DE LA SALUTATION ANGÉLIQUE
= D. Quelle est la prière qu'on dit ordinairement après le Pater ?
— R. C'est Y Ave Maria, qui est adressé à la sainte Vierge et qu'on appelle la salutation angélique.
Explication. — De toutes les prières que nous pouvons adressera Marie pour attirer sur nous sa protection et ses faveurs, il n'en est point de plus excellente que celle connue sous le nom de salutation angélique. Cette prière remonte à la plus haute antiquité et renferme, dans sa simplicité, un tableau des grandeurs et des excellences de la sainte Vierge, et des leçons touchantes sur la force de son intercession et sur le besoin que nous avons de son secours.
= D. Pourquoi appelle-t-on cette prière la salutation angélique?
— R. Parce qu'elle commence par les paroles dont se servit l'ange Gabriel, quand il vint saluer Marie et lui annoncer qu'elle serait mère de Dieu.
Explication. — Le mot salutation signifie action de saluer; saluer une personne, c'est lui donner une marque extérieure de civilité, de déférence ou de respect, en l'abordant, en la rencontrant... Or, l'ange Gabriel, en saluant Marie, lui adressa certaines paroles, et c'est par ces paroles que commence Y Ave Maria; c'est pour cela qu'on appelle cette prière la salutation angélique, le salut que l'ange fit à Marie.
Touché du triste sort des malheureux enfants d'Adam, le Père éternel a pris la résolution de mettre fin à leurs misères et de leur donner un sauveur. Au temps marqué dans les secrets de sa sagesse et de sa miséricorde, un message céleste a lieu. L'ange Gabriel reçoit l'ordre de quitter le ciel et de se transporter sur la terre. Ce n'est pas à Rome, cette reine du monde, qu'il est envoyé ; ce n'est pas à Alexandrie et à Antioche, ces deux reines de l'Orient; ce n'est pas non
plus à Jérusalem, réputée la ville sainte, mais il pénètre dans l'obscure bourgade de Nazareth, et là, s'adressant à la plus humble des vierges, il fait entendre des paroles qui annoncent le profond respect dont il est pénétré pour elle. Ces paroles, il est très-important pour nous de les bien comprendre; car, les ayant souvent à la bouche, nous les réciterons avec plus de recueillement et de ferveur, et par conséquent avec plus de fruit, si nous saisissons bien le sens qu'elles renferment.
= D. Quelles sont ces paroles? — R. Ce sont les suivantes : Ave
(Maria), gratta plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Ou bien en français : Je vous salue (Marie), •pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.
Explication. — Je vous salue : c'est-à-dire je vous honore, je vous révère, je m'abaisse en votre présence, je rends hommage à votre dignité. Quel honneur pour une mortelle ! C'est une intelligence d'un ordre supérieur qui parle de la sorte. Et à qui ? à une vierge issue, il est vrai, de la tige royale de David, mais menant à Nazareth une vie obscure.
L'ange ne prononce pas le mot Maine , afin , disent les saints Pères, de montrer un respect plus profond pour celle qui allait devenir mère de Dieu : Je vous salue, pleine de grâce, telles sont ses premières paroles. L'Eglise a voulu ajouter dans la prière le nom de Marie , pour nous indiquer que les mots pleine de grâce ne pouvaient s'adresser qu'à elle.
Ce nom de Marie répond admirablement à la destination sublime de celle qui le porte. Selon le sens de l'hébreu , il veut dire reine : Marie est la reine des anges et des saints. Il signifie mer d'amertume : de quelle douleur Marie n'at-elle pas été affligée? Il signifie encore illuminatrice ou source de lumière : c'est Marie qui a mis au monde Jésus- Christ, le soleil de justice, Jésus-Christ, la vraie lumière. Enfin il signifie étoile de mer : Marie , par ses exemples et les grâces qu'elle mous obtient, nous éclaire et nous couiii. 34,
duit au port du salut, au milieu de la mer orageuse de ce monde.
ine de grâce : ce qui rend Marie digue des hommages d'un ange, ce n'est ni l'antiquité de son origine ni la noblesse de sa race, ce n'est pas non plus cet assemblage admirable de douceur, de modestie, de beauté : un ange lui est député pour lui faire connaître qu'elle est la créature privilégiée que Bien a choisie, parce qu'elle est pleine de grâce. Marie, dès le premier instant de sa conception, a été ce lis sans épines dont parle l'Ecriture ; cette terre où l'homme ennemi ne sema jamais son ivraie ; ce buisson ardent dont il est parié au livre de Y Exode , qui brûlait sans se consumer; cette arche d'alliance devant laquelle le Jourdain suspendit le cours de ses eaux. Ce sont là, mes enfants, autant de figures, autant de symboles de la conception immaculée de la très-sainte Vierge. Convenait-il, en effet, disent les docteurs, que celle qui devait donner au monde celui qui, par sa mort, abolirait le règne du péché, fût elle-même souillée du péché? Celle qui a pu dire à Dieu : Vous êtes mon fils, aurait-elle eu le démon pour père ? Celle qui devait enfanter le triomphateur de la mort et de l'enfer, pouvait-elle commencer par se voir ellemême sous l'empire de l'une et de l'autre? Comment, enfin, soupçonner la moindre souillure dans une chair qui devait être la chair du Verbe incarné ?
Outre le glorieux privilège d'avoir été conçue sans péché, Marie a été enrichie de toutes les faveurs célestes. Elle n'a pas encore vu le jour, et déjà elle est comblée des dons de la grâce les plus rares. Les saints se sont sanctifiés lentement dans le cours d'une longue vie, et Marie, dit saint Bernard, sort du sein de sa mère avec un degré immeDse de sainteté (1).
C'est par le moyen de la grâce que l'âme est unie à Dieu; c'est donc avec raison que l'ange, après avoir reconnu que Marie en était remplie, lui rend ainsi le témoignage de la
(i) Immeosa prodiens es utero sanctitas. (3. Bernard.)
présence de Dieu au milieu (Telle, et de son assistance spéciale, en lui disant : Le Seigneur est avec vous. Ces paroles, donc, signifient l'union de Marie avec Dieu par le moyen de la grâce, et l'habitation de Dieu en Marie comme dans son temple et sur son trône. Elles s'entendent aussi de l'union que Marie allait bientôt avoir avec Dieu, comme une mère avec son enfant. En effet, l'ange avait à peine cessé de parler, et déjà le fils de Dieu habitait en Marie, non pas seulement par sa puissance et ses bienfaits, majs il s'incarnait dans les flancs sacrés de Marie, il s*y unissait hypos optiquement à la nature humaine.
= D. De qui sont les autres -paroles qui composent la salutation angclique ? — R. Elles sont, les unes de sainte Elisabeth, quand ?jk sainte Vierge alla lui rendre visite, et les autres de l'Église. = D. Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth? — R. Les voici : Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui (Jésus). En français : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et (Jésus) le fnùt de vos eïitrailles est béni.
Explication. — Le mystère de l'Incarnation venait de s'opérer; bientôt Marie apprend que sa cousine Elisabeth est enceinte ; aussitôt elle part et va lui rendre visite. Sa présence, ou plutôt la présence de Jésus-Chnst, qu'elle portait alors dans ses chastes entrailles, sanctifie Jean-Baptiste, qui tressaille de joie dans le sein maternel : oc Vous êtes bénie entre toutes les femmes ! » s'écrie Elisabeth dans l'ivresse de son bonheur, dans les transports de sa reconnaissance, « et le fruit de vos entrailles est béni. » Le mot Jésus ne fut point prononcé dans cette circonstance, mais il a été ajouté par l'Église.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes : ces paroles, que l'archange avait déjà adressées à Marie, signifient que Marie a réuni dans sa personne toutes les grâces, toutes les faveurs que tant d'illustres femmes avaient reçues avant elle; qu'elle a été créée dans la justice et dans un degré de justice plus excellent que celui qui fut donné à Eve à l'instant où elle fut formée ; qu'elle a été plus chaste, plus forte,
plus fidèle, plus éclairée, en un mot plus parfaite que les plus illustres femmes qui dans l'Écriture sont présentées à notre admiration.
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni... Marie, mère de Jésus ! quel honneur pour une pure créature ! Concevoir son Dieu ! renfermer dans son sein le fils du Très-Eaut, lui donner naissance, le nourrir de sa propre substance, le porter dans ses bras ! quel sujet d'étonnement pour la terre etlescieux!
Il est béni, ce divin fruit de Marie, c'est-à-dire que Dieu le Père a répandu sur lui, sans mesure, ses bénédictions et ses grâces ; et non-seulement il est béni, mais toutes les nations seront bénies en lui ; mais il est la source de la bénédiction et de la vie ; mais il n'y a de bénédiction que par lui.
= D. Quelles sont les paroles de l'Église? — R. Ce sont les suivantes : Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccaloribus, nunc et in hora mortis mostrœ. Amen. En français : Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi sait-il.
Explication. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, cette belle et touchante prière à Marie fut composée par saint Cyrille, clans le concile d'Éphèse, et l'Église l'a adoptée.
Sainte Marie : à qui cette qualification convient-elle mieux qu'à la mère de Jésus? Qui a été plus saint que Marie? s'écrie saint Jean Chrysostome. Sa sainteté n'est pas celle de Dieu, la distance est encore infinie ! mais elle ne connaît que Dieu au-dessus d'elle, et la distance est immense entre sa sainteté et celle des plus grands saints. Comme il n'y a aucune créature qui égale Marie en dignité, il n'y en a aucune qui l'égale en sainteté : patriarches et prophètes, vous eûtes moins de ferveur et de foi ; anges et archanges, vous êtes moins purs; apôtres, confesseurs et m^Ttyrs, cédez tous à Marie ; autant le ciel est élevé audessus de la terre, autant la sainteté de Marie est supérieure à la vôtre
Mère de Dieu ! Ah ! mes enfants, si un saint chéri de Dieu a un grand crédit auprès de lui, que ne pourra pas ss mère? Être mère de Dieu, c'est avoir, s'il est permis da parler ainsi, une sorte d'autorité sur ce même Dieu ; par là un Dieu se trouve obligé envers Marie à tous les devoirs naturels d'un fils envers sa mère ; par là Marie est en possession, à l'égard d'un homme-Dieu, de tous les droits qu'une mère a sur son fils. Concevez donc, s'il est possible, le crédit et la puissance de Marie ! Un seul de ses regards, dit saint Bernard, désarme le courroux du Tout-Puissant; et lorsqu'elle lui parle en notre faveur, ses grâces coulent comme un fleuve immense.
Disons-lui donc, avec les sentiments de la plus douce confiance : 0 Marie ! priez pour nous ; notre Père, qui règne dans les cieux, est tout disposé, nous le savons, à nous accorder ses grâces, mais il veut qu'on le prie. Ah ! que sont nos prières pour toucher le cœur de Dieu ? que sont-elles pour l'engager à nous être favorable ? Parlez donc pour nous, ô notre tendre mère, ô notre toute-puissante avocate !
Priez pour nous pauvres pécheurs : nous disons à Marie que nous sommes pécheurs, parce que cet aveu que nous lui faisons de notre triste situation est très-propre à nous mériter la compassion de cette Vierge sainte. Elle sait qu'en cet état nous ne pouvons nous présenter devant son fils, dont nous avons, pour ainsi dire, renouvelé la passion ; il n'en faut pas davantage pour attendrir la plus compatissante des mères et la déterminer à intercéder elle-même en notre faveur. Son titre par excellence, dit saint Bernard, c'est d'être particulièrement la mère et le refuge des pécheurs.
Priez pour nous maintenant : un ennemi terrible nous poursuit jour et nuit et rôde sans cesse autour de nous pour nous dévorer et nous perdre ; comment pourrons-nous lui résister si nous ne sommes continuellement prévenus de la grâce ? Être un instant sans le secours de la grâce, c'est être comme mort; c'est être prêt à succomber; c'est
être livré à scn ennemi. Montrez-nous donc maintenant, douce et tendre Marie, que vous êtes notre mère ; élevez pour nous, vers le trône de Jésus-Christ, ces mains si pures qui Font porté dans son enfance; priez pour nous dans ce moment, mère si secourable et si bonne ; priez pour nous à toute heure ; obtenez-nous la force et le courage dont nous avons besoin pour résister au démon et remporter sur lui la victoire.
Priez pour nous maintenant, et à V heure de notre mort : le démon est là, prêt à profiter de notre faiblesse ; il fait tout ce qu'il peut pour nous faire succomber et nous entraîner avec lui dans Fabime. Opposez-vous à ses efforts, Vierge sainte; une fois encore écrasez la tête du serpent infernal : « Et dans ce moment, qui décidera à jamais de mon « sort, aidez-moi, consolez-moi, soulagez-moi, et adouci cissez pour moi le terrible passage du temps à l'éter- « nité (1). »
Ainsi soit-il : que notre prière s'accomplisse donc, qu'elle produise l'effet que nous en attendons; nous le désirons, nous le demandons ardemment. Amen.
= D. A quoi devons-nous principalement penser en récitant la salutation angélique ? — R. En récitant la salutation angélique, nous devons principalement penser au mystère de l'incarnation et aux vertus de la sainte Vierge.
Explication. — Le mystère de l'incarnation s'opéra au moment où Marie répondit à l'envoyé céleste : « Je suis la « servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre paa rôle. » Nous devons donc penser à ce mystère en récitant la salutation angélique; nous devons penser aussi aux vertus de la sainte Vierge.
= D. Quelles sont les principales vertus de la sainte Vierge? — R. Les principales vertus de la sainte Vierge, que nous devons tâcher d'imiter, sont la chasteté, l'humilité, la douceur, et un© parfaite soumission à la volonté de Dieu.
Explication. — Toutes les vertus ont éclaté en Marie,
(1) S. Cyrille.
«lais particulièrement la chasteté, l'humilité, la douceur et une parfaite soumission à la volonté de Dieu. l°La chasteté : cette vertu était d'un si haut prix aux yeux de Marie, qu'elle la mettait au-dessus de la maternité divine, et qu;elle aurait renoncé, disent les saints docteurs, à la dignité de mère de Dieu, si son admirable pureté eût dû en éprouver la moindre altération. 2° L'humilité : un esprit céleste lui annonce qu'elle mettra au monde le fils de l'Éternel ; elle se trouble : Gomment, dit-elle, cela pourra-t-il se faire? L'ange lui révèle le dessein de Dieu; elle s'abaisse plus profondément encore. L'ange l'appelle la mère de Dieu, et elle n'ose prendre que le titre de sa servante; de sorte qu'elle est tout à la fois et la plus élevée et la plus humble des créatures. 3° La douceur et une parfaite soumission à la volonté de Dieu : son cœur maternel est transpercé d'un glaive de douleur, et elle ne laisse échapper aucune plainte. Elle voit son divin fils expirer dans les tourments ; toute la nature en est émue ; le soleil s'obscurcit, la terre est agitée de tremblements horribles ; les rochers se brisent, les tombeaux s'ouvrent; il semble que l'univers, déconcerté en voyant mourir son auteur, va rentrer dans l'horreur du chaos. Marie seule soutient ce spectacle sans laisser échapper aucune plainte ; elle se contente de laisser couler quelques larmes de tendresse et de douleur, adorant intérieurement son fils comme la victime de nos péchés ; adorant avec une courageuse patience et une humble résignation le Père céleste qui immolait à sa suprême justice ce fils innocent. — Ces vertus, que Marie pratiqua dans un degré si sublime, nous devons nous efforcer de les imiter : « Voulez-vous plaire à Marie / dit saint Bernard, imitez sa « vie sainte. »
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