DES FUNÉRAILLES, DES CIMETIÈRES ET DES EP1TAPHES
D. Lorsqu'un fidèle a rendu le dernier soupir, ses parents et ses amis n'ont-ils plus aucun devoir à remplir envers lui? — R. 11 leur reste un grand devoir à remplir envers lui, c'est de prier pour le repos de son àme et de s'occuper de ses funérailles.
Explication. — Nous avons parlé ailleurs de la prière pour les morts. Ce que nous dirons ici regarde spécialement les funérailles.
Le mot funérailles vient de funera, pluriel de funus, en
(i) Voir sur ce sujet D. Calmet, Dissertations sur les apparitions, 1 vol. in-12, Paris, 1747, p. 325.
grée yo'voç : mort, trépas, convoi. On donne aux funérailles le nom d'obsèques lorsqu'elles sont accompagnées de pompe et de cérémonies. Lorsque ces cérémonies sont terminées, a lieu alors l'enterrement ou l'inhumation, action de mettre en terre.
Les Égyptiens embaumaient les corps et les conservaient pendant de longues années. Les Grecs et les Romains les brûlaient et en mettaient religieusement les cendres dans un vase appelé urne. L'Église chrétienne a coutume de les enterrer, et vérifie ainsi la prédiction que Dieu a faite à l'homme pécheur, qu'après sa mort il serait rendu à la terre, d'où il avait été tiré (1).
Les chrétiens de l'Église primitive, pour témoigner de leur foi à la résurrection, avaient grand soin des sépultures, et ils y faisaient de la dépense à raison de leur manière de vivre. Ils ne brûlaient point les corps, comme les Grecs et les Romains ; ils n'approuvaient pas la curiosité superstitieuse des Égyptiens, qui les gardaient embaumés et exposés à la vue sur des lits, dans leurs maisons ; mais il les enterraient selon la coutume des Juifs. Après les avoir lavés, ils les embaumaient et y employaient plus de parfums, ciit Tertullien, que les païens dans leurs sacrifices. Ils les enveloppaient de linges fins et d'étoffes de soie; quelquefois ils les revêtaient d'habits précieux; ils les exposaient pendant trois jours, les gardaient et veillaient auprès d'eux en prières, ensuite ils les portaient au tombeau. Ils accompagnaient le corps avec des cierges et des flambeaux, en chantant d ]s psaumes et des hymnes pour louer Dieu et pour exprimer l'espérance de la résurrection. On priait, on offrait le saint sacrifice ; on donnait aux pauvres le festin nommé les agapes (2) et d'autres aumônes ; on en
(1) Donec revertaris in terram, de qua sumptus es : quia pmvis et, et ir pulverem reverteris. (Gen.y ni, 19.)
(2) Agape, du grec à-fâ-mi, amour, dérivé d'àXa-rcato, j'aime, je chéris. Ce mot désigne les repas que faisaient les chrétiens dans les églises, pour cimenter de plus en plus leur union mutuelle.
renouvelait la mémoire au bout de Tan, et l'on continuait d'année en année, outre la commémoration que Ton en faisait tous les jours au saint sacrifice... Souvent oc enterrait avec les corps différentes choses pour honorer les défunts et en conserver la mémoire : les marques de leur dignité , les instruments ou les actes de leur martyre , des fioles ou des éponges pleines de leur sang, leur épitaphe, ou du moins leur nom, des médailles, des feuilles de laurier ou de quelque autre arbre toujours vert, des croix, l'Évangile. On observait de poser le corps sur le dos , le visage tourné vers l'orient (1).
D. La plupart des usages dont il vient d'être parlé ne sont-ilspas encore en vigueur de nos jours ? — R. Oui, dans un grand nombre de diocèses.
Explication. — Il est d'autres usages qui ont été introduits à une époque plus ou moins éloignée. Nous dirons seulement un mot de quelques-uns. 1° Presque partout, lorsqu'un membre du clergé vient à mourir, on le place dans son cercueil, à découvert, revêtu des habits sacrés de son ordre. Dans quelques endroits, on lui met sur la tète une couronne de fleurs ; ce qui est généralement blâmé par les liturgistes comme contraire aux rubriques; ils ajoutent qu'il n'y a point de plus bel ornement pour un ecclésiastique que la tonsure et la barrette, à cause de leur signification mystique (2) ; dans d'autres, on met entre les mains
(1) Fleury, Mœurs des chrétiens, n<> 31.
(2) Nullo modo deeet de floribus coronam, loco clericalis birreti, in cujusvis defuncti ecclesiastici caput imponere, aut super ipsum defuncti birretum collocare ; et hoc duobus praesertim rationibus. Primo : quia maxima fieret injuria illi eeelesiastico clerieali operimento, sanctissimae crucis Jesu Christi redemptoris nostri figura in summitate signato, quod de jussu Ecclesiae et usu immemorabili est verum, legitimum et proprium indumentum capita omnium in sortem Domini vocatorum exornans. Secundo : irreligiosae vanitati obnoxius omnino censeri debebit, quisquis ecclesiasticus (cujus caput et in crinibus Christi Jesu ccrona, et in birreto sacra ejusdem cruce insignitur, ad hoc ut sibi semper Tigeat in sensibus, et crux et passio Christi, qui spinea redimitus corona ad peccata nostra delenda in cruce moriens, ubi reclinaret caput non ha-
du défunt un calice avec une patène. La sacrée congrégation, ayant été consultée sur ce sujet, répondit, le 24 mai 1846, qu'un pareil usage pouvait être toléré comme conforme à l'antiquité (1). 2° Aux sépultures des enfants on porte la croix sans bâton, pour marquer que leurs jours ont été abrégés, et que leur pèlerinage sur la terre a été de courte durée (2).
D. Le saint-siége n'a-t-il pas porté plusieurs décrets relativement aux sépultures ? — R. Il en a porté un grand nombre.
Explication. — Nous nous bornerons à rapporter ici ceux qui nous paraissent les plus importants.
1° Lorsque le clergé de plusieurs paroisses assiste à une sépulture, il ne doit cependant y avoir qu'une seule croix, celle de la paroisse où a lieu l'inhumation; par exemple, si une personne était morte en la paroisse de Saint-Jean , et qu'elle dût être inhumée en celle de Saint-Benoît, c'est sous la Croix de Saint-Benoît que tout le clergé devrait marcher (3).
2° Si le chapitre d'une cathédrale ou d'une collégiale assiste à une sépulture, c'est sous la croix du chapitre que dojvent marcher tous les membres du clergé, tant séculier que rég-Uier (4).
bebat), auserit in die lacrymabili mortis suse elatum corpus exponere fidelium obtutui tal. vanissimo serto floribus circumdatum. (Joannes Maria Zilotti, Veritas disquisito circa varia dubia, p. 292.)
(1) Gardellini, t. vin, p. 453.
(2) In funere parvulorum crux sine hasta defertur, quia ipsi per bre- •vissimum temporis spatium militiam seu peregrinationem in hoc mundo sustinuerunt. (Corsetti, p. 400. — Baruffaldi, ad Rit. rom.)
(3) Crucis elevatio competit ad ecclesiam parochialem tumulantcm, nempe si cadavera deferantur au ecclesiam Sanctae Mariae-Magdalenae, ïmjus ecclesiae crux est elevanda, etiamsi defunctus ad S. Hilarii parocliiam pertineretj et vice \ersa... quia sub una tantum cruce ecclesiae tmnulantis in funeribus esse procedendum pluries decrcverit S. R. congr., et uovissime die 10 rnart. 1826. (S. R. C, die 12 nov. 1831.)
(4) Si intersit collcgiatae capitulum, huic dobetur praelatio crucis, juxta générale décrétera diei 2 jul. 1661. (S. R. C. die 11 apr. 1840, apud Gardellini, t. vin, p. 342.)
3° Lorsque le clergé de plusieurs paroisses assiste à une sépulture, c'est au curé du défunt qu'il appartient de présider et de porter l'étole, lors même qu'il s'agirait de l'enterrement d'un chanoine de l'église cathédrale. Si le curé était lui-même chanoine, et qu'il voulût porter les marques de cette dignité, alors il renoncerait par là même à ses privilèges, et il devrait prendre parmi les chanoines la jlace'qui lui appartient (1).
4° Le célébrant, en récitant la prière Non intres in ju~ Jicium cum servo tuo, Domine, ne doit rien y changer, lors "nême qu'il s'agit d'une femme ou que l'on fait la sépulture de plusieurs personnes à la fois (2).
5° Aux messes de Requiem, lors même qu'elles sont célébrées pour une seule personne, on dit au pluriel : Requiescant in pace ; mais à la prose, lors même que la messe est dite pour plusieurs défunts , on chante au singulier : Huic ergo parce, Deus , parce que le souverain pontife saint Pie V a formellement défendu de rien changer au rite établi (3).
6° Le vendredi saint et les deux jours suivants, il n'est pas permis de faire une sépulture solennelle; mais l'on doit réciter en particulier, et sans chant, l'office et les prières (4).
7° Lorsqu'on demande plusieurs prêtres pour assister à
(1) Saepissimea S. R. congregatione declaratum fuit ad parochumdefuncti spectare, infuneribus stolam déferre..., etiam in funeribus canonicorum ecclesiae oathedralis (die 20 dec. 1828)... Si vero parochus fuerit canonicus, et canonicalia insignia déferre cupiat, tune proprium locum inter canonicos habere débet, namque facto suo parochialibus privilèges valedixit. (S. R. G., die 19 sept. 1831, apud Gardellini, t. vin, p. 146.)
(2) An in depositione defunctorum in vertus illis : Non intres in ju* dicium cum servo tuo, etc., quando defunctus sit mulier, aut sint plures defuncti, possint verba servo tuo immutari in ancilla tua, vel servis rats, absque rubricae laesione? — Sacra rituum congregatio respondit : Servandum esse Rituale, ac proinde ninil immutandum. Die 31 aug.
(3) Gavanlus, part, i, tit. xn. — Corsetti, p, 234.
(4) S. R. C.jdie 11 aug. 1736.
669 — une sépulture, le choix appartient au curé du défunt, à moins que les héritiers n'aient désigné d'une manière spéciale ceux qu'ils voulaient avoir ; et dans ce cas Ton doit se conformer à leur volonté (1).
8° La sacrée congrégation des évêques et des réguliers a déclaré que c'était un abus intolérable de ne sonner telle cloche qu'à la sépulture des nobles et des grands seigneurs, mais que ladite cloche devait être sonnée chaque fois que les parents d'un défunt en exprimaient le désir (servatis servandis) (2).
9° Si l'on prononce un discours à la louange du défunt, ce qu'on appelle une oraison funèbre, le prédicateur, en soutane et sans surplis ni étole, monte en chaire après la messe; la chaire doit être couverte d'étoffe noire (3).
D. Comment appelle-t-on les lieux où l'on enterre les corps des fidèles ? — R. On les appelle cimetières.
Explication. — Selon Durand de Mende, les lieux de sépulture ont eu divers noms. Les Grecs les appelèrent d'abord àvSponokiç : assemblée d'hommes, ville des hommes (de àvtfpoç, génitif de àv«p, homme, et de nokuç, beaucoup); puis aussi TCQ'kvavdpiov, qui a la même signification et la même étymologie que àvdponoliç.
On les nomma encore aupxoyiyoç : qui mange les chairs (de aapxo'ç, génitif de c-âpÇ, chair, et de çà-yw, je mange), parce qu'en général les Grecs employaient pour leurs sarcophages une pierre caustique (4) qui avait la vertu de précipiter la décomposition du cadavre; ou plutôt parce que
(1) Potest parochus ad libitum vocare ad funera et exequias quae fiunt in sua parochia, quos voluent presbytères, etiamsi non sint viciniores, nisi aliter disponant haeredes aemncti, quorum voluntas servanda est. (S. R. C, die 7 sept. 1613.)
(ft) Est abusus non tolerandus, quod campana aliqua pro solis nobilibus pulsari reservetur, sed pulsari débet pro quibuscumque petierint. (S. G. episcop.et regul., die 19 jun. 1585, apud Bartholomœura a Clan» tio, p 82.
(3) S. R. C, die 14 jun. 1845, apud Gardellini, t. VIII, p. 420»
(4) Caustique, brûlant, corrosif.
les tombeaux dévorent, pour ainsi dire, ceux qu'on y dépose (i); mais le nom le plus communément adopté est celui de cimetière.
L'auteur que nous venons de citer assigne pour étymologie au mot cimetière cimices, vers, et crspiov, station; ce qui veut dire reniez-vous, stationnement des vers. Cette étymologie rappelle l'origine donnée au mot cadaver : caru data vermibus, chair livrée aux vers. Mais l'on fait plus communément dériver le nom cimetière de fQqprçjfeKPfa d°r~ toir (en latin dormitorium), lequel dérive lui-même de zQMMà.h dors, parce que les morts y dorment en attendant la résurrection générale, suivant ces paroles des divines Écritures : « Ceux qui dorment dans la poussière de la « terre s'éveilleront (2). »
Pendant les persécutions, les premiers chrétiens furent obligés d'enterrer leurs morts dans des caveaux souterrains qu'on nommait catacombes, de vy-i, dessous, etdetvpSôç, cavité (3). On les appelait aussi arènes, parce que ces caveaux étaient creusés dans le sable, en latin arena.
Le même motif qui faisait désirer aux patriarches que leurs cendres fussent réunies à celles de leurs pères, fit souhaiter aux fidèles d'être inhumés auprès des martyrs, sur la sépulture desquels on élevait des oratoires, appelés martijria; c'était une suite de la confiance que l'on avait en leur intercession. On jugea aussi qu'il était utile qu'en entrant dans les églises, la vue des tombeaux fit souvenir les vivants de prier pour les morts ; ainsi s'établit l'usage de placer les cimetières près des églises. Cette coutume, si éminemment religieuse et morale, ne subsiste plus dans les villes et même dans beaucoup de villages. On a pensé qu'il
(1) Sarcophage se dit aujourd'hui du cercueil ou de sa représentation dans les grandes cérémonies funèbres.
(2) Dan., xn, 2.
(3) Selon quelques auteurs, on écrivait anciennement catacombes, en, latin catatumbœ, de x#.t*. dessous, et de tj^osç, tombeau, comme qui dirait tombeaux souteirains.
était prudent d'éloigner les cimetières des lieux habités, et on les a relégués dans des endroits solitaires. Y a-t-il pour cela moins de maladies et moins de mortalités? Il est permir d'en douter. Mais s'il n'est pas démontré que les vivants aient gagné quelque chose à ce changement, il est certain que les morts y ont beaucoup perdu.
La terre qui est destinée à recueillir les ossements des chrétiens est sanctifiée par la bénédiction; et cette bénédiction appartient à l'évêque, qui peut déléguer un prêtre à cet effet.
Un cimetière serait profané et aurait besoin d'être réconcilié, si Ton y enterrait le corps d'un infidèle ou d'un excommunié dénoncé (1). Il le serait également si l'on y commettait un des péchés qui entraînent la pollution d'une église (2). Les corps des enfants morts sans baptême sont enterrés dans un lieu réservé et non bénit.
On doit avoir pour les cimetières le plus grand respect.
« Les cures, dit le Rituel de Langres, empêcheront qu'on n'y rende la justice, qu'on n'y tienne des foires et marchés, qu'on n'y vende des marchandises de quelque espèce que ce soit, et qu'on n'y fasse des danses ou des jeux; qu'on n'y laisse paître aucun animal, qu'on ne les laboure, qu'on n'y étende des toiles, qu'on n'y dépose des pierres, des bois, de la chaux ; qu'on n'y batte du chanvre ou des grains, qu'on n'y travaille, qu'on ne s'en serve comme d'un lieu de promenade, ou même comme d'un passage pour aller ailleurs «ju'à l'église; en un mot, qu'on ne l'emploie à aucun objet profane. Pour empêcher que le cimetière ne soit employé à ces usages, on doit l'entourer de murailles, ou au moins de fortes palissades , et l'entrée en doit être exactement fermée (3). »
(1) Reiffenstuel, t. IV, p. 697.
(2) Voir au t. iv, p, 602, la leçon de la Dédicace d'une église.
(3) Instruction sur l'administration des sacrements, par Mgr de La Luzerne, t. il, p. 379, 380. — On trouvera des détails très-intéressants sur les sépultures, dans un ouvrage de Beuvelet ayant pour titre : Instruction sur le Manuel.
D. Que faut-il penser de l'usage reçu partout de couvrir les sépultures d'une grande table, et d'y graver une inscription? — R. Cet usage n'a en soi rien que de très-louable.
Explication. — On donne le nom de tombe à une grande table de pierre, de marbre, de cuivre, etc., dont on a coutume de couvrir l'endroit où un mort a été enterré ; l'inscription qu'on y grave s'appelle épitaphe, du mot grec ejrtTocfcos (sous-entendu /070;), discours funèbre.
Il est évident que cet usage n'a, certes, rien que de trèslouable, puisqu'il est de nature à faire vivre les morts dans la mémoire des vivants, et à porter ceux-ci à prier pour eux; mais de quoi n''abuse-t-on pas, et est-il rare de rencontrer dans nos cimetières des épitaphes, nous ne dirons pas insignifiantes, mais tout à fait impies? Il en est d'autres aussi qui sont bien propres à édifier ceux qui les lisent, et qui renferment pour eux de graves et d'importantes leçons. Nous allons en citer quelques-unes, que nous avons traduites du latin aussi littéralement et aussi exactement qu'il nous a été possible.