‹ Examen psychologique des animaux. Nouvelle méthode expérimentale de classification des espèces au point de vue psychologiqueChapitre 32 sur 34 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

LES LOIS FONDAMENTALES DE LA VIE PSYCHIQUE {Explication de notre tableau.)

Pour établir Texistence de la faculté psychique la plus élevée chez un animal, nous disposons de trois ordres d'expériences : la persuasion, la coercition et l'excitation.

L'expérimentateur, procédant par éUminations successives, commence par essayer de l'effet de la persuasion et, selon les résultats obtenus, positifs ou négatifs, s'en tient à ses premières constatations, ou passe aux expériences suivantes, en descendant toujours du complexe au simple. L'espèce est ainsi rangée dans Tune des trois catégories d'animaux capables d'être persuadés, obéissant à la coercition ou simplement excitables.

Mais quand il s'agit de dresser un tableau des facultés psychiques, le psychologue commence par placer, au bas, les animaux excitables, puis, au-dessus, les animaux obéissant à la coercition, et enfin ceux obéissant à la persuasion»

Examinons maintenant le tableau que nous avons dressé d'après ce principe.

Au bas de l'échelle, chez les animaux de la première catégorie, la matière vivante, non différenciée en organes, est simplement douée de la faculté de réaction. Dans la deuxième catégorie apparaît le réflexe, base des instincts. Ces instincts sont de trois sortes : instincts de nutrition, de conservation et de reproduction; une espèce particulière de mémoire, la mémoire fonctionnelle, les enveloppe d'une sorte de phosphorescence psychique. Les instincts se perfectionnent lentement, par sélection naturelle, en raison de leur utilité. En montant plus haut, on constate que la phosphorescence de mémoire devient de plus en plus intense et durable autour des trois centres des instincts; pour employer une image, on peut dire que les circonférences, de plus en plus grandes, qui circonscrivent cette phosphorescence, finissent par s'entrecouper, pour, enfin, constituer une aire psychique, où se produisent des ébranlements intellectuels parcourant une importante portion du système nerveux qui, par suite de Texercice, tend à se développer et à se perfectionner dans sa compositionintime. L'intelligence est, dèslors, ouverte.

Dans une première sous-catégorie A, bien que déjà indépendante du fonctionnement des ins-

tincts, elle semble pourtant occupée surtout d'assurer un meilleur fonctionnement à ces instincts (cette sous-catégorie comprend des animaux comme le cheval, la chèvre, le kakatoès, etc.) ; dans une deuxième sous-catégorie B, elle devient encore plus ouverte et donne naissance à des instincts secondaires fixes et très compliqués, abeilles, fourmis, fauvettes couturières, castors, etc. Enfin, dans les troisième et quatrième sous-catégories G et D, elle subit son plus grand développement et devient capable de fournir des aptitudes générales à comprendre, à s'adapter aux besoins éventuels, et en arrive à diriger, dans une mesure, les instincts primitifs et à donner le spectacle d'une volonté qui s'impose (chiens, singes, etc.)

Telles sont les divisions que nos expériences de dressage nous ont permis d'établir. Elles sont destinées à apporter de la clarté dans la psychologie; mais, il est évident qu'elles sont artificielles et qu'entre chaque sous-catégorie il n'y a, à la vérité, aucune barrière réelle. 11 est certain, par exemple, qu'entre un animal possédant instincts et mémoire fonctionnelle développée, comme la grenouille, et un animal possédant instincts et intelligence libre à l'état embryonnaire, comme la chèvre, la distance n'est pas très grande, au point de vue psychologique, la

distinction est même assez subtile à établir. Quoi qu'il en soit, la nécessité d'une classification n'est pas discutable. Il en est de la psychologie comme de Thistoire ; on est obligé de diviser celle-ci par siècles et par années, à cause du mécanisme même de nos pensées, qui ne peuvent embrasser un ensemble sans être aidées par une classification. D'ailleurs, s'il est des types intermédiaires d'instincts et des types intermédiaires d'intelligence, il n'en est pas moins vrai qu'entre un type inférieur d'instinct et un type d'intelligence bien caractérisé, il y a une distinction à faire et c'est cette distinction qu'exprime grossièrement la ligne de démarcation d'une catégorie. Le dressage, qui nous permet de tracer cette ligne, nous a permis également d'établir le principe même des types intermédiaires, en nous prouvant que les instincts sont susceptibles de se modifier, et aussi que Tintelligence peut se transformer en instincts secondaires.

En jetant un coup d'œil sur notre tableau, on sera frappé de constater que notre classification est faite par espèces et non pas par classes ou ordres. Nous trouvons à cela l'avantage de la précision, car il est permis de se demander de quelle valeur documentaire peut être le diagramme reproduit ci-dessous, dû à l'estimable G. Romanes, et qui est le plus important tableau

des facultés psychiques animales qui ait été dressé jusqu'à présent :

Moralité indéfinie.

Singes et Chiens.

Usage des outils.

Singes et Eléphants.

Compréhension des mécanismes.

Carnivores, Rongeurs, Ruminants.

Reconnaissance des images.

Intelligence des mots. Rêves.

Communication des idées.

Hyménoptères.

Reconnaissance des personnes.

Reptiles et Céphalopodes.

Crustacés supérieurs. Le crabe

Association par simililmde.

Poissons et Batraciens.

Association par contiguïté.

Mollusques.

I NSTINCTS primaires.

1 Larves d'insectes annélides.

Page 1