ESPOIR DE RETROUVER LA PÉROUSE
Deux capitaines de commerce français , arrivés depuis peu de Java à l'Ile-de-France, y déposèrent que le commodore Hunter, qu'ils venaient de voir à Batavia, leur avait affirmé que, passant aui-même près des îles de l’Amirauté, il aperçut des hommes revêtus d’uniformes français, et qui paraissaient faire-des signaux avec des morceaux d’étoffe ; mais que la violence extrème des courans de ces parages Pavait empêché d'approcher assez près de la terre pour les bien reconnaître et leur porter secours, quoi-
‘ qu’il ne doutât pas que ces homines ne fussent des débris des équi-
pages de la Pérouse. Effectivement , (a Boussole et l’Astrolabe avaient dû passer dans le voisinage des îles de l’Amirauté, en revenant de la mer du Sud dans celle des Moluques et de l’Inde.
Sur cette déclaration, M. de Saint-Félix, alors commandant notre station navale 4 l'Ile-de-France, sachant que M. d’Entrecasteaux ne dèvait pas’ tarder à arriver au Cap, envoya sur-le- Chainp la frégate lAtalante, commandée par M. Bebe, afin de lui transmettre des renseigneinens qui PP être si iuportans pour le succës dé sa 'inission.
Le comimodore Hunter était tui-même mouillé en rade du
Cap, lorsque l’ Espérance et la Recherche y arrivérent. Mi d’Entrécasteaux s'attendait à recevoir directement de cet oflicier anglais des détails qui confirmassent le rapport des deux capitaines français : non-seulement il n’en fit rien, mais appareilla pour l’Europe quelques heures après l’arrivée sur la rade de l’expédition , qu'il savaittrès-bien être celle euvoyée à la recherche dela Pérouse, et cela sans avoir communiqué avec elle.
Dé plus , on s’assura dans la ville, et sur-tout près du gouveineur hollandais, que le commodore Hunter n’y avait jamais dit, pendant soû séjour ; uñ' mot de cette rencontre prétendue des restes d’un équipage français sur lés îles de l’Amirauté ;.et pourtant ceite nouvelle était assez intéressante pour que lui ou ses officiers se fussent emnpressés de la répandre.
Tout cela rendit la déposition des deux capitaines marchands si suspecte à M. d’Entrecasteaux, qu'il fut tenté de n’y avoir aucun égärd. Cependant , comme celte déposition, toute invraisemblable qu'elle était, n'avait pas laissé de faire impression sur l'esprit de beaucoup de personnes de ces. deux bâtimens, il craignit qu’en la rejetant absolument , on ne l'accusât d’insouciance , de tiédeur, et de n'avoir pas tout sacrifié pour secourir au plus tôt des compatriotes malheureux. En conséquence » changeant, dès lé début, le plan de sa campagne , il se décida à se rendre ; par la voie la plus prompte, aux îles de l’Amirauté. Pour cela ,. il fallait, à cause de l’état des moussons , aller attaquer ces iles par l'E. ; après avoir doublé l’extrémité S. de la Nouvelle- Hollande , ët être redescendu par leur lattitude.