DES DEMANDES DE L'ORAISON DOMINICALE
= D. Combien y a-t-il de demandes dans l'oraison dominicale ? — « R. Il y en a sept ; les trois premières regardent Dieu, et les quatre dernières sont relatives à nos besoins.
Explication. — Les sept demandes de l'oraison dominicale sont précédées d'une courte préface qui est renfermée dans ces paroles : Notre Père, qui êtes aux deux ; nous les avons expliquées dans la leçon précédente.
«= D. Pourquoi cette prière commence-t-elle par ce qui regarde Dieu? — R. Parce que Dieu doit être placé avant tout, et que nous devons préférer sa gloire à nos intérêts.
Explication. — Qu'est-ce que Dieu ? et qu'est-ce que l'homme? Dieu est l'être immense, infini, éternel. L'homme, au contraire, est essentiellement fini et borné; vivant peu de temps, il est sujet ici-bas à bien des misères (1). Il y a donc une distance infinie entre Dieu et l'homme; et dès lors il est facile de comprendre que Dieu doit être placé avant l'homme, et que nous devons désirer, plus que toute autre chose, qu'il soit glorifié par toute créature raisonnable. C'est pourquoi, et cela est fondé sur la droite raison, l'oraison dominicale commence par ce qui regarde Dieu. Si cette prière commençait par ce qui regarde l'homme, l'ordre serait renversé, et par conséquent elle ne serait plus digne de celui qui en est l'auteur.
= D. Quelle est la première demande de V oraison dominicale? — R. Que votre nom soit sanctifié.
(1) L'Univers, n° du 10 octobre 1837.
(*) Job.jXiv,!.
= D. Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Que votre nom soit sanctifié? — R. Nous exprimons le désir que Dieu soit connu, aimé, adoré et glorifié de plus en plus*
Explication. — Le mot sanctifier se prend dans plusieurs sens : il signifie d'abord rendre saint, et c'est dans ce sens que nous disons. que les sacrements nous sanctifient; il signifie, lorsqu'il s'agit du dimanche, qu'il faut le célébrer suivant la loi, suivant l'intention de l'Église; mais, dans l'oraison dominicale, sanctifier signifie louer, honorer dignement. Ainsi ces paroles : Que votre nom soit sanctifiét expriment le premier sentiment dont doivent être pénétrés les vrais enfants de Dieu, qui est un zèle ardent peur sa gloire. Nous demandons que Dieu soit connu, aimé et glorifié par toutes les créatures; que les infidèles sortent des ténèbres où ils sont ensevelis, et soient appelés à la lumière de l'Évangile; que les hérétiques renoncent à leurs erreurs et soumettent leur esprit au joug de la foi ; que les schismatiques cessent de se révolter contre l'autorité légitime ; que les pécheurs se convertissent; que les justes persévèrent dans la justice, afin que toute langue bénisse le Seigneur, qu'on lui rende en tous lieux l'hommage qui est dû à sa majesté suprême, et que sa gloire s'étende dans toutes les contrées de l'univers.
= D. Quelle est la seconde demande? — R. Que votre règne arrive.
== D. Que dzmandons-nous à Dieu, quand nous disons : Que votre règne arrive? — R. Nous demandons que Dieu règne maintenant dans nos cœurs par sa grâce, et nous fasse régner un jour avec ui dans sa gloire.
Explication. — Nos cœurs appartiennent à Dieu, qui seul doit y régner ; mais trop souvent nous les donnons au démon, en nous abandonnant au péché. Par ces paroles : Que votre règne arrive, nous demandons au Seigneur qu'il domine seul sur nos cœurs et sur celui de tous les hommes : qu'il en soit seul le maître et le souverain; <£i'il nous af-
franchisse de la servitude de nos passions et de nos mauvaises habitudes; qu'il nous embrase du feu de son amour et nous conserve purs et sans tache à ses yeux, afin qu'après cette vie nous puissions régner avec lui dans sa gloire, c'est-à-dire dans le ciel, qui est le trône de sa gloire, de sa majesté et de sa puissance.
D. Par ces paroles : Que votre règne arrive, ne demandons-nous pas un règne nouveau, plus excellent et plus parfait que celui du Fils de Dieu, qui est venu sur la terre pour nous sauver, foqttel règne sera celui du Saint-Esprit ? — R. Le règne futur du Saint- Esprit est une erreur qui a été plusieurs fois condamnée par l'Église.
Explication. — Selon Pierre-Michel Vintras, duquel nous avons déjà parlé plusieurs fois, le règne dent nous demandons à Dieu Favénement dans Foraison dominicale , est celui du Saint-Esprit. Ce règne est ainsi formulé par un des sectaires : « Le Seigneur va représenter la Trinité divine par le partage en trois temps de la durée totale du monde , et ces temps porteront chacun un caractère distinctif : le premier, un caractère de foi et de crainte , — ce sonfr les temps du Père ; le deuxième , un caractère de grâce et d'espérance, — ce sont les temps de Jésus-Christ; le troisième, un caractère de charité et d'amour, — ce sont les temps du Saint-Esprit. C'est pour ce troisième et dernier temps qu'est réseivée Y œuvre de la miséricorde (1). » — L'idée d'un troisième règne attribué au Saint-Esprit fut émise dès les premiers siècles, et dès les premiers siècles elle fut condamnée. Elle reparaît aujourd'hui, et quelques esprits fanatisés Font adoptée avec empressement. Mais, pour flétrir et stigmatiser cette folie, ne suffit-il pas de la montrer reproduite à plusieurs reprises par les hérétiques, et réprouvée chaque fois qu'elle osait se relever? C'était le rêve de Montan (2), qui annonçait que l'Ancien Testament
(1) Livre d'or, p. 2
^1) Livre a or, p. 2.
(2) Montan, hérésiarque du U° siècle.
était comme l'enfance de la vérité, que le christianisme en était comme la jeunesse, mais que l'âge mûr consisterait dans le temps du Paraclet (du Saint-Esprit), où allait se réaliser toute justice et toute vertu. L'Église ne tarda ^as à foudroyer cette illusion, que saint Augustin appelle un délire. — Cette coupable invention fut renouvelée au xme siècle, en partie d'abord par Ségarel, de Parme, qui prétendait que sa secte devait remplacer l'Église sous le nom de congrégation spirituelle, et plus pleinement encore par Dulcin ou Doucin, fanatique de Novare, qui se vanta d'être envoyé du ciel pour annoncer aux hommes le règne de la charité ; ses disciples disaient que « le règne du Père avait duré depuis l'origine du monde jusqu'à Jésus-Christ; que celui du Fils avait fini Tan 1300, et que le règne du Saint-Esprit commençait sous la direction de Doucin. » Régnier, évêque de Verceil , s'opposa fortement aux rêveries de ce fanatique, dont la secte s'éteignit par la mort de son auteur, arrivée en 1307. — Vinrent bientôt d'autres fanatiques, connus sous le nom à! hommes d'intelligence, dont le chef était un certain Gilles Le Chantre, laïque sans lettres, qu'assistait le frère Hildernissen, de l'ordre des Carmes. Leurs erreurs furent condamnées, l'an 1412, par le célèbre Pierre d'Aiily, évêque de Cambrai, a Ils soutiennent, dit ce grand évêque, que le temps de l'ancienne loi a été le temps du Père ; celui de la nouvelle loi, le temps du Fils, et qu'à présent c'est le temps du Saint-Esprit. » Guillaume rétracta solennellement ses erreurs. Puissent Pierre-Michel Vintras et ses adhérents avoir le bonheur d'imiter cet exemple de soumission et d'humilité (1) ! — Nous avons déjà dit que les adeptes de Y œuvre de miséricorde ont été condamnés par le saint-siége et par plusieurs conciles provinciaux célébrés en 1849 et 1850. « Ces insensés, disent les Pères du concile 0 de Paris, osent entreprendre de former un nouveau colce lége d'apôtres, composé de laïques, et annoncent dans
(1) Les nouveaux illuminés, par ie P. Caiilau, p. 29, 30.
« PÉglisc de Jésus-Christ un troisième règne, qu'ils ne « craignent pas d'appeler le règne du Saint-Esprit... Nous « réprouvons et condamnons les erreurs, les fables et les or folies mentionnées ci-dessus... (1). »
— D. Quelle est la troisième Xemande de l'oraison dominicale? — R. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. = D. Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Que votre volonté, etc.? — R. Nous demandons que les hommes obéissent à Dieu sur la terre, comme les anges et les saints lui obéissent dans le ciel.
Explication. — Par ces paroles : Que votre volonté soit faite, nous demandons à Dieu, 4° qu'il soumette notre volonté à la sienne dans tous les événements de la vie, et qu'il nous fasse la grâce de les accepter avec résignation, sans plaintes et sans murmures; 2° qu'il nous fasse aimer et observer sa loi, et nous accorde les secours dont nous avons besoin pour accomplir sa sainte volonté, en faisant tout ce qu'il nous commande et en évitant tout ce qu'il nous défend. En ajoutant : Sur la terre comme au ciel, nous exprimons le désir que notre obéissance soit aussi prompte et aussi parfaite, s'il est possible, que l'est dans le ciel celle des anges et des saints.
= D. Quelle est la quatrième demande ? — R. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
s= D. Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Donneznous aujourd'hui, etc.? — R. Nous demandons que Dieu nous donne ce qui nous est nécessaire chaque jour, pour l'âme et pour le corps.
Explication. — Sous le nom de pain sont renfermés tous les secours qui nous sont nécessaires pour soutenir la vie de vkme et la vie du corps; et comme la vie de l'âme consiste dans l'union avec Dieu, nous lui demandons tout ce qui est nécessaire pour l'entretenir et l'augmenter en nous : le goût et l'amour de la parole sainte, le bon usage des sacrements,
(1) Décréta conc. provincialis, Parisiis habiti anno 1849, p. 55.
et surtout de la divine eucharistie , sans laquelle l'âme est dans un état de mort, et enfin la grâce, qui soutient Tàme, qui la fortifie, qui la fait agir et la fait vivre pour Dieu et avec Dieu. Après la nourriture spirituelle, nous demandons, en second lieu, ce qui est absolument nécessaire pour la vie du corps : notre pain. — Jésus-Christ veut que nous ne fassions cette demande que pour les besoins de chaque jour, afin d'arrêter les désirs de V avarice, de bannir du cœur de ses enf?.nts tous les sentiments de défiance et dïnquiétude, et de les porter à se reposer entièrement sur sa Providence.
= D. Quelle est la cinquième demande ?— R. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. = D. Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Pardonneznous, etc.? — R. Nous prions Dieu de nous pardonner nos péchés, comme nous pardonnons nous-mêmes à nos ennemis.
Explication. — En disant : P ordonnez-nous nos offenses, etc., nous conjurons le Seigneur d'oublier nos iniquités et de ne point entrer en jugement avec nous; et, pour l'engager à se montrer à notre égard bon et miséricordieux, et à nous remettre plus facilement nos dettes, c'est-à-dire nos péchés , qui nous rendent redevables à sa justice, nous lui demandons qu'il nous traite comme nous traitons nos frères, et qu'il nous pardonne les offenses que nous lui avons faites, parce que nous pardonnons du fond du cœur tous les torts et toutes les injustices dont on a p'i se rendre coupable envers nous.
= D. Quarrive-t-il à ceux qui font cette prière sans vouloir parilonner à leurs ennemis ? — R. Ils se condamnent eux-mêmes en la récitant.
Explication. — Dire à Dieu : Pardonnez-nous comme nous pardonnons, et conserver du ressentiment contre ses frères, c'est changer cette prière en un arrêt de condamnation prononcée par soi-même ; c'est dire à Dieu : Je ne veux point pardonner, ne me pardonnez point non plus; je ne veux
point oublier les offenses qu'on m'a faites, n'oubliez point mes crimes; vengez-vous de moi, parce que je suis bien déterminé à me venger de mon ennemi, dès que l'occasion s'en présentera. — Léonce, évêque de Chypre, qui vivait dans le môme siècV. que saint Jean l'Aumônier, dont il a écrit la vie, rapporte que ce saint patriarche d'Alexandrie se servit d'un excellent moyen pour obliger un des plus grands seigneurs de cette ville à se réconcilier avec son ennemi. Il l'avait exhorté plusieurs fois, mais inutilement, à se mettre bien avec lui. Le voyant toujours inflexible, il le pria de le venir trouver, sous prétexte de quelques affaires publiques, et le mena dans sa chapelle, où il célébra le saint sacrifice de la messe, n'y laissant entrer qu'une personne pour la lui servir. Après la consécration, quand il eut commencé l'oraison dominicale, qu'ils prononçaient tous trois ensemble, suivant la coutume de ce temps-là , le saint patriarche fit signe au servant de se taire à ces mots : « Pardonnez-nous nos* offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et il se tut lui-même, en sorte que ce seigneur fut le seul qui les prononça. Le saint, se tournant alors de son côté, lui dit avec beaucoup de douceur: «Pensez, je vous prie, à ce que vous venez de demander à Dieu, et à ce que vous venez de lui déclarer en ce moment si terrible des saints mystères , lorsque, pour l'engager à vous pardonner vos offenses, vous protestez que vous pardonnez à ceux qui vous ont offensé. » Le seigneur, frappé de ces paroles comme d'un coup de foudre, se jeta aussitôt aux pieds du saint, et lui répondit : « Votre serviteur est prêt à faire tout ce que vous lui commanderez. » Et, sans différer davantage, il alla se réconcilier trè-sincèrement avec son ennemi (1).
= !>. Quelle est la sixième demande? — R. Et ne nous laissez point succomber à la tentation.
— D, Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Ne nous laissez poùit succomber à la tentation ? — R. Nous prions Dieu
(l) Vie de saint Jean l'Aumônier.
d'éloigner de nous les tentations ou de nous faire la grâce de nô pas y succomber.
Explication. — La vie est une tentation continuelle : nous sommes incessamment exposés à toutes sortes de dangers de la part du démon , du monde et de nous-mêmes. Nous sommes portés au mal par une malheureuse pente qui est une des suites du péché originel. Pour nous soutenir au milieu de tant d'ennemis, et dans le degré de faiblesse où nous sommes réduits, nous avons besoin à tout moment du secours de la grâce de Dieu. Car, selon Fexpression du pape Innocent I, nous sommes victorieux lorsque Dieu nous assiste ; nous sommes vaincus quand il ne nous assiste pas. Nous demandons donc que Dieu secoure notre faiblesse par la puissance de sa grâce, et qu'il ne nous laisse point succomber à la tentation en nous abandonnant à nous-mêmes et à la fureur de nos ennemis; mais que, s'il permet que nous soyons tentés, ce ne soit que pour nous faire sortir victorieux du combat.
= D. Quelle est la septième demande ?— R. Délivrez-nous du mal. = D. Que demandons-nous à Dieu, quand nous disons : Délivreznous du mal? — R. Nous prions Dieu de nous délivrer de tout ce qui est mauvais, c'est-à dire du démon, du péché, des penchants vicieux et des autres choses qui peuvent mettre obstacle à notre salut.
Explication. — Par ces paroles : Délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu'il nous préserve de tous les maux de l'âme et du corps. Les maux de l'âme sont : le péché, la mort dans le péché et la damnation éternelle. Les maux du corps sont les maladies , les infirmités , les douleurs, )tc. Nous conjurons le Seigneur de nous préserver absolument des premiers et d'éloigner de nous les seconds, à moins qu'ils ne nous soient nécessaires pour nous purifier, pour nous éprouver et pour nous faire opérer notre salut; alors nous le prions de nous accorder la grâce de les supporter avec courage, avec résignation et avec patience, et de les rendre ainsi méritoires à ses yeux. — « Il est faux,
« disent les Pères du dernier concile provincial de Paris, a que la doctrine évangélique sur Futilité spirituelle de la « souffrance et sur la sanctification qui doit en résulter, « doive être entendue en ce sens qu'il ne serait point perce mis aux chrétiens de désirer ou de chercher un soulageai ment à leurs maux ; car l'Église leur enseigne à dire « chaque jour à Dieu dans leur prière : délivrez-nous du « mal; et le mal, dans cette vie, c'est d'abord le péché et a ensuite la misère et toute espèce d'affliction; et en toute « occasion l'Église dé*clare qu'il est permis et honorable, « à tous ceux qui manquent des biens de cette vie, de tâcher, « par un travail courageux et des moyens honnêtes , non- « seulement d'adoucir la rigueur de leur condition, mais « encore de se procurer, avec le secours de Dieu , une posi- « tion plus heureuse (1). »
D. Que vent dire Amen ou Ainsi soit-il? — R. Le mot Amen ou ainsi soit-il signifie QiCil en soit ainsi, c'est-à-dire Je le désire de tout mon cœur.
Explication. — L'oraison dominicale se termine par le mot hébreu Amen, qui en est comme le sceau et la conclusion. Ce mot veut dire Ainsi soit-il, c'est-à-dire Qu'il en soit ainsi, que tout ce que je viens de demander me soit accordé ; je le crois, je l'espère et je le désire de tout mon cœur. — Amen est aussi un vœu nouveau, un désir plus vif et plus ardent d'obtenir ce qu'on a demandé. Il convient donc de prononcer cette conclusion de l'oraison dominicale avec une piété et une sincérité toutes particulières, soit pour suppléer aux défauts d'attention et dé* ferveur qui ont pu se glisser dans le reste de la prière, soit pour faire comme un dernier effort et frapper comme un dernier coup pour toucher le cœur de notre Père, qui est dans les cieux (2).
(1) Décréta conc. provincialis, Parisiis habiti anuo 1849, p. 60.
(2) Catéchisme de persévérance.
TRAITS HISTORIQUES