EXPÉRIENCES SUR LA POUDRE A CARON. I
éloigné du premier de celle dislance ; ils remplirent le reste de là pièce avec de la glaise, qu’ils foulèrent le plus exactement qu’il leur lut possible. On croit ordinairement qu’une arme est fort sujette à crever quand la balle ne pose pas sur la poudre, c’est apparemment dans cette vue qu’on avait laissé un espace vide entre les deux valets.
On descendit la pièce ainsi chargée dans une fosse, où on t’appuya par la culasse et les tourillons avec de bons pilotis ; • enfin on traversa le parement de la volée par un fort madrier, qu’on assujettit encore par des pilotis.
On mit le feu à la pièce avec une lance ; le coup éclata comme à l’ordinaire, mais on fut bien surpris de trouver la pièce entière sans être du tout endommagée : la glaise n’était point sortie, elle s’était seulement ramassée auprès du madrier qui traversait la volée, où elle était fort comprimée.
Les officiers d’artillerie furent très surpris de voir que l’effet de cinq livres de poudre se fût dissipé en un instant, n’ayant d’autre issue que la lumière, qui n’avait que 6 à 7 lignes de diamètre, et ils m’envoyèrent un détail de leurs opérations, que je communiquai à l’Académie.
L’été dernier, nous crûmes, M. de Morogues et moi, qu’il serait bon de répéter cette expérience : nous prîmes pour cela un canon de fer de huit livres de balle qui avait perdu un de ses tourillons ; et comme la pièce nous parut faible de métal, nous jugeâmes à propos de n’employer que quatre livres de poudre au lieu de cinq, que messieurs de Toulon avaient jugé être nécessaire pour faire crever la leur.
A celte circonstance près, nous suivîmes de point en point tout ce qui avait été exécuté à Toulon ; mais la pièce
SUR LA POUDRÉ a canon.
creva dans le second renfort en avant des tourillons, à trois pieds dix pouces du fond de Pâme : la partie de la volée depuis l’astragale du collet jusqu’au parement fut emportée en un seul morceau, étant restée remplie de la glaise qu'on y avait mise.
Ayant examiné les morceaux rompus, nous découvrîmes dans l’épaisseur du métal des chambres et des soufflures très considérables qui affaiblissaient beaucoup la pièce; ainsi il n’est pas surprenant qu’elle ait crevé, quoique moins chargée que celle de Toulon ; et cette expérience est en pure perle, puisqu’on n’en peut rien conclure, sinon que le canon que nous avons employé était très mauvais.
Comme il n’était guère possible de réitérer beaucoup d’expériences sur des canons, nous nous déterminâmes à n en plus faire que sur de fortes culasses de mousquet.
Nous choisîmes donc un canon de mousquet de bon fer et bien fort ; nous en fîmes couper un bout du côté de la culasse d’environ trois pouces de longueur, et à l’extrémité de ce petit canon nous fîmes ajuster une contre-culasse à vis * toute pareille à la culasse ordinaire que nous avions conservée : ce bout de canon avait huit lignes de calibre, le métal avait trois lignes d’épaisseur ; il restait entre les deux culasses une chambre cylindrique de onze lignes d’axe, et la lumière, qui était percée à une égale distance des deux culasses, avait environ un quart de ligne de diamètre.
Nous remplîmes exactement cette chambre avec de bonne poudre, elle en contint un gros et demi ; nous serrâmes bien fort les vis des deux culasses, et nous posâmes le petit canon
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sur un madrier, où nous l'assujettîmes avec de la terre glaise, enfin nous y mimes le feu avec une lance.
Le coup fut sec et éclata comme un coup de fusil ordinaire; néanmoins le canon était resté à sa place sur la glaise, et il n’avait point crevé.
Nous le fîmes déculasser, nettoyer et repolir, et nous découvrîmes uue petite fente extérieure ou commencement de rupture de deux lignes de longueur qui partait de la lumière, dont l’ouverture était sensiblement augmentée. En examinant l’intérieur, nous vîmes que le métal était graveleux, et qu’il y avait trois commencements de rupture fort sensibles ; néanmoins nous fîmes couper ce canon vis-à-vis les ruptures et nous reconnûmes qu’elles ne s’étendaient pas fort avant dans le métal.
On voit que nous avions altrappé par hasard précisément le point de charge que nous désirions, puisqu’un gros et demi de poudre était toute la charge que le petit canon pouvait porter sans crever.
Voilà l’expérience de Toulon répétée en petit, puisque l’effet d'un gros et demi de poudre s’est dissipé par une ou- » verture d’un quart de ligne de diamètre.
Nous crûmes devoir répéter celle expérience, avec cette seule différence que nous augmenterions un peu le volume de la poudre pour faire crever le canon.
La chambre de ce second canon avait, comme celle du piécédent, 8 lignes de diamètre; mais son axe était de 14 lignes 2/3, ainsi l’âme avait un quart de plus de longueur que celle du canon de l’expérience précédente : la charge de ce canon fut de 2 gros.
Le canon éclata, suivant sa longueur, en trois morceaux,