Excursion annuelle de la presse de la province de Québec [microforme]
Une circulaire de’ ñotre sécréteiré M: ;e Dr, Diorne, vous annonçait que cette année l’exsursion de lé Presse aurait liswaux îles St-Pierre et Miquelon, En or:ze jours et demi nous avons parcouru 2156 milles, et ce voyage se terninant heureusement, mon devoir est de vous en faire un rapport précis.
Je ne vous dirai pas ici ce que sont la grande Miquelon, la nécropole des navires, ni Langlande, ni le grand et le petit Colombier, ni les îles aux Chiens, aux Vainqueufs, aux Pigeons, au Massacre. Je ne vous décrirai pas non plus St-Pierro, le Calvaire, l'étang de Savoyard, le phare de Galiantry, la route de l’Iphigènie, de la Cléopâtre et de la Panouse, Robinson, Notre- Dame du Cap à l’Aigle. Un livre que je signer bientôt—si Dieu me prête vie—vous parlera de ces lieux curieux, intéressants, endroits si hospitaliers, où vivent nos frères les Basques, les Normands, les Acadiens,
Pour le quart d’heure, mettons-nous en route. La consigne est d'être bref et d'aller vite.
L'honorable M. Meroier, preraier ministre de la Province avait tenu à nous souhaiter bon voyage et à nous faire la conduite jusqu'à Lévis Cette acte de courtoisie toute imprévue, a fuit plaisir au Syndicat,
Partis le 6 août, dans un wagon spécial, mis à notre disposition par l’honorablè M. Pope, ministre des chemins du fer, nous recevons sur le parcours de la route l'accueil le plus cordial. L'honorable juge Pelletier, Son Honneur le maire de Riniouski M. Pouliot, l’ancien député du comté M. .sselin,
À Ja! Presse par mesdemoiselles Pelletier et Pouliot.. A la Rivière-du-Loup; le surintendant de cette partie de l’Intercolonial, M. Macdonald, nous: rejoignait. Jlnous accompagnait jusqu'aux Trois-Pistoles où, d'après ses. ordres nous attendait un dîner somptueux. Il en fut de. même à Campbelltown, où l’on nous u servi un souper qui ne le cédait en rien «u premierrepas.
Homme du monde, sachant mener de front les affaires et les exigences: de ses relations suciales, M. Macdonald est un des vieux amis de la presse: dé la province de Québec. Plus d’une fois-déjà elle a eu à se: louer de sæ courtoisie et, de ses délicates attentions.
À Halifax, MM. Hesslein et fils, propriétaires du Halifax Hotel, nous: avaient préparé des chambres. Voilà encore d'anciennes connaissances de la. presse de Québec. Sous la présidence de M. Le Vasseur elle avuit fait le voyagedes provinces maritimes : elle avait été accueillie princièrement par le:
‘Halifax Hotel. MM. Hesslein et fils, se sont surpassés lors de notre dernier”
Séjour chez eux. Ils ont exercé vis-à-vis de nous l’hospitalité la plus large, et. je tiens à porter ce fait à votre connaissance. IlLen a été de même de M. Sharaton, gérant du Queen's Hotel, où lors de notre retour de St-Pierre une: députation de la presse avait été spécialement invitée.
On nous attendait à Halifax, L’honorable M. Longley, procureurgénéral, M. Crofton, conservateur de la bibliothèque de la Législature, M. Charles Blackadar, du "Duty Retosgre M°Wiilfant Derrgis, dte Daily Herald, et correspendant du Meur Poik Érbète y Bd, Atbertiges, du Montreal. Garette étaient à leur poste, nous faisant les honneurs de la ville et des clubs. Ils ne croyaient pas à une arrivée ausssi prompte, mais leur programme était. prêt. Nous devions dîner avec eux le lendemain et fuire une promenade dans le basir de Bedford. A notre retour, nous étions invités à être spectateurs des grandes régattes. Le steamer Saint-Pierre partait le lendemain matin à 8 heures. Nous fûmes forcés de décliner l’hospitalité proverbiale de nos confrères néo-écossais. Néanmoins l'honorable procureur-général, ne se tint pas pour battu, et la veïlle de notre départ nous passâmes chez Madame Longley une soirée charmante où les chants canadiens et ‘‘ la belle humeur au cœur ” ne firent pas défaut.
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Le steamer Saint-Pierre jauge 361 tonnes, nresere 41 mètres de longueur, 7 mètres de large. Sa machine est de 70 chevaux, sa vitesse moyenne de 8 nœuds à l'heure, Son permis de mer dit qu’il est anvenugé pour 32 passagers. Sa coque est en bois avec une étrave blindée réunie à un souflage en bois dur appliqué sur toute la longueur du navire à la ligne de flottaison, construction nécessitée, mentionne le euntrat signé par le constructeur, à raison des glaces que le steamar peut rencontrer dans sa traversée entre Halifax et St, Pierre,
Al est commandé parun quebecquois, le capitaine Angrove, qui, hiver comiue été fait depuis 36 ans, la met . AA de St. Pierre et Mique-
Cie).
Ton. Angrove est un marin expérimenté dans toute la force du terme. L'été dans la brume, l’hiver par la neige il dirige hardiment son navire. Souvent ‘On l’a cru perdu, et toujours le capitaine revenait à son quai au milieu des félicitations de ses amis : c'est un homme précieux pour une compagnie d’armateurs. Loup de mer plus solide que cet homme se trouve difficilement, Hélas ! que ne puis-je en dire autant de son bateau ! 11 est aussi instable que de poing d’Angrove est immuable quand il appuie le grappin sur quelqu'un, sur quelques chose. À bord du Saint-Pierre chacun peut réfléchir à loisir sur ces quatre mots latins qui ne peuvent bien se comprendre qu’en mer, mieux encore peut-être sur les bancs de Terreneuve, ‘ viscera eructantes cum gemidu.”
Néanmoins teut en reulant, plongeant, tanguant, et s’arrêtant pour recommencer de mieux en mieux, le Saint-Pierre avançait tant bien que mal. Au petit jour du lendemain de notre départ nous étions au canal de St. Pierre, I1 a un demi mille de longueur, quinze pieds de profondeur. Au lieu d’être droit il est taillé en serpentin. Il sépare aujourd’hui le Cap Breton en deux îles. Le Saint-Pierre une fois passé le canal prit ses allures de bon bateau bourgeois. Nous passâmes cette journée à traverser les deux Bras d'Or, à en étudier les merveilles. Ce sont des enfilades de lacs ou plutôt de fiords qui rappellent les beautés des Mille Isles dans le lac Ontario. Sur un parcours de 74 milles on voit tout ce que le paysage canadien peut offrir de nuances à l'œil ébloui. A tout instant elles nous arrachent des paroles d’admiration, Ici on retrouve le Saguenay ; là le Saint-Laurent entre la Malbaie et Kamouraska ; plus loin notre beau fleuve entre Trois-Rivières et Québec. Sur les rives, on entrevoit des chaumières bâties sur des pentes qui, en remontant finissent par devenir des montagnes couvertes de bouquets de sapins. Dans certains endroits la végétation laisse à désirer. Elle est terne et n’a pas ce ton vert qu’elle a chez nous. Ces falaises ont quelque fois les teintes roussâtres des falaises des îles de la Madeleine ; à un certain endroit elles sont blanches comme neige,
La population vit ici de culture et de pêche, Régulièrement elle consace deux mois de l’année à cette dernière industrie. Les habitations sont admirablement situées pour cela Dans les deux Bras d'Or, se péchent toutes espèces de poissons, de crustucés, de bivalves ; morues, harengs, maquereaux, sardines, saumons, homards, huîtres, etc... 'Muais n'anticipons pas sur le livre promis. :
En passant le Bras d'Or nous touchons à Baddeck, village rendu célèbre par une étude humoristique de Warner, À Sydney Nord nous sommes accueillis par notre confrère du North Sidney Herald, Il nous dit que la population de cette ville est de 6000 âmes. Elle est le centre d’affaires de la compagnie général des mines de charbon et des mines Victoria ; celles-ci sont exploitées de l’autre côté de la baie, Sydney Nord est la ville la plus importante du Cup-Breton, Un chemniu de fer doit bientôt la traverser. Cinq
milles plus loin, à Sydney-Sud se trouve la capitulo. Elle est située vers le
côté gauche de l’ancienne baie des Espagnules. Ici quelques-uns d’entre nous ont le plaisir de serrer la main au vice-consul de France, M. Frank Fisher, surintendant du câble français, à M. Buurinot, secrétaire de la Société Royale du Canada et greffier de la Chambre des Communes, ainsi qu’au capitaine de
Ls Y . x vaisseau Human, commandant de la station navale de Terreneuve, ayant som pavillon sur la frégate la Clorinde.
Sydney Sud est mieux bâti et plus propre que Sydney Nord. Tout ce: pays est couvert do clochers: dans un rayon de trois milles j'ai compté onze: églises protestantes de différentes dénominations.
Nous passons la nuit à côtuyer le Cap Breton, et le lendemain matin, nous étions à Cow Bay-—pourquoi Cow Bay ? e’est l’aneienne baie de Morienne. Ici, M. Archibald, propriétaire d’une des grandes mines de charbon de l’en- ‘droit, faisait à nos confrères les honneurs de son exploitation, pendant que
j'étais l'hôte de mon vieil ami M. Belloni, lui aussi propriétaire de mines. ”
Ce fut ici qu’on exploita le charbon pour la première fois. C'était en 1720, époque ou les Français profitant d’un arrêt du conseil d'Etat de 1670, ** permettant :ux habitants du Canada d'apporter en France des morues de: pêche et du ci ‘bon de terre,” envoyèrent des mineurs travailler le charbon de la baie de Morienne—Cow Bay.-—-Ils devaient apprevisionner de combustibles lés gens chargés d’ériger les fortifications de Louisbourg, et lorsque ces dernières furent terminées, la mine fut abandonnée et fermée. Ce ne fut que sous la domination anglaise que l’mdustrie minière put prendre son essor, et encore eut-elle à lutter contre les exigences du pouvoir. Pendant longtemps l'Angleterre ne voulut se servir de ces richesses que pour l’usage de ses garnisons. Cette restriction était si sévère, qu’elle allait jusqu’à défendre aux habitants de la Nouvelle-Ecosse d’emporter le charbon que l’action du temps ou de la mer détachait des falaises de la côte, et en 1764, le gouvernement refusa péremptoirement à Lord Howe la permission d'explorer la région minière et d’y faire travailler.
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Vingt-six heures de mer à peu près, séparent Cow Bay des îles Saint- Pierre et Miquelon, Notre bateau reprit son allure nerveuse, fantastique, et à 4 heures du matin, nous passions la barre. Bientôt nous accostions le quai de la Roncière.
Le président du Conseil d'Appel M. Maurice Caperon était là, pour nous souhaiter la bienvenue. Ce magistrat distingué, honime de lettre à ses heures, grand ami du Canada, se faisait une fête de nous voir et de nous faire présager ainsi par sa présence le bon accueil qu’on nous réservait à St. Pivrre. Un excellente réception nous attendait à l'hôtel de Joinville, et après un rapide déjeuner nous allâmes présenter nos hommages au commandant des îles, à M. Henri de la Mothe. Notre pays n’a plus de secret pour Pauteur du livre intitulé ‘ Cing mois chez les Français d'Amérique. Dans le temps,notre presse à rendu compte de ces lignes chaudes, vibrantes, sympathiques où le futur gouverneur de St. Pierre et Miquelon parlait en termes émus des Can. diens-françuis, de leur glorieux passé, de leur courageux présent, de leur immense avenir, Aussi M. de La Mothe ne comptait-il que des admirateurs parmi nous. Sur son invitation spéciale deux des nôtres, M. Paul de Cazes et Joseph Edmond Roy furent les hôtes de la Commandance pendant toute la durée de notre séjour dans l’île.
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Ce séjour—hélas ! trop court !—-ne fut*qu’une série de fêtes. Réception au câble transatlantique français, où nous fûmes accucillis par M. Sweeney, remplaçant, depuis la veille, M. Walter Betts, nommé directeur du télégraphe de Paris à New-York ; déjeuners chez le commandant, chez M. Caperon, chez M. Certonciny, chef du service maritime : dîner …au mess des officiers présidé parle commissaire de la marine Gleizes ; pic-nicà Robinson ; visiteala sécherie Dupont ; visite au révérend P. Oster, digne prêtre alsacien, remplaçant par intérim Mgr Letourneux, préfet apostolique, en voyage au Canada ; visites chez mon compagnon d'armes du Mexique le lieutenant-colonel de Boulan, trésorier-payeur ; chez M. LeFol, directeur du service administratif ; chez M. Hébert Suffrin, procureur de la République ; chez M. Venot, juge de première instance ; chez M. Littaye, père, le patriarche de l’île ; poignées de mains à toute la ville ; dîner offert par la Presse canadienne-française ; revue de la compagnie des disciplinaires commandée par deux héros du T'onquin, le capitaine Lecorgne et le lieutenant Paul Berthe, de l'infanterie de marine ; dîner de gala donné au Cercle de l’Union, par les citoyens de St-Pierre ; punch offert à l'Hôtel de Joinville, par le capitaine au long cours Vincent, voilà à peu près le bilan des soixante heures passées par nous à St-Pierre et Miquelon.
De tous côtés nous arrivaient des invitations.
J'en prends deux au hasard.
L'une disait :
Hotel Joinville,
Monsieur,
Veuillez honorer de votre présence, les délégués de la Presse Française Canadienne et son président M. Faucher de Saint-Maurice, député à l’Assemblée Législative de Québec, de passage à Saint-Pierre, en assistant au punch qui leur est offert, le 13 août, à 9.45 heures du soir, par l'Hôtel Joinville,