DES SYMPTÔMES
iM. Broussais s’occupe d’abord du début de l’allléction : il s’indigne que j’aie pu dire que les mallades qui attribuaient leur maladie à des alternatives de chaud et de froid, ne le faisaient pas oordinairement d’une manière positive; et il consiicdère cette dernière, assertion comme une preuve kde ijHauvaisefoi (353). — Véritablement ce soupçon tne fait pas honneurà la sagacité, ou si l’on venta i l’esprit observateur de M. Broussais; car il indique «que quand M. Broussais interroge ses malades , il 'se contente d’une première réponse, sans chercher à s’assurer de son exactitude: autrement il
saurait qu’à nue foule de questions les malades répondent par oui ou par non, sans hésiter, mais aussi sans trop réfléchir à ce qu’ils disent ; que quand on les engage à faire attention à leurs réponses^ afin de ne pas induire en erreur celui qui les observe, il leur arrive très souvent de dire qu’ils se sont trompés ^ qu’ils ne sont pas sûrs : il saurait sur-tout que quand il s’agit de causes, les malades accusent d’abord celle qui passe vulgairement pour être la plus commune , sans savoir si réellement cette cause a agi ; de manière qu’après avoir attribué un rhumatisme^ par exemple, à l’action de l’humidité, on apprend d’eux assez fréquemment, en entrant dans des détails de date, etc. que celte cause présumée a agi un ou deux mois avant le début de leur maladie. L’action du froid, comme cause de la phthisie, n^est pas ordinairement mieux constatée ; elles phthisiques n’accusent cette cause , au premier abord, que parce qu’ils croient être atteints d’un catarrhe pulmonaire négligé , que les refroidissements amènent en effet si fréquemment.
Un peu plus loin, toujours au sujet du débute la phthisie, IVL Broussais me reproche vertement rexpression^/i^^/eM/vsdontjemesuisservi.M. Broussais a raison, millefois raison, il faulle reconnaître; le mot plusieurs est insignifiant; il peut tout aussi bien indiquer six que dix, trente, cinquante, sur
phthisie.
, tenl: il aurait fallu compter, et, par hasard je I l’ai omis. Que M. Broussais n’oublie pas son excellente remarque! Il ne l’a peut-être faite, il est vrai, que par distraction; mais qu’importe? Désormais ' du moins il n’oubliera pas que les expressions y plus, beaucoup y moins, souvent^ ne signifient rien;
I qu’il faut compter en médecine pour sortir du I vague; que c’est un des moj'ens dont on ne siau- I rait faire abstraction dans la recherche de la vé^
’ rite.
Après quelques mots sur l’efficacité de la chaleur, que M. Broussais finit par considérer comme capable seulement de prévenir les tubercules et non d’en suspendre la marche , il s’arrête un moment sur la durée de la phthisie; puis, arrivant I à l’hémoptjsie; M. Louisconclut hardiment, dit-il, que l’hémoptysie est l’effet et annonce d’une ma- 1 nière infiniment probable l’existence des tubercules dans les poumons, mais non d’une manière certaine^ plusieurs faits bien constatés paraissant faire une exception à cette règle. « Voilà une rè- ; gle bien singulière, ajoute M. Broussais; elle repose sur un infiniment probable , et pourtant est sujette à plusieurs exceptions. Mais qu’est-ce qu’un infiniment probable? (355) » — Que fallait-il donc faire? De quelle expression devais-je me servir pour ne pas encourir la censure de M. Broussais? Sans doute remplacer l’expression
iX AMF.iV.
d’nne manière infiniment probable, par l’expression d’une manière certaine; car alors j’étais hors des faits , je donnais la main à ceux qui ne s’en inquiètent guère , et il n’y avait plus rien à dire.
Mais M. Broussais ne se contente pas de cette critique de mots , il'affîrme que « le nombre des hémoptysiques qui échappent à la consomption pulmonaire est supérieur au nombre de ceux qui en sont victimes (556). » Pas un médecin observateur, j’en suis sur, n’adoptera cette proposition de M. Broussais qui affirme encore qu’une foule de causes étrangères aux tubercules peuvent amener l’hémoptysie : « Laënnec , ajoute-t-il , avait un peu mieux compris les faits , lorsqu’il faisait de l’apoplexie sanguine pulmonaire la principale cause des hémoptysies un peu copieuses » (55y),
J’en suis bien fâché pour M. Broussais, mais cette assertion de l’illustre auteur de l’Auscultation est une erreur. Maintes fois on rencontre l’apoplexie pulmonaire sur le cadavre d’individus qui n’ont pas eu d’hémoptysies, et l’inverse n’esl pas moins fréquent. La coïncidence de l’hémoptysie et de l’apoplexie pulmonaire es t rare; et ici encore l’erreurde Laënnec vient sans doute de ce qu’il n’avait pas renoncé à ne conclure que d’après des faits consignés dans des notes. J’ajouterai qu’une des lésions les plus capables, en apparence, de donner
r-HTHTSIE.
lieu à riiémopt^sie, l’hypertrophie avec dilatation du ventricule droit du cœur, paraît être sans influence à cet égard . Au moins ai-je recueil li de 1 82 1 à 1827, vingt-sept exemples de cette disposition, sans qu’aucun des sujets chez lesquels je l’ai observée ait eu d'hémoptysie. Bien plus, six d’entre eux offraient une dilatation remarquable de l’artère pulmonaire ,et de toutes ses divisions avec hypertrophie, c’est-à-dire la preuve manifeste que le sang avait été poussé dans le parenchyme pulmonaire avec une force bien supérieure à celle qui est naturelle, et ces sujets, comme les autres, avaient été exenjpts d’hémoptysie. Mais que le lecteur ne s’étonne pas de voir une opposition si grande entre les faits et ce qu’on aurait été tenté de mettre à leur place : combien de faits admis a priori ont été vérifiés par l’observation?
Ap rès quelques lignes sans importance sur la dyspnée et les douleurs des phthisiques, M. Broussais en vient à la fièvre que j’ai attribuée, à son début, à l’alfection des poumons, au moins dans un grand nombre de cas dont j’ai indiqué la proporlio[i. Mais quelle est cette affection , dit M. Broussais, est-ce une inflammation? (358). — Vraiment non , et je l’ai assez fait voir dans la suite, en étudiant les causes de la phthisie. Quoi ! une fièvre et souvent une fièvre de longue durée, sans inflammation ! Car dans la grande majorité
EXAMtW.
des cas , les sij^nes de l’inllaniraalion de l’in- (estin et de l’estomac ne viennent que lon^-lemps xiprës l’élablissement de la fièvre. Comment admettre une semblable assertion? Mais cette assertion , ou plutôt ce fait, ne peut étonner que ceux qui n’observent pas, ou qui n’observent que très incomplètement. 11 n’est pas de maladie aiguë inflammatoire, en effet , qui ne soit précédée plus on moins fréquemment , pendant un espace de temps qui varie de quelques heures à deux ou trois jours, d’un mouvement fébrile plus ou n)oins violent^ sans symptômes locaux, quelque attention qu’on mette à les rechercher : mouvement fébrile qu’on ne saurait dès lors rapporter à l’inflammation. Et comme ce fait n’est pas rare , on ne saurait imaginer qu’il y ait eu, dans tous les cas où on l’a observé, une affection inflammatoire latente; en sorte qu’il faut l’admettre comme un des mieux constatés. J’ai observé ce mouvement fébrile précurseur chez les cinq douzièmes des individus atteints d’érysipèle à la face , chez la moitié de ceux qui ont eu la rougeole , dans une proportion un peu plus considérable chez les sujets frappés de pneumonie dans un état de santé parfait , dans la quatrième partie des cas d’angine tonsillaire , chez- tous les adultes affectés de variole ; et ces sujets dépassent i5o ,
i parmi lesquels quaire ont en quelques nausées ou vomissements , les deuxième ou troisième I jour de la maladie : tandis que les autres , i pendant les trois ou quatre jours qui pré- I cédèrent l’éruption , n’éprouvèrent ni nausées^
I ni vomissements , ni douleurs à l’épigastre , ni j coliques , ni diarrhée , ni toux, ni douleurs de I ^ *^i point de côté; en un mot, aucun
t symptôme qui pût révéler une altération quelconque et appréciable des organes qui président à nos différentes fonctions. Sans doute ces fonctions ayant été altérées, les instruments qui y présider! t , les organes des sensations^ ceux des sécrétions; des excrétions, etc., l’étaient aussi, mais comment l’étaient-ilsTOn l’ignore. On sait seulement , car on connaît assez bien les symptômes des diverses phlegmasies pour cela, que cétte altération n’était pas une inflammation. Ledévelop^ pement de la fièvre au début des tubercules, alors qu’aucune autre affection ne se joint à celleci , ce développement n’a donc rien d’exlraori dinaire , rien qui fasse exception à la loi ordi- I naire qui veut qu’un mouvement fébrile ait assez fréquemment lieu, sans lésion locale appréciable , sans inflammation. Rappelons, d’ailleurs, un fait non moins remarquable , assez analogue à celuici , et dont il facilite jusqu’à un certain point rijiiçlligence : je veux parler du mouvement le-
as
brile qui accompagne les maladies inllammaioires qui ne leur esl pas toujours proportionné , à beaucoup près, dans leur cours, et jamais, il l'aut le dire , à leur début , comparé du moins à ce
qu’il sera dans la suite Et en effet, au début
d’un érysipèle de la face ^ par exemple, quand la peau n’est enflammée que dans la largeur d’un pouce ou même moins . le mouvement fébrile est tout aussi considérable que quand la surface enflammée est de dix à vingt pouces. Il en est de . même de la pneumonie et de toutes les inflammations , presque toujours très limitées à leur début, quoique accompagnées alors d’un mouvement fébrile aussi considérable que quand elles ont pris beaucoup plus d’étendue.
]V(I. Broussais attribue, dans le même article, la fièvre des tuberculeux qui précède les inflammations du tube intestinal, à l’inflammation des bronches. Mais M. Broussais affirme sans s’inquiéter des preuves’; et on peut lui demander comment , dans cette bypolfièvse , il conçoit la toux sèche qui a lieu au début des tubercules , et ordinairement très long-temps ; phénomène bien difficile à interpréter , on en conviendra , dans la supposition d’une inflammation des bronches. Il dira peutêtre qu’à l’ouverture du cadavre de ceux qui ont succombé à la phthisie , on trouve les bronches dures, rouges, épaissies, manifestement enflammées.
VIlTHISIi:.
! Oui , mais quelles bronches ? Celles-là seulcmeiil I qiii communiquent avec les excavations tubercuj leuses : de manière que toutes les autres, celles qui I avoisinent les tuberculescrus,sont saines, sans épaississement ni rougeur ; indice manifeste que l’inflammation des premières lient au passage des matières sécrétées dans l’excavation le long de I leur trajet; que les tubercules eux - mêmes sont indépendants de l’inflaramationdes bronches, aussi bien que la lièvre qui nous occupe.
Toulefois, l’inflammatiou des bronches n’ayant pas toujours lieu alors, la fièvre reconnaîtrait pour cause, dans certains cas , suivant M. Brous- ! sais, l’irritation du cœur et des vaisseaux (358). En quoi consiste celte irritation ? comment M. Broussais en établit-il la réalité? C^est ce qu’il I ne dit pas ; et comme cette assertion reviendra ailleurs je ne m^y arrêterai pas ici plus long-temps.
A l’occasion de la sueur , M. Broussais dit que je me plais dans la dissociation (359). Evidemment il a voulu dire .autre chose; car toute sa critique roule sur. des lois que j’ai constatées et qui ne sont autre chose qu’un rapprochement de i laits, mais un rapprochement rigoureux. M. Broussais serait de beaucoup moins mauvaise humeur , j’en suis certain , si j’eusse exposé des faits sans les rapprocher.
Passant à la diarrhée , il me lait dire tout
EXAMEN
à la fois qu’elle n’est qu’un vice de sécrétion, et que néanmoins elle est toujours due à des ulcérations du colon (36o), etc. Du reste, pas la moindre flexion sur cette contradiction qui ne paraît pas l’avoir frappé. Le lecteur n’imagine probablement pas que j’aie dit ce que M. Broussais me prête; et, en effet, en parlant delà diarrhée des derniers jours des phthisiques, j’ai dit (L. 216, 2 17) qu’elle dépendait à la fois des petites uclérations intestinales qui avaient lieu alors , et du ramollissement ordinairement inflammatoire de la membrane muqueuse du colon. J’ai même ajouté que la diarrhée était moins considérable dans les cas où il y avait des ulcérations sans ramollissement de la membrane muqueuse, que dans les cas contraires. Et relativement à la diarrhée de long cours, à forme rémittente, j’ai dit que les lésions de l’intestin étant semblables et presque toujours au même degré chez ceux qui en sont atteints , que chez les individusdont la diarrhée n’avaif débuté que dans les derniers temps, il fallait bien croire qu’avant cette époque la diarrhée était le résultat d’une simple ab tération de sécrétion, altération dont la cause n’est pas une inflammation. Il serait difiieile, ce me semble, de conclure plus rigoureusement^ et, de la part de M. Broussais, de citer d’une manière plus inexacte.
M. Broussais assure que tous les symptômes de
la phthisie peuvent se présenter chez des individus qui n’ont qu’une excavation inflammatoire ! entourée d’une induration rouge ; et il dit l’avoir ■ observé (36 1). M. Broussais est de bonne foi ici I comme ailleurs, nul doute; mais le lecteur n’a pas oublié la puissance de ses préoccupations; il sait que M. Broussais croit encore voir alors même I qu’il n’a pas pensé à voir, et c’est sans doute I ce qui lui est arrivé ici; car aucun observateur, j que je sache , n’a vu ce que M. Broussais croit avoir vu.
Si je n’ai pas apporté de faits particuliers en preuve de ce que j’ai dit au sujet de l’issue presque toujours heureuse delà pneumonie, quand elle a lieu chez des phthisiques qui conservent encore de la force et de l’embonpoint , c’est que ces faits sont si communs que je les croyais connus de presque tous les praticiens, etdeM. Broussais en particulier.
(( Dans les principes de la secte, dit-il, on doit parler de la bronchite et de la pneumonie comme de maladies qui peuvent avoir une marche indé- ! perdante. Quant aux preuves, on ne s’en inquiète 1 pas (362). » — Je viens de dire comment je n’avais pas cru nécessaire d’exposer des cas de pneii- I mofiies survenues et guéries dans le cours d’une phthi^e encore peu avancée ; j’ajoute que ces pneumonies une fois résolues raffection lubercu'^
EXAME^f.
ieuse ne parail pas marcher plus vile qu'auparavanl ; qu’il en est de même après la pleurésie simple ou double, développée dans le cours d’une phthisie^ quand elle guérit , ce qui n’est pas rare. El je craindrais d’abuser de la patience du lecteur, si je venais à lui donner ici des exemples de ce dernier fait, qui ne pourrait avoir quelque chose d’extraordinaire que pour ceux qui ne voient pas de malades.
J’ai cherché vainement dans mes Recherches ce que M. B roussais me fait dire au bas de la page 363 ; je n’ai donc pas à. y répondre; et je passe à la page snivantey dans laquelle il me reproche de considérer l’opium comme un calmant et de ne pas en craindre l’emploi dans les inflammalions des voies digestives. Je plains M. Broussais de me faire un pareil reproche, et celte fois, je suis heureux de pouvoir lui citer pour le convaincre, s’il veut l’étre, non des Faits qui me sont propres, mais des faits dont il a été témoin et qu’il doit se rappeler. Le premier est relatif à une dame à laquelle il donnait des soins , il y a deux ou trois ans, pour une dysenterie tellement douloureuse qu’il la croyait sans ressource. Inutile de dire qu’il n^avait pas cherché à calmer la douleur avec l’opium , et que les sangsues faisaient le fond de sa thérapeutique. Gepcndant un de ses amis l’engage , le cas lui paraissant désespéré, a es-
VUTHISIE.
.sajer un peu (l’opiLmi : et presque aussitôt la douileur de cesser, la malade de passer de la mort a iJa vie, pour ainsi dire, et, après quelques jours, iid’èlre rendue à la santé. — A peu près à la même époque, une dame de soixante ans environ, ha- Ibitant la Chaussée-d’ A n tin , fut prise d’une gastrite iiintense accompagnée de vomissements. Ceux-ci tétaient devenus rapidement très nombreux^ et 1. 'estomac si susceptible, qu’après douze jours de sâOufFrance, la malade, qui recevait les conseils de }\l. Broussais , ne prenait plus, en 24 heures, que ij]uatre petites cuillerées d^eau fraîche qu’elle [\ vomissait. D’ailleurs les sangsues n’avaient pDas été négligées. Alors quelqu’un demande à Û\î. Broussais s’il ne trouverait pas à propos d’orjd.lonner quelques calmants, et M. Broussais ordonne deux grains de ihridace en lavement, dont l ’efFet, comme on le pense bien, fut nul. Et la ma- .lade paraissant menacée d’une mort prochaine, 33n propose une consultation. Des lavements 3>piacés (un grain d’extrait gommeux d’opium par quart de lavement) sont donnés; après trois j jours, les vomissements avaient complètement tcessé; et après trois semaines , la malade , réduite sau marasme avant l’administration de l’opium , »avait recouvré la plus grandé partie de son eni- Ibonpoint.
Ces faits sont assez clairs, ce me semble,
EXAMEN
ils répondent assez nettement au reproche de M M. Broussais, pour que je sois dispensé de toute i; réflexion à leur égard : et si je n’en cite pas d’au- I* très, c’est que ceux-là sont les seuls de la pratique : de M. Broussais que je connaisse. 1
Après avoir avancé, au bas du premier alinéa consacré à la langue^ que je dissimulais , que je dénaturais les faits (565), M. Broussais dit , à la | page suivante et en note , que je suis de bonne foi quand je nie l’insignifiance de là langue; qu’il a sous les jeux une gastro-entérite que j’ai méconnue, malgré la rougeur extrême de cet organe , assurant qu’il n’j avait qu’une maladie générale. — M. Broussais ne se refuse rien, les contradictions ne lui coûtent pas ; je suis, à deux lignes de distance et pour le même objet , de bonne et de mauvaise foi : on peut choisir. Mais relativement au fait qu’il cite , et qui est peut-être relatif à un jeune médecin atteint d’affection typhoïde, je remarquerai qu’en admettant que je me sois J trompé , que j’aie commis une erreur de diagnos- j|| tic et avancé qu^il n’y eût pas de gastrite dans; un cas où il y en avait une (supposition probablement très gratuite), cela ne prouverait absolu- i ment rien contre ce que j’ai dit en général au sujet i de la langue ; puisque je n’ai pas avancé qu’elle ne j fût jamais rouge quand la membrane muqueuse i de l’estomac était enflammée ; j’ai dit au contraire
PHTJBISIE.
j^ue celle rougeur avait lieu quelquefois, comme iLlans toute autre inflammation ; et j’ai seulement kconclu des faits, qu’il uy avait pas de relation né- L'cessaire entre l’état de l’estomac et celui de la IJangue. Broussais lui- même a rapporté ce passage .
A l’occasion de l’état des fonctions des organes ^génitaux : pauvreté, dit M. Broussais, c’est tout ::e qu’on peut y trouver (366). — Les faits que j’ai r.'ecueillis à ce sujet contenant peu de détails, je ne )30uvais pas en parler longuement , à moins de raire de ces châteaux de carte que M, Broussais construit si habilement. Toutefois je ne laisserai Das ignorer au lecteur que le peu que j’ai dit des ('onctions génitales de l’homme, dans le cours de la ohlliisie , a été confirmé par une nouvelle cxpé-^ ûence de huit années; qu’ajant interrogé, depuis Itors, presque tous les phthisiques sur l’exercice de j eurs fonctions génitales depuis le début de leur rraaladie, je n’ai appris d’aucun d’eux que ces Ifbnctions eussent redoublé d’énergie pendant la [première période de la phthisie.
J’ai remarqué, au sujet des fonctions de l’utérus cqu’elles ont été suspendues sans que néanmoins (cet organe fût le siège de lésions appréciables; et ^IVf. Broussais de s’écrier : Est- ce qu’il ne suffit pas cd’une irritation développée dans un grand viscère itpour suspendre le flux menstruel (667) ? Assuré-
ment oui, aussi n’ai-je pas dit le contraire, et ji j’ai seulement tiré de ce fait cette conséquence générale, que les fonctions d’un organe peuvent être altérées ou suspendues, sans lésions appréciables; de manière qu’on ne saurait conclure de l’anorexie ; et de la soif, par exemple ^ une altération appré- ♦ ciable Ae la membrane muqueuse de l’estomac, j
Les phtbisies latentes occupent assez longuement M. Broussais. Sans contester que lestuber- j cules pulmonaires puissent exister sans toux pen- f Liant quelque temps, il blâme l’expression latente, t parce qu’on aurait pu reconnaître ces phlhisies avant la toux, à l’aide de l’auscultation, si celle-ci eût été pratiquée. Mais la phthisie, reconnue de celte manière, n’en eût pas moins été latente avant la toux et l’expectoration , puisqu’on est convenu de donner le nom de latentes aux maladies dont les symptômes obscurs peuvent facilement échapper à l’attention du médecin. Les fièvres larvées cessent-elles d’être larvées parce qi/elles ne sont <j pas indiagnosticables? C’est donc ime mauvaise P chicane de la part de M. Broussais de venir con- | tester la justesse de l’expression employée.
Une première observation de phthisie latente attire son attention ; c’est la 37® de mes Recherches. Une femme qui eut de la fièvre et ! de l’anorexie pendant un an , sans éprouver de symptômes pectoraux , succomba ensuite avec ^
VIITHISIE.
les sjmplômes de la phthisie. « De l’élat ssaiii de l’estomac , prouvé par l’antopsie , '’anleur conclut, dit M. Broussais, que ce /iscère ne fui point malade au début ; comme ,i le principal point d’irritation n’avait pu ;hanger de place ; comme si une année de soufrrance de l’estomac avait du nécessairement en- ^ rainer l’altération de la muqueuse ; comme si , »ar conséquent , on devait désespérer de toutes e3s’ personnes qui ont soulFert , pendant ce lemps^ me altération des fonctions de l’estomac (36-)» . — lien, comme on voit, ne peutarrêterM. Broussais; testomac est parfaitement sain à l’ouverture du rps : peu lui importe , il a été malade et il l’a Ué pendant un an , çncore que les symptômes , à art la toux et un peu de diarrhée dans les preiniers temps, n’aient pas varié. Mais quelle a lté cette maladie ? une gastrite sans aucun doute ; une gastrite grave, puisqu’elle a excité un I ouvement fébrile considérable , sans toutefois rre accompagnée de douleurs à l’épigastre ^ de iiusées et de vomissements car pendant une iinée l’anorexie est la fièvre furent les seuls mplômes éprouvés par la malade. Et malgré sa ’avité et sa longueur , celle gastrite n’aura pas mené la moindre altération de la membrane muneuse de l’estomac ! il n’y eiî* avait pas trace I l’ouverture du corps : elle n’aura pas été accoiu-
ec
examen.
pagnée de l’aspect mamelonné si ordinaire alors ^ dont il n’y avait pas vestige ; et cependant l’experience indique que cet aspect et l’allcrationde couleur qui l’accompagne ne disparaissent pas plus rapidement que l’état analogue de la peau après l’ap- | plication d’un vésicatoire long-temps entretenu. En outre, et encore par extraordinaire , cette gas- , trite aura été accompagnée d’iinmouvementfebrile
dont la forme est précisément celle qui a heu dans la phthisie ! En sorte qu’elle n’a pas change depuis le début de la toux. C’est-à-dire que pour j admettre l’explication du mouvement fébrile don- •, née parM. Broussais, il faut supposer invraisem- f
blancesurinvraisemblancejtandisqu’enadmettant|
que la phthisie a été latente pendant une annee , aj forme et la continuité de la fièvre pendant toute la maladie, le manque de nausées, de vomissements, de douleurs à l’épigastre, puis l’integnte de a membrane muqueuse de l’estomac, s exp iquen,'|| comme d’eux-mêmes. C’est donc cette explica-| tioa qui est la vraie , celle qu’il faut aameltre. y La ireutième observation , la plus important^ peut-être de tout l’ouvrage, suivant M. BroussaisA l’occupe ensuite. Il fait à son sujet un fort ‘odA commentaire qu’il regarde comme un modeleA» -enre de discussion qu’il voudrait voir s etablil dans l’école de médecine de Pans : c est uni nouvelle raison de l’examiner avec soin. |
! L’observation dont il s’agit est relative à une \ femme de 3i ans^ •d’une constitution délicate, .ayant l’haleine courte depuis l’enfance. Elle avait eu , sept années avant son admission à l’hôpital , ipendant dix-huit mois, une toux non interrompue, [peu incommode^ qui; ne l’avait pas forcée d’interrompre ses occupations; depuis lors pas de rhume; iraais les brouillards et les odeurs fortes rappellaient momentanément la toux. Dans les trois derinières années, les digestions avaient été plus ou oins lentes , quelques symptômes avaient fait croire à une affection du foie; et avant cette époque la malade avait été sujette aux maux de jorge, aux palpitations et à une soif parfois consilérable. A son entrée à l’hôpital, teinte jaunâtre iniverselle , les conjonctives exceptées ; faiblesse l’onsidérable, essoufflement au moindre exercice; d toux, ni crachats; poitrine sonore, respiration orte sous l’omoplate droite; pouls un peu.accééré, déprimé; digestion des matières animales açile, tumeur à l’épigastre, hypocondres souples, elles rares; quelques douleurs à la nuque; le este comme dans l’état naturel. La malade mouut neuf mois après son entrée à l’hôpital, 'ayant eu de toux que dans les derniers quinze )urs de son existence. Le pouls, peu accéléré oÉaans les premiers six mois ^ fut toujours petit et ïible , la chaleur un peu élevée le soir , et il y eut
r.XABTEX.
des sueurs uocLurnes dans le dernier mois; l’appélit fut variable, la digestion 'moins pénible aux cpiatrième el cinquième mois , quand la malade prenait des pilules de fiel de bœuf, qu’auparavaut; la soif lou jours vive dans la soirée. Des nausées et une dysphagie, variable quant au degré , eurent lieu dans les quarante derniers jours; et peu après le commencement de cette dernière époque, la langue, qui avait toujours été le siège de picottements incommodes, se recouvrit de petites plaques pultacées. Il y eut un peu de diarrhée, par intervalles, dans les derniers six mois, et la faiblesse lit des progrès assez lents pour que la malade ne fut obligée de garder complètement le lit que dans les quinze derniers jours. A l’autopsie, dernier degré de marasme, langue couverte d’un enduit pullacé; muqueuse œsophagienne pâle , couverte d’une exsudation pareille ; muqueuse colite grisâtre et molle dans les deux derniers tiers ; caverne considérable au sommet du poumon droit et tapissée par une fausse membrane mince, communiquant avec plusieurs petites excavations , entourées d’un tissu plus ou moins endurci ou infiltré; quelques excavations semblables à gauche et toujours au sommet, tapissées par un détritus tuberculeux : cœur d’un médiocre volume; sa membrane interne d’un rouge vif, couleur qui péné-
VHTIlISIt;.
frail assez prolbiulément dans la tunique muqueuse de Tarière^ sans autre changement.
Une première remarque à faire relativement au commentaire de M. Broussais , c’est qu^il n’est pas un modèle d’ordre. Au lieu d’exposer le fait d’une manière simple et rapide pour que le lecteur puisse y recourir sans peine quand il le voudra, M. Broussais entremêle son récit d’une imultilude de petites réflexions, malheureusemen t tencorepeu justes; etaulieu de rechercher d’abord si l’observation est bien placée parmi les phthisies i latentes , ou même si ce cas est réellement un ^exemple de tubercules , car M. Broussais ne le Ipense pas , il s’occupe en premier lieu des phéno imènes et des organes digestifs , etc. , etc. Je irrétablirai l’ordre naturel , en commençant parce |qqui est relatif aux poumons.
« C’est hypothétiquement et sur la simple autorité de Laënnec , dit M . Broussais, que notre auteur attribue les cavernes à des tubercules fondus. . . ces cavernes pouvaient être le résultat d’abcès purement inflammatoires , et la phthisie latente n’est fèi qu’une véritable chimère » (576). C’est-à-dire, et pour abréger, à part l’injure^ que les cavernes décrites ont pu avoir une origine dilFérente de celle que je leur attribue; qu’ainsi cette origine est erronée.
Voilà une logique bien peu sévère, il faut en
r.xAiyiKN.
convenir, et d’autant plus singulière qu’il faudrait, ce me semble, quand on critique à la manière de M. Broussais, avoir mille fois raison ]K>ur ia forme et pour le fond , sur-tout quand la critique est offerte comme un modèle. Mais l’assertion de M. Broussais n’est pas seulement sans preuves , elle est complètement erronée.
En effet ; i“ les cavernes, grandes et petites , avaient toutes leur sie'ge au sommet des poumons, et la pneumonie a ordinairement lieu dans les lobes inférieurs , chez les jeunes sujets ; premier lait qui doit porter à croire que les excavations qui nous occupent n’avaient pas pour origine line inflammation du parenchyme pulmonaire ; 2“la pneunomie n’occupe presque jamais, à part les derniers jours de l’existence, qu’un des poumons,
et il v avait ici des cavernes des deux côtes : 3"
quand on rencontre un abcèsdans lespoumons, àla suite d’une pneumonie, ils sont rares , et ils étaient | nombreux ici ; 4” plusieurs cavernes étaient gar- i nies d’un détritus tubercul ux et entourées d’un tissu légèrement infiltré ou induré , comme le sont les cavernes tuberculeuses dont l’origine ne saurait être douteuse ; 5“ enfin, le foie était gras^ lésion observée presque uniquement chez les phthisiques. De manière^ comme je le faisais remarquerj au sujet de la précédenteobservation^ qu’en admet-i tant que la jeune femme dont il s’agita été atteinte!
PHTH1S1£.
Je phüiisie lalente, l’état des poumons s’explique de lui- meme , tandis qu’il est tout-à-fait inexplicable dans la supposition contraire. C’est donc la première supposition qu’il faut admettre.
Quant au début de raffeclion , si je l’ai fait l'emonter à sept années , à l’époque où la malade fut prise de cette toux qui dura dix - huit mois sans interruption, c’est qu’il y avait nécessit éde le faire , puisque l’extrême bénignité des symptômes thoraciques ne pouvait laisser de doute sur la marche extrêmement chronique de la maladie.
La dénomination de phthisie latente est justifiée de reste par ce qui a été dit plus haut: je n’j reviendrai donc pas.
La membrane interne du ventricule gauche et de l’aorte était d’un rouge vif, et cette couleur pénétrait la tunique moyenne de l’aorte, qui d’ailleurs n’ôlFrait aucun changement d’épaisseur et de densité. M. Broussais voit dans cette coloration les traces d’une inflammation qu’ih paraît faire remonter à la première enfance, puisque, suivant lui, elle explique comment la malade a été étouffée et palpitante toute sa vie (dyfi). — Que d’erreurs! D’abord il n’a pas été dit que la malade eût été pal[)itante toute, sa vie, mais seulement qu’elle avait été sujétte aux palpitations avant les trois deniièrcs années. Puis, la ron;i;eur de l’aorte, telle
EXAMEN
qu’elle existait ici, est, comme on l’a vu plus haut, le résultat, non d’une inflammation, mais d’une imbibition; et à supposer le contrah’e, encore aurait-il fallu démontrer que cette rougeur, si commune chez les sujets emportés par une maladie, aiguë, peut être le résultat d’une inflammation ou d’une irritation chronique ; à moins qu’il ne s’agisse ici de ces irritations .sans hypérémie , bornées aux tissus lymphatiques ; c’est-à-dire de ces irritations qu’il est beaucoup plus facile d’imaginer que de démontrer. Mais cette nouvelle supposition admise, comment expliquer^ dans le système de M. Broussais , l’absence de toute lésion organique de l’aorte?
Je suis , comme on voit , très accommodant ; j’accepte toutes les suppositions deM. Broussais; et néanmoins^ en définitive, je ne puis l’accorder avec lui-même, et je doute fort, malgré toutes les ressources de son imagination, qu’il soit en ce moment plus heureux que moi. Cependant, il faut en convenir, les ressources de M. Broussais sont grandes; car s’il explique la dyspnée et les palpitations de la malade qui nous occupe par une irritation ou une inflammation chronique des artères, il expliquait, il n’ya qu’un instant, les mêmes phénomènes chez un autre sujet, par un anévrysme du cœur qui aurait disparu, puisqu’il n y en avait plus de traces à l’ouverture du corps. On sera
PHTaiSlü.
peut-être lentéde croire qu’en attribuant ici rélouffênient etles palpitations à une affection chronique <le l’aorte, M. Broussais avait oublié sa première explication ; mais cela est pour le moins douteux, vu que dans le commentaire qui nous occupe, l’aj néniie lui paraît égalementbien expliquer la pâleur ! de la membrane rnuqueuse de l’œsophage en- I flammé^ et la rougeur de l’aorte 374)»
C’est à la manie de tout expliquer et à la négli- I gence apportée dans l’étude des faits, qu’il faut \ rapporter les erreurs dont fourmille la critique de I M. Broussais. Sans celte manie, en effet, il se serait I rappelé qu’il existe des cas de dyspnée qu’on ne I saurait expliquer par une lésion appréciable quelconque des organes de la respiration ou de la circulation; et au lieu de donner une explication dénuée de fondement, il se serait d’abord demandé si îe sujet n’était pas dans ce cas; il se serait encore rappelé que l’emphysèmeptilmonaire est une cause de dyspnée, j’ajouterai plus fréquente qu’on ne le croit ordinairement; et les cellules pulmonaires n’ayant pas été décrites, il aurait signalé celle omission qui ne permet pas de prendre un parti sur la cause de l’oppression.
Demandez=vous , dit M. Broussais, pourquoi, l " pendant la vie on n’a pas exploré la circulation; 2" après la mort on n’a pas disséqué toutfe système vasculaireavec le plus grandsoiri,etc. — Pour((uoi?
EXAMEN
On n’a pas exploré la circulation avec un plus grand soin pendant la vie, parce qu’elle ne présentait rien de fort remarquable; et on n’a pas disséqué tout le système vasculaire après la mort, parce que dans des cas semblables, cas l’ort vulgaires et que M. Broussais paraît croire rares, on n’y a rien trouvé d’anormal. Toutefois on a eu tort de ne pas le faire, puisqu’il a été possible d’élever des doutes sur un fait que l’observation seule pouvait éclairer. Malheureusement les justes observations de M. Broussais, qui se moque si ordi airement des détails, le mettent une loisde plus en contradiction avec lui-même,puisque les détails dans lesquels je suis entré ne lui paraissent pas suffisants et ne le sont pas en effet pour répondre à certaines questions.
Quantauxvoies digestives, l’œsophagite explique, suivant M. Broussais, la production des aphthes et de l’exsudation pultacée de l’intérieur des joues, (372, 373). Double erreur ; car d’une part, il n’y avait pas d’aphthes, mais seulement un enduit pultacé à l’intérieur des joues; et de l’autre, cet enduit tapisse quelquefois tout l’intérieur delà bouche, sans inflammation de l’œsophage dont il est alors et peut-être toujours indépendant.
■ Pour l’estomac il était tout naturel, suivant M. Broussais, de le trouversain,lainalade mangeant peu. Mais cette conséquence n’est pas rigoureuse.
i i beaucoup près , puisqu’on voit souvent la mem- I )rane muqueuse de l’estomac plus ou moins en» l lamméechez des individus qui ont été long-temps t . la diète la plus sévère. Quant au duodénum^ 'Ml. Broussais affirme d’abord qu’il n’était pas en- \ liammé à l’arrivée de la malade à l’hôpital, mais j[ne très probablement il l’avait été (SjG). Puis, elle probabilité se convertit en certitude quelques Jgnes plus bas (ôji, 573). Etpourquoi? Très proli-ablement parce que le foie était gras^ et que le ^)ie gras suppose, d’aprèsles vues de M. Broussais, ^ 1 ne duodénite comme cause. Le lecteur s’imagine r l 'eut-êlre qu’on aura trouvé, à l’ouverture du ca- Lavre, les traces d’une ancienne duodénite ; et la description du duodénum a été omise ! Cette omiskon devait être une bonne fortune pour M. Brousaais; car si le duodénum, qui a été bien certainement 3xaminé, n’a pas été décrit, c’est probablement rarce qu’il n’a rien olFert de remarquable : et au t.eu de n’en rien dire, M. Broussais qui veut tou- L^ours expliquer, même les faits non constatés ou iimis, M. Broussais affirme! Bien plus, il se donne U peine de dire comment le foie a augmenté de (olume (371); et il a été dit que le volume de cet irgane n’était pas supérieur à ce qu’il est dans Vétat naturel î
En résumé, M# Broussais pense qu’il a existé chez ♦^ette malade trois points principaux d’irritation :
EXAMEN
1° ceile du cœur et du système artériel, qui lui paraît avoir eu l’initiative, vu l’énormité de la courte haleine ; 2“ celle des poumons qui pourrait bien en avoir été la conséquence ; 3° celle des voies digestives à laquelle le foie a participé. M. Broussais veut parler ici du duodénum; mais comme ce viscère n’a pas été décrit, et comme l’irritation du cœ.ur et du système artériel à laquelle M. Broussais rapporte la dyspnée de la malade et peut-être l’irritation des poumons, n’est nullement démontrée , il s’ensuit que ce résumé du com^mentaire de l’observation se réduit à zéro.
M. Broussais le termine en m’assurant qu’il ne s’adresse pas à ma personne. Je le prie de recevoir la même assurance de ma part. Je ne m’adresse pas non plus à lui, mais à ceux-là seulement qui veulent cultiver la médecine comme une véritable science, qui pensent qu’elle est réellement tout entière dans l’observation, qu’il faut en bannir l’esprit d’hypothèse , et ne considérer comme vrai pu faisant partie de la science, que ce qui est rigou» reusemenl démontré ou évident.
La 5l^observation est considérée parM. Broussais comme qn exemple de gastro-entérite chronique, compliquée, sur lafin,de tuberculespulmo* naires (379) ; progression qui lui semble prouvée par la gravité des lésions du tube digestif (id.). Mais cette manière de voir est une erreur qu’il est
facile de rendre évidente.
PHTHISl Ë.
La malade qui est l’objet de l’observatiou dont j 1 s’agit est une jeune fille dont l’affection semble., |uu premier abord^ avoir duré moins de quatre riois, dont près de deux passés à l’hôpital. Lors- > jiu’elle y fut admise, elle avait des douleurs à P (épigastre qui remontaient aune époque éloignée^ i même que celle de l’établissement d’un flux bblancqui n’avait pas cessé , des frissons suivis de thaleur et de sueurs depuis trois semaines , le (ouls à peine accéléré néanmoins, la chaleurpreslue naturelle ordinairement; desselles rares, à L suite d’une diarrhée de plusieurs jours; la res* iration un peu génée,sans toux ni crachats, et il n’j 1111 avait pas eu depuis le début. L’embonpoint avait eeu diminué, l’oppression était devenue beaucoup lus considérable dix jours après , quand l’ausjltation, pratiquée avec soin, fit reconnaître l’exisîînce d’une pectoriloquie imparfaite, et toujours " ins toux. Quatre jours plus tard, celle-ci débuiiit, la pectoriloquie était parfaite. La fréquence nu pouls n’augmenta que dans les trois dernières (îmaines de l’existence ; et à l’ouverture du cada- :re on trouva un assez grand nombre de tuberjules au sommet des poumons , les uns crus , is autres ramollis ou vides ; des granulations prises dans leur intervalle et au-dessous ; la niemrrane muqueuse de l’estomac très ramollie en rrière, des ulcérations dans toute la longueur
EXAMEN
d.e l’inlestin grêle, distantes les unes des autres de deux, à six pouces, dont plusieurs offraient la jd membrane musculaire à nu dans quelques points, et formaient l’anneau complet.
Sans doute si l’on observait quelquefois chez les individus emportés par des maladies chroniques sans tubercules, des ulcérations de l’intestin grêle comparables, pourl’étendue comme pour le nombre, à celles qui avaient lieu ici, on pourrait se demander si les tubercules de la malade ne seraient pas postérieures aux ulcérations de l’intestin. Mais rien de pareil n’ajant été observé, tandis qu’on voit quelquefois des tubercules pulmonaires sans ulcération de l’intestin grêle , il faut nécessairement en conclure que ces ulcéra-| tions sont sous la dépendance des tubercules dé-! veloppés dans les poumons, ou qu’elles reconnais-: sent une même cause, laquelle agit quelquefois sur les poumons sans faire sentir son influence à l’intestin grêle , tandis que la réciproque n’a pas lieu.
A la vérité les médecins qui ne rougissent pas de mettreles hypothèses à la place des faits, et qui ne sentent pas tout ce que cette manie a de puérile, ces médecins, admettront difficilement unepareille loi; car les plus beaux raisonnements ne l’auraient pas fait découvrir^ et une fois constatée, ils ne l’expliqueraient pas davantage. Mais la loi n’en subsistera pas moins, et le temps n’est sans doute pas ®
PHTuisii;.
loigiié où elle ne sera méconnue de personne*
. o6S agréables plaisanleries de M. Broussais yr la d , ble malice de Fêtre latent qui allait long -temps travaillé le poumon sans excier la fié- e, et qui aurait pris pour se masquer ‘es apparences d’une affection gastrique (Sjg) , » tes plaisanteries qui prouvent qu’on n’a rien de lositifà dire et qu’on ne peut envisager les faits :n face, ces plaisanleries n’y feront rien; elles n’emioécheront pas qu’il n'’yeût, dans le cas dont il Vagit , des tubercules et une excavation tubercureuse avant la toux , que ces lésions n’existassent quand la malade conservait encore la plus grande narlie de son embonpoint^ un peu moins de deux mois avant sa mort ; qu’il n’j eût, pour ainsi dire^, lie fièvre alors que le soir: que les altérations des noumonsne fussent accompagnées de symptômes généraux tellerneiat faibles^ qu’il faut bien en con- ;‘;lure qu’elles avaient marché avec beaucoup de t.enteur, et que leur début remontait sans doute iiu-deJâ de l’époque indiquée par la malade -oomme étant celle du début de l’afïection.
Recherchant ensuite les causes des tubercules idans ce cas particulier , les bronches étaient I ro liges , dit M. Broussais; ainsi l’irritation a pu
I {pénétrer par cette voie dans les aréoles où se f lorment les tubercules. De pins Faorte était de couleur amaraiithe (58o); et M. Broussais souligne
KXAMEIV.
ce mot , comme si la simple couleur rouge de ( l’aorte avait l’importance qu'’illtii suppose (i).
Quant à la rougeur des bronches^ comme elle ) était universelle (au moins cela paraît probable || parles termes delà description} et que les tuber- Il cules étaient bornés , on n’en peut rien conclure I relativement à la cause de leur développement. { D’ailleurs^en même temps que les bronches étaient | rouges^elles étaient mines, ce qniindique(M. Brous- g sais oublie de le remarquer) que si les bronches J étaient enflammées , cette inflammation était ré-
cente; de manière qu’en définitive M. Broussais | ne peut pas même se donner la petite satisfaction j de dire que l’irritation a pu pénétrer par les bronches dans les aréoles où se forment les tuber-
cules.
La trente-deuxième observation est encore plus remarquable que les précédentes, en ce que la malade qui en est Lobjet n’eut de toux, un peu | de toux, que dans les derniers jours de sa vie. Du jl côté de l’abdomen , au contraire , des symptômes plus ou moins graves eurent lieu pendant près de trois mois^ et M. Broussais en conclut que les organes digestifs ont été le point de départ, encore que la structure des excavations trouvées dans l’un des poumons annonçât , d’une manière certaine ,
une afï’eclioii tuberculeuse plus ancienne, et que la longue hémoptysie éprouvée dix neuf mois ! lavant l’admission de la malade à l’hôpital .
! rende extrêmement probable le début des tubercules à cette époque. Mais que font les faits à e| 'M. Broussais? Il n’examine pas si la structure . d’une caverne suppose qu^elle est ancienne ou [ récente, peu lui importe; et après avoir donné, r de sa pleine autorité, l’initiative aux lésions de si l’abdomen, il explique ce fait imag'inaire par une . irritation nervoso-inflammatoire partie de cette s icavité (38i).
1 Vient ensuite l’examen des faits relatifs à la . iphihisie aiguë, que M. Broussais considère comme . sautant d’exemples de phthisie chronique. Examinions à notre tour et concluons.
Le premier fait rapporté par moi est relatif à j uine jeune fille de dix-huit ans , morte après trente- ; (cinq jours de maladie, et à l’autopsie de laquelle I fon trouva, pour désordre principal et presque I (unique, des granulations grises demi-transparentes (dans les deux poumons et, dans le lobe ^ inférieur (droit, une masse de matière tuberculeuse mn peu I ramollie ef comme creusée , à son centre , d’une ‘Sorte de canal anfractueux. M. Broussais refuse
ii à cette observation le titre de phthisie aiguë, par- ' ce que la non apparition des règles depuis deux mois et demi , au début des premiers symptômes,
<~>4 KXAMEN.
avait dû causer une irritation des principaux vis* t cères. En vain la malade interrogée avec soin ré- j pond qu’avant le début des accidents indiques • elle était parfaitement bien portante j elle devait | avoir une irritation des principaux viscères. On : croit généralement que c’est à l’observation à ré- v former les idées ; mais de pareilles maximes ne sont pas faites pour le génie de M. Broussais -, la \, maxime contraire est la seule qui lui convienne; il soumet le résultat de l’observation à ses idées, j il n’admet les faits qii’autant qu’ils y sont confor- ^ mes : c’est sa méthode.
Il refuse encore à l’observation suivante , la i trente-quatrième de mes Recherches, le litre de i phthisie aiguë ; la considérant comme un exemple i de pneumonie à laquelle le malade aurait suc- ' combé, après vingt-huit jours; pneumonie qui l n’était d’ailleurs, suivant lui, que l’agonie d’une t maladie fort ancienne (584) • Comment M. Brous- j sais établit-il ces diverses propositions ? Voici le I fait. I
Le malade dont il s’agit était âgé de quarante- | six ans, d’une constitution forte, d’un embon- I point assez prononcé, quoique malade depuis trois j semaines à son entrée à l’hôpital. Il avait éprouvé, dèsledébut, delà dyspnée avecun peu de toux, et de la fièvre, symptômes qui avaient continué \ ensuite. Lors de son admission à la Charité les cra-
VHTinSIE.
chais étaienf muqueux, le bruit respiratoire un peu faible sous les clavicules, parfaitement naturel et sans râle ailleurs. Quatre jours plus lard, rauscultalion donnait encore les mêmes résultats , la poitrine rendait un son clair dans toute son étendue; et après la mort, survenue quatre jours après celte dernière exploration, les poumons étaient rouges, grenus, hépatisés, un peu aérés inférieurement, cédaient par la pression un liquide. couleur lie de vin , ofïraieut, dans toute leur hauteur, des granulations grises, demi-transparentes, opaques et jaunâtres à leur centre supérieurement ; la membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge-orange, ramollie dans la moitié du grand cul-de-sac, mamelonnée, grisâtre ailleurs; le cœur mou, l’aorte parsemée de plaques jaunâtres.
Ainsi voilà un malade chez lequel l’exploraiion la plus attentive n’a pu faire découvrir le moindre symptôme local de pneunionie^ chez lequel le bruit inspiratoire et la sonorité de la poitrine étaient encore naturels quatre jours avant la mort, dont les crachats n’ont jamais été rouillés , visqueux, demi-transparents ; et M. Broussais ne craint pas d’affirmer que ce malade était pneumonique avant et lors de son admission à l’hôpital I Bien plus, la couleur rouge du poumon hépatisé et du liquide qu’on en faisait sortir par la pression était celle qui a lieu dans la pneumonie réceiite;
KX AIMF.N.
fJG
peu imporle, M. Broussais n’eu fait pas moins remonter le début de celte afFection secondaire à celui de la maladie primitive. M. Broussais ignorerait-il les faits les plus vulgaires? A-t-il cru pouvoir se dispenser de prouver en critiquant? A quelle classe de lecteurs a-t-il cru s’adresser? Car on ne sait vraiment à quelle supposition s’arréter, quand on lit des choses aussi étranges que les commentaires de M. Broussais.
Et maintenant que son erreur ne saurait être douteuse , comme les premiers symptômes observés étaient ceux d’une maladie du poumon , il faut nécessairement reconnaître qu’ils étaient dus au développement des tubercules, qu’oii ne saurait faire remonter ceux-cià uneépoquepluséioignée.
Après cela , comment les vingt-huit jours de la pneumonie supposée ne sont-ils que l’agonie d’une maladie fort ancienne ? C’est parce que l’aorte offrait quelques plaques jaunâtres et l’estomac des traces de gastrite chronique et partielle (384j! Le sujet, toutefois, se croyait bien portant au début des symptômes indiqués: erreur; sa dernière affection n’était que l’agonie d’une maladie dont il ne se doutait pas î
Que les plaques jaunâtres de l’aorte soient une lésion, c’est ce que personne ne nie j mais pourrait-on dire d’un individu qui n’aurait d’autre altération que ces plaques, suite presque inévitable de l’âge, qu’il est malade? Assurément non. Il
iaut tenir le même langage au sujet de l’état mamelonné de la membrane muqueuse de l’estomac, quand il est le résultat d’une inflammation ancienne et partielle , dont les sjmplô- ! mes ont cessé depuis long - temps ; et voici n pourquoi. La peau sur laquelle un vésicaloireest ! resté appliqué un espace de temps plus ou moins , considérable, en conserve long-temps des traces , ti une altération de couleur , un aspect mamelonné ij semblable à celui de la membrane muqueuse de j l’eslomac, à la suite de son inflammation proion - I gée. Cet état de la peau , bien qu’il soit la suite de I l’inflammation, ne peut plus être considéré comme i| tel, n’empêche pas l’organe ainsi altéré de remplir t plus ou moins exactement ses fonctions et la per- ) sonne qui l’offre d’être bien portante, si d’ailleurs elle n’a pas d’autre lésion. De même aussi , l’état mamelonné de la membrane muqueuse de l’estomac qui persiste long-temps après la cessation > des symptômes de la gastrite^ cet état ne doit gê- ! ner que médiocrement l’exercice des fonctions I digestives, n’est plus réellement une inflammai tion, et ne constitue pas, à proprement parler, j une maladie. On dira peut-être que l’étendue d’un vésicatoire, par rapport à la surface du corps,
! peut être considérée comme nulle; qu’il n’en est pas ainsi du rnamelonnement partiel de la membrane muqueuse de l’estomac par rapport à la
liXAMtN,
surldce de cel organe ; qii’ainsi Ja conclusion n’est pas rigoureuse. A quoi je répondrai qu’à la suile de la variole confluente , la peau ne cesse pas de remplir ses fonctions, encore que l’altération dont i elle est le siège soit étendue et indélébile. L’assertion de M. Broussais est donc entièrement erronée.
Il ajoute, pour lui donner une apparence de vérilé^ que les personnes du peuple, peu attentives leur santé , oublient les incommodités ; qu’elles ont éprouvées, aussitôt qu’il se déclare ! chez elles une maladie grave; et il ne doute pas que j’aie été dupe d’une pareille dissimulation de la part d’un sujet qui n’était préoccupé que de ses souffrances actuelles (384)- Je réponds à cela qu’ayant fait métier d’observer , je me suis aperçu d’assez bonne heure, comme je l’ai remarqué plus haut, de tout ce qu’il faut de précautions et de soins pour arriver à la connaissance exacte des faits, que je n’ai rien négligé pour atteindre ce but; de manière, par exemple^ qu’après avoir demandé à un individu depuis quand il est malade , je ne me contente jamais de sa première réponse ; i je lui demande encore si, antérieurement, sa santé était bonne; et pour ne pas être trompé , j’entre dans le détail de toutes ses fonctions. Assurément , M. Broussais ne constate pas les faits avec plus | d’exactitude ; sa méthode est même beaucoup
piiTiiisii:.
plus expéditive, comme on l’a vu an sujet des tubercules mésentériques.
Le commentaire de l’observation suivante se fait remarquer, comme les précédents, par des erreurs. Rappelant quelques'unes des principales circonstances du fait, M. Broussais remarque que le sujet, âgé de dix-buit ans, mort après cinquante jours de toute maladie, était enrhumé tous les hivers pour très peu de temps (385); puis, quelques lignes plus bas , oubliant ce qu’il vient de dire, il assure que ce jeune homme avait heau coup et long- temps souffert de l’inflammation de la muqueuse laryngo - trachéo - bronchique ; qu’ainsi la sécrétion tuberculeuse avait pu être préparée par les phlegmasies répétées de cette membrane. — M. Broussais parviendra sans doute un jour à faire disparaître ces petites contradictions; mais jusques-là j’y verrai !a preuve la plus claire de l’impossibilité de soutenir long-temps des hypothèses, même avec beaucoup d’esprit. Je ferai encore remarquer au lecteur que cette substitution de mots ou de faits n’a j)as conduit M. Broussais bien loin , qu^il n’a pas cru pouvoir en conclure que la ])htliisie du sujet qui nous occupe avait été chronique, (ju’il s’est borné à dire que la sécrétion tuberculeuse avait puéiiQ préparée \idiV les phlegmasies répétées de la membrane muqueuse des voies aériennes. Que de peine pour n’arriver à aucutï résultat !
tXAMlilV.
r^e reste du commentaire ressenible à ce qui précède , et je ne m’y arrêterai pas.
L’observation suivante, la trente-sixième de mes Recherches , est relative à une blanchisseuse âgée de vingt- trois ans, qui fui emportée après quarante-quatre jours de loutemaladie. Ses règles ne s’étaient pas montrées dans les onze mois précédents, sans néanmoins que sa santé en fût altérée, a part quelques malaises et une légère diminution des forces. Qu’en conclut, M. Broussais? « Que le point d’irritation qui retenait les règles pouvait donc bien exister au sommet du poumon affecté , pendant les onze mois mentionnés , et donner l’explicatio.n de la faiblesse et des malaises de la personne^ quidevait aussi avoir un degré quelconque de fièvre » (388). — La preuve de tout ceci ? Mais M. Broussais n’a pas l’habitude de prouver ce qu’il avance, ne lui demandons pas de preuves, et remarquons seulement qu’ici, comme dans le cas précédemment examiné , la maladie aeu évidemment une marche très rapide, un début très brusque; que les excavations pulmonaires n’étaient pas garnies de fausses membranes ; queloute lamatière tuberculeuse était ramollie à peu près au même degré ; que ce double état des cavernes et de la matière tuberculeuse ne se rencontre pas dans les phthisies à marche évidemment chronique ; et concluons - en que la trente - sixième
PU l HISIE.
observation est assurément une phthisie aiguë.
On ne dira pas, sans doute, que la phtisie étant assez souvent latente, le cas actuel doit être considéré comme un nouvel exemple de celte marche obscure de la maladie : car chez les individus atteints de phthisie latente, la structure des excavations en indique l’ancienneté , et c’était tout le contraire ici ; sans compter qu’aucun s ymptôme antérieur aux cinquante derniers jours de l’existence ne pouvait être attribué , avec quelque vraisemblance, à des tubercules latents, ou meme à une alFection quelconque. De maniéré qu’en admettant, une des irritations imaginaires de M. Broussais, qui aurait favorisé le développement des tubercules , une irritation nervosoduflammatoire,par exemple, il faudrait toujours reconnaître que raflfection a marché avec beaucoup de rapidité, et a amené le désordre que j’ai décrit, dans l’espace de temps indiqué.
La dernière de mes observations de phthisie aiguë , est, pour M. Broussais, un cas de pneumonie compliquée de plusieurs antres affections, même de péritonite et de phlébite. Elleest relative à une fille de vingt ans qui tomba malade six jours après ses couches et mourut un mois pins tard , ayant été parfaitement bien portante jusques-là. Les premiers symptômes qu’elle e'prouva furent une toux forte, accompagnée de crachats et d’op-
KXAMÊIV.
pression, un mouvement lébrile considérable et la suppression des lochies. Des douleurs au côté gauche du thorax s’y joignirent au onzième jour, sans que sa sonorité en parût altérée au moment où la malade fut admise à l’hôpital, deuxjoiirs après le début de la douleur. Alors la respiration et le pouls étaient extrêmement fréquents, la toux répétée, la faiblesse considérable, la soif vive, la langue humide et pâle, les selles nombreuses, la mémoire sûre. Dans les quinze jours suivants la toux fut médiocre, la respiration encore un peu plus fréquente qu’au moment de l’entrée de la malade à l’hôpital. Les crachats plus ou moins visqueux, rouges ou verdâtres et striés de jaune dans les sept derniers jours de l’existence, n’étaient pas visqueux quatre jours avant cette dernière époque; le bruit respiratoire faible et confus àgauche, trois jours après l’admission de la malade, fut ensuite mêlé de gargouillement, et enfin trachéal sous les clavicules du mêmecôté. Et après la mort on trouva une infiltration sous-arachnoïdienne beaucoup plus prononcée à gauche qu’à droite; une fausse membrane sur le poumon gauche avec du pus dans l’écartement de ses deux feuillets, une foule de petits abcès dans le parenchyme pulmonaire du même côté, communiquant les uns avec les autres, sans matière tuberculeuse : la veine crurale remplie de sang caillé; le foie un peu gras; la rnern*»
IMITIIISIK.
j; branc nuiqiiouse de l’esloinac rouge et ramollie l^j, dans le grand cul-de-sac ; celle du gros intestin dans un état analogue j l’utérus volumineux, d’un "üuge-brun et très ramolli à sa surface inlernej le coté gauche du vagin perforé.
Qu’il y ait eu ici une pleurésie aiguë, c^est ce |ue personne ne saurait contester : mais comment 'VI, Broussais prouve-t-il l’existence de la pneuiiionie qu’il admet ? M. Broussais ne s’en met j)oas en peine; il affirme et rien de plus. Touîefois hôon assertion n’aura quelque valeur, que quand il j aura montré, par des faits bien observés, qu’après me maladie aiguë de poitrine, accompagnée de lOux, de crachats rouillés , visqueux et demirransparents, de crépitation avec son mat et res- ))iration bronchique dans une certaine étendue de ,a poitrine, terminée par la mort; que quand il aujra montré qu’à la suite de ces accidents, on :rouve les poumons remplis d’abcès communiquant les uns avec les autres et séparés par un tissu mou. Et quel médecin a jamais été téunoin de ces faits ? M. Broussais ayant admis dans |'(ce cas l’existence d’une phlébite, on dira peut-être j»que les abcès observés en étaient la suite ; mais
fil faudrait au moins , pour admettre cette explication , que les abcès des poumons qui accornpaignent si souvent la phlébite fussent ordinairement bornés à l’un de ces organes, alors qu’ils sont
EXAAIEN.
nombreux j que dans le même cas on n’eii i
uns avec les autres. Et quand a-t-on vu toutesi ! ces coïncidences ? Mais la phlébite supposée par' M. Broussais, où donc était son siège? Il le placej':^ dans les veines crurales ; et il a été dit seulemenUl que ces veines contenaient du sang caillé , rien de^ plus. Et depuis quand le sang caillé des veines, est-il un signe certain de leur inflammation ? Je n’assurerai pas que M. Broussais en affirmant sans, preuves, comme il le fait incessamment, compte beaucoup trop sur la crédulité du lecteur: mais;
comme réels des faits qui ne sont pas indiqués, on donne nécessairement à croire qu’on obéit ài des habitudes dont on n’est pas libre de se défaire.
suivent l’observation qui nous occupe , que les»
considérés comme une apparence qui résultera! de la dilatation des bronches ; j’ajoute que l’éla gras du foie vient à l’appui de ce qui a été
pus dont il s’agit.
M. Broussais termine son commentaire au sujel de cette observation, en disant « que je veuxforcei les faits à me fournir des arguments favorables
trouvât pas ailleurs; qu’ils communiquassenl lesi \
je dirai que quand , en critiquant , on admet
J’ai d’ailleurs montré , dans les réflexions qui
abcès du poumon gauche ne pouvaient pas être
dit de l’origine tuberculeuse des divers fovers de
VHTHISIE.
lia doctrine, et que je les suppose dans mes lOfJclusions quand je ne les trouve pas » (Sgi).
- Il n’j a sans doute que M. Broussais qui puisse ,»arler de mes doctrines j quoiqu’il en soit, et ans l’accuserde manquer de probité à mon égard, te dont je suis très éloigné, il me permettra sans coûte de trouver dans ses assertions la preuve te beaucoup de légèreté , vu que mon résumé tes cas de phthisie aiguë précède l’observation lui nous occupe et en est indépendant; que cette Ibservation serait autre chose qu’un exemple de Ihthisie aiguë, que ce que j’ai dit de général sur eetle forme de la maladie n’en serait pas moins xxact.
I Les chapitres consacrés aux morts subites et . la perforation du poumon ne fournissent à II. Broussais que des réflexions sans importance, fin des vues qui lui sont propres. Je c rois par æla meme fort inutile de m’j arrêter, et je passe LUX causes sur lesquelles il ne fait que glisser, <'Our ainsi dire.
Enefîet, cherchant à connaître , d’après i’ob- ’ p^rvation , quelle pouvait être l’influence du sexe,
Uu catarrhe pulmonaire , de la pneumonie , de la nleurésie , etc. , sur le développement de la Irththisie , j’ai trouvé que la phthisie est plus frétiuente chez la femme que chez l’homme ; que ’inverse a lieu , et dans une proportion consi-
UXAMliN,
dérable , pour la pneumonie , le catarrhe pulmo- 1 naire et la pleurésie; et le sexe le plus exposé à la phthisie étant le moins sujet à l’une ou à l’autre 1 de ces phleg’masies , j’en ai conclu qu’on ne pouvait pas considérer désormais les tubercules comme le résultat de l’inflaminalion chronique 11 des bronches, du parenchyme pulmonaire ou des \) plèvres. J’ajoutais que les Jpronches sont ordinal- p rement saines dans le voisinage des tubercules crus , fait qui conduit à la même conclusion quei ; les précédents. Et à l’occasion de ces faits , M. t Broussais se borne à dire que si l’on veut relire cei r qu’il a dit précédemment, on concevra que mes» conclusions ne découlent nullement des faits que je rapporte (4oo). Puis il ajoute : « que penser de sa prétendue réfutation, quand on reconnaît que dans la plupart des cas qui lui sont propres , les malades ont toussé pendant long-temps avant.^ que les symptômes de la consomption pulmonaire se déclarassent, et que chez ceux où les phlegmasies du poumon n’ont pas eu l’initiative , etc. ? » 1 (4oi)
J’observerai d’abord , sur ce dernier point , 1 que quand la marche des tubercules est lente, | l’amaigrissement ne se lait sentir qu^à une époque I plus ou moins éloignée de leur début; qu’ainsi | l’absence de ce symptôme ne prouve pas la non « existence des tubercules , que Fargumenl de i
\I. Broussais est nul. Et relativement au conseil plonné au lecteur de recourir à ce qu^il a dit,
I )Our savoir à quoi s’en tenir sur l’influence du ,'atarrhe pulmonaire et de la pneumonie dans ,ia production des tubercules ; je dirai que les faits ..apportés par moi valaient bien une discussion oarticulière^, si les conséquences que j’en ai tirées le sont pas rigoureuses ; de manière que le silence de M. Broussais semblerait indiquer qu’il en a reconnu la solidité. J’ajouterai que les faits ]jue j’ai recueillis depuis huit ans, confirment la vérité des conclusions tirées de ceux que j’avais réunis en 1826 : et je ne parle pas seulement de c’aits entièrement semblables à ceux dont il vient fi’ètre question , mais de quelques autres un peu différents, et dont il n’est pas possible de tirer Il’autres conclusions. Ainsi, j’ai recueilli l’histoire [de onze sujets atteints de dilatation des bronches , '^:|ui n’avaient pas éjDrouvé les symptômes généraux klela phthisie, et chez lesquels l’affection, toujours .accompagnée de toux et de crachats, remontait îà plusieurs années (de deux à six) , lors du terme Ifalal ; chez huit d’entre eux la muqueuse bron- I chique était triplée , quadruplée d’épaisseur ,
• comme grenue, d’un rouge intense, très violemiment enflammée j et trois seulement des onze cas (dont il s’agit étaient l’exemple d’une complication tuberculeuse peu avancée ; proportion
PXAMEN.
qui n’est pas supérieure à celle qu’on trouve chez des sujets du même âge, emportés par une maladie quelconque, sans inflammation des bronches. Bien plus, de quarante individus morts dans le cours d’un emphysème pulmonaire ( dilatation des vésicules) plus ou moins avancé , avec un catarrhe bronchique prolongé pendant plusieurs années , quatre seulement avaient des tubercules dans les poumons , et tous fort peu, hors un (i).j Un autre fait non moins important , et quu n’avait pas fixé mon attention à l’époque où jepubliai mes Recherches, c’est que quand le catarrhe pulmonaire s’accompagne de râle sous-‘ crépitant, ce râle a toujours son siège, à soht origine du moins , à la base des poumons j c’est-àdire dans un point opposé à celui qui est lepremier siège des tubercules : comme si dans ces deux affections, le catarrhe pulmonaire et les tubercules , tout devait être opposé jusqu’au siège. Et ce siège est le même dans toutes les circonstances où le râle soiis-crépitant a lieu , c’est-à-dire dans le catarrhe pulmonaire simple ou dans celui qui se développe dans le cours de la rougeole , de l’affection typhoïde, de l’emphysème: de telle sorte que depuis près de trois années que mon altectioFi est fixée sur ce point, je n’ai pas observé, sur plus
(i) Mémoire inédit sur l’emphysème.
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I j. e cent quaranle cas, une seule exception à la p|)i que je viens d'exposer.
S Entre autres reprochesque m’adresse M. Brousi'jis, relativement à l’étude des causes, il me fait l elui de n’avoir pas apprécié l’iufluence des passions tristes, des excès, du défaut d’exercice I lusculaire dans une foule de professions séden- I lires des grandes villes , de la faiblesse des exirrétions dépuratoires sur le développement de la Sihthisie. Mais M. Broussais oublie que mon dess?2in n’était pas de raisonner à perte de vue à l’ocaasion de cette maladie ; que j’ai tâché au con- "aire de ne pas dire un mot qui ne fut^'dans les U lits ; que c’est par cette raison que je les ai Lümptés et analysés avec tout le soin dont je suis oapable ; que les faits que j’ai recueillis ne me «•ermeltant pas de résoudre les questions indi- (' uées ni même de les aborder, j’ai dû ne pas m’en Mccuper. Et je ne craindrai pas d^ajouter que les t-ails exacts qu’on possède à ce sujet sont trop peu Mombreux pour essayer de l’étudier actuellement; j^[u’ilfaut remettre cette étude à une autre époque
tu diriger, en attendant, l’attention des observaleurssur ce point, afin qu’ils ne négligent , dans l ’examen des malades , aucune des informations ^capables de concourir à la solution des problèmes ^indiqués par M. Broussais.
C’est par des raisons analogues que je ne me
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suis pas expliqué sur l’inlluence que peut avoir le| froid clans la production des tubercules. Celte' influence ne me parait pas d’ailleurs plus incontestablement prouvée que beaucoup d’autres ad- é mises par les auteurs, sans trop d’examen ; c’eslJ encore un problème qui ne peut être résolu sans lesjit chifFres , comme je l’ai dit ailleurs; et les maté-| riaux de ce calcul facile n’existent peut - être? qu’à Paris où l’on peut ouvrir tous les sujets qui succombent dans les établissements publics. Tant qu’on n’en viendra pas là à Pétersbourg,, à Vienne et à Naples , par exemple , il sera Ineu difficile d’avoir une opinion arrêtée sur le poinU dont il s’agit. Les singes de la ménagerie de Paris succombent presque tous à la phthisie comme on peut s’en convaincre par la lecture de
l’excellent travail du docteur Revnaud sur la
phthisie des singes et on en conclut que le* froid rend ces animaux tuberculeux. Mais il fau-i drait savoir, avant de rien conclure sur ce point , comment meurent les singes dans les paj's chauds; s’ils y sont plus rarement tuberculeux qu’à Paris : et en supposant l’affirmative , il faudrait encore f examiner si le changement d’habitude ne serait) pas pour quelque chose dans leur genre de mort. Presque toutes les vaches enfermées à Paris dansj des étables, meurent, dit=on, phthisiques. Ici évidemment on ne saurait attribuer l’affection
an froid dont les vaches ne sont peut - être que trop bien préservées. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que la phlhisie est très fréquente en Italie ; que ceux qui en sont traités dans les hôpitaux ! forment une proportion considérable des malades I qui y sont admis. Evidemment la question de I l’influence du froid sur la production des tuberf cilles reste entière ; les faits les mieux constatés sont insuffisants pour la résoudre.
Quant à l’influence de l’hérédité sur la phthisie, M. Broussais me fait dire qu’il n’est pas assez démontré que cette affection soit héréditaire; et j’ai dit tout l’opposé, ajoutant que pour mettre l’influence de l’hérédité dans tout son jour et connaî- 1 Ire exactement le degré de son influence , il faudrait dresser des tableaux de mortalité dans lesquels on comparerait un certain nombre de sujets nés d’individus phthisiques et de personnes qui i ne l’étaient pas (L. 533.)
Je ne m’arrêterai au jugement définitif de M. Broussais sur mes Recherches, que pour fixer l’allention du lecteur sur le reproche qu’il m’adresse d’avoir fait un ouvrage sans vue ni pathologique, ni thérapeutique, ni hygiénique^ à plus forte raison sans aperçu physiologique. Singulier reproche , il faut en convenir , que j’accepte comme un éloge et comme donnant une idée assez exacte de l’esprit dont j’étais animé en me
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livrant à mes recherches. En elFet, je tâchais alors comme aujourd’hui, de ne rien avancer qui ne fût dans les faits, de ne pas donner ma manière de voir, mes vues en pathologie, en thérapeutique, en hygiène , pour dés vérités : car ce qu’on appelle en médecine des vues, des aperçus, des manières de voir, c’est, à proprement parler , le roman de la science. Aussi éprouvais-je de vifsn regrets en lisant les ouvrages de M. Broussais,.: devoir quhls abondent tellement eu théories ,|^ en vues, en aperçus physiologiques, j}ai.hologi-^ ques, thérapeutiques , etc., qu’il ne s’j est pluafi trouvé de place pour les résultats rigoureux el j vraiment utiles de l’observation. i