Explication des tableaux, dessins
Ceux qui aiment les arts et qui ont su trouver dans cette noble passion leurs plus chères jouissances , savent avec quel regret on se sépare des productions d'un maître aimé, avec quel bonheur on les revoit.
Qu'il nous soit donc permis de remercier d'abord les généreux possesseurs des œuvres de Paul Delaroche ; leur empressement a dignement répondu à l'appel qui leur était adressé ainsi :
« Les amis et les élèves de M. Paul Delaroche ont
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« conçu la pensée de faire de ses œuvres une exposi- « tion publique qui leur a paru devoir être à la fois « le plus bel hommage à sa mémoire et un service réel « à rendre à l'art. Cette pensée a été accueillie par un « sentiment unanime d'approbation et d'intérêt.
« Le grand artiste, devenu chaque année plus sévère « pour lui-même , s'était depuis quelques années « retiré du concours où ses progrès auraient pu être « appréciés de tous. L'exposition de ses tableaux aura « donc presque l'intérêt de la nouveauté.
« Nous avons espéré que tous les sincères amis des
« arts, qui possèdent des tableaux ou des dessins de
« M. Delaroche, aimeraient à s'associer a nous et
« consentiraient à se séparer pour quelques semaines
« de ces beaux ouvrages qui ne sortiront de leurs
« mains que pour être remis à des mains non moins
« soigneuses et non moins dévouées.
« Le bienveillant concours que le gouvernement de « l'Empereur veut bien accorder à cette exposition , « en permettant qu'elle ait lieu dans la partie du « Palais de l'Industrie destinée à la prochaine expo- « sition de peinture, donne une nouvelle garantie pour « ce précieux dépôt.
« Les tableaux et les dessins seront assurés par nous « contre tous les risques de ce double voyage et pour « toute la durée de l'exposition même.
« Ils seront pris par des agents surs chez les pro-
« priétaires et remis de même chez eux, à la fin de « l'exposition.
« Votre nom sera ainsi associé au nom de M, Paul « Delaroche, comme l'est encore le nom de tant de « nobles amis des arts à celui des grands maîtres de « l'Italie. Nous vous offrons d'avance l'expression de « notre reconnaissance pour la part que vous voudrez « bien prendre à cet acte de sympathie et d'admiration « pour l'homme éminent qui vient d'être enlevé à la « France dans toute la force et dans tout l'éclat de son « talent. »
Horace Vernet ? Président , Membre de l'Institut ; J. Ingres, Membre de l'Institut; Ary Scheffer; Eugène Delacroix, Membre de l'Institut; Roeert Fleury, Membre de l'Institut; Henriquel-Dupont, Membre de l'Institut; P. A. Labouchère; Vicomte Heisri Delaborde; Charles Jalaeert; Lotis Roux; H. Gérome; Marquis Ch. de Ganay ; Emile Pereire; Ad. d'Eichthal ; A. Goupil.
La réalisation de ce vœu était confiée aux soins de MM. Ad. d'Eichthal et A. Goupil, qui, dans le désir de rendre un suprême hommage à la mémoire du grand artiste, avaient conçu la pensée de cette exposition, et n'ont rien négligé pour en préparer l'organisation , en suivre tous les détails.
S. E. M. Achille Fould, Ministre d'État et de la
Maison de l'Empereur, a gracieusement accordé tout ce qu'il était en son pouvoir de donner.
M. le comte de Nieuwerkerke , directeur général des Musées impériaux , dans sa sollicitude éclairée, a songé aux compositions qui se .trouvent au Luxembourg et a Versailles; et, pour les offrir, sa bienveillance n'a pas attendu qu'elles lui fussent demandées.
Enfin, l'École des Beaux- Arts ne pouvait qu'accueillir avec une faveur marquée cette pensée de joindre les peintures de l'hémicycle à l'ensemble de l'œuvre de l'illustre professeur dont elle déplorait la perte; et, par délibération en date du 3 mars, le Conseil de l'École demandait que la galerie d'Exposition fût élevée au sein même du palais des Beaux- Arts.
Encouragés ainsi , soutenus de toutes parts , les hommes honorables qui ont organisé cette Exposition songeaient en même temps à réaliser cette pieuse pensée que naguère Paul Delaroche exprimait avec une simplicité touchante :
« Que je voudrais, écrivait-il peu de temps avant sa m mort, trouver un sujet pour tous, et en faire une « exposition au profit des artistes et des ouvriers malce heureux ! »
La mort est venu le surprendre : le tableau était
fait, le sujet était trouvé C'est le résultat de trente
années de travail ; c'est son œuvre que tous voudront visiter et revoir.
Le produit des recettes de l'Exposition est destiné à la caisse de secours de l'Association des artistes peintres, sculpteurs, etc., dont Paul Delaroche était lun des présidents.
« Paul Delaroche a eu ce privilège de plaire à la « foule en même temps qu'aux juges difficiles. Depuis « l'époque de ses débuts jusqu'au dernier jour de sa « vie, il a vu le succès lui venir de toutes parts et lui « rester fidèle... Mais le succès n'a pas plus épuisé « ses forces que trompé sa raison. Au lieu de se fier « aux applaudissements et de se croire arrivé alors « qu'il n'était qu'en marche, il a exigé d'autant plus « de lui-même que l'opinion le traitait avec plus de « faveur : au lieu de spéculer sur la réputation ac- « quise, il s'est comporté toujours comme s'il avait à « se faire un nom. »
Ces paroles , que je suis heureux d'emprunter textuellement à M. Henri Delaborde, sont extraites de son Étude sur la vie et les ouvrages de Paul Delaroche : je voudrais pouvoir la transcrire ici tout entière : ce serait la meilleure explication de l'ordre chronologique adopté pour le Catalogue et pour le placement des ouvrages exposés.
Les ouvrages exposés sont divisés ainsi :
Tableaux ;
Dessins et aquarelles ;
Gravures inédites ;
Gravures éditées ;
Il est important de noter que ces dernières représentent seulement les tableaux qui n'ont pu figurer k V exposition.
L'appendice placé à la fin de cette Notice comprend la liste des ouvrages non exposés.
Le Cromwell du Musée de Nismes n'est pas encore arrivé.
Par ordre de l'Empereur, les Enfants d'Edouard figurent en ce moment à l'Exposition d'Edimbourg, à côté de la Barrière de Clichy, du Saint Pierre et de la Noce Juive. L'École Française se trouve ainsi représentée par Paul Delaroche et MM. Horace Vernet, Ingres et Eugène Delacroix.
Lord Ellesmere avait promis le Charles Ier insulté par les soldats de Cromwell, mais la mort récente du noble amateur a fait mettre les scellés sur la galerie Bridge water.
Le marquis d'Herfort voulait bien prêter Marie
dans le désert et la Leçon de lecture: ces tableaux étaient promis a l'exposition qui s'ouvrira en Angleterre dans les premiers jours de mai ; il n'eût pas été possible de les lui rendre dans le délai fixé.
Parmi les nombreux portraits laissés par Paul Delaroche, on a placé ceux-là seulement qui offrent en quelque sorte un intérêt historique.
Quelques dessins donnés a ses amis, des compositions détachées de ses livres de croquis, montreront le talent du maître sous un aspect inconnu du public.
JULES GODDÉ.