CHAPITRE II
Au point de vue psychologique, nous trouvons à l'origine, au bas de Téchelle axiimalejY excitabilité ou faculté de réaction générale à toute la matière vivante ; au milieu de l'échelle, les instincts^ enfin au sommet, la conscience humaine, la raison.
L'excitabilité simple ne suppose l'existence d'aucun organe particulier, l'instinct suppose l'existence d'un système nerveux et l'intelligence est inséparable d'un cerveau ou du moins de centralisations ganglionnaires importantes.
La théorie de Herbert Spencer sur la formation du système nerveux chez les animaux a été résumée de la façon suivante par G. Romanes.
« Commençant par le cas du protoplasma non différencié, H. Spencer part de ce fait que toute portion de la masse protoplasmique est également excitable et également contractile. Mais bientôt après que le protoplasma commence à revêtir des formes définies, reconnues par nous comme des formes spécifiques de vie, certaines de ses
parties se trouvent habituellement exposées à l'action de forces qui diffèrent de celles à Faction desquelles les autres parties sont exposées. En conséquence, à mesure que le protoplasma continue à revêtir des formes de plus en plus variées, il doit arriver, dans certains cas, que les parties particulièrement exposées à l'action des forces extérieures seront plus fréquemment amenées à se contracter que les autres parties du corps. Dans ce cas, la fréquence relative avec laquelle les ondes, d'excitation rayonnent à partir des endroits plus exposés aura probablement pour effet de créer une sorte de disposition polaire des molécules protoplasmiques qui sont dans la ligne de passage des ondes, et pour d'autres raisons encore, cette fréquence tendra de plus en plus à donner à ces lignes de passage une résistance toujours moindre au passage des ondes moléculaires, c'est-à-dire des ondes d'excitation distinguées des ondes de contraction.
« Finalement lorsque des lignes offrant une résistance reUtivement faible au passage des ondes moléculaires ont été ainsi établies organiquement, ces lignes doivent continuer à se mieux délimiter et accentuer par le fait de l'exercice constant jusqu'à ce qu'elles deviennent des voies habituelles de communication entre les parties de la masse contractile à travers lesquelles elles
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passent. Par exemple, si une telle ligne s'est établie entre les points A et B d'une masse contractile de protoplasma, lorsqu'une excitation tombe en A, une onde moléculaire d'excitation traversera cette ligne jusqu'en B, et amènera ainsi la contraction du tissu situé en B.
« De même que l'eau élargit et rend toujours plus profond le lit dans lequel elle coule, de même les ondes moléculaires dont nous parlons tendent toujours plus, en s'écoulant toujours par les mêmes lignes anatomiques, à se créer des lignes de passage fonctionnellement différenciées .
Quand une telle ligne de passage s'est complète* ment développée elle constitue une fibre nerveuse susceptible d'être reconnue comme telle par l'histologiste : mais avant d'en venir à cette phase ultime, avant de constituer un tissu distinct, M. Spencer l'appelle ligne de décharge. »
Ce résumé, d'ailleurs très remarquable, donne une idée de la différenciation des cellules en organes nerveux les plus simples. D'autre part, l'embryologie montre que le cerveau est un perfectionnement des appareils de la sensibilité des animaux inférieurs ; on peut suivre les transformations de cet organe et établir qu'il provient d'un développement de la partie antérieure de la moelle, comme le crâne provient d'un développement des dernières vertèbres.
En revanche, la fOiation des facultés du cerveau, et des éléments nerveux, leur progression vers l'intelligence humaine, est beaucoup plus délicate à établir et, jusqu'à présent, elle ne l'a pas été d'une façon définitive et satisfaisante. Quels sont les rapports de l'instinct avec l'intelligence? L'intelligence est-elle sortie de l'instinct primitif? L'intelligence donne-t-elle naissance à un instinct particulier, l'instinct secondaire? Toutes ces questions sont restées sans réponse claire. Or nous essayerons, dans cet ouvrage, de montrer que l'emploi judicieux du dressage peut servir à apporter une certaine clarté dans la conception de l'échelle des facultés psychiques et par conséquent dans le mode de transition d'une faculté psychique à une autre faculté psychique.
Nous étudierons donc les animaux, au point de vue de leur psychologie particulière et de leur classification; nous reprendrons aussi la théorie moderne de la conscience et, comparant les facultés de plusieurs animaux supérieurs à celles de l'homme, nous tâcherons de montrer que le mécanisme des sensations et des perceptions chez l'animal, mécanisme mis à nu par des expériences nouvelles ayant, pour la plupart, rapport au dressage, est absolument analogue au mécanisme infiniment plus compliqué de la
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conscience humaine. Mais ce petit Uvre, disons-? le en commençant, n'a pas la prétention d'embrasser la vaste question de la psychologie dans toute son ampleur et ses détails ; nous prétendons seulement donner les indications que nous devons à nos travaux personnels et poser quelques jalons principaux.