SIXIÈME SÉANCE
TEMPS
ÉLECTRODES
LEUR PLACE
DURÉE
du TEMPS
NOMBRE
des ÉLÉMENTS
La force maxima
est fournie par 10 éléments.
1 aiguille front.
1 5 minul.
2 aiguil.
18 miniit.
3 aiguil.
20 mtnut.
Lorsque nous retirons les aiguilles, nous constatons que la solidification du sang est complète.
^0 février. — La tumeur s'est aff'aissée; à son niveau tout signe d'anévrysme a disparu. Rien n'est survenu dans l'intérieur de l'orbite.
Nous avons tenu, Messieurs, à vous présenter ce malade, qui est probablement le premier exemple d'exophtaiînos pulsatile de l'orbile guéri par Téleetrolyse.
En 1845, Pétrequin (^), à qui revient l'honneur d'avoir le premier obtenu la guérison d'un anévrysme par la galvano puncture — il s'agissait d'un anévrysme de la temporale — essaya ce moyen pour une semblable tumeur de l'orbite, mais sans le moindre résultat. Après lui, Bourguet (d'Aix) et bien d'autres, qui n'ont pas publié leurs tentatives, opérèrent sans plus de succès.
Avant de faire venir devant vous ce malade, nous avons cru bon d'attendre quelque peu. Quatre mois se sont déjà écoulés depuis notre dernière intervention. A l'heure actuelle, nous pensons que l'état de l'œil opéré peut être considéré comme définitif.
Cet organe, vous allez vous en assurer par vous-mêmes, a repris sa position dans la cavité orbitaire; en plus, vous verrez qu'il se meut dans tous les sens. La conjonctive est redevenue blanche, sauf à sa partie inférieure, où siégeait le chémosis; à cet endroit, elle est teintée en rouge sombre par des dépôts du pigment sanguin. La vision qui, au mois de janvier (lorsque nous terminions le traitement), était inférieure à 1/30, est à l'heure actuelle de 1/8. Il est hors de doute que cette vision serait meilleure sans les altérations qui occupent le centre de la cornée. Après atropinisation, l'acuité devient 1/5. L'amélioration obtenue sous Tinfinence de ce médicament nous fait désirer pour notre malade une pupille artificielle que jusqu'ici nous n'avons pu pratiquer. La papille du nerf optique est un peu pâle, à bords nuageux; deux grosses veines s'y jettent; les artères sont minces. L'examen ophtalmoscopique est très difficile; il faut, pour pouvoir y procéder, que la pupille soit dilatée.
L'examen le plus attentif ne fait découvrir aucune pulsation ni aucun bruit de souffle dans les endroits où
(^) Coin pieu- Rendus de l'Académie des Sciences, 18'i5, t. XXf, p. 994.
nous les avons précédemment décrits. Au niveau de la piqûre qui a engendré une eschare on trouve une petite induration. Le malade n'entend plus de sifflements dans sa tête; il ne perçoit que de légères pulsations en arrière de son œil gauche, et cela seulement lorsqu'il est au lit ou qu'il baisse la tête pendant quelques instants. L'acuité de l'oreille droite est redevenue ce qu'elle était avant l'accident. Tel est l'état de notre opéré.
Les deux gravures que nous joignons à notre texte montrent : l'une, le malade avant tout traitement; l'autre, après guérison.
Le malade la veille de la première séance d'électro-puncture.
D'après le second dessin, il est facile de voir que les divers organes de la région orbitaire ont repris leur forme, leur volume et leur place. Les paupières rapprochées
de manière à cacher Fétat de la cornée, on ne peut dire de quel côté siégeait le mal.
Le même, quatre mois après la dernière séance.
En présence d'un certain nombre de faits bien constatés d'exophtalmos pulsatile guéris spontanément, nous devons nous poser cette question : Est-ce que le résultat obtenu chez notre malade pendant que nous le soumettions à rélectrolyse doit être réellement attribué à cet agent? En vérité, dans ce fait, l'action galvanique ne peut être mise en doute. L'amélioration apportée par chaque séance était immédiate. Avant que le malade ne sortît de notre cabinet, les confrères qui nous prêtaient leur concours constataient avec nous un changement plus ou moins notable pai^ rapport à ce qui avait été observé au début de la séance. Même, à vrai dire, l'effet produit semblait plus satisfaisant immédia-
tement après chaque intervention que lorsque quelques jours s'étaient écoulés. Le lendemain ou le surlendemain, le bruit de souffle et la pulsation reprenaient un peu d'intensité. Ce fut, du moins, ce que nous avons remarqué à la suite de la deuxième, de la troisième et de la quatrième séance. Quant à l'action électrolytique de la cinquième séance sur le centre pulsatile de l'orbite, elle a été instantanée et définitive. Le même résultat a été constaté, lors de la sixième séance, sur la dilatation siégeant au niveau de la tête du sourcil; les aiguilles retirées, tout souffle, et tout battement avaient disparu.
Quels ont été les effets produits par le courant de la pile? Pour ceux qui ne voudront voi»r chez notre malade qu'un anévrysme de l'orbite, nous avons obtenu, par la formation de plusieurs caillots, l'oblitération de tout le sac. Pour nous, au contraire, qui pensons avoir été en présence d'un anévrysme artério-veineux, nous estimons n'avoir coagulé le sang que dans l'intérieur de la veine ophtalmique dilatée. Il est probable que Taction électrolytique n'a pas dépassé l'embouchure de la veine dans le sinus, et à plus forte raison qu'elle n'a pas atteint l'orifice anormal faisant communiquer ce dernier avec la carotide. L'existence du léger bruit pulsatile qu'accuse encore le malade, et qui disparaît momentanément par la compression de la carotide gauche, semble indiquer que la lésion primitive n'a pas été modifiée par la galvano-puncture.
La persistance de cette lésion ne doit-elle pas faire craindre d'autres complications, et en particulier l'apparition d'un exophtalmos du côté opposé? Le sang artériel pénétrant dans le système veineux avec une certaine force, ne peut-il pas dilater les sinus voisins et la veine ophtalmique droite?
Cette complication n'a pas été notée consécutivement à la guérison d'un exophtalmos pulsatile. Mais il est possible qu'un jour le fait se présente, à la suite des traitements qui n'engendrent la coagulation du sang que dans la veine ophtalmique.
Les dispositions anatomiques font craindre cette rechute, de même que le cas observé par Grùnig {Arch. f. ang, u. Ohrenheilk, v. 2, 187G) chez une femme, à la suite d'un traumatisme sur la tête. Un double exophtahiios survint accompagné de tous les phénomènes caractérisant une communication entre la carotide interne et le sinus caverneux. La ligature de la carotide primitive gauche fît rentrer les deux yeux dans Torbite, en même temps qu'elle fît disparaître tous les signes anévrysmatiques.
Le fait de Désormeaux, qu'un examen sérieux permet d'inscrire au nombre des communications artério-veineuses, bien que le diagnostic porté par ce chirurgien ait été celui de tumeur cirsoïde, ce fait, disons-nous, traité avec succès par des injections de perchlorure de fer, est des plus instructifs au point de vue qui nous occupe en ce moment. L'œil une fois revenu dans Torbite, aucun phénomène n'est venu démentir la guérison annoncée.
A vrai dire, on ne s'explique pas cette absence de manifestation du côté de l'autre orbite. 11 faut admettre que l'exophtalmos du second œil ne peut apparaître que si, en outre de la persistance de l'ouverture anormale, il existe d'autres conditions qui nous sont encore inconnues. Celte supposition est aussi permise — pensons-nous — que celle faite par Rivington, lorsque ce chirurgien exprime l'idée que si certaines conditions ne sont pas présentes, un anévrysme de la carotide interne dans le sinus caverneux peut exister sans que la veine ophtalmique du même côté ne se dilate.
Cette rechute du côté de l'autre orbite n'est-elle anatomiquement possible qu'à la suite des traitements qui ne font que solidifîer le sang dans la veine ophtalmique et qui sont incapables d'obstruer la communication artério veineuse? Tout d'abord on le penserait et Ton serait porté à croire que, à ce point de vue, la ligature de la carotide, qui arrête la circulation et qui permet la formation d'un caillot obturateur au niveau de l'orifîce anormal, devrait
être un moyen préférable. Il n'en est rien; car, tandis que les histoires des malades chez lesquels la coagulation a dû être limitée à la veine ophtalmique (compression loco dolenti, injections coagulantes, guérison spontanée), ne mentionnent dans la suite aucune complication sur la veine similaire, on voit, dans le cas d'Herpin (de Tours), une récidive se produire dans Forbite du côté droit, dix mois après la ligature de la carotide primitive gauche, pour une tumeur pulsatile de Torbite correspondant. Le sang avait été amené dans le sinus par le bout supérieur de la carotide.
En bonne analyse, chez notre malade, pour arriver à solidifier le sac anévrysmal qui a produit Texophtalmos, il a fallu quatre séances d'une durée variant entre 24 minutes et l heure minutes et donnant un total de 3 heures 50 minutes d'électrolyse. On ne doit pas compter la première séance, qui n'a donné aucun résultat appréciable, par la raison que les aiguilles ont été tout d'abord en contact avec l'électricité négative.
D'un autre côté, la dernière séance n'a nullement eu pour but de traiter le centre pulsatile qui avait chassé l'œil en dehors. Lors de cette séance, l'organe était rentré à sa place, et les battements et bruit de souffle n'avaient plus leur siège dans l'orbite; on les percevait au niveau du sourcil, dans une tumeur survenue récemment vis-à-vis de l'échancrure sus-orbitaire.
Nous devons faire remarquer avec quelle rapidité la coagulation a été obtenue dans ce dernier point; une seule séance de 53 minutes a suffi pour y provoquer une entière guérison. Il est à présumer que les aiguilles, que nous pouvions mieux diriger vers le point dilaté, ont toutes pénétré dans l'intérieur de la poche sanguine, ce que probablement nous n'avions pu obtenir dans les précédentes séances, lorsque nous agissions sur le centre pulsatile intra orbitaire; sur trois aiguilles, une seule peut-être plongeait au milieu du sang.
En terminant, nous devons examiner pourquoi, lors du
deuxièoTe temps de la cinquième séance, au niveau du pôle négatif et même à Taiguille positive, des phénomènes de mortification se sont produits. Nous nous rendons difficilement compte de ce fait, et nous nous demandons en vertu de quoi l'escharification des tissus ne s'est montrée que pendant la durée du deuxième temps; car pendant toute la séance le courant avait eu exactement la même force, et rien n'avait été changé dans les autres conditions de l'opération. Doit-on penser que les aiguilles plongeaient l'une et l'autre dans l'intérieur du sac? Cette supposition expliquerait une coagulation plus rapide, mais ne satisferait nullement l'esprit quant à l'apparition des eschares. Est-ce que les aiguilles étaient presque en contact dans l'épaisseur des tissus? Nous l'avons supposé; mais avant d'admettre cette explication comme réelle, nous désirons instituer quelques expériences pour nous éclairer à cet égard.
Si nous avons donné une certaine étendue à cette observation, c'est que, relatant un premier fait de guérison par un agent qui n'avait encore rien procuré en semblable maladie, il fallait rentrer dans toutes les particularités de fopération et établir d'une manière très précise le diagnostic.
On sait que nous avons entrepris le traitement galvanique alors que nous ne voyions chez notre malade qu'un anévrysme artériel. Il est probable que nous eussions reculé devant l'emploi de ce moyen, si nous avions cru être en présence d'une dilatation veineuse, dans la crainte de provoquer des accidents emboliques. Aujourd'hui, fort du résultat heureux que nous venons de faire connaître, nous n'avons plus la même appréhension. Le public médical, espérons-nous, nous suivra dans l'évolution que nous avons faite. Il pensera avec nous que les caillots électrolytiques, retenus à la paroi des veines, ne sont pas exposés à la migration comme le sont ceux qui se forment lorsque le sang se trouve en contact avec le perchlorure de fer ou tout
autre agent liquide possédant des propriétés analogues à celles de ce médicament. Sans aucun doute, notre cas de guérison ne restera pas isolé, et un jour viendra où rélectrolyse, dans la cure des anévrysmes artério-veineux de Torbite, prendra souvent la place de la ligature de la carotide, qui non seulement est dangereuse pour la vie, mais qui aussi se montre quelquefois inefficace.
Bordeaux. — Imp. G. Gounouilhou, rue Guu-aude, 11.