CHAPITRE XIV
« Il faut s'en tenir à la nature toutes les fois que, pour l'explication d'un phénomène, si extraordinaire qu'il paraisse, les raisonnements naturels sont suffisants. »
POMPONACE.
Certes, c'est le devoir du philosophe que d'aller jusqu'où peut le conduire sa raison ; et l'évolutionniste est bien celui qui remplit le plus complètement ce programme ; mais il arrive un moment où cette raison s arrête impuissante : il n*ira pas plosavant. Il a essayé de tout expliquer nûû sensible par le jeu de la matière et de rtfl^', mûiâ aprèsavuir expliqué grossièrement ïù mtnuif la ibroe et la matière, il loi reste-^ que sont la matière e%4ii.j9g|i6 et e*:Hdeux principes*..
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lutionniste moderne que d'avoir exercé sa raison jusqu'au bout? N'est-ce rien que d'avoir expliqué en partie le mécanisme du monde ? Sans doute, le penseur s'avoue vaincu sur ce point final, mais vous, prétendu philosophe, partisan d'anciennes théories aujourd'hui rendues inacceptables par les progrès de la science, vous vous êtes avoué vaincu avant de commencer à penser ! Vous avez placé le miracle au début de vos spéculations et vous avez fait sans cesse intervenir le surnaturel pour expliquer tout ce que vous ne compreniez point !
Du moins, le philosophe évolutionniste s'expUque le mécanisme du monde, sa raison s'y promène et s'y reconnaît; sans doute, lui aussi a besoin, pour compléter son édifice, du secours d'une puissance supérieure : il n'entend pas le nier, au contraire, il proclame la nécessité de cette intervention, mais il n'y a recours qu'en der^ nier ressort, et place le domaine de la métaphysique loin du monde sensible, comme du reste l'étymologie du mot l'exige.
Mais, s'écrie le maUcieux contradicleai" losophe, que pensez-vous de l'ânle que faites-vous du libre arbitre et dô Pour vous, l'homme descend de l'oran
Quelle absurdité ! Qui donc a jamais p\ cette folie ? Est-ce Darwin ? L'avez-vg
cun savant n'a jamais avancé pareille ineptie. Mais à notre époque une grande loi a été découverte : celle de la variabilité des êtres, celle de leur commune origine et c'est le mérite des chercheurs d apporter chaque jour de nouvelles preuves de cette loi fondamentale. C'est un fait acquis, presque indiscutable : l'homme descend d'autres êtres disparus aujourd'hui, descendant eux-mêmes d'autres êtres et, peut-être, ceux-là ressemblaient-ils à certains anthropoïdes plus perfectionnés que ceux que nous connaissons.
Rien ne s'oppose à ce que Dieu ait procédé de cette façon pour créer les espèces, je veux dire à ce que Dieu, ayant créé la force et la matière, ait laissé le monde et la vie sortir de ces deux principes (1). Cette conception est plus large que ceUe des interventions répétées de la puissance divine qui gembtaraicnt des retouches apportées IB œuvre imparfaite.
i théorie iDOiterne do mécanisme de l'epten-
Iji f^m^^f' renferme une oiplteatîoii
uttMlo l'fHolnlïorj, J\i(Hri*ï , I . ■ ,■ K> l ■ ^.''^i£^fl/^' , 1 1 ( > 1 1 r f r * ■ r.
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dément laisse le champ ouvert aux croyances religieuses ; car on est libre de penser que l'organe matériel de la conscience humaine élabore des idées qui se reflètent ensuite dans un miroir spirituel. Cette âme spirituelle est naturellement l'apanage de Thomme seul. Les spiritualistes avouaient déjà que si, dans Tordre intellectuel, les impressions fournies par le monde extérieur ne sont pas, d'après eux, le principe de nos connaissances, elles en sontla condition; assujettie à des organes, disaient-ils, notre intelligence se développe par l'aide des impressions sensibles et celles-ci se trouvent Uées à nos conceptions les plus élevées (1). Cette théorie peut très bien s'accorder avec notre hypothèse de l'âme parallèle et immatérielle renfermée dans le cerveau.
Quant à la question des restrictions apportées à ridée de liberté, base de la morale, elle est assurément embarrassante; mais elle avait été posée déjà par des pères de l'Église et de bons chrétiens ont admis de grandes restrictions au libre arbitre. Pour nous, nous aboutissons à la
(1) Descartes allait plus loin quand il écrivait : a L'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'il n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. » [Discours sur la Méthode.)
t héorie formulée sur la raison par Spinosa. Nous reconnaissons l'existence d'une raison générale et si vraie qu'elle paraît universelle. Cette raison est devenuéla Raison ; on Ta identifiée à la vertu parce que celle-ci est sa conséquence naturelle. Sorte de loi commune à tous ceux de notre espèce, cette raison doit être respectée par tous, tous ayant intérêt à la garder, parce qu'elle règle nos rapports sociaux et qu'elle est dans son acception la plus haute : l'organisation du bienêtre général. Si l'homme la suit, c'est-à-dire si le milieu qui l'entoure et les influences héréditaires ont produit en lui, soit après un combat, soit en s'unissant, l'amour de la raison, l'activité fonctionnelle de la raison, il peut se dire libre — d'une liberté relative — parce qu'étant esclave de la raison, ses chaînes sont dorées, il estaffiranchi d'un esclavage beaucoup plus dangereux à luimême et à l'espèce : de la servitude des instincts primitifs. Or, puisque l'éducation peut conduire à cet état relatif de liberté, quand le tempérament ne l'a pas fait naturellement, les penseurs, créatures d'élection, qui, par suite de circonstances indépendantes d'eux-mêmes* ont compris par quelle route on arrive à la raison, et s'adonnent à réducation morale de leurs semblables, ne le font pas en vain. Leurs leçons peuvent rendre les hommes plus moraux, c'est-à-dire plus
dément laisse le champ ouvert aux croyances religieuses ; car on est libre de penser que l'organe matériel de la conscience humaine élabore des idées qui se reflètent ensuite dans un miroir spirituel. Cette âme spirituelle est naturellement l'apanage de Thomme seul. Les spiritualistes avouaient déjà que si, dans Tordre intellectuel, les impressions fournies par le monde extérieur ne sont pas, d'après eux, le principe de nos connaissances, elles en sontla condition; assujettie à des organes, disaient-ils, notre intelligence se développe par l'aide des impressions sensibles et celles-ci se trouvent liées à nos conceptions les plus élevées (1). Cette théorie peut très bien s'accorder avec notre hypothèse de l'âme parallèle et immatérielle renfermée dans le cerveau.
Quant à la question des restrictions apportées à ridée de liberté, base de la morale, elle est assurément embarrassante; mais elle avait été posée déjà par des pères de l'Église et de bons chrétiens ont admis de grandes restrictions au libre arbitre. Pour nous, nous aboutissons à la
(1) Descartes aUait plus loin quand il écrivait : « L'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'il n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. » [Discours sur la Méthode.)
t hëorie formulée sur la raison par Spinosa. Nous reconnaissons l'existence d'une raison générale et si vraie qu'elle paraît universelle. Cette raison est devenue la Raison ; on la identifiée à la vertu parce que celle-ci est sa conséquence naturelle. Sorte de loi commune à tous ceux de notre espèce, cette raison doit être respectée par tous, tous ayant intérêt à la garder, parce qu'elle règle nos rapports sociaux et qu'elle est dans son acception la plus haute : l'organisation du bienêtre général. Si l'homme la suit, c'est-à-dire si le milieu qui l'entoure et les influences héréditaires ont produit en lui, soit après un combat, soit en s'unissant, l'amour de la raison, l'activité fonctionnelle de la raison, il peut se dire libre — d'une liberté relative — parce qu'étant esclave de la raison, ses chaînes sont dorées, il est affranchi d'un esclavage beaucoup plus dangereux à luimême et à l'espèce : de la servitude des instincts primitifs. Or, puisque l'éducation peut conduire à cet état relatif de liberté, quand le tempérament ne l'a pas fait naturellement, les penseurs, créatures d'élection, qui, par suite de circonstances indépendantes d'eux-mêmes, ont compris par quelle route on arrive à la raison, et s'adonnent à l'éducation morale de leurs semblables, ne le font pas en vain. Leurs leçons peuvent rendre les hommes plus moraux, c'est-à-dire plus
indépendants. C'est bien l'idée exprimée par Spinosa : « Il n'y a de libre que celui dont Fâme est saine et qui ne prend d'autre guide que la raison... L'âme n'est entièrement sa maîtresse que lorsqu'elle est capable d'user de la droite raison. »