Expériences préalables de laboratoire
Je fis d’abord, pour mettre la méthode à l'épreuve, quelques expériences préliminaires dans le laboratoire de physique de l’Université d'Helsingfors.
Je ne parlerai pas des premiers essais; ils n’offrent d’intérêt que parce que leurs résultats favorables m'encouragèrent à poursuivre dans la même voie,
Je disposai, devant des fenêtres donnant au midi, trois petits espaces enfermés par des feuilles de carton. Dans chacun de ces compartiments je plaçai six pots à fleurs, dans lesquels je semai quatre graines de céréales, aussi semblables que possible de poids et d'apparence. (C’étaient des graines de seigle, d'avoine, de froment et d'orge. Dans chaque pot j’introduisis par en bas une bande de zinc, communiquant par un fl métallique avec les conduites de gaz de la salle; au-dessus des pots, je suspendis, dans les trois compartiments, des réseaux isolés de fils métalliques, garnis de pointes. Si nous désignons les compartiments par les chiffres I, IT et III, voici comment les réseaux étaient reliés à la machine électrique :
Dans le compartiment I, le courant passait de l’air aux
plantes.
» D » IT, au contraire.
UR> » III, pas de courant.
Je donnai aussi exactement que possible les mêmes soins-à toutes les plantes; je les arrosai tous les jours de la même quantité d’eau à la même température. À certains intervalles, je mesurais la hauteur des tiges et la largeur der feuilles. Déjà au bout d’une semaine, on remarquait une différence sensible: les plantes des compartiments I et IT se développaient plus vigoureusement; leurs tiges étaient plus hautes, leurs feuilles plus longues et plus larges que dans le compartiment III. La machine électrique était tenue en activité durant cinq heures chaque jour. L'expérience, commencée dans les premiers jours de mai, fut terminée le 24 juin. A ce moment, le développe-
ment des plantes des compartiments I et II se trouva supérieur de 40%; à ce qu’il était dans le compartiment IIL.
La terre que contenaient les pots à fleur étant exactement de même nature et les soins pareils, il faut incontestablement attribuer à l’influence de l'électricité ce surplus d'énergie végétative.
Il n’y avait pas de différence appréciable entre les plantes des compartiments I et Il, dans lesquels le courant électrique était en sens opposé: il en faut conclure que la différence qu’on a cru quelquefois constater dans l’action de l'électricité positive et de la négative, n'existe pas, et que les résultats qui ont pu y faire croire doivent dépendre de circonstances secondaires, passées inaperçues. Mes expériences précédentes avaient aussi conduit aux mêmes conclusions.
Du fait ainsi mis en lumière, on peut tirer des conclusions relativement à la nature de l'influence exercée sur les plantes par le courant. En effet, cette influence, étant indépendante de
la direction du courant, ne peut pas être attribuée à une action décomposante exercée sur les sucs végétaux, ni à un transport mécanique de ces liquides.
Elle pourrait, il est vrai, être attribuée à la chaleur développée dans la plante même par le courant électrique, cette chaleur restant la même, quelle que soit la direction du courant, mais d’autres circonstances rendent cette hypothèse très improbable. Il nous reste donc à en chercher la cause dans les modifications apportées dans Pair ambiant par l'électricité s’écoulant des fils métalliques et surtout des pointes. Je reviendrai plus tard à cette question.
2. Expériences faites en plein champ dans le domaine de Niemis, paroisse de Wichtis.
Pendant l'été de 1885, que je passai dans cette propriété appartenant alors à feu mon frère, M. W. Lemsrrôm, je fis des
expériences sur un petit champ d’orge que mon frère voulut bien mettre à ma disposition; elles durèrent du milieu de juin au commencement de septembre, alors qu’eut lieu la récolte.
La figure ci-dessous montre la situation et la division de ce champ:
Fig. 1.
Sur le compartiment À de ce champ, je fis tendre un réseau métallique isolé. Les fils, de 2 mm. de diamètre, étaient fixés à des poteaux munis d’isolateurs en porcelaine; l'intervalle entre les fils était d’un mètre, et à chaque demi-mètre se trouvait une pointe de métal. Le réseau fut mis en communication avec le pôle positif d’une machine Horrz à quatre disques, se chargeant elle-même et dont le pôle négatif était, comme de coutume, relié à une petite plaque de zinc enfoncée dans le sol. Dans la chambre où était installée la machine, une petite cheminée, allumée par les temps humides, maintenait l'air au degré
nécessaire de sécheresse autour de la machine.
La machine, mue à la main, était en activité pendant nuit heures par jour, de 6 à 10 heures du matin et de 5 à 9 heures du soir; il survenait quelquefois de courtes interruptions par suite de diverses circonstances inhérentes à une installation provisoire.
Au début de l'expérience, l’orge avait de 9 à 10 em. de longueur, mais la végétation n'étant pas égale dans toute l’étendue du champ, je dus faire l'appréciation de ces différences.
Si nous représentons la végétation du carreau B, où elle
était lé4plus” fortéMparil a A eo SRE celle du carreau A devra être représentée par. . . . 8 et celle du, carresu 0 par.s CON SE
Le carreau À tenait donc la moyenne entre B et C. Les carreaux 1) et E offraient à peu près la même apparence que C. Quant à Æ, la végétation y était si faible, que je l’exclus dès l’'abord.
Le carreau À, sujet: de l'expérience, s’améliora pendant les mois de juillet et d’août au point de promettre, au moment de la moisson, une aussi bonne récolte que B; en réalité, il donna davantage, comme on le voit par le tableau suivant:
Carreau. Aire en m2. Récolte en Récolte en Récolte en hl kg kg par m?.
4 110,17 0,178 11,084 O,1001 B 115,65 0,165 9,988 0,0864 C 137,80 0,146 8,814 0,0701 D+E 227,56 0,220 13,22 O,o5s1 La récolte d'A dépasse celle de B de 15,9 pour cent, celle de C, de 55,4 o, celle de D + E, de 72,1 pour cent. |
Si on formule l’ensemble du champ de contrôle comme suit:
Pexcédant de À est de 35,5 pour cent. Cette valeur moyenne est la plus probable. Je n’ai pas fait entrer dans ce calcul les différences que présentaient les lots au commencement de lexpérience.
Cette expérience en plein champ confirmait ainsi d’une façon éclatante les résultats obtenus dans le laboratoire et montrait que le ‘ développement et le rendement de l’orge avaient été favorisés par la présence du réseau métallique électrisé, au point d’augmenter la récolte de plus d’un tiers. Et si l’on compare le poids de l’hectolitre de grain récolté, on voit que l'augmentation porte sur la qualité aussi bien que sur la quantité. Aïnsi donc ce résultat était très encourageant.
Je fis à cette occasion l'épreuve de la difficulté, bien connue d'ailleurs des agriculteurs qui se sont occupés d'expériences comparatives, d'obtenir un sol de qualité absolument pareille dans les lots d'expérience et les lots de contrôle. Il y a là une cause d’erreur dans l’appréciation des résultats, et 1l faut procéder avec une grande précaution dans l’organisation des expériences.
3. Expériences dans les champs de la Société d'horticulture, en 1886.
L’obligeance de la Société d’horticulture d'Helsingfors et de son président, le général J. Ar Linprors, me mirent à même de faire des expériences dans un des champs de la Société, dans le parc de Djurgärd.
Un champ d'environ 150 m°? fut divisé en planches comme un jardin potager; au milieu de ce champ, je séparai un espace d'environ ‘/; de la superficie totale, s'étendant perpendiculairement aux planches et les coupant par le travers; sur cette partie réservée j'étendis un réseau métallique garni de pointes; les fils étaient disposés de telle manière qu’à chaque mètre carré il
y eût quatre pointes, Le réseau était relié, au moyen d’un conducteur isolé, au pôle positif d’une petite machine électrique (type VOSS), que nous désignerons dès maintenant par M,; le pôle négatif était en communication avec le sol. Un second fil conduisait dans une serre, où j'avais installé aussi quelques sujets d’expériences. Les différents lots d’expérience et de contrôle étaient séparés par des parois de carton, mais disposées de manière que les rayons du soleil frappassent tous les lots de la même manière. Ces parois avaient pour but d'empêcher les effets du courant électrique de s'étendre aux lots de contrôle.
La machine était en activité dix-huit heures par jour. Cette donnée toutefois n’est pas absolument certaine, car il est arrivé que la machine à travaillé à vide, c’est à dire sans être chargée. Elle était mue par un petit moteur à eau; mais elle était quelquefois entravée dans son action par trop d’humidité dans la
chambre, malgré le feu qu’on allumait.
La terre des planches était aussi uniforme que possible; elles contenaient des plantes de diverses espèces, que l’on trouve énumérées dans le tableau suivant:
Tableau du résultat des expériences faites dans le champ de la Société d'horticulture.
Lots d'expérience Lots de contrôle Différence D 0 Oo A cent.
Betteraves blanches. 56 31,982 KZ 43,343 107,2 0% Pommes de terre . 268 21,281 990 44,694 76,2 » Betteraves rouges . 107 24.,600 263 36,551 65,29 » Rodin teen... 120 2,295 57 3,166 59,153
Panais 0 2118 IG 0700. 20.067 54,45 »
BOIreausL à doi 6 7,105 98 10,425 42,11 9 Celleri-rave’ 1045 ‘ 22 207 98 35,122 36,90 » Fraises de jardin dans la serre.
DITOS dur cn0.315095 27,201 1009 41,438 — 512% Choux-navets . . . 8 2,869 16 5,382 — 5,23»
Whoux blancs :: .:.. 18 14,025 15 28,684 —43,58 » Phoux-raves -.!..0:0/15 14,72 23 21,19 + 18 » aient. 1 91 4,356 163 7,459 + 2,58»
Un fait remarquable, c’est qu'on ne put pas pendant le cours de lété apercevoir une différence marquée dans l’apparence des plantes des champs d'expérience et de contrôle, à l’exception d’une seule, à laquelle nous reviendrons tout particulièrement. Mais la récolte révéla une différence considérable.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est que certaines espèces ont été beaucoup favorisées par le courant électrique, tandis que chez d'autres, l'influence à été nulle, ou si minime qu’on ne peut l’apprécier avec certitude, à l’exception d’une seule, le chou blanc, sur laquelle l'électricité à exercé une influence décidément défavorable. Au reste, l’augmentation, comme on le voit par le tableau, a été très grande, mais différente pour différentes espèces. Nous y reviendrons à la fin de notre exposé. Dans la serre, nous avions disposé quelques plantes en pots, entre autres deux pots de fraises de jardin. Ces pots étaient séparés par des cloi- sons de carton, et l'expérience d’ailleurs arrangée comme plus haut dans le laboratoire; dans la l:ère division, le courant passait des pointes aux plantes, dans la 2:e, au contraire; la 3:e division servait de contrôle. Au début de l’expérience, le 12 juin, les plantes des trois divisions offraient à peu près le même de-
gré de développement; mais bientôt les différences s’accusèrent,
et le résultat final fut:
l:ère division + Æ 2:e division — E 8:e division fruits mûrs fruits mûrs fruits mûrs
le 8 juillet — 28 jours le 13 juillet — 33 jours le 15 août — 54 jours
Ici donc l’action du courant électrique avait hâté la maturité d’une manière étonnante. Ce résultat est d’un grand intérêt, et comme il a été confirmé dans la suite, il peut servir à donner une idée du mode d'action de lPélectricité.
Dans l’exécution de ces expériences, le jardinier en chef de la Société d’horticulture, M. ZæTTERLOEr m'a prêté son aide avec la plus parfaite complaisance; je lui en exprime ici mes
remerciments.