PE TER
La similitude des temps d'incubation chez l'homme et chez le singe, faisaient prévoir ce résultat.
Nous avons vu certains syphiligraphes, comme M. Hallopeau, demander si la pommade au calomel n'aurait pas une action fâcheuse sur les tissus, mais M. Metchnikoff a pu affirmer à l’Académie de Médecine que la pommade au calomel n'avait jamais causé la moindre irritation pas plus chez l’homme qué chez le singe.
Il semble donc qu'on se trouve là en possession d’un agent thérapeutique d’une incontestable valeur préventive contre la syphilis et que ce médicament employé suivant certaines règles ne donne jamais lieu à aucun accident.
On conçoit dès lors l’importance pratique de la découverte de MM. Metchnikoff et Roux surtout si l'on songe au nombre incalculable de gens auxquels elle pourra rendre service.
C'est tout d’abord à ceux que leur profession expose journellement à la contagion syphilitique. Et si ceux-là, médecins, accoucheurs, dentistes, sages-femmes, infirmiers ne constituent qu’une faible minorité on conviendra que la façon dont ils risquent de contracter la maladie les rend particulièrement intéressants.
Un médecin ou un accoucheur pratique un toucher soit rectal, soit vaginal ; le patient est porteur d'un chancre méconnu ou de plaques muqueuses dont ces régions sont fréquemment le siège ; le virus arrive au contact d’une solution de continuité du doigt explorateur et la syphilis a fait une victime de plus.
Une autre fois, un infirmier panse une plaie plus ou moins sanguinolente ; son derme mis à nu par quelque
Lu
D: UT à érosion insignifiante, touche cette plaie ; le pansement fait, on s'aperçoit que le blessé a des accidents spécifiques : il est trop tard et le malheureux devra attendre de longs jours avant d’avoir la certitude d’être indemne.
Les dentistes aussi peuvent contracter la syphilis dans l'exercice de leur art.
On sait en effet que la stomatite mercurielle apparaît le plus souvent et avec plus d'intensité chez les individus peu soigneux de leur bouche ; aussi recommande-t-on, avant d’instituer le traitement hydrargyrique, de faire une toilette de la cavité buccale, d'enlever ou de mastiquer les dents cariées, de gratter le tartre dentaire, de supprimer en un mot toutes les causes d'infection secondaire.
Il arrive facilement que le dentiste, en procédant à ces soins, se blesse au contact d’une dent cassée et le virus profite de cette brèche pour pénétrer dans l'organisme.
Désormais lorsque l’examen ou le soin d’un malade supposé syphilitique aura nécessité un contact direct et une blessure, rien ne sera plus facile que de frictionner avec la pommade au calomel le point par où le virus a pu pénétrer.
Salmon a cité à la Société de Prophylaxie sanitaire et morale, le cas d’une sage-femme qui s'aperçut qu’elle avait aux mains une écorchure, peu de temps après avoir touché une femmme neltement syphilitique : elle se fit une friction avec la pommade mercurielle et n’eut aucun accident spécifique.
Evidemment cette observation n'a pas la valeur d’une expérience de laboratoire, mais elle n’en est pas moins intéressante el montre le parti qu'on peut tirer de cette
CAE Te" RE
méthode prophylactique. Salmon {1} et Macé ont insisté sur le danger pour les nourrices de manier des enfants porteurs de bulles de pemphigus syphitique. La contagion est possible.
A côté de la contagion professionnelle, il en est une autre beaucoup plus fréquente, tellement fréquente que ceux qui un Jour ou l’autre n’y ont pas été exposés, constituent l'exception, je veux parler de la contagion vénérienne.
Précisément à cause de l'importance extrême de ce mode de propagation de la syphilis, nous dirons en quelques mots comment il semble logique d'employer la pommade.
On use fréquemment dans les rapports sexuels de corps gras, tels que la vaseline, dans le but de lubrifier les organes copulateurs.
Remplacer le corps gras quelconque par la pommade au calomel est peut-être une des meilleures façons de l’'employer.
En effet, la pommage est ainsi déposée exactement aux points mêmes où lé virus est mis au contrat de l'organisme sain ; de plus, les mouvements du coït réalisent les frictions, réclamées jusqu’à nouvel ordre par l’idée de pénétration du mercure dans les tissus ; enfin, dernier avantage, l'homme et la femme se trouvent préservés tous “deux.
Ce serait le mode d'emploi idéal, en parüculier pour les femmes, chez qui la friction des parois vaginales n'est guère: possible qu'à l'entrée, à la vulve.
(4) Société d'obstétrique de Paris, 1905.
RDS
Toutefois, il est à remarquer que le chancre diminue de fréquence à mesure qu'on s'éloigne de l’orifice vulvaire; cn aura donc de grandes chances d'éviter la syphilis en frictionnant les lèvres et la portion la plus externe du vagin. |
Le mieux sera de faire cette friction une heure environ après le rapport douteux, mais 1l est toute une série de femmes qui ne pourront agir ainsi. Si l'on songe que dans certains lupanars, la moyenne des coïts atteint 10 et 12, on conçoit que cette catégorie de prostituées devrait passer une grande partie du temps à se frictionner.
Dans ces cas, une application de pommade toutes les dix-huit heures semble suffisante d’après ce que nous enseigne l’expérimentation sur le singe.
Pour ce qui est de l'homme, s'il n'utilise pas la pommade pendant le coït une fois l'acte sexuel terminé, il aura conscience du danger et songera à se préserver d'une contamination possible.
Dans ce cas, il devra se frictionner les organes génitaux, la verge el principalement le prépuce et le gland, pendant cinq minules environ, et cela le plus tôt possible après le rapport suspect.
Nous n'avons pas besoin de répéter que chez l’homme cette friction n'a été faite qu'une heure après l’inoculation, mais que l'expérimentation sur le singe aulorise à penser que Ja friction sera encore efficace plusieurs heures après le dépôt du virus.
Des expériences, actuellement en cours, vont permeltre de préciser certains points de détail, mais il est acquis, dès maintenant, que nous avons dans la pom-
rt
made au calomel une substance capable d'empêcher l'éclosion de la syphilis pendant une période suffisamment longue pour que son emploi rende pratiquement de grands services.
Il est incontestable que l'emploi de la de mercurielle, à titre préventif, empêchera, chez les individus qui en feront usage, l’éclosion de la syphilis.
CONCLUSIONS
1° Tous les accidents de la syphilis sont contagieux et inoculables : les accidents primaires, secondaires et tertiaires.
La gomme, cependant, n'a pu être inoculée aux singes qu’exceptionnellement.
20 Pour qu'un individu contracte la syphilis, 1l faut que ses téguments présentent une solution de continuité. On a pu expérimentalement préciser le degré de pro-. fondeur de cette solution de continuité : elle doit être très superficielle, dermo-épidermique.
De cette notion découle la possibilité d'atteindre le virus.
3 On a étudié et précisé, grâce à la connaissance récente de l'agent -étiologique de la syphilis, le spirille de Schaudinn et Hoffmann, la distribution du virus dans les diverses lésions de la syphilis.
4 On peut agir sur le virus de la syphilis déposé, comme nous l'avons vu, dans les couches superficielles de la peau et faire avorter la maladie tant que le virus n’a pas envahi l'organisme. La syphilis est maladie locale ayant de devenir maladie générale et constitutionnelle.
Diverses expériences, en particulier celles de MM. Met-
chnikoff et Roux, Neiïsser, prouvent que le temps où la syphilis reste maladie locale, et par suite accessible à la prophylaxie, est relativement court. Quand le chancre apparaît, il est bien trop tard pour arrêter l'infection de l’économie.
5° Nous avons vu que l’on peut ‘atteindre le virus, parce qu'il reste pendant une certaine période localisé très superficiellement ; nous allons chercher à le détruire en utilisant les agents physiques ou chimiques. De tous ces agents, le mercure, médicament spécifique de la vérole, doit donner théoriquement les meilleurs résultats.
6° L'historique montre que depuis la notion de contagion de la vérole, c’est-à-dire dès le début du XVI° siècle, on a recommandé, pour empêcher de contracter la vérole, un très grand nombre de substances, d’une efficacité douteuse.
7° La découverte de MM. Metchmkoff et Roux a permis d'étudier scientifiquement, par inoculation à l'animal, la valeur de cette méthode de prophylaxie. Ces savants ont constaté que le mercure avait un effet préventif très net en détruisant le virus au point d’inoeulation, d’une heure à dix-huit heures et demie après l'y avoir déposé. |
Ia pommade mercurielle s’est montrée très active, mais irritante pour les tissus ; au contraire, la pommade au calomel, tout aussi efficace, n’a produit aucune irritation de la peau.
Les expériences ont porté sur douze singes; on a
enregistré douze succès.
D au 7
8° En présence de ce résultat constant, MM. Metchnikoff et Roux se sont cru autorisés à pratiquer une expérience non plus sur l'espèce simienne, mais sur l’homme.
Chez un homme indemne de toute tare syphilitique héréditaire ou acquise, on a inoculé, par scarification superficielle; du virus provenant de deux chancres syphilitiques. Ce virus était actif et a donné la maladie aux animaux témoins.
L'homme, frictionné aux points d'inoculation, une heure après, avec de la pommade au calomel, est resté indemne.
90 Il est légitime de conclure de cette expérience que l'emploi de pommades contenant du mercure ou des sels mercuriels, pommades qui s’absorbent par la peau, préserve de l'infection syphilitique quand elles sont utilisées sur les téguments exposés à la contagion : par exemple les organes sexuels après un rapport vénérien.
Ce procédé de préservation intéresse les médecins, les sages-femmes, les dentistes, les infirmiers, exposés à contracter la syphilis professionnelle.
D'où l'importance pratique de cette méthode pour la prophylaxie de la syphilis.
Lo Président de la Thèse, VALUE GAUCHER.
Le Doyen, DEBOVE.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, LIARD.