CLXXXVII
Les foyers occultes de suppuration phlegmoneuse avec résorption de pus , n'entretiennent la fièvre dite hectique, que par l'irritation communiquée aux principaux viscères, soit par la sympathie du foyer toujours enflammé, soit par l'impression stimulante du pus résorbé. Cette fièvre n'est donc pas plus essentielle que les autres.
CLXXXVIIL
Quand les tissus cellulaires s'engorgent lentement de lymphe ou de graisse en se durcissant, sans offrir les phénomènes de l'inflammation , ou après que l'inflammation s'est éteinte en eux, ils doivent toujours cet état à l'exaltation de leur irritabilité et de leur contractiïité , et jamais à un état contraire : c'est encore une espèce de subinflammation. 4£
La graisse et la lymphe qui forment les engorgemens cellulaires avec dureté sont toujours dégénérées; et si le ramollissement y survient, c'est que l'inflammation s'y développe. C'est ce qui arrive aux encéphaloïdes , aux mélanoses , aux squirrhes, etc. ;
xlïY PROPOSITIONS DE MEDECINE.
de là les cancers, qui surviennent également dans les tubercules, etc.
Lorsque l'irritation a régné sous forme d'inflammation ou de subinflammation dans les tissus des membranes articulaires, artérielles et autres tissus naturellement secs et peu extensibles, il y a extravasation de l'albumine , et cette humeur se dessèche par l'absorption et se convertit en concrétions calcaires : exemple , les goutteux. Ces concrétions sont donc l'effet de l'irritation. Il en est ainsi de celles qui se forment au milieu des ganglions lymphatiques devenus tuberculeux, et quelquefois dans les follicules sécréteurs de la mucosité.
La couleur noire existe souvent dans les foyers d'inflammation , et de subinflammation chronique : c'est ce que l'on appelle mélanoses.
Le cancer extérieur, produit de la dégénération irritative des tissus où prédominent l'albumine et la graisse , est toujours accompagné d'inflammation ; il n'est pas incurable taaj qu'il n'est que local.
L'inflammation du cancer extérieur se répète par sympathie dans les principaux viscères; mais le cancer ne s'y développe que par suite de cette inflammation. Il peut même ne pas s'y former; la
PROPOSITIONS DE MEDECINE. xlv
diathèse et la cachexie cancéreuses ne sont donc pas si communes qu'on le croit.
Les progrès du cancer sont toujours en raison de l'inflammation qui s'y trouve.
Toutes les inflammations et subinflammations peuvent produire le cancer.
Les inflammations des membranes séreuses n'ont que deux formes, l'une aiguë très douloureuse et très fébrile , l'autre chronique presque indolente et apyrétique. Cette dernière se confond avec les subinflammations.
Les inflammations des membranes muqueuses ont des formes et des degrés plus multipliés que celles des séreuses parceque, comme sens internes abondamment pourvus de matière nerveuse, et mobiles continuels de sympathies, les muqueuses ont une sensibilité et une irritabilité plus variées et plus intenses que les séreuses qui n'ont ni sensibilité , ni sympathies dans l'état sain.
CXGVIII.
Toutes les hémorrhagies qui ne dépendent pas d'une violence extérieure, et qui sont spontanées, sont actives , quelle que soit la faiblesse du sujet.
GXGIX.
Les hémorrhagies spontanées dépendent d'une
xlvj PROPOSITIONS DE MÉDECINE.
irritation des capillaires sanguins ; mais elles sont rendues plus faciles par l'hypertrophie du cœur.
Les hémorrhagies spontanées dépendent des mêmes causes éloignées que les inflammations ; aussi elles les compliquent, les produisent, et sont déterminées par elles dans le même lieu; elles les remplacent, et sont remplacées par elles dans des parties différentes.
Les névroses sont actives et passives, tandis que les inflammations et les subinflammations ne peuvent être qu'actives.
Les névroses actives consistent dans l'exaltation de la sensibilité des nerfs de relation , et dans celle de la contractilité musculaire et vasculaire sous l'influence de ces nerfs : elles sont possibles dans les muscles locomoteurs, dans les viscéraux et dans tous les capillaires où prédominent les nerfs de relation : exemples, les névralgies.
Les névroses passives consistent dans la diminution ou l'abolition de la sensibilité et de la contractilité musculaires ; elles ne peuvent être complètes que dans les appareils locomoteur et sensitif.
CGIV.
Les névroses actives et passives ont le plus souvent pour cause une phlegmasie située dans Tappa-
xlvij
reil cérébral ou dans les autres viscères ; les passives dépendent quelquefois d'une influence sédative agissant sur les nerfs où elles se manifestent.
CGV.
Dans les névroses actives fixes de l'appareil de relation, la circulation capillaire est excitée, il y a congestion, l'inflammation et la subinflammation existent ou menacent de se former dans les tissus où se manifeste la névrose aussi bien que dans le point de l'appareil cérébral où correspondent les nerfs de ces mêmes tissus; tandis que les cordons nerveux intermédiaires se bornent à transmettre les influences sympathiques d'un point à l'autre.
CGVI.
Lorsque, dans les névroses des viscères de la poitrine et du bas -ventre, il existe des douleurs, ou des convulsions ambulantes dans les muscles locomoteurs, il y a deux points d'irritation qui sont enflammés ou tendent à la phlegmasie, l'un dans ces viscères et l'autre dans l'appareil encéphalique.
CGVTI.
Les obstacles à la circulation ne dérangent les fouets
tions des principaux viscères que lorsqu'ils sont situés dans le cœur ou dans les gros vaisseaux.
Dans les cas d'obstacles à la circulation , l'hydropisie vient de la stagnation du sang dans l'appareil veineux ou de l'inflammation de l'appareil vasculaire sanguin et lymphatique.
xlviij PROPOSITIONS DE MEDECINE.
L'augmentation subite de la dyspnée dans l'anévrisme du cœur, par l'effet de la locomotion, prouve l'influence du système musculaire sur la circulation veineuse.
Les congestions inflammatoires et les sécrétions prouvent l'influence du système capillaire sur la circulation du sang.
CCXÎ.
L'absorption prouve l'influence du système capillaire sur la progression des fluides non sanguins.
Le malaise et l'angoisse des obstacles à la circulation déterminent tôt ou tard la gastrite : les médicamens stimulans lui font faire des progrès.
Le scorbut est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite; ses causes sont donc multipliées; mais le froid, le défaut de lumière , la tristesse et les mauvais aîimens sont les principales. L'extravasation des fluides est un des principaux effets de l'état scorbutique, parceque cette maladie rend tous les tissus fragiles; mais les viscères, et surtout l'appareil encéphalique, résistent plus que les tissus dont le squelette est revêtu.
CCXIY.
Les phlegmasies s'associent facilement avec le
PROPOSITIONS DE MÉDECINE. xlix
scorbut, mais elles n'en dépendent pas; elles viennent des causes qui les produisent chez tous les hommes : telle est l'inflammation des gencives.
Les violences extérieures, les grands mouvemens, les médicamens excitans et les phlegmasies produisent facilement la rupture et la désorganisation des parties modifiées par le scorbut, parceque la chimie vivante est languissante et la vie diminuée chez les scorbutiques.
L'hydropisie reconnaît pour causes physiologiques les obstacles au cours du sang et de la lymphe, l'influence sympathique d'une phlegmasie chronique, la cessation d'action des capillaires dépurateurs, l'assimilation imparfaite et la débilité.
L'irritation offre des intermittences naturelles dans l'état de santé.
L'irritation morbide peut être intermittente dans presque tous les appareils et systèmes organiques où l'inflammation aiguë peut se développer,
L'irritation morbide peut être continue dans un appareil à un degré modéré eft s'y exaspérer périodiquement pour retomber ensuite à son premier état. Dans ces cas , quand elle y est modérée , elle excite peu de sympathies; lorsqu'elle s'y exaspère, 1. d
1 PROPOSITIONS DK MÉDECINE.
elle en développe un grand nombre : ce sont les fièvres rémittentes, subi ntran tes, etc., des auteurs.
Les irritations intermittentes et rémittentes sont toujours avec exaltation de la sensibilité et de la contractilité, et par conséquent avec congestion, soit dans le principal siège du mai , soit clans les lieux où il éveille des sympathies.
Les irritations intermittentes et rémittentes sont toujours des phlegmasies, des hémorrhagies, des névroses ou des subinflammations qui se déplacent et se terminent spontanément par des métastases critiques; si elles cessent de se déplacer, elles se convertissent en phlegmasies, en hémorrhagies, en névroses ou en subinflammations continues, soit aiguës, soit chroniques.
Les fièvres intermittentes et rémittentes sont des gastro entérites périodiques; mais l'encéphale et les autres viscères sont irrités sympathiquement , de même que dans les continues, et peuvent aussi devenir le siège principal de l'irritation et s'enflammer d'une manière périodique ou continue.
CCXXIIJ.
Chaque accès régulier de fièvre intermittente est le signai d'une gastro-entérite dont l'irritation est ensuite transportée srfr les exhaîans cutanés, ce qui produit la crise : si l'irritation ne se déplace pas complètement, la fièvre est rémittente; si elle cesse de se déplacer, la fièvre devient continue.
PROPOSITIONS DE MÉDECINE. lj
Les fièvres larvées des auteurs sont des irritations périodiques de différens systèmes ou appareils soit intérieurs, soit extérieurs, mais dans lesquelles le cœur est moins influencé et la chaleur générale peu ou point exaltée.
CGXXV.
Les fièvres dites pernicieuses ne diffèrent des autres que par la violence et le danger des congestions.
Les hydropisies qui suivent les fièvres intermittentes dépendent toujours de l'une des cinq causes ou modifications physiologiques indiquées dans la proposition CCXVIIT.
GCXXVII.
Les causes extérieures les plus ordinaires des fièvres intermittentes sont les alternatives du froid et du chaud atmosphériques; mais tout ce qui modifie l'économie de la même manière que ces vicissitudes peut les engendrer et surtout les reproduire. CGXXVIII.
La cause de la périodicité de certaines douleurs et de certaines convulsions qui se répètent pendant long-temps, n'est pas connue.
Les rhumatismes sont des phlegmasies fibreuses, ou synoviales , produites par les vicissitudes du chaud et du froid extérieurs; il n'est donc pas surprenant qu'ils soient souvent intermittens et périodiques.
lij PROPOSITIONS DE MÉDECINE.
Les phlegmasies articulaires périodiques deviennent ambulantes par la voie des sympathies et se terminent par des crises ou bien en se fixant quelque part sous forme aiguë ou chronique à la manière des phlegmasies viscérales, lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes.
La goutte ne diffère de l'arthritis que par des circonstances qui tiennent à l'âge ou à l'idiosyncrasie des sujets.
Les phlegmasies articulaires devenues chroniques, dégénèrent en subinflammations : de là les nodus, les concrétions, etc.