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VI, — CONCLUSIONS

Il résulte de l’étude précédente que la région parcourue par l’Expédition Antarctique Française est constituée à peu près exclusivement par des roches éruptives, parmi lesquelles dominent de beaucoup Îles types granitoides.

L'ensemble de ces roches granitoïdes forme une série pétrographique très homogène, allant des granites aux gabbros. La continuité est surtout évidente en ce qui concerne les granites et les diorites quartzilères. Leur parenté est encore accentuée par la considération des enclaves homoéogènes basiques qu’elles renferment les unes et les autres en abondance. Là où les granites et les diorites coexistent (île Wandel, baie des Flandres), ces roches forment des massifs distincts; mais les contacts sont malheureusement cachés sous les neiges perpétuelles, de telle sorte que la question de l’âge relatif de la mise en place de chacune d'elles ne peut être abordée.

Aussi bien au point de vue chimique qu’au point de vue minéralogique, ces roches présentent un certain nombre de caractères communs très nets. Depuis les granites, riches en quartz, jusqu'aux gabbros basiques, toutes se distinguent par l’abondance des feldspaths calcosodiques, à formes nettes, en général très zonés. Dans les types les plus acides, qut sont à rapporter aux granites, ces plagioclases prédominent toujours sur l’orthose, ce qui est une conséquence de la pauvreté en potasse du magma et de sa richesse en chaux : ces granites se rapprochent donc

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des monzonites. L'élément coloré le plus constant est la hornblende verte, presque toujours accompagnée de biotite, quelquefois associée à du pyroxène.

Des quelques renseignements donnés par M. Arctowski sur les roches qu'il a recueillies dans le détroit de Gerlache, au cours de l’Expédition de la « Belgica » (1), on peut très vraisemblablement inférer qu’elles présentent les mêmes caractères que les nôtres.

Enfin les études publiées par M. O. Nordenskjôüld (2) sur les roches rapportées par lui, ainsi que par M. J.-G. Andersson, de la Terre Louis- Philippe, montrent avec évidence que toutes les chaînes qui bordent le versant occidental de l’Antarctique américaine sont constituées par cette même série de roches éruptives grenues avec persistance des mêmes caractères généraux.

Au point de vue minéralogique, les roches éruptives de cette portion de l’Antarctique présentent donc ce qu’on appelle un air de famille, c’està-dire un ensemble de caractères communs à toutes, qu’elles soient acides ou basiques, qu’elles soient roches de profondeur ou roches d'épanchement.

Cet air de famille est mis aussi en évidence par la comparaison des résultats de l’analyse des quelques échantillons qui ont été étudiés au point de vue chimique.

La région de l'Antarctique que nous considérons constitue donc une province pétrographique bien définie. Cette conclusion à une grande importance, car elle apporte un argument décisif en faveur de la théorie de la continuité des chaînes antarctiques avec celles de l’Amérique du Sud.

Les caractères minéralogiques et chimiques énumérés plus haut sont en ellet précisément ceux qui définissent les types pétrographiques andins;: on les retrouve dans toutes les roches grenues, granites, diorites, gabbros, de la Cordillère des Andes du sud au nord du Chili (3), comme aussi dans

(1) H. Arcrowskr, Géographie physique de la région antarctique visitée par l'Expédition de la « Belgica » (Bull. Soc. belge de géographie, n° 1, 1900, p. 40-42).

(2) O. Norpexsxsôup, Petrographische Untersuchungen aus dem westantarktischen Gebiete (Bull. géol. Inst. Upsala, vol. VI, part. 2, p. 234-236). |

(3) Je dois à l’amabilité de M. Courty d’avoir pu examiner quelques roches du Chili, recueillies au cours de la Mission Créqui-Montfort. Au Juncal, on trouve un granite à amphibole, à feldspaths

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les roches dioritiques de la Cordillère de l'Amérique du Nord (Sierra Nevada de Californie, Yellowstone National Park, île Vancouver) et même dans certains granites spéciaux de l'Alaska; enfin on Îles a constatés aussi dans quelques-unes des Petites Antilles.

La Terre Louis-Philippe, la Terre de Danco, la Terre de Graham rentrent donc dans cette même province pétrographique, la plus vaste et l’une des mieux caractérisées qui soient connues sur le globe.

Les conclusions que je viens de formuler à la suite de mes observations personnelles viennent à l’appui de celles qui ont été établies par M. O. Nordenskjüld, à qui revient l'honneur d’avoir le premier montré les analogies pétrographiques qui existent entre les roches antarctiques de la Terre Louis-Philippe et celles de la Terre de Feu et de la Patagonie. Ila particulièrement étudié les types acides, qui peuvent être aussi bien appelés « plagioclasgranit » que « orthoclasdiorit ». Bien qu'il ne donne pas d'analyse, il déclare qu'il n’y aucun doute sur la prédominance de la soude sur la potasse. Mais, dit-il, la structure de ces représentants acides de la série est d’une telle ressemblance avec celle de ces mêmes roches de la Terre de Feu, et cette structure est si caractéristique que cette analogie ne peut être due au hasard et montre bien la consanguinité de deux séries.

Bien que les travaux de M. O. Nordenskjüld ne laissent aucun doute sur la parenté des roches de la Terre de Feu avec celles de l’Antarctique, il m'a paru intéressant de comparer à mon tour mes roches avec celles qui furent rapportées du cap Horn par M. le D' Hyades, en 1883 {1}. Grâce à l’obligeance de M. le professeur Michel Lévy, j'ai pu examiner les lames

zonés, tout voisin des nôtres. Les gabbros quartzifères curalitisés de Valdivia rappellent ceux du cap Tuxen. On constate toujours les caractères principaux des tYpes andins, feldspaths zonés, abondance des plagioclases et des bisilicates ferro-magnésiens. On trouve de plus, ici, des granites francs, et certains gabbros ont une tendance à passer aux diabases.

(1) Mission scientifique du cap Horn, t. IV, Géologie, par le D' Hyanes, Paris, 1887. Pour la comparaison des résultats de ce travail de M. Hyades avec ceux du présent mémoire, il faut tenir compte de l’époque où les travaux de la Mission du cap Horn ont été publiés. À ce moment, MM. Fouqué et Michel Lévy appelaient diabase la roche qui est formée par la combinaison minéralogique : plagioclase et augite, et diorite la combinaison plagioclase et amphibole ; comme j'ai employé ces deux termes dans un sens différent, qui est celui adopté en France aujourd’hui, la plupart des diabases de M. Hyades correspondent à nos gabbros, sous réserve cependant qu'un certain nombre de ces roches seraient appelées, par nous aussi, diabases, à cause de leur structure ophitique très nette.

minces qui ont servi à leur étude, et M. le professeur Stanislas Meunier a eu la grande amabilité de mettre à ma disposition les échantillons euxmêmes. J'y ai retrouvé, parmi les granites, diorites et gabbros, des types absolument identiques à ceux de notre région. Le quartz y Joue le même rôle, et les types quartzifères y sont dominants. Les phénomènes d’ourahtisation y sont également fréquents. Mais le caractère principal tient dans l’abondance et le développement des plagioclases zonés.

M. Hyades fait remarquer qu'il n’a rencontré ni véritable granite non amphibolique, ni granulite typique. Il en est de même dans l'Antarctique. Les granites à amphibole sont tout à fait identiques dans les deux régions ; le plagioclase qui accompagne l’orthose est cependant plus acide dans les roches de la Terre de Feu; c'est en général de l’oligoclase, au lieu de l’andésine des granites antarctiques.

Ainsi la série du cap Horn présente bien avec celle de l'Antarctique l’analogie remarquable dont 1l a été question plus haut; mais elle est plus étendue, surtout du côté des termes basiques. Mais la différence est surtout structurelle. Les roches antarctiques sont franchement grenues et n’évoluent ni vers la structure microgrenue, ni vers la structure ophitique des types pauvres en quartz. Les roches de la Terre de Feu ont des variations structurelles plus grandes avec une tendance manifeste à évoluer vers les diabases.

En résumé, l'intérêt des roches rapportées par nous est de montrer le prolongement très au sud de la province pétrographique andine. il existe actuellement une lacune géographique entre le cap Horn et la Terre Louis-Philippe; peut-être n’existe-t-elle pas réellement, car la Géorgie du Sud et les Orcades du Sud sont encore peu connues, et les Sandwich sont totalement inexplorées au point de vue géologique : les futures explorations permettront de régler cette question.

Les roches microlitiques, comme nous l’avons vu, peuvent se diviser en deux groupes : les unes, très altérées, sont probablement anciennes; les autres, au contraire, sont remarquables par leur fraicheur et sont d’origine incontestablement volcanique ; bien que nous n’ayons trouvé aucune trace d'appareil volcanique conservé dans la région parcourue, ces dernières roches peuvent ètre considérées de façon certaine comme

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d'âge récent. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, qu’un peu au nord de ces terres l’île Déception est un cratère offrant encore des signes d’activité (fumerolles, eaux thermales, etc.) ; d’autre part, le versant étudié par M. O. Nordenskjüld au nord-est de la Terre Louis-Philippe présente des appareils volcaniques, témoins l’île Paulet et le mont Christensen.

Enfin la découverte, parmi les blocs errants de l’île Wandel, d’un microgranite alcalin à amphibole et pyroxène sodiques, pose une question nouvelle. Les caractéristiques chimiques et minéralogiques de cette roche sont, en effet, tout à fait opposées à celles des autres roches éruptives de la région ; elle est presque totalement dépourvue de chaux et très riche en alcalis. Ne serait-elle pas l'indice de l'existence plus au sud d’une province pétrographique nouvelle et, dans le cas où elle serait indigène, ne constitue-t-elle qu’une exception dont il serait en tout cas intéressant, au point de vue théorique, de préciser la portée ? C’est ce que je vais m'efforcer d’élucider au cours de l’expédition nouvelle qui va partir dans quelques mois.

BIBLIOGRAPHIE ANTARCTIQUE

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