XTi. Isocr. ad Nie. To yàp vo(i.ic(xa gtoiyeîov xal rapaç ttîç àXkayr^ i<rri. Aristot. Polit., j. On donna le nom de «rroiystov aux astres : Aitova anpaivovTeç,«r>.iov *al •<jeXï)vy)v ypa<pou<Ji, Jià to aitovia eivat oToiyeta. Horap. Hierogl., I-i. — A l’ombre que projette le corps de l’homme au soleil, ce qui était un moyen de mesurer la durée du jour, avant l’invention du cadran solaire, loi pg^oei, ôVav r< &exa-irouv to OTOiyeîbVj^tTrapûçywpEiv iizl ^E’.ttvov. Aristoph. Eccl., 638. — A la forme en bronze d’un âne sauvage, et d’autres objets, auxquels l’empereur Alexandre croyait sa destinée attachée, comme ses courtisans le lui avaient fait accroire : ficoxaTw xiovoç tou <popou èteOt) xai to Tra^à^tov (jTOiyeïbv xai • ÎTcpa or 1 {jt.etoçopixà 7coX>.a. Codin. in orig. constantinop., nurn. 46. rir/icE tov (3a<Ji>ia ÛEaoacôai Ta êv tw wr7ro£popicp oToiyEia. Ici., nurn. 64-
S’il est constant maintenant, et ce fait est hors de toute discussion , que la signification générique de ffTotyEtov, élément de quoi que ce soit , se détermine et varie usuellement, suivant les circonstances où ce mot est placé, il ne reste plus qu a savoir quel est le sens qu’il reçoit ici de la tendance générale du passage. Rappelons-nous que la définition de chacun des caractères de la classe
symbolique ne saurait convenir aux caractères
figuratifs propres, que nous avons été amenés à supposer, ou bien que Clément a négligé de parler de ces caractères, ou bien qu’il a voulu les désigner par les mots XupioXovut^ rwv irpo>T<ov /et'fciv. D’autre part, la définition de premières lettres alphabétiques est précise et spéciale , et elle ne pourrait être commune aux hiéroglyphes phonétiques et aux hiéroglyphes figuratifs p*oprc$, qui, dans l’hypothèse de M. Le trou ne, sont symboliques, tandis que les premiers, c’est-à-dire les caractères cyriologiques , au moyeu des premières lettres alphabétiques, reproduisent au propre la forme des objets.
Nous savons qu’il était de l’essence de l’écriture hiéroglyphique de ne se composer jamais que d’images d’objets physiques empruntés dans la nature au règne animal et au règne végétal, mais choisis surtout parmi les produits de l’industrie de l’homme (i). Nous savons que la classification de ce système graphique était fondée sur une relation établie entre le sigue représenté et l’idée signifiée: c’est ce rapprochement qui, effectué de quatre manières differentes, donnait naissance i° aux hiéroglyphes figuratifs propres; a 0 figuratifs mimétiques; 3° tropiques; 4° énigmatiques. Or, ce même ordre d’énumération coïncide de tout point avec cekii de quatre exprès-
{i) Le* monutnen* ont prouvé loute l'exactitude de cette observation qui est de Diodore de Sicile. L. ni , c. 3.
sions différentes que nous retrouvons dans le texte grec : KYPIOAOriKH ptiÔo&o; A1A tôv irptoTeov (TToiyeuüV, KYPIOAOrOYMENON et^oç RATA |xi[X7îgiv, r\
( Upoy^açod) [/.éÔoàoç ) wtrrcp TP0IIIK02 rPA<J>ETAI,
•fl avxtxpuç AAAHrOPEITAI xar à xtvaç aiv*Y(AOuç.
Le sens général du passage nous est parfaitement connu; il est question de l’écriture hiéroglyphique ou d’une peinture d’objets-images (italienne incertitude ne s’élève sur l’acception locale des expressions génériques, xupioXoYixvf, xupio^oyerTai, rpor. ypa<p£Tai, à^V/iyopetrai; elles désignent les rapports qui rattachaient les idées aux objets représentés, ou en d’autres termes la nature des procédés de l’écriture sacrée: ce qui suit nous apprend comment s’opérait l’application
de ces procédés ; c’était
l ° àià tûv irp<oTü>v CTOiy ticav.
‘ 1 ° Kaxà
• 3° Rax oixeionriTa (xerayovTcç , xai p.8TaTiôévT£ç, x. T.
.4° Raxa Ttva; aivtY(*ou$.
Des exemples particuliers complètent ces définitions.
(i) En disant objets-images, nous précisons la signification extrêmement vague du mot objet , qui a déjà donné lieu à une'
interprétation équivoque : iip^hvetKu ^>5oJo; exprime simplement une peinture d’objets matériels sans voir en eux autre chose que ce qui frappe les regards: les circonstances accessoires déterminent le mode de relaliou établi entre les objets et la chose signifiée, et en font une peinture objets-idées..
< Dans chacune d’elles nous devons donc retrouver quatre choses : .
i° Une notion générale commune à toutes , c’est celle de l’écriture des objets-images;
2 0 Une notion de la nature des procédés spéciaux à chaque classe;
3° Celle du mode d’application de ces procédés ;
4 ° Un exemple particulier.
Si nous nous servons de la meme voie d’analyse pour diviser et traduire la phrase qui est ici le point de la difficulté, nous aurons : i° Upoy^ixptxri piGo&oç , écriture hiéroglyphique peignant les objets-images; 2° xupto^oyixtf , les peignant au propre; 3° Sioc tüW xp(oro)v <rr., par les premiers élémens de ces objets (i), tout-à-fait comme dans la phrase suivante: UpoyTaxptxvj jxtôo&oç xupioXoyeîrat, écriture hiéroglyphique peignant au propre les objetsimages xarà (upaicnv, suivant une imitation de ces objets. Il y a entre les deux phrases une parfaite analogie.
Or, que sont les élémens des objets, orot/eta, sinon la matière dont ils sont composés, leur forme, leur couleur, leurs attributs , en un mot tout ce qui leur donne une existence extérieure et appréciable à nos sens, comme dans la géométrie les ÏTot^eta <Wypa(X(xaTû>v (Arislot. supra ), les élémens des figures soumises aux démonstrations, sont les angles, les parallélogrammes, les cer-
(i) L'exemple particulier esl omis: l’on a vu plus haut pourquoi.
clés, cest-à-tlire les diverses parties dont se composent les figures géométriques, et sans lesquelles nous ne saurions en concevoir l’existence, comme dans le corps humain les cTot^eux Gcap.aTixà (AristOt. rapi yev£G£(i>; xai <pôopa;, lib. Il, tit. I,
р. 697 ) sont les os, la chair, etc., ô piv yàp rà ojx.otopt. 5 pYj GTOtyeia tiÔt.giv, otov ogtoûv, xai Gapxa, xal {Xoê^qv , xat tûv aXXa>v, a>v txaGTcov To jxepo; guvwvujxov êgti. Etenim Anaxagoras a a facit elementa rerum quæ similaria sunt, ut os, ut carnem , medullam, cæteraque , quarum cujusque pars eamdem cum Loto sortita est appellationem. Ibid., p. 698.
Le mot GToiyeïov, lorsqu’il s’applique aux élémens des corps, des objets, emporte avec lui l’idée de forme, de figure ; en effet, la transformation d’un corps en de nouveaux élémens ne saurait s'exécuter saqs une permutation de forme ; aussi Suidas traduit [xeTaGTOiyeiouGa par (xeTaG^TjjxaT^ouGa, (x£Ta7r>.aT7ouGa (1). Maintenant TrpwTa s'explique de lui-même; àravTiov xoivov, to civai GTQv/fow éxaGtoü , to 7vpôTov ÈvoTCocp'/ov éxaGTw. Omnibus vero commune est, illud cujusque esse elementum quod primum cuique inest (Aristot. Metaphys., kb^IV,
с. 3); TCpüTa GToiyeta, ce sont les élémens premiers des objets, leurs attributs les plus simples, c’està-dire ces objets memes, considérés uniquement comme une simple image de ce qu’ils offrent aux yeux.
(1) Suidas, in vcrb. juiTttmiytHvj*.
Et lors meme que 2 toi-/uov se rencontrerait employé quelque part d’une manière absolue dans le sens de lettre alphabétique , comment en inférer, contre, l’esprit du passage, qu’il a ici la meme signification ? Dans cette phrase : 7;piüTü>v ixev iravtwv tôv AiyujcTiwv ypap.y.otTwv pif*o&ov èxtv.avOavoucri , le mot ypaajj.aTa)v, dont les Grecs se servaient pour désigner leurs caractères alphabétiques, peut-il être pris dans une acception identique, l’auteur rappliquant, non-seulement aux trois genres d’écriture, mais encore à toutes les classes de l'écriture hiéroglyphique, figurative, tropique, énigmatique, iravtwv. Le passage suivant des Stromales achève de nous révéler sur ce point la pensée de Clément : £uo {xev xuvaç , ivà U'paxa, xat t£iv atav TcepupépoiK» , xat xa 7 .oD<ji Ta Tsasapa ypà {/.purra. (jam vero in iis qnoquequæab ipsis vocantur deorum xwpuxoriai ( i ), au reas imagines) duos quidem canes, unum autem accipitrem et ibim unam circumferunt, et quatuor imnginum simulacra vocant quatuor Utérus (2). ( Strom, V, 7, p. il\ i-67 1 . — Cf. Ælian. Hist. anijnâl. lib. X, c. 3 o. ). Pline ne dit-il point: Seulpturæ illæ effigiesque quas videmus, Ægyp-
(1) Cf. Nicol. Caussin. de Symbol, ægypl. sapient., p. 207, 208.
(2) Ces paroles de saint Clément nous aident à comprendre ce que veut dire ypxyfAA'ray ‘rpàtot dans les Symposiaques de Plutarque : ’Ep/uit \iy$rtu Star ir Kiyînr'ttp ypifAfJiti'Ttt v pivot tvptïr 6 io xcli to t ai ypAju/udrar AiyvirTioi irpa'TOi iCit ypcLffior**, â( "£p/u* rperxtnoo-xr. Convival. problern. 1 . ix, c. a, p. 738 . - Cf. Horap. hirrogl. i-36.
tiæ sunt literœ. Hist. uat., lib. xxxvi, c. 8. Sans qu’il soit possible de voir la moindre indication d’un procédé alphabétique dans les paroles du naturaliste ou de l’écrivain ecclésiastique, comme dans une foule de passages semblables que nous fourniraient au besoin Diodore de Sicile et les autres auteurs anciens. Et cependant ces auteurs s’adressaient à des Grecs ou à des Romains, et cela, sans balancer à se servir des mots literœ , ypafqjuxTa, dans un sens entièrement différent de celui qui leur était attribué par les usages de leurs concitoyens.
11 nous reste à faire le rapprochement immédiat de la définition des caractères cjrio logiques au moyen des premières lettres de l'alphabet , avec les faits archéologiques auxquels elle se rapporte ; et il suffirait de cette épreuve dans la question actuelle , car la première condition de toute interprétation est nécessairement de s’accorder avec les faits quelle a pour but d’expliquer. Les hiéroglyphesde cette classe doivent, ainsi que nous l’avonsvu , avoir deux traits distinctifs et essentiels: i°Être cyriologiques, c’est-à-dire exprimer les objets au propre; 2° les exprimer au moyen des premières lettres alphabétiques. Il faut donc que ces deux conditions se # trouvent réunies dans tous les hiéroglyphes phonétiques , car l’absence de l’une d’elles violerait les règles constitutives de leur classification.
Recourons maintenant à l’alphabet de M. Cham-
pollion. Si nous en éliminons les signes qui ne sont que des variantes d’une meme forme, il reste quatre-vingt-douze caractères différens ; quinze ou seize dans ce nombre représentent des objets inconnus , ou sur lesquels on ne peut hasarder que des conjectures. Parmi les soixante-dix-sept ou soixante-dix-huit qui restent, il en est plusieurs qui ne peuvent, sous aucun rapport, être considérés comme cyriologiques, et qui échappent ainsi à l’une des deux lois que renferme la définition précitée. Les voici avec la meme valeur qui leur a été assignée par M. Champollion :
N° (>. Tète d’épervier surmontée du disque solaire. C’est un rapprochement de deux caractères; le premier figuratif abrégé, le second figuratif conventionnel.
N° 3 y. Sceptre à tête de schacal : combinaison symbolique de deux caractères dont le premier est tropique , le sceptre pour la royauté ; le second énigmatique, la tête de schacal pour rappeler le diei\ Anubis.
N> 37. Vase d’où s’échappe de l’eau : combinaison symbolique qui signifie consécration , purification (1) , formée de l’image d’un vase et du caractère figuratif mimétique qui représente l’eau.
Les numéros 62, amas^ d’eau; 72, eau; 79, vautour ; 91 , 92 , 93, étoile; 97, œuf, grain de froment ; 1 1 1 , larme ; 1 1 6 , disque du soleil ; 1 1 8,
( 1 ) Inscript, (le Rosette, lexte hiéroglyphique, lign. is et i3.
jardin; 1 18 bis, piscine, sont tous des caractères figuratifs mimétiques, et qui par conséquent appartiennent à la première des subdivisions de la classe symbolique. . , .
Le reste des hiéroglyphes qui composent le tableau de M. Champollion ont tous , du moins ceux dont les fonctions nous sont bien connues, une valeur symbolique, valeur reconnue pour un grand nombre par M. Champollion. (Test ainsi que l’aigle est l’emblème de la domination romaine , • le bélier, du dieu Ammofl;le bras étendu, le symbole de l’offrande, les parties supérieure e t in. férieure du schent (1), de la domination sur la région supérieure ou inférieure , etc. Or jusqu’à présent l’on n’a point décidé si ces hiéroglyphes , lorsqu’ils sont pris phonétiquement, cessent d’être symboliques pour devenir une imitation pure et simple des objets. Quoi qu’il en soit, ces changemens ne pourraient jamais affecter les caractères figuratifs mimétiques , ni ceux que nous avons vus formés , soit de la combinaisoif , soit du çapprochemej^de c^ux signes.
Il y a p* , et une étude assidue des monumens égyptiens nous en a fait acquérir la preuve certaine , c’est que tout caractère qui ne repro-
(i) Je dis \eSchtnt plutôt que le Pschent parce que la lettre initiale de ce dernier mot me parait être l’article masculin singulier égyptien: le texte grec de la pierre de Rosette porte: » xaXo^îr» êduihtltL 'FXFNT, c’est comme s’il y avait x«Xc uyiyn à 2XENTou t# 2XENT.
duit point l’image d’un objet dans son entier ne doit jamais être considéré comme figuratif propre ; et, pour me borner ici à indiquer cet aperçu, qui comporterait de très-grands développemens , je me contenterai de faire observer que dans la pierre de Rosette les seuls caractères vraiment figuratifs propres, comme stèle , statue , chapelle , image , aspic , offrent une peinture exacte et entière de ces objets. On s’assurera encore mieux m delà vérité de cette assertion si l’on veut se donner la peine de voirdaift le Précis de M. Chainpollion les exemples d’hiéroglyphes figuratifs propres qui s f y trouvent cités (i), et de parcourir, dansda Description de l’Égypte, les légendes hiéroglyphes sculptées auprès des souverains dans les scènes qui les représentent adressant leurs offrandes aux dieux. Nous pouvons induire de là, que tous les caractères phonétiques qui se composent de membres du corps humain ou d’artiroaux, ainsique de fragmens d’objets, appartiennent à i’utïe des trois subdivisions de la classe
symbolique. - 9 ■' ^
J’engagerai les personnes qui serai® curieuses de vérifier plus particulièrement ce que j’avance ici, de recourir à l’alphabet phonétique du Précis: un léger examen leur suffira pour se convaincre qu’il n’est aucun caractère phonétique bien connu qui réunisse les deux conditions nécessaires pour
1) Précis, première édition, p. *74 et suiv.
, lui assurer une place parmi les hiéroglyphes cyriologiques au moyen des premières lettres de Val phabet,
: Nous apprenons de M. Champoîlion, que l’alphabet phonétique avait une ressemblance trèsmarquée avec l’alphabet hébreu (i); nous trouvons en outre dans son tableau vingt-trois sons, exprimés chacun par une série d’hiéroglyphes différens , et ces hiéroglyphes se montrent employés sur tous les monumens, sur ceux de toutes les époques. Je prendrai donc la liberté de faire observer au savant académicien que j’ai eu l’honneur de citer plusieurs fois dans le cours de ce "petit mémoire, qu’il est ainsi, de toute façon impossible que Clément ait entendu, par Trpwra a-ror/eta, les premières lettres alphabétiques, considérées, soit dans leur rapport avec l’alphabet primitif phénicien ou grec, soit d’une manière absolue avec les sons les plus élémentaires de la voix humaine.
Zoèga, en établissant une classification des signes hiéroglyphiques , dans l’ouvrage qui a pour titre De usu et origine obcliscorum , adopta la division de Clément, telle que je viens de la rétablir. On ne voit ifulle part que les mots tûv Tü>v cmyeuov lui aient offert la ^^itidre obscurité, et aient fourni matière à aucune observation. Toutes les personnes qui connaissent
(i) Précis , p. 5g et suiv.
(a) De Usu et orig. obelisc. p. 4^7 et sqq.
son immense ouvrage, savent cependant avec quel soin il s’attache, presque toujours, à discuter ou à éclaircir les textes qu’il emprunte aux écrivains de l’antiquité. Voici comment s’exprime ce savant archéologue , aussi recommandable par sa vaste érudition que par l’esprit de sagesse et de rectitude qui le dirige ordinairement dans sa critique:
Rectc autem Cl e me ns (1) hieroglyphica signa pro varia significandi ratione , in plures classes distribuit, quarum primam dicit cyriologicam , alteram symbolicam subdivisant in notas çyriologumenas j tropicas et œnigmaticas. Acçuratius fortasse ad unum genus retulisset cyriologicas et cyriologumenas , in hoc tantum diversas , quod priores intégras sint et absolut œ , secundæ in compendium redactœ , ideoque symbolis sim des.
C’est à tort certainement que le savant Danois blâme saint Clément de ne pas avoir fait une même classe des caractères figuratifs propres (cyriologicæ notæ) et des caractères figuratifs mimétiques (cyriologumenæ notæ). Il est Vrai qu’encorc aucune dissidence d’opinion ne s’était manifestée à l’occasion du .passage des Stroma tes que nous venons de discuter; il est plus facile aujourd’hui de concevoir^ut le prix de l’économie si exacte et si savante de la classification que nous a conservée l’illustre docteur de l’église d’Alexandrie.
Mais , bien que Zoèga eût préféré comprendre
sous une meme classe les caractères figuratifs
propres et les caractères figuratifs mimétiques, il ne laissa pas que d’en former deux espèces bien distinctes, et qu’il caractérise d’une manière parfaite. Je le laisse parler:
Cyriologicum genus ( hier. fig. propres. ) explicatione non indiget (i) : nam secttndum hoc , rem mente conceptam pingebant, qualis oculis se conspiciendam offerebat, cujus modi figuras 7 rpôTa çTotyeïa, prima’ elementa vocat Clemens. Hue perti.net pars epigrammatis saïtici , ubi infantis figura cyriologice significabat vivere incipientes,senis effigiesdenotabatmortiproximosfa).
Secundum genus(hier. fig. mimétiques) vel juxta'
Clementem (3), syrabolicæ classis prima species, est notarum cp'iologumenarum , quæ res exprimendas figura quidemsistunt ipsis proprie tributa,sed paucis tantum simplicibusquelineiscircumscripta, nec vera rei qualis existit effigies, sed notionis quant de ea concipimus velut adurnbratione... Maxime enim hoc notarum genereusi inveniuntur ad significanda corporaquæ vel pingi non possunt cyriologice, vel pro scripturae instituto haud satis ' • commode : cujusraodi sunt mundus et mundi partes, cœlum, astra, elementa, regiones, fluvii, civitates, reliqua.
(i) De usu et orig. obelisc. p. 437 , et sqq.
(a) Plutarch. de Isid. p. 436 , tom. II, p. 363. — Clem. Strom. V,
(3) De usu et orig. cbelisc., p. 43g. — Ibid. p. 440 .
On ne pourrait désirer un commentaire plus clair, plus explicite. Lorsque, par sa nature, un objet se refusait à une représentation exacte (cyriologica) de son image, on l’exprimait en le retraçant d’après une imitation approximative ( cyriologumena). Hoc nolarum genere usi inveniuntur nd significanda quœ pingi non possu n f cymologice.
I*e mémoire que l’on vient de lire a été résumé dans le tableau synoptique suivant des diverses classes de l’écriture hiéroglyphique.
•jf fi-*.'». -,
L’écriture hiéroglyphique sc divise en deux classes principales qui.»
comprennent
> ; '• 1 La première, savoir : Les caractères, cyriolagiqnes, c’cst- > . £-» à-dire représentant nu propre les objets par une sim-
ple imitation de leur forme ( ujpioXoyix» /miSoooc J/à rétr n-partr ptoi%iî*t de saint Clément; Cyriologicæ nota; de Zoëga; Hiéroglyphes figuratifs propres de
Cbampollion). • -
Figuratifs mimétiques , c’est-à-dire représentant les objets, ai» propre, mais par une imitation abrégée ou conventionnelle de leur forme ( xvf/oX&y oC/utior ti/ o< de saint Clément; Cyriologumenæ oolæ de Zoëga ; hiéroglyphes figuratifs abrégés et conventionnels de M. Champoliiou.
Tropiques.
La deuxième,' savoir:
les caractères
■ Énigmatiques.
M. Champollion regardait les hiéroglyphes phonétiques comme des caractères peignant au propre les objets par une imitation simple : Zoëga les a rangés parmi les caractères symboliques , et en a fait une cinquième classe dont il avait puisé
l’idée dans Horapollon. « Nous • savons, dit-il , .
par cet auteur, qu’il existait une sorte d’hiéroglyphes empruntant uniquement leur taleur du son qu’ils expriment , et auxquels , pour cette raison, on pourrait donner le ‘nom de phonétiques ou de son (i) ». Voici le passage d’Horapollon : Iti ye xat avxi <J/uyr ( ç 6 UpaJ Taoaerat, ex.
ttî; tou ovo'ptaxoç ép(X.7)V£iaç. RaXeixai yàp rap’ AtyuTro'oiç ô tepaÇ, toùto Si to ov%p.a ^taipedèv, ^u/;/)v «mpiai-
vet xat xap&tav. Ëtrrt yàp to [/iv (iat, <|;u^Y) , to Si 7j0,xap- Si<v r\ Si xap^ta xax Aiyu7mouç, i}>u /r,ç Treptêo'Xoç. fttm <Df)u.aivetv Try n ùvÔe<7tv toù ôvo'pLaTOç, ^uy/iv syxap&tav* À<p’ ou xat ô üpa£ ^tà to xat irpoç t/,v ijjuyjrtf cupt/rcaÔ£Ïv, ù^cop où TCtvei xaÛo^ou, <zk\ alpLa, to xai 7j ^j/uyr) TpétpExat (aJ.»Quin et pro anima ponitur accipiter, juxta nominis interpretationem. Siquidem Ægyptiis accipiter, Baieth dicitur, quod nomen si diviseris, animant et cor sonat. Bai enim anima est et eth cor. Cor autem , ex Ægyptiorum senten tia , animæ ambitus est. ltaque ex composita .significatione nomen hoc animam in corde cjegentem notât. Unde et gccipiter ob eum quem cum anima habet naturæ cousensum, aquam omnino non bibit, sed sanguinein quo et ipsa nutritur.
* Zoëga me paraît être tombé dans l’erreur en regardant les hiéroglyphes phonétiques comme indiqués dans le passage que je viens de citer.
Ces paroles d’Iiorapollon ont besoin d’être
(«) De Usu et onrç. obelisc. p. <■ . .i
(?) Hierogl. I , 7. *
éclaircies: elles serviraient du reste à prouver, s’il le fallait, que Fauteur de )a compilation qui porte ce nom, n’a pas même toujours compris les traditions qui se trouvent éparses, dans son livre, au milieu des fables tlont il est grossi. *
«Pour connaître la nature de l’hiéroglyphe de Fépervier, tâchons d’en découvrir l’origine et la véritable signification.»
Il est très-vrai, et sur ce point l’autorité des ruonumens confirme le récit d’Horapollon , que chez les Égyptiens Fépervier fut une expression propre à leurs croyances psychologiques (i); l’oiseau sacré*, ayant une figure humaine, représentait l’ame, mais seulement quand elle a cessé d’animer le corps.
Les papyrus et les stèles funéraires nous montrent Fépervier à figure humaine peint en rapport d’action avep le défunt, dans les scènes qui retracent les diverses épreuves qui lui étaient imposées après sa mort. Mais lorsque l’épervier conservait sa forme entière et naturelle* il devenait le symbole d’autres idées religieuses : sur * quoi l’on peut voir S. Clément, Strom.*V, 7,
> p. 242-671. Horap. hiérogl., lib. 1.
Chez les nations de l’antiquité qui professèrenf l’opinion de la vitalité du sang, l’organe sécréteur de ce fluide fut regardé comme le principe •
(1) Description de l’Égypte. Aotiq., planches. ; t. X, pl. 96; t. 11, pl. Sa, 73, 83, 84 ; t. V, pl. 43 ! 48.
de la vie animale et de la vie intellectuelle. Le cœur , dans les doctrines des Égyptiens, était l’enveloppe de lame, et le sang, la source de son existence et la matière de son alimentation. On avait remarqué , comme le dit Horapollon , que l’épervier ne boit jamais que du sang. Une sorte d’analogie dut s’établir naturellement entre l’ame et l’épervier, qui devint ainsi son symbole. Mais ce n’est que lorsque l’épervier eut ete choisi comme personnification de cette nouvelle allégorie que l’on eut l’occasion de créer le nom de (âaw$ , composé de deux mots simples , A2i , et avec l’article n&zi, l'âme, lavie,elznT,cœur, (iiAeiîHT). Il serait donc inexact de prétendre, comme Horapollon , que l’on partît de la signification du mot (taiTîO, déjà existant, et alors décomposé, pour créer un nouveau signe hiéroglyphique. #
• L’on comprendra sans peine qu’il suffisait ’ de .savoir l’idée génératrice de ce mythe sacerdotal, pour avoir la clé de son expression graphique , lorsqu’on la rencontrait parmi les peintures religieuses , et cette connaissance , qui pouvait s’acquérir *san? le secours de la langue égyptienne, rendait le signe oral indépendant du signe écrit : ainsi l’épervier, hiéroglyphe symbolique de l’ame, et parfaitement intelligible sans intermédiaire de son, ne peut figurer parmi les caractères phonétiques.
Afin d’avoir une traduction complète du pas-
sage de saint Clément sur les écritures égyp-
tiennes, il serait encore # indispensablede savoir ce qu’il a entendu par ces mots : toùç youv tôv pacfteuv èratvouç Oeo^oyovf/ivQiç (xuÔoiç rapa^i^ovTeç, àvaypaçouGi £ia t ôv àvayXuçwv. Après avoir essayé d’éclaircir cet endroit du passage par de fréquens rapprochemens avec les monumens égyptiens, voici l’expîifcation à laquelle je me suis arreté , et qui m’a paru assez plausible.
Il est ici question de cette partie de 1 écriture hiéroglyphique *qui exprimait les idées par des images prises dans un sens tropique. Tropice autem per convenienliam traducentes , etc. Et c’est l’exemple rapporté à l’appui de cette définition qui est resté jusqu’à présent inintelligible. L’écrivain ecclésiastique nous dit que lorsque les Égyptiens, faisant l’application de la méthode tropique, transmettent ( Trapa&uWrsç ) les louanges des ‘rois (tôv (îa<xtXewv ÈTratvooç) avec des mythes relfgieux ( Oeotayoup&voiç thjOoiç); anagtyphicis describunt, àvaypaçouGi £ià tôv àvay>.ij<pcüv. Ces derniers mots forment le nœud principal de la difficulté.'
Chez les Grecs, avaÿXu<pbç se disait d’une sculpture en relief, d’une ciselure # en bosse, et ordinairement très-prpéminente; mais, dans la description des monumens égyptiens , les anciens ont fait usage de ce mot dans un sens différent : ils s’en servent pour désigner ces grandes représentations scéniques qui couvraient la surface des édifices, soit que la sculpture fût exécutée en relief dans le creux , comme sur les pylônes et les
parois extérieures, soit en/elief très-surbaissé et très-doux, comme on le pratiquait princîpalèment dans l’intérieur des édifices.'
La phrase précitée nous présente deux parties bien distinctes : i° tou; yoOv twv (3a<7tXsù>v. . , . irapa- £t&ovreç, 2 0 fltvaypaoou<n tcov avayXuflpwv.
La prenbière nous apprend par un exemple particulier comment *se faisait l’application des procédés tropiques; la seconde* nous fiyt connaître l’endroit des monumens consacré spécialement à recevoir l’application de ces procédés.
^ Les motSToùçyouv t&v pacftetov sratvouç (koXoyouué-
voiç (jluÔoiç 7capa^t^ovreç , se rapporteraient alors aux titres fastueux dont les prêtres de l’Égypte se servaient hiéroglyphiquement, s’il m’est permis de parler ainsi , pour qualifier les souverains dont ils retraçaient les victoires , ou dont ils célébraient la munificence envers les» dieux ou leurs ministres. Dans ces titres qui devaient former pro- . bablementune partie de la langue sacrée, lesmo^ narques étaient désignés comme fils de dieux , dieux eux-mêmes , etc. L’obélisque d’Hermapion , l’inscription de Rosette, les protocoles de tous les actes et contrats en caractères épistolographiques, nous fournissent des exemples curieux dè remploi de ces titres , composés de véritables expressions tropiques, et de mots écartés de leur signification primitive pour prendre une signification empruntée ; ce qui rentre exactement dans la définition , telle que la donne Clément , du second
degré de la méthode symbolique. Ils changeaient et détournaient le sens ’de titres qui ne convenaient qu’aux dieux pour les appliquer à des mortels. Une assimilation naturelle et facile rapprochait «et permettait' de caractériser de la même manière la puissance royale et la puissance divine; par là l’expression était tropique, mais non énigmatique; car, pour appartenir à cette dernière classe, ellè eût dû être basée sur des, rapports très-éloignés entre l’expression et l’idée signifiée.
L’exemple particulier, cité par Clément , de la méthode tropique, trouvant son application sur une partie spéciale des monumens, l’auteur grec, dans le dessin de compléter sa définition , a ajouté les mots âvaypàtpouct &ià twv âvayXu< pa>v.
C’est en effet dans ces représentations architecturales, qui. portent plus particulièrement le nom d’àvayXu<poi , que nous voyons les monarques mis en rapport d’action avec des personnagès divins : les uns et les autres se montrent entremêlés constamment dans les cérémonfes religieuses que l’on y a retracées, et les faces des pylônes sont couvertes , d’une extrémité à l’autre , de souverains debout en présence des dieux et leur faisant des offrandes.
Dans Hérodote ^ 1 ), Diodore de Sicile (a), Strabon (3), saint Clémênt (4), les mots tutcoç, ypa<pr,,
(i) I, 53; 11,33, laa, ia4, ia6. -(a) 1, 48 , 4«.— (3) L.XVII, p. ïi5g. — (4) Strom.V, 4 .
yXu<j>Y}, èyy\'JŸ(», àvayhjfoç, s’appliquent évidemment à l’ensemble de ces sculptures, en y comprenant les personnages et les légendes hiéroglyphiques qui les entourent : il y avait en effet homogénéité dans toutes les parties de ces vastes compositions et harmonie dans leur tendance : les légendes, les décorations, les personnages, n’étaient que les accidens d’un meme tableau où tout concourait à un effet unique, celui d’exprimer la pensée par des formes pittoresques, et de parler à l’esprit en flattant le regard. Plusieurs auteurs de l’antiquité,, entre autres saint Clément (i) et Horapollon, ont pareillement enveloppé quelquefois , sous la dénomination générale Û hiéroglyphes , tous les genres de sculptures qui ornent avec tant de profusion et de magnificence les édifices de l’Égypte.
Le passage qui vient d etre l’objet de notre examen doit nous apparaître maintenant dans tout son mérite, aussi exact, aussi savant, qu’on est en droit de l’attendre d’un écrivain qui fut témoin ocqjaire de ce qu’il raconte , et qui puisa à des sources authentiques, comme tout le prouve, les précieuses notions q^’il nous a transmises dans ses écrits.
Il résulte du mémoire actuel, que saint Clément, non plus que les autres auteurs de l’antiquité, n’ont jamais fait mention des hiéroglyphes phonétiques, soit comme élément accessoire , soit comme élé-
(i) Strom. V,7-
ment vital du système hiéroglyphique : en conclure que des caractères de son n’étaient point admis darffc l’écriture sacrée, ce serait fermer les yeux à la lumière, pour en nier l’existence; et l’on .voudra bien croire sans doute que je ne donne point dans un semblable renversement d’idées. On peut en inférer seulement, avec quelque apparence de raison , que l’on n’a encore ni bien connu, ni bien expliqué l’origine du principe phonétique , et, par suite, les limites dans lesquelles il agit. Un travail a été entrepris sur l’origine et .lq formation du . système hiéroglyphique égyptien; nous espérons que l’examen de cette haute question d’archéologie contribuera à. jeter quelque jour sur ces trois points fondamentaux : i° A quelle cause est due l'intervention du principe phonétique dans les textes sacrés ? a 0 Comment ce principe s’y comporte? 3® Quels sont les points de coucordance ou de discordance qui existent entre les trois sortes d’écritures, épistolographique , hiératique et hiéroglyphique ? Il serait trop long de rendre ici compte du plan de cet ouvrage: il suffira jje dire que la marche qui a été suivie est différente de celle qu’a adoptée M. Champollion, en traitant le même sujet, dans le chapitre 8 de son Précis. Ce savant ayant cherché à expliquer l’origine et la formation du système hiéroglyphique par celle de la langue copte, n’a pu produire qu*une théorie sans fondement réel : toute opinion sur l’origine et la formation
du langage étant purement métaphysique et vspéculative, ne peut jamais, à ce titre, sortir du domaine de la discussion, et seule devenir la base
d’un système de faits positifs.
Ce que je dis ici paraîtra dans toutç son évidence, si l’on lit les ouvrages de M*. Champollion , en faisant une distinction nécessaire d’ailleurs , pour les étudier avec fruit, entre ce qui est de fait et ce qui est de doctrine , ou une application de cette doctrine. Par ce qui est de fait , j’entends les découvertes qui étaient le fruit de sa grande sagacité et de ses laborieuses recherches, indépendamment de toute théorie. Ce qui est de doctrine est l’explication du fait, réduite en système, et les applications ultérieures de ce système : ou peut, en comparant les deux éditions du Précis,
• son Panthéon, ses lettres à M. le duc de Blacas , se convaincre que chez lui le fait a marché, tandis que lathéorieest restée entièrement stationnaire; et il n’en pouvait être autrement, car elle était entachée d’un vice radical. D’une part sont des
découvertes positives, et qui paraissent, pour la plupart, à l’abri de toute discussion; de l’autre des explications quelquefois ingénieuses , mais rarement justifiées, une marche incertaine et des variations dont plusieurs ojpt été relevées avec raison.
A l’aide de cette distinction, on se rend compte sans peine de la raison pour laquelle il est un si petit nombre de pei»sonnes qu*se soient formé une idée exacte des travaux d? M. Champollion, et
de la cause de cette diversité d’opinions manifestées à son égard; les urts lui ayant accordé des éloges exagérés , et ayant accueilli avec une confiance aveugle toutes les assertions qu’il a émises : les autres, étant tombés dans un scepticisme presque absolu, et l’ayant déprécié outre mesure ^ suivant les impressions contraires qu’ils avaient reçues d’une lecture superficielle ou incomplète de ses ouvrages.
Le désir d’éclairer sur ce point l’opinion publique qui flotte encore incertaine, nos sentimens qui sur plusieurs questions capitales ne sont pas les mêmes que ceux de M. Champollion, nous imposent l’obligation de subordonner la publication du travail que* nous venons d’annoncer à celle de la Grammaire hiéroglyphique.
Pour que nos recherches soient dirigées d’une manière consciencieuse, et qu’elles puissent donner lieu à un jugement impartial et éclairé, il est nécessaire que la pensée du célèbre archéologue soit connue tout entière. Ce retard sera d’ailleurs de notre part un hommage rendu à la mémoire d’un homme qui est aujourd’hui une des illustrations scientifiques dont la France s’honore.