LE LUN EUS GLUTINOSUS
MÉMOIRE
SUR
LE LIMNEUS GLUTINOSUS.
En commençant ce travail , je n’avais d’abord en vue que l’examen des caractères génériques, mais l’anatomie de cet animal me faisant entrevoir la possibilité de la pousser plus loin qu’on ne l’avait fait pour le type de ce genre, je me suis décidé à publier tout ce que j’ai remarqué dans cette organisation.
Ce mollusque s’éloigne un peu des espèces de son genre par la disposition de son manteau. Le bord de cet organe recouvre entièrement la coquille , lorsque l’animal est submergé. Il ressemble alors à une boule de mucilage. C’est ce caractère qui avait engagé Nilsson à en faire un nouveau genre.
L’anatomie spéciale semble le moyen le plus puissant pour faire marcher d’un pas sûr la malacologie. En se bornant à la coquille ou à l’étendue plus ou moins grande d’une partie, on laisse le champ libre à l’arbitraire, si on ne consulte point l’organisation intérieure
MÉMOIRE SUR LE
dans l’établissement des genres. Les Mollusques semblent de préférence se soumettre à cette règle.
Plusieurs auteurs se sont déjà occupés de l’anatomie du Limneus stagnalis : Lister 1 , Swammerdam 2 , Cuvier 3 et Stiebel 4 , ont publié des travaux importans sur ce sujet. D’autres ont porté plus particulièrement leur attention sur le produit des organes de la génération : ce sont MM. Stiebel5, Prévost6, Carus7, Armand de Quatrefages 8 , Jacquemin 9 et Bumortier 10. Ce dernier a porté trèsloin ses recherches sur l’évolution du Limneus ovatus.
Je dirai d’abord un mot de l’histoire du Limneus Glutinosus ; je passerai ensuite à son anatomie.
Muller, dans son histoire naturelle des vers, paraît avoir décrit le premier cet animal. Il le désigne sous le nom de Buccinum Glutinosum. Dans le Systema naturœ, Linné le réunit dans son genre Hélix avec les autres limnées. Bruguière ensuite le confondit dans ses Bulimes , jusqu’à ce qu’enfin Lamarck créât le genre Limnée, qui fut généralement adopté.
En 1822 Nilsson, dans sa Fauna Sueciœ , considérant le développement du manteau, crut devoir en faire un genre nouveau, qu’il établit sous le nom d’ Amphipepla.
1 Exercitatio anatomica altéra, p. 49.
2 Swammerdam biblia naturœ.
3 Mémoire pour servir à V histoire et à V anatomie des Mollusques , n° 14.
4 Limnei stagnalis anatome. Gotting., 1815.
5 Stiebel. Veber die Entioickelung der Teichhornschnecker. Meckel’s deutsch Jrchiv . fur Physiol., vol. II , pag. 557, 1816.
6 Prévost. De la génération chez le Limnée (mém. de la société de physiq. de genève, tom. VI, pag. 171).
7 Carus. Recherches sur l’œuf des Limnées, dans le Preisschrift , von den aussern lebenbedingungen der weiss und kaltblutigen Thiere. Leipzich, 1823, in-4°. Idem. N eue Beobachtungen ueber des drehen des Embryo in ei der Schnecken.
8 Armand de Quatrefages. Mémoire sur l’embryogénie des Planorbes et des Limnées (ann. des SCIENCES NATUR. Août 1834).
9 Jacquemin . Histoire du développement du P lanorbis Cornea, Limneus palustris, etc. (Institut. 25 mars , 1835 ).
10 Dumortier. Bulletins de l’académie de Bruxelles , tom. II, pag. 164, et Mémoires de l’acadêm. de Bruxelles, tom. X.
LIMAEUS GLUTIAOSUS.
Le Limneus Glutinosus est répandu dans une grande partie de l’Europe , mais en général on le cite comme peu abondant dans les différentes localités où on le rencontre. Gmelin le cite du Danemarck, Nilsson de Suède, M. Kickx de Belgique, où il l’a trouvé à Louvain, et M. IVyst à Bruxelles. Je l’ai trouvé aussi dans les environs de Louvain et de Maiines. En France, le baron De Ferussac en a trouvé en Champagne et Millet en Bretagne. Ehrenberg Fa rencontré en Syrie , mais il dit ( Symbolœ physicœ ) qu’il n’a trouvé qu’un seul individu mort. Mon estimable ami, M. Gervais, a trouvé cette espèce dans Paris même, dans le canal St-Martin. C’est à ce jeune naturaliste, qui a rendu déjà de grands services à la science en faisant connaître de nombreuses espèces, qui doivent entrer dans la faune de Paris, que je dois les premiers individus qui ont servi à mes recherches.
Il se tient dans ce canal tout le long du mur , au niveau de l’eau ou légèrement immergé, et se trouve en quantité beaucoup plus considérable que toutes les autres espèces de son genre , au moins au printemps.