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INTRODUCTION

Nous avons deux existences : l'une externe, dans notre cerveau , lequel reçoit nos sensations seulement pour les transmettre ; l'autre interne , dans le plexus de notre estomac , lequel éprouve ces sensations de plaisir ou de douleur à lui transmises par le cerveau, et les note de façon à pouvoir, par la suite, sans son secours, c'est-àdire instinctivement, ou les chercher ou les fuir !

L'âme, ou principe immatériel de la vie interne, est donc dans le plexus. Le cerveau n'est qu'un agent matériel qui sert à la mettre en communication avec les objets extérieurs tout le temps qu'elle est liée au corps. Plus nous nous recueillons en elle et l'isolons des impressions qui lui viennent du dehors par le cerveau, plus nous sommes sensibles à l'harmonie et aux jouissances qu'on appelle de l'âme. Heureux quand nous n'attendons pas le malheur ou les derniers instants de

notre existence sur la terre pour nous recueillir ainsi ! «Toute ma vie , disait au docteur Kerner un ami arrivé à ses derniers instants, toute ma vie me semble se réfugier dans les cavités de mon cœur. Je ne sens plus rien ni de mon cerveau , ni de mes bras, ni de mes jambes ; mais je vois des choses ineffables que je n'ai jamais vues. C'est une vie nouvelle. »

Il suivrait de là que la mort , en tuant le cerveau i affranchit l'âme , qui réside dans le plexus et en qui toutes les impressions de ce monde sont gravées, en sorte que l'expression souvenir devient trop faible pour rendre l'intensité de la conscience qui reste aux morts d'eux-mêmes et des êtres avec lesquels ils ont été en relation dans ce monde. Pour jouir de cette liberté de l'âme , ni ia mort ni le sommeil ne sont nécessaires. L'homme a la faculté de l'acquérir à force de se concentrer en lui-même. Le monde interne s'ouvre à celui qui se retire du monde externe. Malheureusement, tous tant que nous sommes, nous n'y pensons, non plus qu'à Dieu , avec qui nous pourrions peut-être nous mettre ainsi en rapport, que lorsque nous sommes malheureux !

La placidité de la plupart des martyrs chrétiens au milieu des plus atroces souffrances est une

preuve frappante de cette double vie, et de la possibilité pour Tâme de se séparer du cerveau avant la mort.

Citons des exemples plus récents :

En 1461 , à l'époque où les Hussites furent le plus persécutés, un des plus pieux de ces sectaires, appliqué à la torture, à Prague , perdit tout sentiment de douleur : les valets de bourreau, le crovant mort, le descendirent de la claie et le laissèrent sur la place. Il revint à lui quelques heures après, et tout surpris, tant le sentiment des faits extérieurs l'avait quitté, des stigmates que portaient ses membres, il raconta un rêve qu'il avait eu pendant son supplice : il s'était vu au milieu d'une verdoyante prairie dans laquelle se trouvait un arbre couvert d'oiseaux ; un jeune homme gouvernait ces oiseaux avec une baguette, et trois autres hommes, dont il dépeignait les traits, semblaient lui servir de gardes. — Trois personnages, ressemblant trait pour trait à ceux décrits, furent nommés quelque temps après custodes du consistoire de Prague.

En 1639, une pauvre veuve nommée Lucken, accusée en Franconie d'être sorcière, et mise à la torture par ordre de la faculté d'IIelmstaedt, parla le plus pur allemand, pendant que ses jambes étaient brisées par les brodequins, elle qui n'avait

jamais su qu'un mauvais patois , fit entendre ensuite plusieurs phrases d'une langue tout à fait inconnue, et finit par s'endormir de telle façon qu'on la crut morte. La langue inconnue était apparemment celle d'un autre monde.

Il est possible de mettre certaines personnes en cet état par l'action du magnétisme. Cette action débarrasse l'âme du plomb de la sensibilité , mais il serait sage de ne l'employer que comme moyen curatif et dans les cas désespérés. Les anciens la réservaient aux chefs religieux ou politiques , et se sont toujours gardés d'en répandre la science dans les masses. Ils n'employaient pas seulement à la fortifier le laurier et les fumigations, i!s se servaient aussi d'une pierre magnétique appelée aoTiTyjc (espèce d'ocre de fer).

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