Explication des maximes des saints sur la vie intérieure
On oublie trop, aujourd'hui, que Fénelon est l'auteur des Maximes des Saints. Les Editeurs catholiques les ont toujours omises des Œuvres Complètes, par respect pour le Saint-Siège, qui avait condamné le livre, et pour l'auteur, qui l'avait « abandonné ». En outre le siècle qui nous précède avait des raisons particulières de négliger les Maximes. En face des voltairiens, indifférents ou hostiles à toute théologie, les écrivains religieux, fidèles à l'esprit du Gé/iic du Christianisme, envisageaient volontiers en profanes les gloires chrétiennes. On croyait rendre service à l'Eglise en montrant que ses Saints pouvaient bien être de grands hommes ; et Fénelon en venait ainsi à devoir le plus clair de sa renommée à l'atticisme du Télémaque, et aux finesses delà « Lettre à l'Académie ». C'était là, pensait-on, réfuter Voltaire et ses calomnie?. — C'était, en réalité, s'inspirer de Voltaire, qui admirait « l'immortel auteur de Télémaque », et
prenait en pitié « les malheureuses disputes du Quiétisme». — Seuls les Protestants étudiaient en théologiens les Maximes. Mais les courtes thèses qu'ils leur consacraient ne sont guère que de brèves analyses, suivies d'un commentaire où l'auteur s'efforce de montrer dans l'adversaire de Bossuet un Réformé inconscient.
Il importe de remettre en bonne lumière la théologie fénelonienne,etlelivre qui l'a résumée. Plusieurs motifs rendent cette publication nécessaire et opportune. Si l'on est curieux de connaître Fénelon lui-même, — et qui ne le serait après les conférences si brillantes de J. Lemaître ? — on ne saurait laisser de côté, chez ce prêtre, le livre où il a exposé sa doctrine, et qu'il a défendu avec tant d'âpre énergie. Si l'on étudie la Querelle du Quiétisme, la comprendra-t-on bien, en y voyant surtout une série d'admirables pamphlets ? Et ne vaut-il pas mieux, n'est-il pas plus juste, de chercher les causes de l'animosité des adversaires dans des « questions de foi, toujours i?iaccommodables », selon l'expression de Bossuet? Enfin le livre condamné de Fénelon est par sa date le dernier monument de la littérature mystique du xvne siècle, que l'on méconnaît, que l'on ignore si injustement de nos jours. 11 est le terme, et peut, sans trop d'inexactitude, passer pour le résumé de tout un immense efî'ort de pensée religieuse, auquel Port-Royal est resté assez étranger, quand il ne lui était pas hostile.
Le jansénisme, depuis Sainte-Beuve, accapare la scpne religieuse du grand Siècle. Les Maximes des Suint* contribueront peut-être à rappeler l'attention des historiens (1 1 sur la multitude des âmes humbles ou éminentes qui puisaient alors à une source différente, mais considérable elle aussi, les éléments de leur vie chrétienne.
Le présent livre n'a l'intention d'être ni une réhabilitation, ni une pure et simple réédition des Maximes. Il n'en appelle pas aux catholiques ou aux hérétiques contemporains de la sentence portée par Rome en 1699 ; on n'y verra pas d'indignation contre Bossuet ; il n'est pas non plus destiné uniquement à suppléer au silence des Œuvres complètes, C'est la seconde édition des Maximes des Saints, revue, corrigée, et fort augmentée par Fénelon lui-même, avec l'aide de ses amis, et à ïa suite des premières critiques de ses adversaires. Elle se trouvait, ainsi préparée, à la Bibliothèque Nationale, département des manuscrits, cataloguée fr. 13241. Je l'ai fait précéder d'une introduction, nécessaire pour exposer l'histoire du projet, et pour résumer les changements opérés par l'auteur.
(i) L'intérêt, qu'aurait cette contre-partie du Port-Royal de S. B. est très vivement marqué dans le livre tout récent de H. Bremond, VA^ologU pour Fénelon dont, le succès a été si grand.
Je tiens à remercier ici tous ceux qui m'ont aidé, de leur obligeance ou de leurs encouragements ; en particulier JVIM. Rébelliau, Griselle, E. Levesque, surtout, qui a mis à mon service, avec tant de bonne grâce, ses documents et ses vues pénétrantes et impartiales.