ACUITÉ VISUELLE
L’acuité visuelle peut être définie, avec Giraud-Teulon, «la faculté isolatrice de la rétine.»
Une rétine possédant une acuité visuelle développée et appartenant, d’ailleurs, à un œil bien conformé, transmettra au cerveau une idée très nette de la forme des objets environnants, de même qu'une plaque photographique bien préparée, très sensible, si elle est placée dans un bon appareil, fournira une belle épreuve avec tous les détails des objets photographiés.
Sans discuter si l’acuité visuelle dépend de la constitution de la rétine, du nerf optique ou des centres nerveux euxmêmes, on peut dire qu’elle est fonction de la petitesse de l’objet qui, formant son image sur la rétine, est distingué dans ses détails. Elle correspond donc à la finesse de l’ouïe. du goût, de l’odorat, et a surtout pour analogue la sensibilité tactile, mesurée avec l’esthésiomètre de Weber. De même que cette dernière se calcule par l’écartement des deux pointes du compas, de même l’acuité visuelle est mesurée par l’angle des rayons limitant sur la rétine la plus petite image sensible, En poursuivant cette même comparaison, la sensibilité rétinienne est simplement cette faculté de la rétine d’être impressionnée par une quantité plus ou moins grande de lumière, et elle correspond à l'impression produite sur la peau par la piqûre d’une seule pointe du compas de Weber, tandis que l’acuité, comparable à cette notion complète de l’existence de deux piqûres distinctes,
lorsque l’on emploie les deux pointes du compas, est, en réalité, la faculté qu'a l’œil de fonctionner comme appareil de la vision, car le sens de la vue ne consiste pas à différencier le jonr de la nuit, mais à percevoir l’image exacte des-objets qui nous entourent.
Que l’œil présente done telle ou telle anomalie, son acuité visuelle indique la façon dont la rétine s’acquitte de ses fonctions. On comprend dès lors pourquoi le règlement qui régit l’examen de la vision pour les militaires et marins attache une si grande importance à la détermination exacte de l’acuité. Tout y est subordonné, et ce règlement permet de négliger une foule d’affections de l'œil, tant qu’elles laissent à l’acuité le degré compatible avec le service, puisque l'organe peut, malgré ces affections, rendre les services qu’on exige de lui.
On peut considérer l’acuité visuelle proprement dite, celle que présente la rétine après la correction des vices de réfraction de l'œil, s’il en existe, ou l’acuité visuelle brute sans correction. C’est celte dernière qui donne l’idée la plus exacte de la puissance de la vue, et qui est le plus fréquemment recherchée dans la marine.
D’après l’Instruction du 4 août 1879, modifiée par l'arrêté du 19 décembre 1881, quelles que soient les lésions qui intéressent les yeux, «lorsqu'elles réduisent l’acuité de la vi- »sion au-dessous de !}, des deux côtés ou de l’œil droit, ou »de !/,, de l’œil gauche, ou qu’elles occasionnent une dimi- »nution de la moitié environ de l’angle temporal du champ »visuel, elles sont un motif d’inaptitude au sérvice et de ré- »forme pour les hommes provenant du recrutement. Pour »les inscrits maritimes, l’acuité de la vision, mesurée à grande »distance (2 mètres) et sans correction, ne doit pas s’abais-
ar »ser au-dessous de ?/, pour chacun des deux yeux, limite im- » posée aux candidats pour l’École navale.»
L'examen de l’acuité visuelle comporte plusienrs indications qui, étant communes à toutes les épreuves subjectives à faire subir à l'intéressé, seront indiquées une fois pour toutes, D'abord il faut, tout en se mettant en garde, contre toute supercherie de sa part, ne pas chercher à intimider le sujet, mais, au contraire, lui expliquer clairement ce que l’on attend de lui, et lui laisser toute sa présence d’esprit; ses réponses devront être nettes et non suggérées. On doit faire l'examen de chaque œil, d’abord séparément, puis passer à la vision binoculaire ; l'œil laissé au repos doit être fermé par la main du médecin lui-même, qui doit également s’assurer par un essai préalable que l’éclairage ne pèche, ni par intensité, ni par faiblesse.
Le principe évident par lui-même sur lequel s'appuie la mesure de l’acuité visuelle est le suivant: étant donné un objet, l’œil qui le voit à ane distance double de celle qui est nécessaire à un autre œil pour voir le même objet, jouitd’une acuité deux fois moindre que le second; l’acuité du second étant représentée par 1, celle du premier sera égale à ‘}.
La dimension de la plus petite image visible, déterminée d’abord empiriquement, à été par la suite vérifiée par l’histologie : elle repose sur une base fixe, la dimension des derniers éléments sensibles de la rétine, les bâtonnets, c’est-àdire O mill. 004. Toute image formée sur la rétine et qui ne repose que sur un bâtonnet n’est vue que comme point lumineux; pour qu’elleaffecte une forme, il faut que deux bâtonnets au moins soient influencés et qu’elle ait par conséquent au moins O0 mill. 004. Cette condition est remplie lorsque l’image est comprise entre des rayons extrêmes formant un angle de 1”. Comme cet angle, et par suite l’image, sont
to
fonction, non seulement de la grandeur de l’objet, mais encore de sa distance à l'œil, il s'ensuit que ces deux facteurs interviendront dans la mesure de l’acuité visuëlle.
Le calcul démontre qu’un objet, dont chacune des parties a une dimension de 0 millim. 29, placé à 1 mèt. de distance, est visible dans tous ses détails. Placé à une distance double, triple, quadruple, ses dimensions devront doubler, tripler, quadrupler, pour être vu distinctement. Tel est le principe sur lequel repose la construction des échelles typographiques destinées à mesurer l’acuité visuelle. Les objets à distinguer sont des lettres, ou des signes déterminés pour les illettrés, de dimensions différentes suivant la distance à laquelle une vue normale doit les lire : cette distance est indiquée en regard. Leséchelles de Giraud-Teulon, Galezowski, Burchardt, Perrin, Snellen, de Wecker, les plus employées, ne diffèrent que par de légères modifications.
Pour déterminer l’acuité visuelle, après avoir pris les précautions que j'ai signalées ci-dessus, on conduit l’homme à examiner devant les caractères typographiques à une distance connue, et on l'invite à lire en commençant par les signes les plus gros. On note le numéro (ce numéro indique la distance à laquelle le caractère doit être lu) de la dernière série qu'il a pu lire avec facilité.
Cette épreuve peut être complétée en désignant au sujet des caractères qu'il n’a pu distinguer à cause de leur petitesse, et en l’invitant à se rapprocher jusqu’à ce qu’il le lise On note à ce moment sa distance au tableau.
Quelle que soit la facon de procéder, l’acuité visuelle est donnée par la formule V dans laquelle d est la distance à laquelle les caractères ont été lus,et D la distance à laquelle ils auraient dà l'être.
Pour lexamen des inscrits maritimes, il est bon de les
placer à 2 mèt. du tableau, de façon à obtenir an résultat facilement comparable avec la limite indiquée par le règlement. Dans ce cas, le numérateur de la fraction obtenue est forcément 2, et le dénominateur ne doit pas être supérieur à 5. Si l'on se sert de l'échelle de de Wecker, la distance de 5 mèt. simplifiera les calculs, parce que cette échelle porte, en regard des caractères, l’acuité correspondante, l'œil qui les lit étant placé à 5 mètres.
Quelle que soit la marche suivie, il faut toujours appliquer
d . en à cette formule V:=—, facile d'ailleurs à reconstituer, en cas
d'oubli,par ce raisonnement: qu'un œil qui ne peut distinguer qu'à 1 mèt. ce que l'œil normal distingue à 2 mèt., a besoin que l'image produite sur la rétine soit double pour être nette, c’est-à-dire-qu'il a une acuité diminuée de moitié RE DA
Comme la vision distincte ne se produit qu'autant que l'image se forme exactement sur la rétine, il est d'usage de corriger, au préalable, les vices de réfraction pour mesurer l’acuité. Cette pratique doit être écartée quand il s'agit des inscrits maritimes. Elle est à employer avec les hommes provenant du recrutement, pour s'assurer qu'après correction d’une amétropie compatible avec le service, l’acuité est encore suffisante. Pour les inscrits, on peut aussi en user, j'indiquerai comment plus loin, lorsque l’on soupçonne la simulation. l
Plusieurs ruses sont excellentes dans ee cas, où l’on eroit que l'individu simule une diminution de l’acuité visuelle. La première indication est de faire varier la distance à laquelle on mesure son acuité, car la non concordance de ses réponses le trahira presque sûrement. Mais cette non concordance dans les réponses n’est pas toujours un signe de mauvaise