PAR ER CE
doivent voir, dans le succès de ce mouveme..., un moyen éminemment puissant pour le soutien de nos institutions religieuses ; il faut, je le répète, que tous rivalisent et persévèrent dans la noble tâche qu’ils ont entreprise, comme l’unique moyen qui devra assurer à ce pays un long avenir de bonheur et de prospérité,
J’ai été conduit à faire ces réflexions à la suite d’une excursion que j’ai été dans le cas de faire assez récemment à la Côte du Nord, au-dessous de Québec,—et cette visite me fournit maintenant l’occasion de faire part au public des avantages immenses que présentent plusieurs localités d’un pays presque iguoré, ou au moins qui n’est connu que très-imparfaitement, mais qui cependant offre tant de ressources sous le triple rapport d'établissements propres à l’agriculture, de facilités pour le commerce des bois, et des bénéfices considérables qu’on pourrait y réaliser par l’exploitation des pêcheries. Je me permettrai pourtant, avant d'entrer dans les détails, de faire, aussi brièvement que possible, l’historique du pays auquel se rapporteront les observations que j’ai été à même de faire.
Toute la Côte du Nord, à partir du Sag'enay jusqu’à la baie des Esquimaux, avait été pendant plus d’un demi-siècle sous le contrôle exclusif de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à qui le gouvernement en renouvelait le bail de temps à autre. L’idée de la colonisation n’avait certes jamais pu entrer dans les vues de cette puissante Compagnie, formée dans l’unique but de faire la
a te
traite des pelleteries avec les nombreuses tribus sauvages qui habitent les interminables forêts de l’intérieur. Il faut dire aussi que jusqu’à dernièrement, toute cette étendue de pays avait été considérée comme inhabitable. En effet, tout le littoral de cette côte est fort escarpé, et les plages d’un abord difficile par les immenses chaînes de rochers qui se présentent de toutes parts ; cependant il s’y trouve nombre d’excellents ports par où débouchent des rivières considérables, qui, à leur entrée dans le fleuve St.Laurent, forment des anses et des baies spacieuses ; c’est sur les bords de ces rivières que se trouvent de grandes étendues de terre propre à l’agriculture, et à mesure qu’on remonte dans l’intérieur, on aperçoit des plateaux et
des vallons d’un sol des plus riches, couverts de bois
des meilleures espèces. Depuis quelques années, le gouvernement s’est sagemént réservé, dans ses
baux avec la Compagnie, le droit de concéder:
les localités qui seraient les plus propres à l’agriculture ainsi qu’à l'exploitation des bois, et c’est dans cette vue qu’il vient de faire exécuter des arpentages, tirer des lignes et ériger en towaships trois de ces localités connues sous les noms de Bon-Désir, Les Bergeronnes et Escoumins. C’est à ce dernier township que se rapporteront plus spécialement les observations qui vont suivre.
Le port ou la rivière des Escoumins, situé sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent, se trouve à quarante-huit lieues au-dessous de Québec, et à huit lieues plus bas que le Saguenay.
és PU. Ph tilif
PS PTT R ETS
Rs:
= ver 7
PO Es PO nd M . © ms.
LS
La
us de lerété t le ages ro dant déenses et es rixs de n reux €t e bois nées, 1S Ses céder:
à l’ais, et cuter >r en xs les jscourap- 13 qui
situé t, se Qué-
1enay.
La largeur du fleuve au devant de la rivière des Escoumins, vis-à-vis des Trois-Pistoles, est d’environ huit lieues, et la traverse, d’un bord à l’autre du fleuve, peut se faire en moins de trois heures. (Cette rivière était connue de Champlain qui, en 1608, lui donna le nom de Lesquemin, mais sans nous dire si ce nom est sauvage ou basque, ou quel en est la signification. De nos jours, les sauvages Montagnais l’appellent Eshibou, ce qui signifie Rivière aux Huitres ou aux Coques. On n’y trouvepoint d’huitres, mais seulement des coques ou moules. Mais ce qui distingue particulièrement cette rivière, c’est la grande abondance de saumons qu’on y prend et qu’on y a pris de touttemps. Le R. P. Henry Nouvez, jésuite, qui, en 1664, fréquentait ces quartiers dans le cours de ses missions, nous le dit en ces termes: “ Ayant laissé les Montagnais ‘“ qui avaient hiverné avec nous dans l’lle aux ‘ Basques, je passai du côté du nord, avec les ‘ Papinachoïis, à la faveur d’un beau jour que “ Dieu nous donna pour faire notre traite (tra- “ versée) d’environ sept lieues. Vous abor- “ dûmes à Esseigiou, rivière célèbre à cause du “ grand nombre de saulmons qu’on y prend dans 4 la saison.”
Cette rivière, appelée Esseigiou par les Papinachoïs, est si exactement désignée par le R. P. Nouvel, qu’on ne peut douter qu’elle ne soit la même à laquelle les sauvages Montagnais d’aujourdui donnent le nom de Eshibou, et que Champlain nommait de son temps Lesquemin,
nom que les Canadiens de notre époque ont changé en celui de Escoumins. Quand à la fertilité de cette même rivière en saumon, on sera persuadé qu’elle n’a pas diminué après deux siècles, car j’ai appris sur les lieux que pendant vingt-cinq ans qu’on y avait tendu des pêches pour le compte dela Compagnie de la Baie d’Hudson, l’on y prenait chaque année jusqu’à 2000 saumons ; cette année même on y a encore pris jusqu’à 1400 pièces de ce poisson tant estimé, Enfin, la renommée de cette rivière est telle, que, l’année dernière, de même que cette année, des amateurs sont venus tout exprès du Haut-Canada, et même d’Angleterre, pour jouir du plaisir de pêcher à la mouche le saumon de la plus belle espèce qu’on puisse trouver dans aucune des rivières du Canada. Cetautomne, on va tendre des pêches dans le fleuve, à l’entrée de la rivière des Escoumins, pour la pêche des marsouins qui s’y montrent en troupes considérables (*), et l’habile homme (M. Bélanger, de la Rivière-Ouelle) qui en a la direction projète d’établir au même endroit une pêche à rets, Sur un nouveau principe, pour y prendre la baleine qui fréquente aussi ces parages.
Une association, à la tête de laquelle se trouvent les MM. Têtu, des Trois-Pistoles, commença, il
(*) On vient d'apprendre que, depuis peu de jours, il a été pris 138 marsouins dans les pêches en question. On estime à #10 la valeur de l’huile que produit chaque marsouin ; ainsi, voilà un retour de £1,380 pour une pêche de o ‘elques ‘urs seulement.
ont \ fersera deux dant iches Hude pris timé.
> que; e, des t-Caplaisir à plus ne des tendre de la y marnaidélanger, rection êche à prendre
rouvent ença, il
de jours, question.
t chaque pour une
a environ quatre ans, les fondations d’un éta-
blissement considérable pour l'exploitation des bois sur cette même rivière des Escoumins.
Dans ce court espace de temps, l’esprit d’entrerise et d'activité qui distingue si éminemment çette association, à entièrement changé l'aspect
d’un lieu autrefois sauvage et désolé, qui se trouve
remplacé aujourd’hui par un joli village, où lin-
dustrie qui sy déploie créera, €! peu d’années,
un établissement des plus florissants, et où le
mouvement est déjà considérable. Onen jugera ar la description qui suit.
La rivière des Escoumins peut avoir, à SON entrée, environ un quart de lieue de largeur sur à peu près autant er profondeur; formant une jolie baie, jusqu’au fond de laquelle des vaisseaux de 100 tonneaux peuvent remonter à marée haute, et accoster à des quais commodes et spacieux. C’est au fond de cette baie, et sur
un premier plateau, que 86 trouvent les établis- sements des Tétu. On y voit d’abord un vaste moulin à scies, à deux étages; garni de trois
G scies circu-
châsses, portant 28 scies, avec laires, mises el mouvement par la rivière des Es-
coumins, qui descend du côté ouest de la baie, et qui est elle-même alimentée. par des lacs et des rivières sans nombre descendant de l’intérieur. Autour de ce moulin se tréuvent ses dépendances, telles que comptoir; magasin,résidence du commis-directeur, atelier du forgeron et autres, de même qu’un moulin à farine, placé plus au fond de la baie, pour ÿ moud® les grains déjà
abündants que l’on cultive dans cet établissement naissant. On estime que le moulin à scies peut fabriquer jusqu’à 140,000 madriers dans le cours d’un été. Après avoir laissé ce moulin, en se dirigeant à l’ouest et traversant un pont d’environ un arpent et demi de longueur, on se trouve, en longeant toujours le premier plateau, au milieu d’une trentaine de maisons bâties par lassociation pour la demeure des ouvriers et des familles dépendantes de létablissement. Sur le secend plateau, on aperçoit une jolie petite église de 36 pieds sur 75 pieds, érigée pareillement aux dépens de l'association, et construite en madriers à plat, avec une tourelle de chaque côté. Lorsqu’elle sera surmontée d’un clocher, elle aura, par sa jolie forme et le site élevé où elle est assise, un aspect tout-à-fait pittoresque, vu qu’elle domine tous les objets qui se présentent à l’œil dès qu’on arrive à l’entrée de la baie. Rien de plus gentil aussi que le petit presbytère qui est attenant à l’église, et qui était alors occupé par l’aimable missionnaire du lieu, M. Lazare Marceau, qui nous fit voir en détail les vases, ornements et ustensiles dont cette petite église se trouvé déjà dotée, qui se font remarquer aussi bien par leur nombre que par leur richesse, et qui sont dus tant à la générosité des propriétaires qu’à celle de plusieurs communautés religieuses. Nous assistämes, le dimanche que nous y étions, à la grand’messe célébrée au milieu de ces forêts avec une dignité surprenante, et où ilse trouvait plus de eent
ement s peut cours
en se nviron e, en milieu ssociat des Sur le petite e pa-
conle de e d’un le site -à-fait objets à l’ensi que se, et nnaire it voir y dont qui se e que géné- SIEUrS es, le
messe ignité cent
personnes. Une douzaine de chantres et d’enfants de chœur garnissaient les siéges du sanctuaire ; mais ce qui nous fit un sensible plaisir
et nous causa surtout beaucoup d’émotion, ce
fut d’entendre une femme montagnaise chanter dans sa langue quelques cantiques sur nos airs connus, avec une exactitude qui ne laissait rien
à désirer, et d’une belle voix qui ne faisait re-
marquer aucun défaut. Presque tous ces sauvages savent lire et écrire ; ce sont là encore quelques-uns des fruits de cette instruction religieuse donnée à leurs ancêtres, il y a plus de deux siècles, par ces incomparables missionnaires, les Jésuites, qui parcouraient ces forêts par les saisons les plus rudes et au milieu des plus grandes privations.
J’oubliais de remarquer que cette baie des Escoumins possède des facilités sans nombre pour la construction des vaisseaux. Les bois de construction de toute espèce s’y trouvent en quantité, et de la meilleure qualité. Plus de vingt navires, depuis quatre années, ont pu y mouiller à quinze arpents de l’entrée pour recevoir leur chargement de bois, et le port est reconnu, .par tous les capitaines qui l’ont fréquenté, comme un des plus sûrs. Les barques à vapeur peuvent, en tout temps de la marée, y débarquer les passagers et leurs effets avec la plus grande facilité sur une des pointes de l’entrée de la baie. Ehfin, il est question d’y établir un hôtel commode, qui serait tenu sur un pied respectable pour la réception, des familles qui dési-
Re PE ETAT PAR QE
NOT Re du,
r la belle saison et ÿ prendre les pour les arnateurs de la pêche t endroit assidüment
reraient ÿ passe bains, ou encore au saumon qui visitent ce chaque été.
Mais il est temps de parler de la qualité du sol
et des avantages que cette localité, ainsi que les : environs, possède sous le rapport de l’agricul- Î ture. L'association n’a pas négligé ce pointimportant et majeur : elle a déjà fait défricher au-
delà de 400 arpents de terre dans le fond de la arts sont ensemencés de
froment, orge; seigle et pois. J'y ai vu du seigle de plus de cinq P Il semblerait que Je climat de ces quartiers, qui a tou gidéré comme EXC bitable, est de fait plus tempêr certaines localités, que ne l'est celui de la Côte du Sud. J’y ai vu en effet des grains semés au 99 juin, aussi avancésque partout ailleurs sur la rive opposée ; el ja raison qu’on men à donnée est très plausible et Mme semble assez concluante. Ce lieu étant tué sur le versant des montagnes, il se trouve ainsi à J’abri des vents glacés du nord et du ord-ouest, en mème temps qu'il jouit d’une exposition au soleil levant. Le sol, quoique léger dans certaines parties, est pourtant des plus fertiles, et il n’est pas rare d'y voir des terrains semés pour la troisième fois guccessiveaprès un léger engrais, Une abondonc aucun douté qué,
ment produire, dans toute celte baie
dante récolte. 1l ny a gous peu d'années, il y aura dans les deux nouveaux
des Escoumins, ainsi que
les êche ment
du sol ue les priculnt imer aude la cés de seigle ait que té cone inhans dans ja Côte :més au rs sur la donnée cluante.
es monts glacés nps qu'il Le sol, pourtant voir des ICCessive ane abonoute que, cette baie nouveau x
LS F2 A Re Te PASSES # AT TS CURE Re
townships avoisinants, nommés Bon-Désir et Les Bergeronnes, de la terre défrichée en abondance pour y établir plusieurs centaines de familles. Ainsi cette contrée, regardée jusqu'ici comme inhabitable et stérile, promet de devenir par la suite une colonie florissante.
Quelques jours après cette excursion à la Côte du Nord, je visitai l’Zle aux Basques. Cette île est sur le côté sud du fleuve, et n’est éloignée de la terre ferme que d’environ une lieue. Elle n’a tout au plus que trois-quarts de lieue de long sur un demi-quart de lieue de largeur, et elle est le salut des vaisseaux qui, dans ces parages, se trouvent souvent surpris par la tempête. On doit la classer parmi le petit nombre des localités qui ont couservé les noms qui leur avaient été donnés dans les commencements de la découverte du pays. C’est encore dans la relation du R. P.
Nouvel que je puise cette information. “ Gette Isle, ” dit-il, “ porte le nom de l’Jsle au Basques, ‘ à raison de la pesche de baleine que les Basques ‘ y faisoient autrefois. Je pris plaisir de visi- “-ter les fourneaux qu’ils y ont basty pour faire “ leurs huyles ; on y voit encore tout auprès de # grandes costes de balsines qu’ils y ont tuées. ”? J'étais aussi fort curieux de voir ces vieux fourneaux. Je visitai donc, avec quelques amis, la pointe de l’est de cette île, où il y a une jolie petite baie qui regarde le sud. Cet endroit est des plus commodes pour le dégraissement des marsouins et des baleines, et nul doute que ce ne soit celui où les Basques pouvaient le plus facilement at-
RUE gt nc etre M
térer et dépecer ces monstrueux poissons. À main droite de la baie, sur une petite éminence,
à on voit encore en effet les restes de ces fourneaux 1 1 des Basques, dont la construction doit remonter # L à plus de trois siècles; car il est bien con-
staté que ces hardis navigateurs fréquentaient ces parages même avant Jacques Cartier. Le : preinier fourneau que je visitai est soutenu d’un F eôté par une petite chaîne de roches, et la maçonnerie en est de pierre sang mortier ; sa pra- pr | fondeur est encore d’environ deux pieds ; il est #4 butté en terre et peut avoir vingt-quatre pieds de ia circuit. Les herbes sauvages qui couvrent à pré- | sent cette ruine, ne me permirent pas d’en dé- 4h. couvrir davantage. À quelques vingt pas plus à HR l’est, il existe deux autres fourneaux dont les hu) ruines sont bien moins conservées, et tout autour, le terrain se trouve parsemé de leurs débris. C’est sur cette île que le R. P. Nouvel, en 1664, préchait la mission aux sauvages Montagnais et Papinachois qui s’y trouvaient alors réunis au nombre de soixante et-dix personnes. Ce missionnaire y séjourna pendant toute la quinzaine de Pâques ; et sa relation imprimée nous donne un récit naïf, mais en même temps bien touchant, de ce qui se passa dans le cours de cette mission.
Comme cette île paraît n’avoir jamais été habitée ni cultivée, il n’est pas difficile de se ( persuader que sa physionomie sauvage n’a pu guères subir de changeinent depuis 1664 ; aussi, rassurés sur ce point, et la relation imprimée du
autour, ris.
ivel, en Montant alors rsonnes.
toute la nprimée ,) même \ dans le
naïis été le de se
n’a pu L ; aussi, rimée du
R. P. Nouvel à la main, après nous étre établis sur une élévation qui domine sur Ja petite baie, un de nous fit lecture du récit de ce bon missionnaire. Nous étions sur le lieu même de la scène où tous les événements qu’il rapporte s’étaient passés deux siècles auparavant, et il nous semblait voir le bon Père, au milieu de ses chers néophytes, leur distribuer cette divine parole et ces instructions religieuses qui ont jeté de si profondes racines dans leurs cœurs, qu’on en voit encore aujourd’hui les fruits parmi leurs descendants, même après plusieurs générations.
Le côté sud de l’île aux Basques possède un sol excellent, et le propriétaire actuel, M. Félix Têtu, a l'intention d’y établir une ou,deux fermes au printemps prochain. Un établissement de cette nature serait d’un secours inappréciable prur les vaisseaux qui remontent le fleuve après une traversée de deux ou trois mois, et qui, rendus à cette île, ont encore près de 60 lieues de navigation avant d’arriver à Québec. Souvent épuisés par le manque de vivres et de rafraîchissements, les équipages et les passagers de ces vaisseaux trouveraient, par ce moyen, tous les secours dont ils ont besoin, tant dans cette circonstance que dans les cas de naufrages qui pouraient survenir,