Examen de quelques idées émises
Extrait du Compte-rendu de la séance du iO mars 1888 de la Société royale de botanique de Belgique,
Bulletin, tome XXVII, deuxième partie.
EXAMEN DE QUELQUES IDÉES ÉMISES PAR MM. BURNAT ET 6REMLI SUR LE GENRE ROSA,
par François Grépin.
Certaines idées générales émises récemment(l) par MM. Burnat et Gremli sur le genre Bosa exigent, de notre part^ un examen d^autant plus sérieux qu'elles sont en opposition formelle avec les résultats que nous croyons avoir obtenus par nos propres recherches.
A maintes reprises, nous avons déjà combattu incidemment ces mêmes idées^ mais il est nécessaire que nous reprenions les arguments que nous leur avons opposés soit pour leur donner plus de développement, soit pour les compléter.
(I) Gerbe Rosa. Révision du groupe des Orientales, etc. Genève, 1887, 111-8», de Vll-95 pages.
Les passages suivants, extraits du dernier mémoire que MM. Burnat et Gremli ont consacré au genre Rosuy serviront de programme à cette discussion.
Eq ce qui concerne les notions générales sur le genre Rosa nous nous bornerons à renvoyer à une récente publication de notre maître et ami, M. Christ {Le genre Rosa, résultats généraux des travaux de botanique systématique concernant ce genre. Traduit de Tallemand, du Botanisches Centralhlatt, 188^, par £. Burnat, ann. 1885). Tous les spécialistes connaissent la méthode adoptée par ce botaniste pour disposer les éléments du genre qui nous occupe. On sait également quelle est aujourd'hui la voie très semblable suivie par M. Crépin. A nos yeux, et malgré certaines, divergences d'opinions inévitables, nous jugeons que ces méthodes sont les seules qui permettront un jour d'élucider un groupe générique qui, comme Ta fort bien dit M. Alph. de Candoile (Phytographie, p. 161), est « une association de formes d'une obscurité désespérante où la distinction d'espèces existe à peine relativement à d'autres genres connus. » C'est là un point, croyons-nous, sur lequel presque tous les rhodologues sont d'accord, depuis ceux qui sont atteints de la buissonnomanie, jusqu'à ceux qui, estimant que c'est par une flagrante infraction aux lois de la nomenclature qu'on qualifie d'espèces des groupes d'ordres très divers, en partie minimes, s'efforcent de distribuer hiérarchiquement ces groupes en s'atlachant scrupuleusement à la recherche de leurs affinités. Mais précisément, en ce qui concerne la distinction des espèces, nous sommes, ainsi, que M. Christ, loin d'être d'accord avec M. Crépin. L'auteur des Primitiae^ dans le premier fascicule (ann. 1869) de cet ouvrage, affirmait déjà que l'espèce dans le genre Rosa était aussi tranchée que dans tout autre genre, et il insiste aujourd'hui sur cette même proposition. Parvenu au terme d'une nouvelle étude qui comprend divers groupes spécifiques, nous ne pouvons, hélas! que répéter, avec la plupart de ceux qui ont abordé les Roses, que ce genre ne renferme gupre que des espèces si uniformément constituées que leurs différences n'apparaissent que dans un ensemble de caractères très variables et d'importance le plus souvent secondaire; que ces espèces de valeurs très inégales se relient entre elles par des formes intermédiaires plus ou moins nombreuses; qu'enfin ce genre lui-même est malaisé à répartir en sections naturelles. Partout nous avons rencontré des espèces dont les limites étaient incei*taincs, et nous n'avons cessé d'éprouver des difficultés extrêmes à définir ces groupes et
à les préciser neltement pour en faciliter la notion à ceux des botanistes qui ne sont pas rompus à ces difficultés. — Si l'on examine une à une toutes les formes qui composent un groupe, il est aisé de parvenir à une diagnose qui est celle d*un type idéal dont chacun des caractères est représenté par ta moyenne de nombreuses observations. Mais il peut se faire qu*une telle diagnose ne réponde strictement à aucun des échantillons qu^on possède du groupe. D*un autre côté, la nécessité, si l'on veut être précis, d*encombrer une description d*un grand nombre de restrictions ou réserves et de mentionner constamment des alternatives, rend la recherche des caractères vraiment distinctifs excessivement difficile. De tels embarras se présentent plus ou moins pour toutes les descriptions de groupes, mais ils trouvent leur expression maximum dans le genre Rosa, par suite précisément du polymorphisme des unités dont se composent ses diverses subdivisions. (Op. cit. pp. V et VI.)
II est certain qu^à Tépoque même où nos connaissances seront plus avancées et les matériaux accumulés dans les herbiers plus instructifs, les contestations subsisteront sur la valeur des groupes et les termes employés pour les désigner, mais si Ton veut conserver le mot espèce pour rappliquer dans la section Cynorrhodon des Rosiers d'Europe et suivre la tradition linnéenne, ce mot n*aura jamais exactement le même sens que dans certains genres à espèces isolées et à limites précises. Même si Ton restreignait cette dernière section à une vingtaine d'espèces, il faudrait encore y comprendre le R. glutinosa. En dehors des Cynorrhodon on peut observer également en Europe des groupes spécifiques sans limites. Pour ne citer qu^un exemple tiré des derniers travaux de M. Grépin on verra que ce savant a qualifié avec raison les Symtylae : R, mosehata, sempervirens et arvensis, d*cspèces parfaitement distinctes; leur élude a été admirablement présentée dans les Primitiae (fasc. 2j, p. 535-582). Or ce sont là cependant des groupes qui présentent des caractères tout aussi variables que les Orientales dont nous venons de parler; il n*est pas 4in seul des caractères attribués à Tun de ces types Synstylae qui ne se transforme çà et là en celui qui distingue Tespèce la plus voisine ] parfois plusieurs se modifient simultanément dans le même sens. De véritables formes intermédiaires existent aussi entre ces trois membres des Synstylae. Nous savons bien que M. Crépin nous objectera Torigine hybride des formes transitives dont nous parlons, mais en présence de buissons vivants, dans leur patrie, il n'est généralement pas difficile d'être fixé au sujet des origines hybrides d'une forme aberrante ^
or nos observations ne nous ont jusqu*icî révélé que de véritables formes intermédiaires entre les A. arvensiê et R. tempervirens, à moins qu*on admette une bybridité très ancienne. Quoiqu*il en soit, si Ton venait à traiter les Syn8t$lae avec Textrême sévérité dont M. Grépin a usé envers les Orientales, elles ne résisteraient pas mieux h une teHe épreuve. — Dans une note plus récente, le même auteur estime que les espèces véritables sont nettement caractérisées dans les Rosiers; qu*on doit étudier, non les groupes européens, mais ceux dé l*Asie et de rcxtrcmc Orient pour être édifié sur la valeur des caractères spécifiques; là les types seraient bien limités et leur étude nous démontrerait Timportance exagérée qu*on accorde en Europe à certains caractères considérés comme étant de premier ordre. Nous devons dire à ce sujet que Tétude que nous venons de faire des provenances asiatiques, non seulement du groupe Ortenlales, mais d*autres Cynorrhodon, notamment des Vestitae, ne nous a point montré que dans ces régions Je genre Roëa se présentât autrement que dans TEurope, c*e8t-à-dire avec un polymorphisme désespérant, et si M. Grépin nous parle des Rosiers de l'Asie centrale et orientale que nous n*avons pas à la vérité abordés, nous nous demandons si on ne jugerait pas de leur fixité d'après des matériaux insuffisants et répéterons après Linné : « Species Rosarum difficile distinguuntur, diffîcilius determinantur; mibi videtur naturam miscuisse plures vel lusu ex una plures formasse; hinc qui paueas vidit speeies faeilius eas distinguit, quam qui plures examinaviL » (Sp, plant,, éd. {, p. é92). (Op. cit., pp. 65-67.)
M. Grépin insiste de nouveau sur ce point (que les espèces véritables dans le genre Rosa sont nettement caractérisées) dans un mémoire récent (Rosae Synstylae, tirage à part du Rull, Soc, bot. Relg,, 27 janvier 1887): « Les espèces, dans le genre Rosa^ se distinguent parfaitement les unes des autres par de nombreux caractères morphologiques et biologiques. » (Op. cit., p. S). Nous ne pensons pas que Topinion actuelle du savant de Bruxelles puisse être partagée par les botanistes qui étudient ce genre. Linné a dit : speeies Rosarum diffieillime limitihus eircumscribuntur et forte natura vix eo$ posuit, » Après lui les travaux des pbytographes les plus éminents semblent tous avoir abouti à la même conclusion. M. Ghrist (Le genre Rosa, trad. française, p. 7) a cru récemment pouvoir affirmer qu*il n*existait pas dans les Roses d*espèces absolument isolées, mais qu*entre tous les groupes spécifiques ou observait des formes de transition. (Op. cit., pp. 66 et 67.)
Ces trois extraits suffisent amplement, pensons-nous, pour indiquer quelles sont les opinions des deux auteurs sur la constitution du genre Rosa.
Les conclusions à en tirer sont les suivantes :
i^ Que le genre Rosa eit une aesoeiation de formée d'une obêcuriié dêseepérante où (a disiinrAion] d'espèeee existe à peine relativement à d^ autres genres connus ;
%^ Que ses espèces se relient entre elles par des formes intermédiaires plus ou moins nombreuses ;
Z^ Que le genre lui-même est malaisé à répartir en sections naturelles ;
4^ Que, selon M. Christ, il n*existe pas dans les- Roses d'espèces ahso~ lument isolées^ mais qu*entre tous les groupes spécifiques on observfi des formes de transition.
Voilà quatre points qui méritent de fixer notre attention. Nous allons les examiner successivement.
Quant à la question des espèces isolées, nous ne craignons pas de dire que Topinion de M. Christ est complètement fausse f si, par espèces isolées, ce savant entend des typés richement caractérisés, parfaitement distincts, n*ayant que des rapports éloignés entre eux et ne. présentant aucune forme de transition.
Comme espèces isolées constituant des sections monotypes naturelles, nous citerons les suivantes :
B. miorophylla Roxb. (Sect. Microphyllae),
B. laevigata Mich. (Sect. Sinieae),
B. minntifolia Engelm. (Sect. Minutifoliae),
B. serioea Lindl. (Sect. Sericeae).
B. Banksiae R. Br. (Sect. Banksiœ).
Comme espèces isolées faisant partie de sections pléiotypes, nous pouvons, entre aiitres, énumérer :
B. oarolinaL. ) ^ , /, ,.
B.foUolo«aNutt. I^'^*-^"'-^'''»"'- B. miorooarpa LindK ) ^ ^ .
B. .etigeraMich. \ Sect. Synstylae.
La distinclion absolue de ces types est telle, que se refuser à l'admettre c'est nier l'évidence.
Nous aurions pu facilement multiplier les exemples exotiques d'espèces dites isolées, mais ceux qui précédent suffisent à notre démonstration.
En présence de ces types^ qui peuvent rivaliser avec les meilleures espèces admises dans d'autres genres, nous ne comprenons pas, en vérité, comment des savants ont pu affirmer avec assurance que le genre Rosa ne possède pas d'espèces isolées.
Est-il, du reste, besoin de quitter l'Europe pour trouver de ces types isolés dans le genre Bosa^ Non assurément! Ne peut-on pas considérer comme tels les R. alpîna, R. pimpinellifolia^ R. cinnamomea et R. galliea? Ces espèces sont, en Europe, isolées dans leurs sections respectives et chacune d'elles n'a que des rapports éloignés avec les unités composant les autres sections. Y a-t-il entre leurs groupes spécifiques des formes de transition qui relient ceux-ci entre eux? Incontestablement non! Il se produit bien, il est vrai, des hybrides entre le R. pimpinellifolia et le R. alpitiOf entre ces deux types et des espèces de la section Cynorrhodoriy entre le R. galliea et des représentants des sections Synstylae et Cynorrhodon, mais les produits hybrides ne sont pas des formes de transition. Si, comme telles, on admettait ces derniers, alors il n'y aurait plus, dans le règne végétal, aucun type isolé, puisque le croisement hybride est possible entre les espèces d'un même genre et parfois entre des espèces appartenant à des genres différents.
11 nous parait inutile d'insister sur ce point; lexislence d'espèces isolées dans le genre Rosa est, croyons-nous/ un fait acquis et indéniable.
Passons maintenant à Texamen de celte autre conclusion: que le genre lui-même est malaisé à séparer en sections naturelles.
Ce genre offrirait-il réellement par hii-mémef en raison de la constitution de ses espèces, des difficultés exceptionnelles pour être distribué en sections naturelles, ou, comme on donne^ à Tentendre, ne serait-il même pas susceptible d'être subdivisé en sections?
A cette double question, nous répondrons tout d'abord que, selon nous, le genre Eosa est susceptible d'être divisé en sections parfaitement naturelles de valeur taxinomique égale à celle d'une foule de sections d'autres genres admises comme excellentes. Pendant le cours de nos études, qui remontent à plus de vingt>cinq ans, notre conviction, à cet égard, n'a jamais varié. D'où peut provenir le doute manifesté par certains auteurs modernes sur la possibilité de répartir ce genre en sections naturelles? Plusieurs causes semblent avoir concouru pour provoquer ce doute : la confusion dans laquelle sont tombés tous les anciens classificateurs du genre; la connaissance imparfaite des vrais caractères spécifiques et surtout la connaissance trop incomplète du genre.
Quant aux difficultés que peut présenter le genre Rosa pour sa distribution en sections, elles ne sont pas, nous semble-t-il, plus grandes que dans tout autre genre placé dans les mêmes conditions, c'est-à-dire dont les formes doivent être fréquemment étudiées sur des fragments et non pas sur de^ individus entiers. Cette circonstance particulière, remarquons-le, produit également son effet pour l'étude et la délimitation des espèces.
On pourra nous objecter ici que nous ne fournissons à peu près aucune preuve de nos affirmations soit au sujet
des sections, soit concernant les espèces isolées et que de simples affirmations ne suffisent pas pour entraîner h conviction. Les preuves, nous Tespérons, seront plus lard données en abondance dans notre travail définilif sur le genre; en attendant, les objets en discussion ne sont pas dérobés à Texamen de nos contradicteurs. Nous avons cité des exemples d'espèces qui, pour nous, sont isolées; quant aux sections déjà proposées par nous, elles sont connues d^une façon plus ou moins sommaire et peuvent être ainsi discutées.
Avant d'aborder les deux conclusions qui restent à examiner, il ne sera peut-être pas mauvais, pour nous éclairer sur ce qui va suivre, de rechercher si les rhodologues modernes se sont toujours placés dans des conditions suffisamment convenables pour étudier avec succès le genre Rosa.
Dans un livre que tout botaniste descripteur ne cessera jamais de consulter sans le plus grand fruit, La PhytO" graphie, M. Alphonse de GandoIIe a écrit une page de réflexions à Tadresse de certains monographes, que ceux-ci ne devraient jamais perdre de vue. Ainsi s'exprime ce savant dont la longue carrière a été presque exclusivement consacrée aux progrès de la botanique systématique :
Le danger de descriptions sur des cléments détaches de leur ensemble naturel est au maximum quand on choisit pour étude les fragments locaux d'un groupe comph'qué et obscur, comme des liubus, Rosa^ Hieraeiunty Salix, Menthn, etc. Evidemment les Rubus de France et les Ruhus d'Angleterre, les Hieracium de Suisse et les Hieracium de Suède ne sont que des fragments découpés, par le hasard des faits antérieurs, dans des associations de formes d*une obscurité désespérante, où la distinction d'espèces existe à peine relativement à d'autres genres connus. Élucider des choses obscures au moyen de débris ou de tronçons
est, il faut en convenir, un procédé peu scientiBque. On croit bien faire en limitant le champ des observations, mais c^est précisément ce qui en diminue la Taleur. On risque de cette manière d^oublier la nature composée des groupes naturels. Si Ton n'y prend garde la limitation de Pespace peut amener une limitation des idées.
Les sav|int8 les mieux avisés dans cette catégorie de travaux s^flbrcent de corriger les inconvénients de la méthode en observant les formes des plantes dont ils s'occupent dans les pays voisins. Ils s'élèvent ainsi à une conception vraie des groupes naturels, dont les unités sont ordinairement dispersées» Je les vois citer de plus en plus les auteurs qui ne sont pas de leurs pays. Ils ne justifient peut-être pas toujours avoir cherché et comparé toutes les formes des diverses contrées, mais Pim pulsion est donnée dans ce sens etTexemple sera probablement suivi de plus en plus.
(Op. cit., pp. 161 eti62.)
Suivant en cela Pexemple de Tillustre botaniste genevois, nous avons déjà avancé, dans un article précédent, qu'un genre ne peut être bien apprécié dans ses divisions et dans ses espèces qu'après avoir été embrassé dans son ensemble. Or, que voyons-nous, si nous considérons le genre Rosa? C'est que toiis les rhodologues depuis un demi siècle, à part une seule exception, se sont bornés presque exclusivement à l'étude des Roses de leurs pays, ou à celles d'Europe. Ces botanistes ont, nous le reconnaissons volontiers, analysé avec beaucoup de soin les formes de leurs régions, mais souvent ils ont eu le tort de trop généraliser, de conclure du particulier au général, de croire que leurs observations pouvaient s'appliquer au genre tout enher. Dès lors, on ne doit pas être étonné de voir naître une profonde divergence d'idées entre un monographe ayant étudié le genre dans son ensemble et des phylographes qui se sont bornés à un fragment du même genre.
Parmi ces derniers, il en est plusieurs qui, pour appuyer* des considérations générales tirées d'une étude
partielle, ont invoqué Tautorilé de botanistes célèbres, et, entre autres, celle de Linné. Quelle qu'ait été la puissance de son génie, le botaniste suédois n*a pas toujours été infaillible; il n'a pas (railé tous les genres avec une égale sagacité. Aucun rhodologue n*ignpre que son her> bier renferme à peine une 60* d'échantillons de Rosa, dont un assez bon nombre proviennent de culture. Ce n'est certes pas avec ces misérables matériaux que Linné aurait pu saisir ce que pouvait être Tespëce dans ce genre. Du reste, la façon dont il a caractérisé la douzaine d'espèces décrites par lui, témoigne suffisamment de l'ignorance complète des véritables caractères spéciQques. Dès lors, quelle peut être la valeur de son opinion? Qu'on invoque le sentiment d'un monographe ayant étudié consciencieusement le genre dans son ensemble^ nous pouvons l'admettre^ mais encore faut-il s'assurer si l'auteur s'est trouvé dans des conditions suffisamment favorables pour bien connaître et pour apprécier sainement les espèces. C'est ainsi que l'opinion de Lindley, qui cependant passait pour le meilleur monographe du genre, n'a plus aujourd'hui qu'une faible valeur, en présence des erreurs de classification ou d'appréciation commises par ce savant soit par défaut de perspicacité, soit faute de temps ou pénurie de matériaux.
Nous estimons donc qu'on peut se dispenser d'invoquer de semblables autorités pour renforcer la» valeur de ses propres appréciations. Quant à faire état de l'opinion de botanistes célèbres qui n'ont pas eux-mêmes étudié le genre, il ne faut pas un seul instant y penser. C'est ici le cas de rappeler la réflexion suivante mise par M. Alphonse de Candolle dans la bouche d'un jeune botaniste qui vient de terminer une bonne monographie : J'en sais *pli4s sur
cette partie du règne végétal que les botanistes les plus célèbres. (Phyt., p. 120.)
A ce propos, nous ne dirons pas que nous-même en savons plus sur le genre Rosa que les botanistes les plus renommés, mais on nous permettra bien de faire valoir un peu notre expérience. Celle-ci est le fruit du temps très considérable que, depuis plus de vingt cinq ans^ nous avons consacré à ce genre. Nos études spéciales ont réclamé jusqu'ici des milliers d'heures en travail d'analyse^ de comparaisons et d'observations tant dans la nature que dans les herbiers. On s'étonnera peut-être de cette quantité extraordinaire de travail accordée à un groupe générique comptant à peine une cinquantaine d'espèces; on sera même porté à croire qu'il y a eu là gaspillage de temps. Ceux qui ont eu la ténacité de préparer durant de longues ann'écs une monographie approfondie, ne seront pas surpris; ils savent combien il faut de peines et d*efforts pour résoudre les multiples difficultés qu'une investigation soigneuse rencontre sous ses pas. Du reste, le temps importe peu si, au bout de longues recherches, on est parvenu à résoudre l'un ou l'autre de ces problèmes que les observateurs se passent de génération en génération sans en trouver la solution et cela uniquement faute d'un travail suffisamment prolongé. Il serait, croyons-nous, bien plus utile aux progrès de la science de voir dorénavant les savants s'acharner sans interruption à un problème unique et le résoudre une bonne fois, que de voir leurs efforts se disperser sur des questions variées, qui continuent à rester dans les brumes d'une connaissance imparfaite. Si nous nous montrons ici un peu indiscret, si nous cherchons à tirer avantage de la somme de travail que nous avons déjà consacrée au genre Bbsa^ ce n'est
certes point par un sentiment de vanité, mais simplement pour faire accorder une certaine confiance aux opinions que nous pouvons émettre sur le genre. Nous pensons donc avoir acquis le droit de recommander la prudence aux spécialistes qui débutent dans Tétude du genre et même à ceux qui se croient être suffisamment expérimentés parquelques centaines d*heures accordées au genre en question.
Reprenons maintenant les deux conclusions qui restent à discuter. Ces deux conclusions peuvent être associées dans le même examen.
Ce que nous avons avancé précédemment sur Texistencc de types isolés nous permet d'affirmer a priori que les deux conclusions sont partiellement fausses, puisqu'il existe réellement, dans le genre Rosuy des espèces très distinctes, dont la valeur morphologique égale celle des meilleures espèces d'autres genres, et qui, de plus, ne sont pas reliées les unes aux autres par des formes intermédiaires.
Il ne nous resterait donc plus qu'à rechercher si le genre Rom ne possède pas^ en outre, des espèces reliées entre elles par des formes de transition plus ou moins nombreuses et dont la valeur morphologique serait inférieure à celle d'espèces d'autres genres.
Dans le genre Uosa, il y a, comme dans une foule d'autres groupes génériques, des espèces plus ou moins plastiques, dont les individus, distribués sur une vaste aire géographique, sont plus ou moins variés. Nous n'avons pas à rechercher ici pourquoi ces types sont plus plastiques ou plus élastiques que d'autres : nous nous bornons à constater le fait. Cette plasticité n'est pas seulement propre à certaines Roses européennes, mais elle se rencontre encore dans des espèces exotiques; seulement en Europe eHe a été mieux o*bservée.
Ce sont principalement ces espèces plastiques, dites polymorphes, qui ont exercé les efforts d'une foule de chercheurs attachés exclusivement à Tétude de la flore de leur pays ou à celle de l'Europe. Chacun d'eux, dans sa sphère restreinte, a voulu trouver du neuf. L'analyse poussée jusqu'à ses dernières limites a provoqué la création d'une multitude de prétendues espèces nouvelles. On en est même arrivé à décrire le buisson, c'est-à-dire l'individu ! Cette subdivision spécifique a été facilitée par la méconnaissance presque générale des vrais caractères distinctifs qui remonte à Linné et qui s'est perpétuée sans interruption jusqu'à nos jours. Les débutants, les jeunes botanistes, en voyant ceux qu'ils considéraient comme des maîtres attacher une importance capitale à la pubescence, à la glandulosité, à la forme des réceptacles, et à des .différences très secondaires, ont été de Tavant avec une entière confiance, se servant surtout de la pubescence et de la glandulosité pour pulvériser les types spécifiques de premier et de deuxième ordre. De là est né ce chaos dans le groupe des Roses européennes dont s'éloignent avec une véritable épouvante les botanistes qui n'ont pas des années à consacrer à l'étude d'un seul genre; de là est aussi née cette fausse idée que le genre Rosa est un groupe informe bù la nature n'a pas encore achevé son œuvre.
Ces études, dirigées par une analyse ne connaissant plus de frein, ont obscurci ou perverti la notion de l'espèce dans Tesprit de beaucoup d'observateurs. Cette perversion a même atteint quelques botanistes très experts, qui, tout en réagissant contre le courant, ont tout de même fini par admettre, dans le genre Rosa, sous le nom d'espèces^ des groupements spécifiques dépourvus de valeur réelle ou dont la valeur est exagérée.
Parlant de l'idée que ce3 groupements de valeur très secondaire représentent de véritables espèces, il ne leur a pas été fort difficile de découvrir qu'entre ces groupements il existe des formes intermédiaires. Mais de là à conclure que les espèces de premier ou même de deuxième ordre sont reliées entre elles par des formes de transition, la distance est grande, disons-le, énorme. Nous avons nous-mème admis que certains types spécifiques de premier ou de deuxième ordre pouvaient présenter de petits groupes naturels subordonnés, à caractères encore faibles ou plus ou moins vacillants, que ces groupes subordonnés sont vraisemblablement des espèces en voi^ de formation. Qu'entre ces groupes subordoimés dérivés de types encore existants, il se présente des formes intermédiaires ou de transition, nous sommes tout disposé à l'admettre, sans néanmoins considérer le fait comme étant particulier au genre Rosa pu à tout autre genre dit polymorphe. Mais quant à accepter Texistence déformes intermédiaires entre les types spécifiques de premier ordre^ types désormais isolés, notre longue expérience, nos recherches sans nombre nous le défendent d'une manière absolue.
Jusqu'ici, nos observations nous ont permis de reconnaître la plupart des types de premier et de deuxième ordre qui constituent le genre Rosa, mais il reste encore quelques groupes spécifiques sur lesquels nous ne sommes pas complètement édifié. Quand nos dernières hésitations auront disparu, nous soumettrons la liste de ces types à l'examen des spécialistes. C'est seulement alors qu'on pourra se rendre bien compte de l'insistance que nous mettons à nier l'existence de formes intermédiaires entre les vraies espèces du genre Rosa.
iVIM. Burnat et Gremli, de même que M. Christ, ne
sont pas d'accord avec nous sur les groupements spécifiques soit de premier, soit de deuxième ou de troisième ordre. Ne nous entendant pas sur le rang à accorder à ces groupements, il va de soi que nos opinions respectives doivent différer au sujet des Roses à considérer comme formes de transition.
G*est ainsi que ces savants distinguent comme deux espèces de premier ordre le jR. canina L, d*une part, et le R. dume/ortim ThuilL, d^aulre part. Qu*il y ait entre ces deux espèdes des formes de transition plus ou moins nombreuses, le fait n'est pas contestable, mais il n'a rien de surprenant, puisque ces deux prétendues espèces de premier ordre ne constituent, en réalité, qu'un seul et unique type, dont le jR. canina représente la série des variations à l'état glabre et le R. dumetoruniy la série des variations à Fétat pubescent. Malgré les afiirmations con* traires de ces auteurs, nous maintenons qu'il existe un parallélisme complet entre ces deux séries. Aucun autre caractère que la pubescence n'existe pour les séparer l'une de l'autre. Les formes intermédiaires entre ces deux séries sont constituées par des individus dont la pubescence foliaire se borne soit au pétiole, soit au pétiole et à la nervure médiane, on se réduit à des poils clair-semés à la face inférieure des folioles. Du moment où l'on admet les R. canina et R, dumetorum comme deux types distincts, il nous parait rationnel de dédoubler toutes les espèces dites linnéennes qui se présentent sous les. deux états : l'état glabre et l'état pubescent. Une conséquence inévitable de ce premier dédoublement, c'est la nécessité de dédoubler, à leur tour, les espèces qui se montrent avec des feuilles églanduleuses et des feuilles glanduleuses, car, à notre sens, la présence ou l'absence de glandes
fournit un caractère d'une valeur égale à celui dérivé de la présence ou de Tabsence de poils simples. Si ces savants ont reculé devant ces deux dédoublements de toutes les espèces linnéenneSy s'ils ne Tont guères appliqué qu'au R. canina dans son type él dans quelques-uns de ses (groupes subordonnés^ ils ont néanmoins considéré, dans des cas assez nombreux, la glabréité, la pubescence, réglandulosité et la glandulosité comme fournissant des caractères de premier ordre. Cela étant, on ne doit pas s'étonner, répétons-le, que nous ne -puissions nous entendre sur la valeur à accorder à certaines formes et sur ce que Ton peut prendre pour des formes de transition.
Cest en vairi que nous avons combattu la valeur fausse ou exagérée attribuée à la pubescence et à la glandulosité; la tradition a prévalu contre l'évidence des faits sainement appréciés; les anciennes idées, celles de Linné, de Lindley et de tant d'autres ont maintenu la plupart des observateurs dans une voie peu favorable^ il faut le dire, aux progrès des études rhodologiques.
Pour échapper à cette sorte d'obsession de la pubescence et de la glandulosité, nous avions conseillé d'étudier attentivement certains types asiatiques /br/emeni caractérisés qui offrent chacun les états glabre, pubesôent, églanduleux et glanduleux, sans qu'on soit tenté, un seul instant, de prendre ces états divers pour autant d'espèces distinctes comme on l'a fait pour les espèces européennes. MM. Burnat et Gremli assurent avoir suivi ce conseil sans être parvenus au résultat prévu par nous. Ils nous répoii-^ dent : c Nous devons dire à ce sujet que l'étude que nous venons de faire des provenances asiatiques, non seulement du groupe OrimtaleSy mais d'autres Cynorrhodon^ notamment des VestUaey ne nous a point montré que dans ces
régions lé genre Rosa se présentât autrement que dans TËurope, c'est-à-dire avec un polymorphisme désespérant, et si M. Grépin nous parie des Rosiers de TAsie centrale et orientale que nous n'avons à la vérité pas abordés, nous nous demandons si on ne jugerait pas de leur fixité d'après des matériaux insuffisants... » Ces savants n'ont pas saisi le sens et la portée de notre conseil. Nous n'avons nullement prétendu que les espèces asiatiques se comportent d'une autre manière que leurs congénères européennes; comme celles-ci, elles se présentent sous divers états, glabre, pubescent, églanduleux, glanduleux, microphylle, macrophylle, etc., etc. A cet égard, il y a donc conformité d'idées entre nous et nos savants contradicteurs. Autre était la portée de notre recommandation. En Europe, nous l'avons dit à maintes reprises, la notion de l'espèce, dans le genre Rosay s'est plus ou moins obscurcie à la suite de recherches généralement mal dirigées; on a fini par voir des espèces véritables dans des groupements très secondaires établis sur de simples états ou sur des caractères infimes. Pour ressaisir l'espèce véritable, nous avons dit aux rhodologues : étudiez quelques types asiatiques fortement caractérisés, c'est-àdire dont les caractères très apparents ne sont jamais masqués quels que soient les états sous lesquels se présentent les individus, des types enfin isolés sur la distinction spécifique desquels il n'est pas permis d'élever le moindre doute. Ces types, qu'on ne peut pas démembrer sans être immédiatement taxé d'aveuglement, vous montreront clairement, par les états variés sous lesquels se manifestent leurs individus, que ces prétendus caractères de premier ordre tirés de la pubescence ou de la glandulosité n'ont pas de valeur spécifique et que, par
suite, un grand nombre de nos espèces européennes ne sont, au fond, que des états, des variétés ou bien de simples petits groupes absolument subordonnés. Le R. sericea LindL est précieux à étudier sous ce rapport; on peut, du reste, choisir d'autre types spécifiques isolés qui rempliraient le même ofiBce.
Les types de provenances asiatiques auxquels MM. Bur-* nat et Gremli font allusion pour contester notre opinion, quels sont-ils? Possèdent-ils des caractères fortement marqués comme nous le demandions? A notre avis, il sufiBt de citer leurs noms, pour reconnaître aussitôt que nous ne sommes pas là en présence de types isolés de premier ordre. Les études des savants suisses ont porté sur les R. glutinosaSibih. et Sm., R. Slrobliana Burn. et Gr,, R. interjecta Burn. et Gr., R. asperrima Godet, R. siciUa Tratt., R. Seraphini Viv. et enfin sur les R. Heckeliana TraU. et R. orientalis Dup.
Ce n'est certainement pas à ce groupe de formes qu'on pouvait s'adresser de préférence pour s'assurer de la valeur réelle de certains caractères contestés. Aussi n'est-il pas surprenant qu'après l'avoir étudié MM. Burnat et Gremli n'aient pas modifié leur nianière de voir sur la pubescence et la glandulosité. Ils considèrent les fi. sicula^ Seraphini, gtutinosa et Heckeliana comme des types linnéens; quant aux R. asperrima^ interjecta, Stroblianaj orientalis^ Orphanidis et derelicta, ils ignorent encore quelle est leur valeur hiérarchique et il est fort probable, disent-ils, que ce ne sont pas là des espèces : leurs affinités précises restent douteuses.
Dès 1880, dans le 5^" fascicule de nos Primitiae, nous avons consacré de nombreuses pages à l'examen de plusieurs des formes traitées par MM. Burnat et Gremli
sans être arrivé à un résultat satisfaisant. Nos confrères suisses ont repris le sujet en retendant et en ont fait Tobjet d*un travail très considérable. Ont-^ils été plus heureux que nous? Sont-ils parvenus à délimiter d'une façon claire et. précise les formes qu'ils proposent, dans ce groupe, comme types linnéens? Ils répondent eux-mêmes à cette question en disant : « Nous croyons être parvenus à des notions assez nettes sur les A. sicula, ^eraphini^ glutinosa et Heckeliana. Il reste cependant bien de réserves à faire : lès formes africaines et orientales du premier exigent de nouvelles études en ce qui concerne leur constitution en variétés; leurs affinités et rapports avec d'autres Roses des mêmes pays, ainsi que leurs limites du côté des formes intermédiaires R. Thureti^ réclament encore bien des recherches. Dans la Sicile, seule région où Ton rencontre à la fois ces quatre Rosiers, leurs relations entre eux, et surtout celles que montrent les trois premiers avec d'autres
Rubiginées, appellent les observations d'un spécialiste
Quant au R. Heckeliana nous estimons l'avoir bien dégagé des types précédents, mais il semble se relier de très près au R. orientalis et par lui à des formes orientales du R. mollis. » (Op, cit. pp. IV et V.)
Les réserves faites par ces auteurs nous indiquent assez que leur confiance n'est pas entière dans la délimitation des quatre types proposés par eux comme linnéens.
'Après la publication de leur mémoire dont nous aimons à reconnaître les grands mérites, nous avons tenu à réexaminer ce groupe de formes. M« Barbey a bien voulu nous confier, pour plusieurs mois, tous les matériaux de l'her* hier Boissier qu'avaient annotés MM. Burnat et Gremli; M. Haussknecht, à son tour, nous a communiqué sa collec*tion de Roses faite en Grèce et qui a passé sous les yeux de
MM.Burnat, Gremli et Christ. Aidé de ee$ nombreux matériaux et de ceux de notre propre herbier, qui^ depuis 1880^ s'était enrichi de nouveaux spécimens, nous avons donc refait Tétude du groupe en question, en contrôlant avec le plus grand soin toutes les descriptions et toutes les observations de MM. Burnat et Gremli. Ce nouvel examen, tout en nous fournissant quelques faits qui nous aideront probablement un jour à voir clair dans ce groupe, n'a pas abouti. Nous restons aujourd'hui, comme en 1880, en face de formes dont nous ne saisissons pas bien les affinités, ni le rang auquel elles ont droit. Nous pourrions même ajouter que les nouvelles espèces proposées par MM. Burnat et Gremli sous les noms de R.inierjectaySirobliana^ derelicta, Thureti et Coqueberti sont venues, selon nous, compliquer les difficultés.
On peut se demander si Textrème difficulté que présente ce groupe ne provient pas de ce qu'au lieu d'être composé de plusieurs espèces linnéennes, il n'est, en grande partie, constitué que par des groupes subordonnés dérivés d'espèces encore existantes. Or, on connaît combien il est difficile de délimiter cette sorte de groupes, à cause de leurs caractères distinctifs moins apparents et de l'existence de formes de transition (^).
(i)L*étude de CCS groupes subordonnés qu^on désigne aussi sous le nom de petites espèces ou de micromorphes, offre un vaste champ .de iecherche3 aux botanistes auxquels les circonstances ne permettent pas d'aborder le genre dans son ensemble. Mais cette étude, qui présente des diffinullês réellement extraordinaires^ ne doit pas être faite dans Tesprit qui a guidé certains descripteurs de Roses. H ne s^agit plus ici de différencier des buissons ou de faire de prétendus groupements spécifiques basés sur des variations ou sur des états. Les microdiorphes sont de petits groupes naturels; ils demandent à être délimités par des caractères autres que ces différences individuelles sur lesquelles ont
Jious ne désespérons pas toutefois d'arriver un jour à élucider cette obscure association. Il est vraiserablable'que de nouveaux matériaux recueillis en abondance joints à rétude sur le vif nous fourniront la solution du problème. Ce qui nous inspire celle confiance, c*est que plusieurs fois, au cours de nos recherches, nous avons rencontré des problèmes non moins ardus, que le temps et la patience nous ont permis de résoudre.
MM. Burnât et Gremli forts de leurs longues et scrupuleuses recherches sur le groupe dit des Orientales se sont cru autorisés à émettre les considérations générales rapportées au commoncement de cet article. N*ont-ils pas en ceci un peu manqué de prudence scientifique? Nous le craignons. D'autre part, ces savants ne se sont-ils pas abusés en assimilant les types spécifiques que nous avons admis dans les sections des Synstylae aux formes proposées par eux comme espèces linnéennes dans le groupe des Orientales? Nous sommes porté à le croire. Pour nous, rassimilalion n*est pas possible: de Tun et de Tautre côté, à part, peut-être, une exception, les choses sont essentiellement différentes.
Nous pensons en avoir dit assez pour mettre le lecteur en garde contre certaines idées généralement acceptées sur le compte du genre Ao^a; cependant, il nous parait utile de prolonger un peu le déji)at pour discuter plusieurs réfleifions de MM. Burnal et Gremli que nous n'avons pas encore examinées. Ces réflexions sont les suivantes :
tf Si Ton examine une à une toutes les formes qui com-
ète ëchafaudées ces centaines d'espèces artificielles qui encombrent nos livres. La connaissance des vrais micromorphes sera, en quelque sorte, le couronnement des éludes taxinomiques à faire sur les groupes génériques.
« posent un groupe, il est aisé de parvenir à une diagnose « qui est celle d'un type idéal dont chacun des caractères est « représenté par la moyenne de nombreuses observations. « Mais il peut se faire qu'une telle diagnose ne réponde « strictement à aucun des échantillons qu'on possède du « groupe. D'un autre côté, la nécessité, si Ton veut être « précis, d'encombrer une description d'un grand nombre • € de restrictions ou réserves et de mentionner constamment « des alternatives, rend la recherche des caractères vrai- « ment distinctifs excessivement difficile. De tels embarras « se présentent plus ou moins pour toutes les descriptions « de groupes, mais ils trouvent leur expression maximum « dans le genre Rosa, par suite précisément du poly- « morphisme des unités dont se composent ses diverses « subdivisions. »
Dans le genre Rosa, est-ce bien par suite du polymorphisme des unités dont il se compose que de tels embarras se présentent? Ne serait-ce pas plutôt parce que les caractères vraiment spécifiques sont souvent méconnus et remplacés par des caractères très secondaires ou inconstants, et, d'autre part, parce que les unités, c'està-dire les espèces ne sont ordinairement représentées, dans nos collections, que par des fragments au lieu de l'être par des individus entiers, comme c'est le cas pour une foule de genres? Nous, admettons volontiers que l'observateur puisse être embarrassé en présence de certains échantillons et qu'il puisse même, malgré une longue expérience, commettre de grossières erreurs de détermination, confondre une espèce avec une autre. Toutefois, une telle confusion devient pour ainsi dire impossible en présence de spécimens sufiisamment complets en fleurs, en fruits et accompagnés d'axes foliifères et surtout en face d'individus entiers.
MM. Biirnat et Gremli parlent d*un type idéal dont la dîagnose peut ne pas répondre strictement à aucun des échantillons que Ton possède du groupe. Mais rappelonsnous que les plantes ne sont pas des cristaux dont les angles nous fournissent des déterminations spécifiques rigoureuses, dont tous les individus de même espèce sont identiques; ce sont des êtres complexes dont les limites spécifiques ne peuvent pas être tracées mathématiquement, mais qui néanmoins peuvent être arrêtées par des recherches suffisamment approfondies et bien dirigées. Ces recherches fournissent non pas la diagnose d'un type idéal mais bien les lignes ou« si Ton veut, les caractères du portrait scientifique des espèces. Que le portrait d'une espèce ne réponde pas toujours strictement à tous les traits individuels de chaque échantillon, nous voulons bien l'admettre, mais s'il est fidèle, s'il est tracé à la suite d'un travail scientifique suffisamment prolongé, il permettra toujours d'embrasser la collection des individus de l'espèce qu'il représente et il ne sera jamais confondu avec un autre portrait. Quant aux types idéaux, il en existe, c'est incontestable; ce sont ceux qui répondent à ces associations artificielles de fornics individuelles ou d'états auxquelles certains botanistes ont attribué le nom d'espèces. La diagnose de celte sorte de types présente, en effet, les embarras si bien décrits par MM. Burnat et Gremli. * Nous croyons pouvoir clore cette longue discussion en répétant, après M. Alphonse de Candolle, quil y a du danger à décrire des éléments détachés de leur ensemble naturel et à vouloir élucider des choses obscures au moyen de débris et de tronçons, et quil est à craindre que la limitation de V espace n'amène une limitation des idées.