DU COMMERCE EN PARQUANT LA LIBERTÉ DANS LA POLITIQUE
Les protectionistes, quand on leur signale ces atteintes si graves à la liberté , croient se tirer d'affaire en disant que Ton confond deux choses parfaitement distinctes.
La liberté de produire , de vendre et se pourvoir à son gré d'articles de consommation , n'a , suivant eux , rien de commun avec cette liberté après laquelle le genre humain
1 La prohibition atteint tout savon qni petit servir au blanchissage du iinfe , à laver les pavés , à dégraisser les ustensiles , et aux usages manufacturiers, il n'y a d'exception que pour les savons parfumés, encore l'exception n'est-elle qu'apparente, car ils sont soumis à un droit de 180 fr. pif 100 kilogr., droit qui est prohibitif.
» Le droit est de i 1 fr. par 100 kilogr. Pour une statue de la proportion de celles du musée de Versailles, il faut deux mètres cubes et demi : le poids du mètre cube est de 2,760 kilogr. C'est donc un bloc de 6,750 kilogr.
des ftumrcmrasTEg , etc. il
"Soupire , et qu'il s'applique à acquérir dépuis l'origine des sociétés par ses efforts sur lui-même et sur le monde. L'objet après lequel court le genre humain, selon eux, c'est lA liberté politique ; celle-là seule est digne d'envie , seule elle mérite d'occuper la pensée des hommes d'Etat. Le reste, mais particulièrement la liberté dans ses rapports avec l'in* dustrie et le négoce,
... ne vaut pas l'honneur d'être nommé.
Dégageons l'idée que recèle cet argument protectioniste. îl signifie que le côté industriel de la vie des peuples , l'agriculture, les manufactures, le négoce, est quelque chose d'essentiellement subalterne, dont les hommes d'Etat , dépositaires des intérêts généraux de la société , ne sont tenus d'avoir souci que dans la mesure dont ils s'accommodent. Produire, vendre et acheter, fi doncl cela sent mauvais, cela n'a rien à faire avec la liberté. Au contact de ces objets impurs, elle se flétrirait. On peut bien faire à l'industrie l'honneur de la prendre pour instrument , de lui presser les ttmmelles pour les vider ; mais, pour son régime , elle doit se plier aux convenances de la politique : elle n'est qu'une esclave , tet ne doit qu'obéir.
Il y a cela, il y a tout cela au fond de cette distinction qu'on pjpétend établir entre la liberté du travail et de l'industrie * et la liberté politique. Les personnes qui raisonnent comme noua venons de le dire se placent , sans le vouloir et sans en avoir conscience probablement, au point de vue où se mettaient les hommes politiques et les philosophes de la
1 remploie Ici les mots liberté du travail et de rMtm$trU , parce que ce sont les termes mêmes de la Constitution, art. XIII.
Par ce qui précède, on a déjà vu que par le mot d'industrie je n'entends pas seulement les manufactures, ainsi qu'on le fait quelquefois; j'y comprends les divers modes de l'activité humaine qui ont pour objet direct de produire de la richesse, c'est-à-dire d'adapter la nature à nos besoius. L'industrie, entendue ainsi , embrasse l'agriculture «t le commerce , aussi bien que les fabriques.
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Grèce ou de Rome quand ils traitaient des professions industrielles. Les plus grands esprits de ces temps-là, Aristote, Platon, Cicéron, enchérissaient l'un sur l'autre dans leur dédain pour tout ce qui se rattache aux intérêts industriels. C'était chose vile à leurs yeux , et pourquoi ? Parce que les plus grands esprits ne peuvent s'empêcher d'être de leur temps. Les objets qui aujourd'hui sont produits dans les manufactures , étaient obtenus alors dans l'intérieur de la maison par des êtres vils, les esclaves. C'étaient ces mêmes esclaves qui cultivaient le sol. Il s'agissait bien de la liberté du travail, de la liberté du producteur ! Le chef de famille faisait travailler son monde comme il lui plaisait ; le fouet était le stimulant de l'atelier. Le commerce , qui est l'industrie des échanges , existait à peine , parce que chacun des patriciens faisait produire chez lui à peu près tout ce qu'il lui fallait pour lui et les siens, et le peu de trafic qu'il y avait était entre les mains d'étrangers ou de gens d'un rang inférieur.
Ce dédain pour l'industrie, et pour tout ce qui en dépend , fut, de même que l'abaissement des classes vouées aux arts utiles, transmis par l'antiquité au moyen âge, par celui-ci aux monarchies absolues qui s'établirent sur les ruines de la féodalité, ce qui, pour le continent européen, nous conduit jusqu'en 1789. Ici, je n'ai pas à examiner si, sous l'influence active de la doctrine chrétienne , il ne s'opérait pas un travail interne qui modifiait peu à peu en l'adoucissant l'oppression sous laquelle vivaient les classes industrieuses. Je prends les phénomènes extérieurs, les points les plus tangibles de la législation et des mœurs ; constamment jusques en 1789, où le tiers-état s'affranchit, j'y vois le tableau que nous offre l'histoire, c'est la politique superposant , de la façon la plus altière , ses combinaisons, son bon plaisir aux besoins de l'industrie et aux intérêts des classes par lesquelles l'industrie existait : tel est le fond de l'ancien régime, avec lequel nous en avons fini pour toujours, s'il plaît à Dieu.
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Les hommes qui, de nos jours, tentent de tracer une démarcation profonde parmi les faits sociaux, de manière à exclure l'industrie en totalité ou en partie des bienfaits de la liberté, sont donc, sans le savoir ou le vouloir, les continuateurs et les plagiaires du passé dans ce qu'il a de plus réprouvé pour les modernes, dans ce qu'il offre de plus impossible de nos jours. Us empruntent aux siècles qui ne sont plus la tradition malfaisante des préjugés de caste. Ils par* lent la langue qui convenait à un patricien romain , eu égard à ses esclaves ou à la plèbe dans laquelle se rangeait alors un nombre considérable d'hommes libres de nom; tout au moins celle qui eût été à sa place dans la bouche d un seigneur du moyen âge en présence des serfs ses vassaux, ou d'un talon rouge de l'Œil-de-Bœuf par rapport aux roturiers.
Pour bien apprécier la valeur qu'a acquise pour les modernes la liberté du travail et de l'industrie, dont la liberté commerciale proprement dite est un des éléments indispensables et inséparables, il est bon de mesurer sous un autre aspect la supériorité de la civilisation actuelle sur celle des temps passés, et quelques-unes des conditions mêmes de cette supériorité. Dans la société antique la liberté civile n'existait pas ; le patricien lui-même, tout investi qu'il était des prérogatives du despotisme à l'égard de ses esclaves, de ses enfants, ne l'avait pas légalement ou n'en possédait que des fragments. Elle n'était pas compatible avec le génie de la civilisation antique. Pour une multitude d'actes à l'égard desquels, dans les États de l'Europe occidentale, le dernier des citoyens est libre, c'est-à-dire n'a de compte à rendre en ce monde qu'à sa conscience et à l'opinion publique, l'homme de la civilisation antique était enchaîné par la loi. Les conditions de l'existence lui étaient tracées par des règlements minutieux entre lesquels il fallait cheminer comme entre des murailles à pic. Le législateur se méfiant, et je ne dis pas qu'alors ce fût sans raison, de la sagesse individuelle, y substituait la sienne pro-
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pre. La législation élait donc réglementaire à outrance. Pendant la durée du régime féodal et, jusqu'à un certain point, jusqu'à l'époque dont la nôtre est l'héritière immédiate, lu civilisation conserva le génie réglementaire. La civilisation actuelle, au contraire, s'est placée sous l'égide de la liberté civile; c'est son signe distinctif et sa gloire. La liberté cU vile est le fruit et la récompense de l'éducation successive qu'a reçue le genre humain depuis l'origine des temps, et dont la doctrine chrétienne a formé le couronnement; c'est la constatation de l'aptitude à se conduire soi-même* dont aujourd'hui l'individu s'est investi; c'est la reconnais» sance de la rectitude relative à laquelle est parvenu le ju* gement de chacun dans l'appréciation du bien et du mal ; c'est à la fois la mesure et la sanction de la puissance d'ini^ tiative qu'ont acquise les caractères, de la solidité à laquelle sont élevées les âmes; c'est la preuve que le sentiment du devoir a pénétré toutes les couches de la société. Le progrès de la liberté civile implique tout cela.
La liberté civile est chère aux hommes de notre temps ; tous les peuples de l'Europe la veulent, et ils l'obtiennent lambeau par lambeau, à mesure qu'ils s'en montrent dignes* ïl est dans le6 desseins évidents de tous les gouvernements, même de ceux qui n'ont que de l'antipathie pour la liberté politique, de la décerner aux populations. L'empereur dç Russie, dont le système de gouvernement exclut la liberté politique, travaille sans relâche à rendre ses sujets digne» de la liberté civile ; c'est une couronne dont il leur dispensa peu à peu les fleurons.
Mais en quoi consiste-t-elle cette liberté civile, l'honneur de la civilisation moderne, le plus beau joyau peut-être que le genre humain ait rapporté de son pèlerinage à travers les siècles? Ce n'est pas seulement la liberté de penser et la liberté de conscience, ce n'est pas seulement la liberté de la personne ou liberté individuelle et le respect du domicile, h libre défense des accusés et le jugement par le jury; c'est
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pour chacun de nous un droit général et vaste, celui d'employer tant pour le bien de la société que pour le sien propre, ses facultés intellectuelles et morales, et ses moyens matériels d'action, capitaux et forces, conformément à sa vocation et à sa pensée. Voilà le droit dont l'homme est investi ou doit l'être du moment qu'on lui reconnaît la liberté civile. Et comment contester que la liberté du travail et de l'industrie, le libre exercice des professions, la liberté dans les transactions si variées, si multiples, qui ont pour objet dé réunir, de combiner, de purifier, de rapprocher de notre nature et du lieu où nous sommes, d'approprier à nos besoins de toute espèce les ressources que le Créateur a dispersées autour de nous sur toute la surface du globe, fasse partie intégrante de la liberté civile, en soit un lot considérable? On ne peut supprimer quelqu'une des libertés spéciales dont le faisceau forme ee que la Constitution de 4848 appelle la liberté du travail et de l'industrie, sans affaiblir les autres, sans les dénaturer, sans les rendre plus ou moins illusoires , sans porter au bloc de la liberté civile un coup funeste.
Si l'industrie était dans la société quelque chose d'accessoire ou d'infime, je comprendrais qu'on traitât sommairement les libertés spéciales dont se compose la liberté du travail, et que des hommes d'État s'«n fissent litière pour l'accomplissement de leurs desseins. Mais l'industrie humaine n'est pas, comme celle du castor et de la fourmi, l'effet d'un étroit et misérable instinct ; elle procède de notre raison ; c'est de l'esprit humain qu'elle tire son éclat et sa force 5 elle est le triomphe de l'esprit humain sur la nature. Elle n'a pas seulement pour objet de contenter de grossiers appé* tits, elle donne satisfaction aux besoins de notre intelligence comme à ceux de notre corps. Quand de bonnes pensées et de pieux sentiments président à l'emploi de ses fruits, if lui est donné de contribuer puissamment à élever la condition de l'homme et le niveau de la société sous tous les rapports.
16 de l'argument
L'industrie est une institution dont la prospérité , la grandeur et la bonne organisation importent à l'avancement général de la civilisation ; l'idée de lui interdire l'usage de la liberté est chimérique ; et si quelque homme , qui affecte d'être libéral dans ses discours, conçoit ou favorise une idée pareille, on peut en être certain, son libéralisme est de mauvais aloi.
Dans les pays où la victoire du principe démocratique est consommée, la liberté du travail et de l'industrie a une raison d'être de plus qu'ailleurs. Du moment que le grand nombre, la majorité numérique dont autrefois le législateur ne tenait pas de compte, possède le droit de cité, du moment que les fils des esclaves, gagnant leurs grades un à un à la sueur de leur front , après avoir été serfs , après avoir érigé les communes et composé le tiers-état , sont devenus des citoyens égaux à qui que ce soit devant une loi impartiale, l'industrie a été réhabilitée, car c'est elle qui occupe le grand nombre et en remplit l'existence presque en entier. Il était tout simple que le soleil de la liberté ne luisît pas pour elle tant qu'elle était une occupation servile ; mais désormais elle doit jouir des rayons de cet astre vivifiant. La liberté du travail et de l'industrie, qui, je le répète, implique la liberté du commerce avec bien d'autres choses, est ainsi un des besoins les plus impérieux pour la société. C'est une nécessité politique aussi bien qu'une nécessité sociale.
Ce n'est pas moi qui médirai jamais de la liberté politique ; je suis convaincu que c'est un bien des plus enviables. Les nations s'y sont préparées par degrés et continuent encore ce laborieux apprentissage. La liberté politique est une dignité ; encore un peu de temps, et les nations qui ne sauraient pas s'en rendre dignes et la conserver, se verront reléguées loin des premiers rangs, quelque rôle qu'autrefois elles aient joué dans l'histoire. Or, sous quel aspect se présentet-elle quand il s'agit de l'immense majorité des hommes? Sans doute elle offre une carrière aux intelligences supérieu-