ENTENDUES
Gs
cs
Es
oc
ô ou à.
oc
ou.
eu ou ô.
e (muet).
Le signe oc marque que Ton arrêtait le fonctionnement du diapason en dérivant le courant.
Nous avons les remarques suivantes à faire sur ces résultats :
1. L’expérience n° 1 a donné un o faible, mais semblable comme timbre à celui que comportent les mots : os, ostracisme, porte, comme.
Remarquons l’intensité relativement considérable du 7e harmonique dans cette combinaison.
2 et 3. Ces expériences présentent un intérêt particulier. Le son fondamental étant étouffé et, au contraire, les harmoniques inférieurs, jusque et y compris le 8e, sonnant fortement, sauf le 7e, on obtient un o-a très sombre, assez semblable à l’a du mot affectation prononcé d’une manière très affectée, et à certaines prononciations défectueuses du mol allemand la, se rapprochant de 7o.
Si l’on fait entrer D5 et Es ensemble dans la combinaison, et aussi fort que possible, le timbre change et l’on entend un a bien franc, comme dans partir, régal, fatal. Voilà donc la confirma-
lion de l’existence d'harmoniques supérieurs dans certaines voyelles. Pour notre part personnelle, nous pensons que des harmoniques plus élevés encore que le 10e entrent dans la composition de la plupart des timbres et surtout des timbres stridents. Les 11e, 12e, 13e, 14e et 15e harmoniques seraient peut-être indispensables pour produire un son perçant. Dans le cas présent surtout, ils se trouveraient dans une région à laquelle notre oreille semble particulièrement sensible.
4. L 'ou normal comporte les 2e et 8e harmoniques fortement, avec renforcement du son fondamental. Ainsi qu’on l’a déjà fait remarquer, ou est la syllabe la plus pauvre en harmoniques, surtout lorsqu’il est un peu sombre.
5. Le mol allemand hôren marque le mieux la qualité de l 'eu que nous avons obtenu. Cette syllabe est caractérisée par les 3e et 6e harmoniques.
6. On remarque les analogies de eu et de e (muet). On passe de l’un à l’autre en renforçant les 2e et 4e harmoniques, ainsi qu’en diminuant le 6e et le 8e. On obtient ainsi Ve des mots de, que. En somme, les harmoniques caractéristiques de cette voyelle sont les 2e, 3e et 4e.
7. è semble une consonnance assez mal déterminée, tant dans le langage que par les décompositions en harmoniques. L’addition d’harmoniques supérieurs serait peut-être utile pour rendre ce timbre mordant. Les indications notées se rapportent à un è un peu sombre, comme ceux de père, maître (par opposition à pa/r, mettre).
8. Le son è comprend les harmoniques supérieurs plus fortement donnés que les inférieurs. Ce fait semble se répéter dans les voyelles dites fermées et trouver son explication dans les résonnances buccales (*) propres aux différentes voyelles, ainsi que dans les positions de la bouche pour les prononcer.
9. On obtient i en isolant le 8e harmonique parmi les supérieurs et en donnant faiblement les harmoniques inférieurs.
10. u s’obtient par le renforcement des harmoniques 2e et 4e.
(*) Viollk, Cours de Physique, II, p. 299.
Remarques générales.
Nous avons pu, au moyen des repères numériques adoptés, faire certaines comparaisons fructueuses sur l’intensité relative des harmoniques dans les timbres de la voix. La question nous semblerait résolue si l’on parvenait à exprimer par une mesure certaine l’intensité des sons. On pourrait prendre pour base de cette mesure le travail nécessaire pour obtenir un son d’intensité donnée, c’est-à-dire pour faire vibrer avec une certaine intensité l’air atmosphérique à une pression donnée (*). Ce travail acoustique pourrait être ensuite exprimé en unités de chaleur, comme on a coutume de le faire pour un travail mécanique quelconque. Pour unité de travail acoustique, on prendrait alors l’intensité sonore correspondant à une fraction suffisamment petite de calorie.
C’est vers ce but que les tentatives doivent être à présent dirigées. Les distances des résonnateurs indiquant des repères pour l’intensité des sons, si cette intensité était exprimée en nombre, on pourrait reproduire toujours un timbre connu par ses harmoniques, ce qui compléterait l’étude du timbre.
Les harmoniques 9 et 10 n’ont été employés que pour la voyelle a, quoique nous en ayions parlé au sujet de è; nous croyons qu’ils entrent, ainsi que les supérieurs, dans maintes autres voyelles. La question reste ouverte et sera résolue peutêtre en surmontant quelques difficultés expérimentales.
Nous croyons qu’il serait avantageux d’accorder la fondamentale plus bas que C2, par exemple sur C4 ou B0, comme l’avait fait M. Helmholtz. Ce qui nous ferail préférer B0, c’est que les résonnances buccales, pour la plupart des voyelles, sont approchantes de B0 , Bi , etc. (**).
(*) VlOLLE, toc . cit.j p. 291.
(**) Idem, ibid.} p. 299.
L’analyseur, composé du même nombre de résonnateurs que l’autre appareil, et par exemple de 14 ou 15, serait d’ailleurs accordé au même ton. Enfin, les analyses seraient faites sur un grand nombre de voix. Dans !e cas où l’on choisirait B0, ces voix seraient forcément des basses-tailles; dans le cas de Bd, on pourrait prendre indifféramment des basses, des ténors et même des altos (voix graves de femmes).
Nous espérons pouvoir étudier d’une façon approfondie certaines parties de ces questions.
Liège, 6 décembre 1888.