DE L'JÉ PITRE
Il ne paraît pas que , dans rEgliî>e orientale, aucun des anciens Pères ai?
douté que cette épître ne fut de saint Paul et ne fut canonique ; il ne paraî* pas aussi qu'on en ait douté dans l'Eglise occidentale , dans les deux premiers siècles ; et il semble que Caïus , prêtre de TEglise romaine, qui vivait au commencement du troisième siècle, soit le premier qui ait nié qu'elle soit de saint Paul , et qui en ait rejeté Pautorité.
Il est vrai que , dans la suite des temps, quelques autres de la même Eglise ont adopté ce sentiment , peuttire à cause que les novateurs abusaient
igo ÉPÎTRE AUX HÉBREUX.
de cette épitre pour refuser la péniten ce à ceux qui péchaient après le baptême ; mais les principaux Pères latins , aussi-bien que tous les grecs , Pont recoiiHue pour canonique et pour être de saint Paul.
Nonobstant ce consentement unanime des Pères , un docteur, célèbre dans un des derniers siècles , fondé sur le doute de quelques anciens , a osé don ner atteinte à l'autorité de cette épîlre ; mais depuis que le sacré concile de Trente Ta mise dans le catalogue des Saintes Ecritures et Ta rangée parmi les épîtres de saint Paul , on ne peut, sang hérésie, nier qu'elle ne soit canonique, ni sans témérité douter qu'elle ne soil de saint Paul.
Et même ce doute n'a jamais él< bien fondé ; car la première raison que l'on en donne est celle que l'on tire de \ ce que saiint Paul n'} a pas mis son noni et sa qualité d'apôtre , selon sa coutume ; mais cette raison , ou ne prouve rien , ou prouve trop : elle ne prouve rien, puisque Ton peut dire que saintPaul l'a fait exprès , soit parce que son nom était odieux aux juifs , soit parce qu'il
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voulait en celte épîlre s'abstenir hum blement de celte qualité d'apôtre, pour l'altrihucr par excellence à Je'sus-Chrîst seul , comme il fait au chapitre 3, verset I ; elle prouve trop , car elle prouverait que celte épîlre ne serait de personne , puisqu'elle ne porte aucun nom .
La seconde raison de doute , que Ton tire de la diversité du style, n'est pas plus solide ; saint Paul ayant pu avoir écrit celte épîlre en hébreu et l'avoir fait traduire en grec, soit par saint Luc, soil par un autre, comme Tout dit les anciens ; outre qu'un même auteur peut aisément changer de style , selon la diversité des sujets et la variété des langues dont il se sert.
La troisième raison , que l'on tire d'une apparente contradiction que l'on prétend trouver dans le chapitre 2 , versets 3 et 4 de cette épîlre , avec le douzième verset du premier chapitre de l'épître aux Gala tes , paraîtra nulle par l'explication de ces deux versets en son lieu.
La quatrième raison , tirée des textes des chapitres sixième et dixième , qui
19^ ifÎTIlli AUX JIÉERiaX.
paraiss nt Tavoriserles novalicns , sera aussi montrée nulle par rcxplicatiou que l ou fera de ces textes en leurs places.
N'y ayant clone aucune solide raison de douter que cette épître ne soit de saint Paul ; d'ailleurs le commun usage des Eglises , la manifeste prescription dun très-long temps, le sentiment unanime et constant des saints Pères ,, les canons des conciles , les décrets des souverains pontifes nous assurant , et qu'elle est canonique , et qu'elle est de saint Paul , recevons - la avec tout le respect qui lui est dû, et lisons-la d'autant plus attentivement qu'elle contient des choses pins excellentes : la dignité de Jésus-Christ, son sacerdoce, sor sacrifice , son office de pontife et de médiateur.
Saint Paul a deux fins en cette épî' tre.
La première , de confirmer les Hébreux dans la foi et de les détachei entièrement des observances légales ; pour cet effet il leur fait connaître la grandeur de la personne de Jésus- Christ, rexcellence de son sacerdoce,
l;i verlii de son sacrifice , le changement de la loi par ravénement du pontife éternel.
La seconde, de les consoler dans les persécutions qu'ils souffraient pour la foi ; dans cet esprit , il leur propose l'exemple de tous les anciens fidèles, l'exemple de Jésus-Christ, et il les encourage psr la vue de la récompense éternelle.
Oi croit que celte épître a été écrite de Rome , ou du moins de quelque lieu d'Italie, Tan de Jésus-Christ 62 ou 63; qu'elle est adressée à tous les Hébreux convertis à la foi , en quelcjue lieu qu'ils fussent , mais principalement à ceux qui demeuraient dans la Judé<e,
Fr. Paul. ÎV
194 ÉPiXRE Al'X HÉBREUX.