M. GLEYRE
Il est difficile à M. Gleyre de ne point épurer les sujets qu’il traite. Cet artiste a voulu retracer une danse de bacchantes , et il n’a réussi qu’à prouver une fois de plus que les sujets où la pensée domine sont seuls favorables à son talent. Tout le monde se rappelle le Soir, cetle poétique image de la vie. Nous conseillons donc à M. Gleyre de renoncer à Bacchus, et de donner l’essor à ses nobles élans vers l’idéal.
MM. Gaspard LACROIX, LAROCHE, ORGEBIN, ISAMBERT.
N’oublions pas en passant quelques faunes, sylvains ou satyres, qui sont assez drôles à voir. Celui sous la figure duquel se cache Jupiter,
dans le tableau de M. Gaspard Lacroix, a cru devoir s’affubler d’une draperie pourpre qui l’emmaillotte parfaitement.
M. Laroche s’est attaché à la vie privée de Syl'ene , et nous le montre bon voisin, contant à des bergers quelque histoire intéressante. Le même artiste a fait une pochade agréable en couleur, représentant un Faune faisant danser des naïades. Mais nous n’en finirions pas s’il fallait énumérer toute cette famille aux pieds de bouc. Cependant, citons encore deux Jeunes faunes , l’un de M. Orgebin , l’autre de M. Isambert.
Mme CALAMATTA.
Madame Calamatta aborde les sujets les plus difficiles. Le Matin et le Soir personnifiés sont sortis de ce pinceau hardi , parfois même téméraire, mais qui se montre aujourd’hui noble et poétique. Quels admirables motifs ! Le Matin , paré de sa jeunesse éternelle, s’élance joyeux, radieux , comme tout ce qui commence , car le
Matin , c’est l’Espérance ! Et le Soir ! pourquoi baisse-t-il la tête? Représente-t-il les regrets? Pourquoi semble-t-il plongé dans la mélancolie la plus sombre? Déployant son voile noir et solennel , il emprunte le geste du Christ sur la croix! Est-ce pour nous avertir que tout finit tristement? Peut-être!
Ces deux compositions se font valoir mutuellement et sont complémentaires l’une de l’autre ; l’exécution est forte ; cependant les draperies nous semblent former des angles qui détruisent quelquefois la grâce du nu; le Soir n’a pas assez de dessus de tête , mais les pieds sont de toute beauté. Nous pourrions critiquer aussi les nuages du matin , leur reprocher de n’être pas diaprés de tous les feux de l’aurore ; mais la palette est d’ailleurs si bornée !
M. LAZERGES.
Le Printemps , représenté sous la figure d’une jeune fille, est une jolie création de M. Lazerges. L’aspect rêveur de cette peinture charme
le spectateur. Le paysage est remarquable , et la jeune fille, couchée sur l’herbe, est peinte avec amour. Néanmoins, nous oserons critiquer le bras droit, qui manque de simplicité; les cheveux, qui n’ont point de légèreté, et surtout la tête, dont le raccourci est mal senti. Somme toute, et malgré ces imperfections, ce tableau est très-agréable.
MM. Raymond BALZE, Paul BALZE, DURTHE, FISCHER, LONGUET, RIESENER, MUSSINI.
Nous retrouvons M. Raymond Balze à propos d 'Horace à Tibur et d’une figure de femme intitulée Néére . Ces deux tableaux ont un peu trop l’aspect de décorations. Mais il faut dire aussi que les compositions en sont bonnes. Celle Horace serait parfaite si la figure du poète avait plus de caractère; car, au premier aspect, on distingue difficilement Horace des jeunes filles qui prêtent l’oreille à ses chants.
M. Paul Balze a peint des odalisques avec une grande délicatesse de pinceau; M. Burthe, une bacchante sans animation , mais non dé-
pourvue de style. Daphms et Chloc , par M. Fischer, est une jolie composition qui n’est pas assez rendue. Une nymphe et un jeune berger , de M. Longuet , est remarquable au même titre. Nous sommes heureux de pouvoir adresser des éloges à M. Riesener, à propos de Clytie. Après avoir blâmé cette Madeleine incroyable sortie de ses pinceaux , il nous tarde de dire combien est délicieux le fond de Clytie mourant d'amour. La figure elle-même est assez belle. Mais est-ce Clytie, cette amante du soleil? Pourquoi mettre dans un frais bosquet celle qui s’était fixée sur les rochers élevés pour considérer son amant et le voir et plus tôt et plus tard?
M. Riesener a quelquefois le pinceau heureux ; mais ses compositions ont rarement le caractère des sujets qu’il traite; et en peignant l’infortunée rivale de Leucotboée , cet artiste a oublié que la passion avait entraîné Clytie hors du palais de son père, et que, folle d’amour, désespérée, fuyant les Nymphes ses compagnes, cette malheureuse fille de l’Océan, les cheveux épars sur
son sein dépouillé, restait toute nue, le jour et la nuit, insensible à la faim, à la soif, se nourrissant de pleurs et de rosée, pour contempler des yeux et du cœur le dieu qu’elle adore.
N’oublions point le Triomphe de la Vérité , par M. Mussini. Ce tableau est une allégorie complexe, quelquefois obscure. Mais l’exécution nous promet un artiste de conscience et de talent qui étudie les anciens maîtres; ce tableau obtiendra certainement un succès d’estime.