‹ Examen psychologique des animaux. Nouvelle méthode expérimentale de classification des espèces au point de vue psychologiqueChapitre 19 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« Le dressage est la pierre de touche de la psychologie animale. »

Il convient, d'abord, de définir le dressage. En effet, sa théorie n'a jamais été formulée en termes exacts et précis. On découvre, du reste, facilement les raisons de cette lacune. Pour distinguer et caractériser les différents procédés applicables aux différentes espèces, il faut avoir quelques connaissances scientifiques, connaissances rudimentaires, assurément, mais faisant également défaut aux «professionnels» du cirque et aux hommes de sport; d'autre part, les psychologues manquent forcément de la plus petite expérience pratique dans Tart d'imposer la volonté humaine à la bête et n'ont, sur ce sujet, aucun renseignement sérieux. Ace doUble point de vue, notre situation est exceptionnelle et à peu prèsunique.Nousnous sommes occupé de psychologie ; et, d'autre part, nous avons pratiqué per-

sonnellement à peu près tous les procédés employés pour dresser les animaux. Nous allons donc essayer d^ donner une définition de la théorie générale du dressage tout en réclamant l'indulgence du lecteur sous le bénéfice de la nouveauté de notre tentative.

Dans un livre charmant, qui n'avait pas besoin de s'appuyer sur la science, un écrivain de talent, M. Hugues Le Roux, déclare qu'on ne fait exécuter aux bêtes, « au commandement et à la volonté, que les mouvements qui leur sont naturels à l'état libre ». Or, cette définition semble exprimer exactement le contraire de la vérité, car le dressage savant commence quand on arrive à faire exécuter aux animaux des actes qu'ils n'exécutent pas ordinairemerit à F état libre. Mais il est également faux de dire avec un autre écrivain^ qui va à l'extrême contraire, que le dressage « n'intervient qu'au moment où l'on veut faire exécuter aux animaux des actions ne correspondant pas au développement de leurs aptitudes. » Car cest précisément en développant leurs aptitudes et en les dirigeant dans un sens particulier qu'on fait exécuter aux bêtes, au cornmandement de la voix et du geste ^ des mouvements qui ne leur sont pas familiers et quen fin de compte on les dresse.

Si, maintenant, nous voulons bien, pendant un

instant, faire abstraction complète de nos con- ' naissances en histoire naturelle , nous verrons qu'avec le seul secours du dressage, nous pourrons établir une première classification très large dans laquelle les animaux seront répartis.

Quand Texpérimentateur se trouve en présence d'un animal quelconque, il doit procéder par élimination et chercher à établir le plus haut degr4 de ses facultés. Il doit donc, en premier heu, essayer de la persuasion : or nous sommes forcés d'admettre comme évident que la persuasion, c'est-à-dire Tart de se faire comprendre par la i voix et les signes, Tart de provoquer, chez un I sujet, des associations d'idées, n'est possible qu'auprès d'animaux inteUigents, et nous avons, ; dès lors, une sorte de critérium de l'intelligence 1 animale, puisqu'en utilisant cette espèce d'instrument qu'est la persuasion, nous pourrons arriver à déterminer le degré d'intelligence d'un grand nombre d'espèces (1). Les animaux pouvant être persuadés seront donc classés dans une même catégorie.

Si nous considérons ensuite les animaux qui ne peuvent être classés dans cette catégorie et recherchons quels sont ceux dont les appétits et

(1) Mais, en exécutant ce travail, il faut avoir présente à l'esprit cette idée que certains animaux peuvent avoir une intelligence réelle et, cependant, ne pas entrer de

les besoins sont capables de se satisfaire quand les conditions de leur fonctionnement sont profondément variées par un procédé artificiel de dressage, les animaux que Thomme peut forcer par la coercition de la faim ou par celle de la peur, à exécuter des exercices déterminés (la faim attirant vers un point donné, la peur chassant vers un point donné, et toutes deux fournissant un moyen d'action coercitive); si nous recherchons les animaux qui sont, par conséquent, suffisamment guidés par un instinct stir, nous arrivons à créer une autre catégorie qui renfermera les êtres doués d'instincts primitifs et ne possédant qu'une intelligence à Tétat de germe.

Si, enfin, nous considérons les animaux qui ne peuvent être classés dans les deux premières catégories et qui ne possèdent évidemment ni intelligence, ni instinct, nous constaterons qu'ils sont simplement excitables et vivent sans direction psychique par la seule répétition des phénomènes physiques et chimiques qui constituent la nutrition et la reproduction. Nous les placerons dans une troisième et dernière catégorie.

prime abord en communication avec nous, soit à cause de leur caractère farouche, soit à cause de leur timidité. Nous devons donc avoir ici recours à de nombreuses observations de Tanimal, tâcher de vaincre sa sauvagerie, de rapprivoiser en un mot. Nous nous prononcerons ensuite à bon escient.

Pour nous résumer, et renversant Tordre de nos catégories, afin départir de la plus inférieure, nous dirons que l'expérience de dressage permet d'établir le tableau suivant :

Numéro d'ordre

de

Page 1