DE LA CONFESSION
= D. Qu'est-ce que la confession ? — R. La confession est l'accusation, faite à un prêtre approuvé, de tous les péchés qu'on a commis, pour en recevoir l'absolution.
Explication. — La quatrième chose nécessaire pour bien recevoir le sacrement de pénitence, c'est la confession. — Le mot confession signifie l'aveu, la déclaration que Ton fait de quelque chose. — La confession est : 1° Yaccusation de tous les péchés que l'on a commis, c'est-à-dire un acte par lequel on déclare toutes les infractions à la loi de Dieu et à la loi de l'Église, dont on s'est rendu coupable par pensées, par paroles, par actions et par omissions. 2° Cette déclaration est faite à un prêtre approuvé, à un prêtre qui a reçu de l'évèque un pouvoir de juridiction, c'est-à-dire la /acuité d'exercer le pouvoir d'ordre qui lui a été conféré dans l'ordination. 3° Cette déclaration est faite au prêtre pour rece-
voir V absolution, c'est-à-dire dans le but d'obtenir une sentence de miséricorde et de se réconcilier avec Dieu. Ainsi, ïe ne serait pas se confesser que de faire une simple narralion de ses péchés, sans avoir l'intention ni de s'en accuser, ni d'en obtenir le pardon ; à plus forte raison si Ton ne faisait connaître ses péchés que pour s'en vanter, pour se glorifier ie les avoir commis.
f= D. La confession est-elle nécessaire ? — R. Oui, la confession >st nécessaire pour recevoir le pardon de ses péchés.
Explication. — La confession ayant été instituée par Jésus-Christ lui-même, ainsi que nous allons bientôt le démontrer, et ce divin Sauveur en ayant imposé l'obligation à quiconque s'est rendu coupable de péché mortel, il s'ensuit qu'elle est absolument nécessaire pour se réconcilier avec Dieu ; à moins que, se trouvant dans l'impossibilité de se confesser, on n'en ait le désir sincère, accompagné d'un acte de contrition parfaite.
= D. Comment savez-vous que la confession est nécessaire? — R. Je sais que la confession est nécessaire par les paroles.de Jésus- Christ à ses disciples, quand il leur dit : « Recevez le Saint- . « Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remet- « trez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »
Explication. — Peu de jours avant de quitter la terre pour retourner à son père, Notre-Seigneur dit à ses apôtres en paraissant au milieu d'eux : « Que la paix soit avec vous; « je vous envoie comme mon père m'a envoyé. » Par là, il leur communique la plénitude des pouvoirs qu'il avait reçus de son père ; et, pour rendre plus sensible ce qu'il faisait, il souffle sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit. » — C'est sa vertu toute-puissante qu'il semble répandre sur eux; c'est de son esprit qu'il les anime. Quelle ressemblance frappante entre ce que fait ici Jésus-Christ et ce que fit le Créateur après qu'il eut formé le corps d'Adam ! Ce fut par un souffle divin que Dieu mit dans le corps du premier homme une âme innocente et pure ; c'est par le même
eouffle que Jésus-Chrit institue ceux qui, tenant sa place dans le saint ministère, vont rendre aux hommes leur pureté primitive. C'est pourquoi il ajoute : « Les péchés seront re- « mis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus « à ceux à qui vous les retiendrez, » paroles qui montrent évidemment la nécessité de la confession.
= D. Comment ces paroles montrent -elles la nécessité de la confession?— R. Parce que les prêtres ne peuvent savoir à qui ils doivent remettre ou retenir les péchés, sans les connaître, et qu'ils ne peuvent les bien connaître que par la confession.
Explication, — Il est évident que par ces paroles : a Les péchés seront remis, etc., » Jésus-Christ a donné à ses apôtres et à leurs successeurs un double pouvoir : le pouvoir de lier et le pouvoir de délier, de remettre les péchés et de les retenir, de condamner et d'absoudre. Il les a établis juges des consciences. L'absolution qu'ils accordent ou qu'ils refusent est une vraie sentence qu'ils prononcent. On n'imputera pas, sans doute, à la Sagesse infinie d'avoir fondé dans sa religion un ministère judiciaire qui s'exerçât arbitrairement et par caprice. Le divin Maître a certainement voulu et il lui était impossible de ne pas vouloir que les ministres de sa justice l'exerçassent avec prudence et discernement, afin de ne point remettre quand il faudrait retenir, et de ne point retenir quand il faudrait remettre. Il a donc, par une conséquence nécessaire, voulu que le coupable fût connu du juge. Mais quelle connaissance peut avoir le juge de la conscience des péchés dont elle est chargée, si la conscience Ae lui est présentée à découvert? « En confiant à ses ministres l'exercice de sa miséricorde et de sa justice, Dieu ne leur a point confié sa toute-science. Dans ce tribunal divin et secret, absolument séparé de tous les intérêts de la terre, entièrement caché à tous les regards des hommes, il ne peut y avoir d'accusateur et de témoin que le coupable luimême (1). » Et voilà précisément ce que l'on entend par
(1) Le card. de La Luzerne, Considérations sur divers points de morale, t. in
confession. Vous voyez, mes enfants, « qu'elle est si essentiellement liée au pouvoir judiciaire dont Jésus-Christ a revêtu ses ministres, que sans elle il leur serait impossible d'en exercer les fonctions ; à moins, je le répète, qu'on ne aise que Jésus-Christ, en déléguant la puissance des clefs, a voulu consacrer un despotisme tout nouveau, établir des juges qui condamneraient ou innocenteraient sans connaissance de cause. Et qui oserait le soupçonner de la part d'un législateur infiniment sage , qui a banni de son code, avec tant de sévérité, tout penchant à la domination (i ) ? »
Une comparaison, que nous empruntons à un célèbre missionnaire (2), va donner une nouvelle force à l'argument que nous avons tiré des paroles de Jésus-Christ : « Un monarque ne peut plus suffire à rendre la justice à ses nombreux sujets ; il rassemble donc auprès de lui les hommes les plus vertueux et les plus éclairés de ses États, et leur dit : Allez dans toutes mes provinces rendre la justice, je vous remets pour cela mon autorité; j'absoudrai ceux que vous 'absoudrez, je condamnerai ceux que vous condamnerez. ~ Ces hommes partent. Pensez-vous qu'à mesure que les coupables leur sont présentés, ils vont envoyer les uns en prison ou à l'échafaud, et mettre les autres en liberté, au hasard et sans examen? Non, sans doute. Ils savent bien que leur maître, en leur disant qu'il approuvait d'avance tout ce qu'ils feraient, voulait leur dire : Allez, mais jugez bien; entendez les témoins, écoutez les coupables euxmêmes ; réfléchissez avant d'agir, et que vos j ugements soient basés sur la justice et l'équité. — Faites maintenant l'application : mettez, si vous le voulez, les paroles de ce roi dans la bouche de Jésus-Christ, et voyez si les apôtres ont pu leur donner une autre interprétation que celle que nous leurs avons données nous-mêmes ? »
(1) Voir la Discussion amicale , par Mgr de Trévern, évêque de Strasbourg, lettre 11.
(2) Analyse dessalions du P, Gwon.
Les paroles de Jésus-Christ à ses apôtres renferment dont un précepte formel, imposé aux chrétiens de tous les temps et de tous les lieux, de confesser leurs péchés aux successeurs de ces mêmes apôtres pour en obtenir la rémissioL. Il est donc aussi certain qu'il y a obligation de se confesser qu'il est certain que Jésus-Christ a dit : Recevez le Sairà- Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.
Je conviens, direz-vous peut-être, qu'en vertu de ces paroles du Sauveur du monde, les pécheurs doivent se faire connaître aux ministres de l'Église, lorsque, dans le désir de se réconcilier avec Dieu, ils ont recours à leur ministère. Mais sont-ils absolument obligés d'y recourir ? N'y a-t-il point d'autre moyen que la confession d'obtenir le pardon de ses péchés? — Non, mes enfants, autrement, il faudrait dire que les paroles de Jésus-Christ sont insignifiantes, fausses et mensongères. Qu'arriverait-il, en effet, s'ily avait dans la religion un moyen autre que la confession de rentrer en grâce avec Dieu? S'il suffisait, par exemple, de s'humilier en sa présence, de jeûner, de prier, de faire l'aumône, qu'arriverait-il? C'est que personne ne se confesserait. Et qui serait assez simple pour aller solliciter, d'un ton suppliant, aux pieds d'un homme, une grâce qu'on pourrait. si facilement obtenir sans lui et malgré lui? Mais, alors, que deviendrait la magnifique promesse faite par Jésus-Christ à ses ministres i Comment serait-il vrai qu'ils remettent et retiennent les péchés ? N'est-il pas évident, au contraire, que le pouvoir si étonnant et si divin qui leur est confié deviendrait un pouvoir ridicule et illusoire, puisqu'il* ne pourraieut jamais l'exercer? Ainsi, ou il y a obligation pour tous les pécheurs de confesser leurs péchés aux prêtres, ou bien Jésus-Christ s'est moqué de ses prêtres en leur disant : Les péchés seront remis à ceux à qui vous tes remettrez, ît ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Il se serait également moqué d'eux quand il leur a dit : Je vous tonnerai les clefs du royaume des cievx; que leur servirait-il,
en effet, d'avoir les clefs du ciel, si Ton pouvait y entrer sans qu'il fût ouvert par leur ministère?
— D. La confession a-t-elle toujours été en usage ? — R. Oui, depuis les apôtres jusqu'à nous la confession a toujours été en usage, même parmi les anciens hérétiques.
Explication. — Si nous remontons jusqu'à la naissance du christianisme, nous verrons l'usage de la confession connu des premiers fidèles ; l'Écriture en fait une mention expresse : « Plusieurs de ceux qui avaient cru, est-il dit « dans les Actes des Apôtres, venaient confesser et déclarer « ce qu'ils avaient fait de mal (1). » Descendons de là jusqu'à nos jours : en traversant tous les âges de l'antiquité sacrée, nous trouvons la confession partout établie et pratiquée partout, même parmi les anciens hérétiques. Au Ve siècle, Eutychès prétendit qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule nature; et, au même siècle, Nestorius prétendit qu'il y avait dans l'Homme-Dieu deux personnes. Ces deux hérésies ont donné naissance à sept ou huit autres sectes, ainsi les arméniens, les cophtes, les jacobites, etc. Ces sectes sont encore répandues aujourd'hui dans quelques parties de l'Asie, et la confession y est observée comme dans l'Église romaine. Ces faits sont attestés par Chardin et plusieurs autres voyageurs, et démontrés jusqu'à l'évidence dans le célèbre voyage ayant pour titre : Perpétuité de la foi de l'Église catholique (2).
— D. Comment savez-vous que la confession a toujours été en usage ? — R. Je le sais par le témoignage de tous les anciens docteurs chrétiens et des auteurs hérétiques eux-mêmes.
Explication. — L'obligation de confesser ses péchés poui en obtenir le pardon, découle essentiellement du pouvoir judiciaire confié par Jésus-Christ à ses apôtres, comme nous l'avons démontré. Cependant, l'incrédulité ne cesse de répéter que la confession a pour auteur le souverain pontife
(1) Actes, xix, 18.
(î) Tome iv.
Innocent III, dans le quatrième concile de Latran. Voici une série de témoignages qui prouvent que la confession a toujours été en usage, que toujours on l'a regardée comme une condition indispensable pour se réconcilier avec Dieu , et que par conséquent on a toujours entendu, de la même manière et dans le même sens, les paroles émanées de la bouche de Jésus-Christ.
Le quatrième concile de Latran fut tenu à Rome, dans l'église de Latran, en 1215. Or, voici ce que disait saint Bernard, mort en 1153 : « Que sert-il de dire une p# « de ses péchés et de supprimer l'autre? de se purifier à « demi et de rester à demi souillé ? Tout n'est-il pas dt a vert aux yeux de Dieu ? Quoi ! vous osez cacher quelque « chose à celui qui tient la place de Dieu dans un si gi « sacrement (1) ! »
Saint Anselme , mort en 1109 , s'exprime ainsi dans son
homélie sur les dix lépreux : « Découvrez fidèlement aux
« prêtres, par une confession humble, toutes les taches de
i votre lèpre intérieure, afin d'en être nettoyés (2). —
a Comme le péché originel est remis dans le baptême, dit le
« même saint docteur, ainsi les péchés actuels sont remis
« dans la confession. Elle est un véritable jugement ; car il
a y a deux ugements de Dieu : l'un se fait ici-bas par la
i confusion, l'autre s'exercera au dernier jour, dans cet
a examen où Dieu sera le juge, le démon l'accusateur,
« l'homme l'accusé. Mais, dans le jugement de la confes-
« sion, le prêtre, comme tenant la place de Jésus-Christ,
« est le juge; l'homme est tout ensemble l'accusateur et le
« criminel ; la pénitence qu'on impose est la sentence (3). »
Saint Grégoire le Grand, mort en 604, expliquant ces
paroles de l'Évangile : Lazare, vent foras, dit aux pécheurs :
'i) S. Bernard, Opuscule sur les sept degrés de la confession.
\t) Ite, ostendite vos sacerdo'JLms. id est per humilem oris confessioneiïi sacerdotibus veraciter manifestate oranes intenoris vestrce leprae maculas, ut mundari possitis. (S. Auselm opéra, edit. Colon., p. 176.)
(3) S. Auselm., in Elucidario, cité par Denis de S ointe -Marthe, Traité de la confession^ p. 357.
« Pourquoi gardez-vous vos péchés dans le fond de votre « conscience? Sortez de l'abîme par la confession, et vous « serez déliés par le ministère des prêtres, comme Lazare
.« fut délié parles mains des disciples du Sauveur (1). » Saint Sidoine, évêque de Giermont, mort en 489, dans
iune lettre écrite à un premier magistrat, après avoir dit que les évêques sont chargés de percer les ulcères secrets des consciences, ajoute : ail n'en est pas du juge du monde « comme du président du barreau. A votre tribunal, « celui qui confesse ses crimes est condamné; mais celui a qui, en se confessant à nous, se confesse à Dieu, est a absous (2). »
Saint Augustin, mort en 430, disait aux fidèles de son temps : « Que personne ne dise : Je fais pénitence en secret « aux yeux de Dieu; c'est assez que celui qui doit m'ac- « corder le pardon connaisse la pénitence que je fais au a fond de mon cœur. S'il en était ainsi , ce serait sans « raison que Jésus-Christ aurait dit : Ce que vous délierez « suvr la terre sera délié dans le ciel, et qu'il aurait confié a les clefs à son Église. Ce n'est donc pas assez de se cônes fesser à Dieu , il faut encore se confesser à ceux qui ont a reçu de lui le pouvoir de lier et de délier (3). »
Saint Jérôme, mort en 420, enseigne d'une manière non moins positive la nécessité de la confession. « Si le serpent u infernal, dit-il, avait porté à quelqu'un une blessure ca- « chée ; si, à l'écart et sans témoins, il lui avait insinué le « venin au. péché, et que le malheureux s'obstinât à ne pas « découvrir sa blessure à son frère et à son maître, le
(1) Cur reatum tuum intra conscientiam abscondis? Foras jam per confessionem egredere, qui apud te interius per negationem lates. Veniat itaque foras mortuus, id est : culpam confiteatur; venientem vero foras soivent discipuli. (S. Grcgorius, hom. XXVI.)
(2) S. Sidon., epist. XHJ, lib. iv.
(3) Nemo sibi dicat : Ego occulte pœnitentiam ago, novit Dcus qui mihi ignoscii... Ergo sine causa dictum est : Quos solveritis... Ergo sine causa sunt clavcs dalœ Ecclesise Dei? Frustramus Evangelium, frustra mus verbum Christi. (S. Aug., serm. Il, in Psal, ci, n« 3.)
« maître, qui possède des paroles de guérison, ne lui sera <r pas plus utile que le médecin ne l'est au malade qui rouer git de s'ouvrir à lui ; car ce qu'elle ignore, la médecine « ne le guérit pas. Les évèques et les prêtres sont ceux à « qui le ministère du sacrement de pénitence est confié. lis « ont les clefs du royaume des cieux, et jugent, en quelque « façon, avant le jour du jugement; car c'est à eux que « Jésus-Christ a dit, en la personne de Pierre : Je vous « donnerai les clefs du royaume des cieux; tout ce que vous « lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que « vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (\). »
« Le fornicateur et l'adultère (ce sont les paroles du grand « Chrysostoine, mort en 407), l'homme, quel qu'il soit, qui « s'est rendu coupable d'un péché grave, ne saurait en « anéantir le reproche au fond de sa conscience. Son crime, « fût-il ignoré du reste des hommes, il le sait; c'en est « assez pour le livrer à de continuellesagitations. Le moyen « de profiter de ces remords d'une conscience accusatrice, de a calmer cette plaie dévorante, d'imposer silence à ce bour- « reau intérieur qui vous châtie nuit et jour, quel est-il? « C'est d'en faire l'humble confession , de le déposer dans « le sein d'un homme qui ne vous le reprochera pas, « et qui vous en offrira le remède ; c'est d'en confier le se- « cret à lui seul et sans témoins; de lui tout dire avec une » rigoureuse exactitude. Allez montrer votre plaie au me a decin spirituel, et il vous donnera les moyens de la « guérir. Confesser ses péchés, c'est les effacer (2). »
« Si celui qui a volé secrètement quelque chose, dit saint a Grégoire de Nysse, mort vers l'an 400, déclare ensuite » son péché au prêtre, et s'il quitte l'inclination au vice « pour embrasser la vertu, il guérira de sa maladie (3). » — « Découvrez sans crainte, dit le même saint docteur,
(1) S. Hieron., t. iv, p. 75.
(2) S. Cliryvost., édit. des Bénédictins, t. rv, p. 175.
(3) Si per deelaratioeem peccatum suum sacerdoti aperuerit. {Epxst. id Leiùrium.)
« découvrez sans crainte à votre père spirituel tout ce que « vous avez de plus caché; faites-lui connaître le fond de (( votre cœur, comme vous montreriez à un médecin vos « plaies cachées (1). »
« Rien de si caché, dit saint Ambroise, mort en 397, « rien de si caché qui ne doive être un jour révélé. Ce que « Ton ne veut point découvrir à ces hommes assis sur la « chaire de Moïse, sera découvert à la face de l'univers. Là « paraîtront ces commerces infâmes, voilés sous les trom-
« peurs dehors de la dévotion Eh bien, voulez-vous
a ensevelir dans un éternel oubli cet enchaînement de pré- ■ varicatiohs? courez en faire à présent un humble aveu « aux prêtres : c'est le grand art de les tenir pour toujours « secrètes (2). »
« La confession, dit saint Grégoire de Nazianze, mort « vers Tan 389, et la fuite du péché, sont d'excellents re- « mèdes contre le vice. Une des grandes grâces que nous a devons demander à Dieu, c'est celle de nous corriger par « la rigueur de la confession (3). »
Saint Cyrille de Jérusalem, mort en 386, dans sa première catéchèse, exhorte au. renouvellement intérieur par les exercices de la pénitence et de l'exomologèse (A), ou confession, non pas seulement publique, mais particulière et de détail, ainsi qu'il le déclare par ces paroles décisives : « Confessez les péchés que vous avez commis, soit par « parole, soit par action, soit au grand jour, soit dans les a ténèbres (5). »
« Vous avez honte de confesser vos péchés, dit saint
(1) S. Greg. Nys-, hom. adv. eos qui altos severius judicant.
(2) Nunquam magis tecta quam in confessionc détecta. (S. Ambr., cité par M. Guillon, t. ix, p. 462, de la Bibliothèque choisie des Pères de l'Église.)
(3) S. Greg. Nazianz., orat. 15.
(4) Exomologèse, confession publique. Ce mot vient du grec ilotxo- Xcfynais, fait de il, au debors, et de ôpofQXsu, confesser.
(5) Confitere quae perpetrasti sive verbo, sive opère, sive noctu, sive nterdiu. (S. Cyril., ,acathec.)
a Ëphrem, mort Fan 379, ftmgissed plutôt de les avoir « commis (I). »
Saint Basile, mort en 379, tient absolument le^inême langage : a II faut nécessairement découvrir ses péchés à ceux « qui ont reçu la dispensation des mystères de Dieu (2). »
Lucius-Cœlius-Firmianus Lactance, mort en 325, explique dans ses Institutions ce que c'est que la circoncision du cœur, qui, selon lui, consiste dans le retranchement des péchés par la confession; et il montre que la circoncision de la chair, dans la loi ancienne, n'était que la figure de cette circoncision du cœur, qui doit être en usage parmi les chrétiens, a Dieu, dit -il, nous avertit de « ne point tenir notre cœur ouvert et enveloppé ; c'est-à- « dire de ne garder dans le secret de uotre conscience aucun « crime caché sous le voile de la dissimulation. Voilà quelle « est la circoncision du cœur dont parlent les prophètes et « que Dieu a fait passer de la chair mortelle dans l'àme , « qui ne doit point finir. En effet , Dieu , qui se sent porté, g par son éternelle bonté, à prendre un soin particulier « de notre véritable vie et de notre salut, nous a pro- » posé la pénitence dans cette circoncision spirituelle, afin g que, si nous découvrons à nu notre œur, c'est-à-dire si nous « confessons nos péchés pour satisfaire à Dieu, nous obte- » nions de lui le pardon qu'il refuse à ceux qui s'opiniàtrent « dans le mal et qui cèlent celui qu'ils ont commis (3). » — « Il faut savoir, dit-il encore, que la véritable Église est « celle dans laquelle est la confession et la pénitei « guérit efficacement les péchés et les plaies auxquelles la i faiblesse et la chair nous rend sujets (4). »
Saint Athanase, mort en 373, s'exprime ainsi, en parlant de la confession : « De même que l'homme baptisé par le
(1) Guillon, t. vin, p. 333.
(2) Peccata ils confiteri neeesse est, quibus mysteriorum Dei concredita dispensatio est. (S. Ba-ïiius, apud Libermann, t. iv, p. 167.)
(3) Div. institut., lib. iv, cap. xvu.
(4) Div. institut., lib. iv, cap. XXX.
« prêtre est éclairé par le Saint-Esprit, de même celui qui « confesse ses péchés dans la pénitence en obtient la remis- « sion par le prêtre (i). »
Saint Cyprien, mort en 258, après avoir blâmé, dans son livre De lapsis, ceux qui refusaient de faire pénitence, continue en ces termes : « Combien sont plus louables ceux qui, a bien qu'ils ne soient pas coupables d'avoir sacrifié ou de- « mandé des billets aux magistrats (2), néanmoins, parce « qu'ils ont eu seulement la pensée de le faire, viennent g s'en confesser aux prêtres de Dieu , avec regret et avec e simplicité , découvrent le secret de leur conscience et « déchargent leur âme du poids de ses fautes !» — « Que « chacun, dit-il dans un autre endroit du même livre, « confesse sa faute pendant qu'il est encore en ce monde, «qu'on peut recevoir sa confession, et que la rémis- « sion qu'il obtiendra des prêtres peut être agréée du Seî- « gneur(3). »
Nous citerons encore Origène, mort en 253, etTertullien, mort en 245. « Voyez, dit le premier, ce que nous enseigne a l'Écriture sainte : qu'il ne faut point cacher le péché que .« Ton a commis. Car, de même que ceux qui se sentent « incommodés de réplétion d'humeurs éprouvent du soula- « gement lorsque leur estomac s'en est débarrassé, de même « le pécheur qui a confessé son iniquité, coupe racine à la «cause de son mal. Seulement, l'important est de bien « choisir la personne à qui vous découvrirez votre pé- « ché (4). »
(1) Collect. SS. Patrum, t. n.
(2) Parmi ceux qui avaient succombé pendant la persécution de Décius, le plus grand nombre fut de ceux qui, pour s'épargner la honte d'une apostasie publique, prirent du magistrat des libelles ou billets pour n'être point recherchés comme chrétiens. Tous les saints évêques regardèrent cette faiblesse comme une profession indirecte de l'idolâtrie.
(3) S. Cyprianus, De lapsis.
(4) Si autem ipse sui accusator fiât, dum accusât semetipsum et confitetur, simul evomit et delictum atque omnem morbi digerit eausam. {Orig., hom. n, in Psal. xxxvn.)
— «Vous serait-il plus avantageux, dit le second, de vous « damner en cachant vos péchés, que devons sauver en les « déclarant (1) ?» — « Oh ! le grand avantage, dit-il encore, « que nous promet la honte en tenant nos péchés secrets ! a comme si nous les cachions à Dieu, quand nous en ôtons « la connaissance aux hommes (2)! » Mais à qui faut-il faire la déclaration de ses péchés, si ce n'est aux prêtres, puisque, selon le même Père, « c'est à eux qu'a été accordé le pouce voir d'absoudre (3)? » m%
Enfin saint Clément de Rome, auteur du 1» siècle, dans sa lettre à saint Jacques, s'exprime ainsi : « Que celui qui a aie soin de son âme ne rougisse point de confesser ses « péchés à celui qui préside, afin qu'il en reçoive la guen- « <on par la parole de Dieu et par un conseil salutaire (4j. » — « Saint Pierre, ajoute-t-il, enseignait de découvrir aux « prêtres jusqu'aux mauvaises pensées. » — «Pendant que a nou* sommes en ce monde, dit-il encore, convertissons- « nous de tout notre cœur, en renonçant au mal que nous « avons commis étant engagés dans la chair, afin a obtenir « le salut du Seigneur pendant que nous avons le temps de «faire pénitence; car, après que nous serons sortis du « inonde, nous ne pourrons plus ni nous confesser ni taire « pénitence dans le lieu où nous serons (5). » En voilà assez, je pense, mes enfants, pour vous faire voir
(1) An melius est danmatum latere, quam palam absolvi? (Tertul., C^,XGrandf pla'ne émoluments verecundia occultatio deiieti polli-
ceiabknns? (TertuL, Depœmt.,czp. X.)
i, advolvi, caris Dei adgenicnlari. (Mem., cap. IX.) (iUiinalicujuscor^elUvorwl infidelitas *, *»
JtaME- auimee im cnram gerit hœc confiter, e. qmpra,
C1("eSuindiu somus m hoc mnndo, de malis, qu» in came ^ ex toto corde resipiscanros, ut a Domino salyemur, dum hA» Pus pœnitenti*. Postquam enimemundo exnnnus, «a^-l mus ibiconfiteri, aut pœnitenbam adhiic agere. (S. Clemens, Sput. ad Corinth.)
que le précepte de la confession était connu avant le quatrième concile de Latran ; que ce précepte a toujours existé dans l'Église catholique, et que le concile dont il s'agit, en ordonnant à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés au moins une fois chaque année, ne leur a point imposé un joug nouveau, mais quil n'a fait que régler et déterminer le temps où il fallait satisfaire à un précepte que Dieu lui-même a imposé aux pécheurs.
Les auteurs hérétiques reconnaissent également la nécessité de la confession, comme on le voit dans la Perpétuité de la foi de l'Église catholique et dans plusieurs autres ouvrages. Nous nous bornerons à rapporter les témoignages de plusieurs protestants célèbres en faveUr du même dogme. «C'est sans doute, dit Leibnitz, un grand bienfait de Dieu d'avou donné à son Église le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, pouvoir qu'elle exerce par les prêtres, dont on ne peut mépriser le ministère, sans péché... La rémission accordée dans le baptême ou dans la confession est également gratuite, également fondée sur la foi dans le Christ; la pénitence, dans l'un et dans l'autre, est nécessaire pour les adultes, avec cette différence que dans le baptême, excepté le rite de l'ablution , Dieu n'a rien prescrit en particulier; au lieu que, pour la pénitence, il est ordonné à celui qui veut être purifié de se montrer aux prêtres , de confesser ses péchés, de subir, au jugement du prêtre, une peine qui puisse lui servir d'avertissement dans la suite; et comme Dieu a établi les prêtres médecins des âmes, il a voulu que les malades leur découvrissent leurs maladies et dévoilassent leur conscience (1). »
Lord Fitz-William, dan, "js Lettres d'Atticus, après avoir exposé la doctrine de l'Église catholique sur la communion et la confession qui doit la précéder, continue en ces termes : « Quelle sécurité , quel gage, ne sont pas ainsi exigés de chaque individu pour l'accomplissement de ses devoirs
(1) Leibnitz, Systema theologicum, traduit par Mollevant, p. 2G9. m. 1G
sociaux, pour l'exercice de toutes les vertus, l'intégrité, la bienveillance , la charité , la miséricorde ! Pourrait-on en trouver de semblables partout ailleurs? Ici, la conscience est réglée devant le seul tribunal de Dieu , non par celui du monde. Ici, le coupable est lui-même son accusateur, et non pas son juge ; et tandis que le chrétien d'une autre communion s'examine légèrement, prononce dans sa propre cause, et s'absout avec indulgence, le chrétien catholique est scrupuleusement examiné par un autre, attend son arrêt du ciel, et soupire après cette absolution consolante qui lui est accordée , refusée ou différée au nom du Très-Haut. Quel admirable moyen d'établir entre les hommes une mutuelle confiance, une parfaite harmonie dans l'exercice de leurs fonctions (1) !»
Luther lui-même était loin d'être ennemi de la confession ; il lui était, au contraire, infiniment favorable : « J'aimerais mieux supporter la tyrannie du pape que de consentir à l'abolition de la confession ; » c'est ainsi qu'il s'exprime ia-ns un de ses ouvrages; et dans son Petit Catéchisme, publié peu de temps avant sa mort : « Devant Dieu, il faut s'avouer coupable de tous ses péchés, même de ceux qu'on ne connaît pas ; mais nous devons déclarer au confesseur les péchés seulement que nous connaissons et que nous sentons dans notre cœur. Quels sont ces péchés? Examinez votre condition, votre état d'après les dix commandements ; c'està-dire, si vous êtes père, mère, fille, maître, maîtresse, serviteur; voyez si vous avez été désobéissant, infidèle, paresseux; si vous avez offensé quelqu'un par œuvres ou paroles; si vous avez dérobé, négligé, détérioré quelque chose; enfin, si vous avez causé des dommages (2). » Ces passages prouvent évidemment que dans le protestantisme, tel qu'il sortit des mains de Luther, la confession auricu-
(1) Lettres d'Atticus, par un Anglais protestant (lord Fitz- William), p. 110.
(2) Entretiens philosophiques sur la réunion des différentes commu~ nions chrétieniies, parle B. de Starc':, p. 12.
Jaire avait lieu, et que dans ses intentions on aurait dû la conserver. Sur ce points comme sur une infinité d'autres, on est allé bien plus loin que Luther. L'usage de la confession a été aboli : qu'en est -il résuMé? Des crimes sans nombre , des désordres inouïs jusqu'alors. Voici ce qu'on lit dans la Liturgie suédoise : « Lorsqu'on s'est relâché sans mesure sur les règles prescrites pour la confession auriculaire, les jeûnes, la célébration des fêtes..., ces concessions ont été aussitôt suivies d'un libertinage si affreux, qu'il n'y a personne , quoi qu'on puisse dire , qui ne se croie permis de satisfaire ses passions, au lieu de se rendre à des avis salutaires. Les exhortez-vous à se confesser, afin de s'assurer de la sincérité de leur conversion, à laquelle seule l'absolution doit être accordée , ils s'écrient qu'il ne faut contraindre personne! Leur recommandez-vous l'observation du jeûne, ils se livrent, au contraire, aux désirs déréglés de leur ventre !... En un mot, les chevaux emportent le cocher, selon le proverbe ; et les rênes ne conduisent plus le char (1). »
Les Juthériens de Nuremberg furent si effrayés du débordement de crimes dont fut suivie presque immédiatement l'abolition de la confession auriculaire, qu'ils envoyèrent une ambassade à Charles-Quint pour le supplier de rétablir chez eux, par un édit, l'usage de la confession. Les ministres de Strasbourg émirent le même vœu dans un mémoire qu'ils présentèrent , en 1670, au magistrat. Ces requêtes furent traitées comme elles le méritaient; on les regarda comme non avenues. Un magistrat, un monarque, peuvent être assez puissants pour faire fléchir le genou , mais leur pouvoir ne saurait aller jusqu'à ouvrir les consciences (2).
De nos jours, tous les protestants n'ont pas renoncé à la confession : l'Église anglicane en a conservé l'usage. Dans la visite des malades, il est enjoint aux ministres d'exciter le malade à faire une confession particulière de ses péchés,
(1) Voir les Considérations sur le dogme générateur de la piété chrétienne, par l'abbé Gerbet, p. 293.
(2) Discussion amicale, t. II, p. 140.
lorsqu'il se sent la conscience chargée de quelque etiose de grande importance. Après sa confession, le ministre lui donne l'absolution de cette manière: « Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a laissé à son Église le pouvoir d'absoudre tous les pécheurs qui se repentent et qui croient en lui véritablement, veuille te pardonner tes offenses par sa grande miséricorde; et, en son autorité qui m'est commise, je t'absous de tous tes péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen (!). »
Dans le Rituel luthérien des Églises danoise et norwéyienne, un article traite de la confession privée, qui est auriculaire. On y voit qu'après avoir déclaré ses péchés, te pénitent se prosterne aux pieds du ministre, qui l'absout i/c vertu du pouvoir qu'il a reçu de Dieu même pour remettre les péchés (2).
Enfin, dit M. Grégoire dans son Histoire des confesseurs des rois , on pourrait citer tel ministre luthérien français , actuellement en exercice, qui, persuadé qjue la confession auriculaire est un devoir, l'exige de ses paroissiens. En i800, le docteur Gottlieb Merkel, surintendant deChemnitz, publia en allemand un petit ouvrage qui tend au même but (3).
— D. La confession n'a donc pas été établie par les hommes? — R. Non ; jamais les hommes n'auraient pu faire accepter une pratique qui ne laisse pas d'être pénible ; et d'ailleurs, s'ils avaient fait cette innovation depuis les apôtres, on en devrait trouver au moins quelques vestiges dans l'histoire.
Explication. — Il en coûte tant à l'amour-propre de s'avouer coupable , cet aveu répugne tellement à notre orgueil, que jamais les hommes n'auraient pu faire accepter une pratique aussi pénible que la confession; et si Ton s'est soumis à cette loi , c'est parce qu'on était persuadé qu'elle venait d'en haut et que c'était Dieu lui-même qui l'imposait
(1) Liturgie de l'Église anglicane*
(2) Rituale Ecclesiarum Daniœ et Norv;egiœ, in-12, p. 76.
(3) Histoire des Confesseurs des rois, par M. Grégoire, p. 145.
aux pécheurs. — Si la confession est l'ouvrage des hommes, qu'on nous dise donc dans quel temps ils Font établie ; qu'on nous dise quel en est l'auteur; qu'on nomme le concile, qu'on indique le règlement qui a imposé à toute la chrétienté une obligation inconnue jusque-là? Sur tous ces points, l'hérésie a été forcée d'avouer son impuissance. — - Si la confession a été établie par les hommes, il y a donc eu un temps où la coufession n'était poiRt en usage ; il s'esi donc opéré un changement dans la doctrine de l'Église; l'Église a donc passé de la croyance de l'inutilité delà confession à la foi de sa nécessité ? Mais il est impossible qu'un tel changement se soit opéré dans aucun temps. Je suppose, mes enfants, que jusqu'à présent on n'ait point assujetti les chrétiens à se confesser pour se réconcilier avec Dieu, et que tout à coup on vienne nous dire qu'aucun pécheur ne pourra désormais se sauver que par ce moyen , que répondrions-nous? N'aurions-nous pas raison de dire : Nos pères se sont sauvés , et ils ne se confessaient pas : pourquoi ne nous sauverions-nous pas comme eux? pourquoi nous imposer un joug nouveau? Dieu a-t-il donc rétréci le chemin qui conduit au ciel? Or, ce que nous dirions aujourd'hui, ne Faurait-on pas dit à l'époque où, pour la première fois, on aurait prêché la nécessité de la confession? Il se serait fait alors dans l'Église un grand mouvement ; une foule de voix se seraient élevées pour réclamer l'ancienne liberté, il y aurait eu résistance, opposition; l'introduction de ce nouveau dogme aurait fait époque dans les annales de l'Église; et cependant on ne trouve pas la moindre trace de tout cela dans l'immensité des monuments ecclésiastiques.
TRAITS HISTORIQUES