‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 72 sur 139 · DE LA SATISFACTION · texte numérisé non relu

DE LA SATISFACTION

= D. Celui qui a reçu l'absolution a-t-il encore quelque chose à faire ? — R. Celui qui a reçu l'absolution doit encore réparer l'injure faite à Dieu et le tort fait au prochain par le péché; c'est ce qu'on appelle satisfaction.

Explication. — Le pécheur touché d'un vrai repentir, et dont la confession a été humble, sincère et entière, est pleinement réconcilié par l'absolution. Mais il ne doit pas croire qu'il ne lui reste plus rien à faire; il a encore des devoirs essentiels à remplir. Par le péché, il a offensé Dieu, il lui a fait une grande injure ; il y a obligation pour lui de la réparer. Par le péché, il a pu aussi causer au prochain quelque dommage, lui porter quelque préjudice; et s'il en est ainsi, il lui doit réparation pour tous les torts qu'il lui a faits. Cette double réparation est ce qu'on appelle satisfaction.

— D. Qu'est-ce que la satisfaction ? — R. La satisfaction est la réparation de l'injure faite à Dieu par le péché.

Explication. — La satisfaction, considérée en tant qu'elle est un des trois actes du pénitent qui sont comme la matière du sacrement, consiste principalement dans la répa-

(1) Baruffaldi, ad Rituale rom. 'ommentaria, p. 60.

ration de l'injure qu'on a faite à Dieu en violant ses lois, Elle a un second objet dont nous parlerons bientôt, savoir : la réparation du tort qu'on a causé au prochain , soit dans sa personne, soit dans sa réputation, soit dans ses biens.

= D. Si l'on n'était pas dans l'intention de satisfaire à Dieu et au prochain, ferait-on une bonne confession? — R. Non; ceux qui en se confessant ne sont pas dans la résolution de satisfaire à Dieu et au prochain, sont indignes d'absolution, et s'ils la recevaient, ils feraient un sacrilège.

Explication. — Dans les premiers siècles de l'Église, on n'admettait au bienfait de la réconciliation que ceux qui avaient réparé autant qu'il était en eux l'injure faite à Dieu et le tort fait au prochain parleur péché. Aujourd'hui, l'Église permet d'absoudre ceux qui n'ont pas encore satisfait, mais elle exige que l'on promette et que l'on soit dans la ferme résolution de satisfaire. Cette ferme résolution, que les théologiens appellent la satisfaction dans le vœu, in voto, est une partie essentielle du sacrement, et sans elle il ne peut y avoir de rémission des péchés. Tl s'ensuit de ce principe que, si un pécheur, en se confessant, n'était pas ■bien déterminé à satisfaire à la justice de Dieu et à réparer ses torts envers le prochain, il serait indigne de recevoir l'absolution, et s'il la recevait, elle ne remettrait pas ses péchés; il commettrait, au contraire, un horrible sacrilège et sortirait du tribunal de la pénitence plus coupable qu'il ne l'était en y entrant.

— D. Puisque les péchés sont remis par l'absolution, comment est-on encore obligé de satisfaire à Dieu ? — R. Parce que, pour l'ordinaire, la peine éternelle que mérite le péché mortel est changée en une peine temporelle qu'il faut subir en cette vie ou en l'autre.

Explication. — Comme nous l'avons déjà dit (1), il faut distinguer trois choses dans le péché : la tache ou laideur qu'il imprime dans Famé ; la coulpe, c'est-à-dire cet état

(i) Voir, au tome w, la leçon du Péché,

de culpabilité dans lequel se trouve Pârne coupable, et qui la rend un objet d'horreur, -d'indignation et de haine de ia p irt de Dieu, lorsque le péché est mortel, ou de simple plaisir, lorsqu'il n'est que véniel ; enfin la dette de la peine, c'est-à-dire ce même état de culpabilité qui met l'âme sous le poids de la justice divine et la rend passible d'une peine proportionnée à son péché. L'absolution efface entièrement et absolument, la -tache que le péché avait imprimée dans l'âme, et la fait sortir de l'état de culpabilité où elle se trouvait. Elle remet aussi la peine éternelle que Dieu réservait au pécheur dans l'enfer; mais, pour l'ordinaire, cette peine éternelle est changée en une peine temporelle qu'il faut subir en cette vie ou en l'autre. Nous disons pour l'ordinaire, car il peut se faire qu'un pécheur ait un si vif regret de ses fautes, et une charité si parfaite, que Dieu lui remette entièrement et absolument toute la peine qu'il avait méritée (1).

La peine éternelle que méritait le péché mortel est changée , pour l'ordinaire, en une peine temporelle : ainsi s'expriment les théologiens les plus estimés ; nous allons citer leurs propres expressions. Commençons par l'auteur de la Théologie de Poitiers : « Par un effet de son infinie miséricorde, Dieu substitue une peine temporelle à la peine éternelle (2). » — Dans le sacrement de pénitence, nous dit le R. P. Thomas de Charmes : a La peine éternelle est chan-

(1) Intentio contritionis potest attendi dupliciter, uno modo ex parte charitatis quae displicentiara causât; et sic continent, tantam intendi charitatem in actu. quod contritio inde sequens merebitur nonsolum culpœ amotionem, sed etiam absolutionem ab omni pœna : alio modo ex parte doloris sensibilis, quem voluntas in contritione excitst ; et quia illa pœna etiam qusedam est, tantum potest intendi, quod sufficiat ad deletionem culpse. Quandoque Deus tanta commotione convertit cor hominis, ut subito perfecte consequatur sanc'itatem spiritualem, non solum remissa culpa, sed sublatis omnibus potcati reliquiis. (S. Thomas, apud Theodorum a Spiritu Sancto, Tract, dogmat. mord, de indulgenBfa, t. i, p. 115.)

(2) Substituit enim Deus pœnam temporalem aeternae, quod est infinitae miseriçordise opus. (Thcûl. Pict., de Satisfact., art. 1.)

— Soi —

gée en une peine temporelle, en ce sens que îe pécheur, qui, avant de recevoir le sacrement, méritait une peine éternelle, ne mérite plus, après l'avoir reçu ou après avoir fait un acte de contrition parfaite, qu'une peine temporelle, puisqu'il est devenu l'ami de Dieu (1). » — « Presque toujours, dit Reiffenstuel, lorsque le péché mortel est remis par la pénitence, la peine éternelle qu'il méritait est commuée en une peine temporelle (2). » — « L'homme, après avoir été justifié, dit Théodore du Saint-Esprit, est encore obligé de faire pénitence; non que la dette de la peine éternelle subsiste encore, mais parce que la peine éternelle, qui avant la justification était due au péché mortel, est changée en une peine temporelle (3). » — « Le sacrement de pénitence, dit le grand Bossu et, est un échange mystérieux qui se fait de la peine éternelle en une temporelle (4). » — « Apres que nos péchés nous ont été pardonnes, dit le cardinal de La Luzerne, et que la peine éternelle a été remise par l'absolution, il reste encore une peine à subir, soit dans l'autre vie par les peines du purgatoire, soit dans cette vie par les œuvres satisfactoires ; c'est ainsi que Dieu concilie ce qu'il donne à sa miséricorde et ce qu'il doit à sa justice. La clémence pardonne au pécheur, lui rend la grâce, le réconcilie avec Dieu; la justice exige que l'homme satisfasse autant qu'il est en lui pour l'offense qu'il a commise. La clémence substitue une peine temporelle aux supplices

(î) Pœna seterna mutatur in tcmporalem, hoc sensu quod peccator ante susceptionem sacramenti erat dignus pœna œterna; suscepto vero sacramonto, vel elicito aetu contritionis perfectœ, dignus est tantum pœna temporali, cum sit amicus Dei. {Theologia universa, a R. P. Thomas de Charmes, edit. undecima, t. î, p. 414.)

(2) Ordinarie loquendo, dimissaper pœnitentiam culpa peccati mortac lis, remanct aliqua pœna temporalis, in quam pœna œterna peccato mortali correspondes commutatur. (Reiffenstuel, Theol. moralis, t. ir, p. 289.)

(3) Manet post justificationem homo obligatus ad pœnam, non quia pœnœ aeternœ reatus persistât, sed quia pœna œterna, quœ ante justificationem peccato lethali debebatur, commutatur in temporalcm. (ïheodorus a Spiritu Sancto, Tract . de indulgentiis, t. î, p. 128.)

(4) Bossuet, Sermon sur la satisfaction, 1er point.

éternels que le pécheur avait encourus; la justice demande que cette peine soit subie (1). » — Bonacina (2), Bellarmin (3), Bergier (4-), Liberman (5), le P. Bougeant (6), La Chétardie (7), le P. Pouget (8), Couturier (9), l'auteur du Catéchisme de Nantes (10), l'auteur du Catéchisme des Deux- Siciles (11), etc., s'expriment sur ce sujet dans des termes identiques.

D. Trouve-l-on dans les saintes Écritures des exemples qui établissent qu'après que le péché a été remis il reste une peine temporelle à subir? — R. On en trouve plusieurs.

Explication. — Le premier exemple est tiré du livre des Nombres. Ceux des Israélites envoyés par Moïse pour reconnaître la terre promise, à l'exception de Josué et de Caleb, décrièrent devant les enfants d'Israël le pays qu'ils avaient reconnu, en disant : « Le pays au travers duquel nous « avons passé pour le reconnaître, est un pays qui dévore « ses habitants; et tout le peuple que nous avons vu est

a d'une hauteur extraordinaire; nous croyions devant

g eux n'être que des sauterelles, et ils nous regardaient de « même. Alors toute l'assemblée éleva la voix; ils jetèrent « des cris et se mirent à pleurer pendant toute la nuit suig vante ; et tous les enfants d'Israël murmurèrent contre

(1) Le card. de La Luzerne, Instructions sur l'administration des sQcrerrisntSj gdit. in-12, t. i, p. 175.

(2) Bonacina, De sacram. pœnit., 1. I, p. 164.

(3) Bellarmin, Contrat), de satisfact.

(4) Bergier, Dict. de théologie, art. Satisfaction.

(5) Libermann, Instit. théofoa., t. nr, art Satisfaction.

(6) Le P. Bougeant, Exposition de la doctrine chrétienne.

(7) La Chétardie, Catéchisme de Bourges.

(8) Le P. Pouget, Catéchisme de Montpellier.

(9) Catéchisme de Couturier, t. IV.

(10) L'abbé Mesnard, directeur du Séminaire de Nantes.— Cet ecclésiastique, dont on a voulu faire un saint, était un janséniste déclaré, et son nom figure dans la Biographie des Appelants. On donnait ce nom aux jansénistes qui, D'ayant point voulu se soumettre à la bulle Uni' genitu.s, par laquelle étaient condamnées leurs erreurs, en avaient appelé au futur concile général.

(11) Gourlin. (Voir la Notice bibliographique qui se trouve à la fin du t. iv, au mot Gourlin . )

« Moïse et contre Àaron, et toute cette multitude leur « disait : Piût à Dieu que nous fussions morts dans le pays « des Egyptiens, ou qu'au moins nous dussions mourir « dans ce désert! Pourquoi le Seigneur nous a-t-il amenés

a vers ce pays-là , afin que nous tombions sous l'épce?

« Et le Seigneur dit à Moïse : Jusqu'à quand ce peuple « ni'irritcra-t-il par ses outrages et refusera ~t-il de croire 9 en moi, après tous les prodiges que j'ai faits au milieu « d'eux ? Je le frapperai de mortalité et je l'exterminerai... « Moïse répondit au Seigneur : Pardonnez, je vous sup- « plie, l'iniquité de ce peuple, selon la grandeur de votre « miséricorde Le Seigneur dit à Moïse : Je lui ai parce donné à votre prière.... Mais pour tous ces hommes qui « ont vu ma gloire et tous les prodiges que j'ai faits , soit « dans l'Egypte, soit dans le désert, et qui, loin d'obéir à « ma voix, m'ont tenté par dix fois, je jure qu'ils ne verce ront point la terre que j'ai promise avec serment à leurs « pères ; nul de ceux qui m'ont irrité par leurs blasphèmes c< n'y entrera (i). »

On voit par ce trait que Dieu, après avoir pardonné à son peuple le péché de murmure dont il s'était rendu coupable, lui impose néanmoins une peine temporelle qui consistait, pour ceux qui avaient alors vingt ans, à être privés de l'entrée de la terre promise et à mourir dans le désert, et pour ceux mêmes qui n'avaient pas atteint cet âge, à errer pendant quarante ans dans le désert, jusqu'à ce que tous les premiers y fussent morts (2).

Le deuxième exemple est tiré du second livre des Rois, David s'étant rendu coupable d'adultère et d'homicide , le Seigneur lui envoya le prophète Nathan. « Et Nathan étant « venu le trouver, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur, le « Dieu d'Israël : ... Vous avez fait perdre la vie à Urie Hé- « théen ; vous lui avez ôté sa femme et l'avez prise pour « vous; et vous l'avez tué par l'épée des enfants d'Ammon.

(1) Num., xiii, 33, 34 ; XIV, 1-23.

(2) Ibid., xiv, 29-28.

« C'est pourquoi l'épée ne sortira point de votre maison j a parce que vous m'avez méprisé et que vous avez pris pour « vous la femme d'Urie Héthéen. Voici donc ce que dit le « Seigneur : Je vais vous susciter des maux qui naîtront de « votre propre maison.. . Car, pour vous, vous avez fait cette « action en secret; mais, pour moi, j'exécuterai ma vena geance à la vue de tout Israël et à la vue du soleil. David « dit à Nathan : J'ai péché contre le Seigneur. Nathan a lui répondit : Le Seigneur a aussi transféré votre péché, a vous ne mourrez point ; mais parce que vous avez été cause a que les ennemis du Seigneur ont blasphémé contre lui,

« le fils qui vous est né va certainement perdre la vie

i Et le Seigneur frappa Pédant que la femme d'Urie avait s eu de David.,... Le septième jour, l'enfant mourut (1). »

On voit de même, par ce trait de l'histoire sainte, que Dieu, après avoir pardonné à David son adultère et son homicide, lui impose des peines temporelles à subir, savoir: d'abord la mort de l'enfant qu'il avait eu de la femme d'Urie, ensuite les calamités que devait éprouver sa maison, et notamment celles qu'il devait essuyer lui-même au temps de la révolte de son fils Absalon (2). — On trouve donc dans l'Écriture quelque chose de semblable à ce qu'enseigne l'Église catholique , que « Dieu ne remet pas toujours toute « la peine avec la coulpe (3) ; » mais que, pour l'ordinaire, la peine éternelle que le pécheur avait méritée par le péché mortel est changée en une peine temporelle. Nous voyons un exemple de cette commutation, de cette substitution, dans la conduite des princes qui, lorsqu'ils font grâce à un criminel condamné à mort, ont coutume de commuer la peine capitale en celle de la prison ou des galères.

D. Pourquoi Dieu, qui n'exige poùit de satisfaction da?is le sacrement de baptême, en exige-î-il dans celui de la pénitence ? — R. C'est i° afin de mieux faire sentir la grièveté des péchés commis après le baptême; 2° afin que cette satisfaction serve

(1) II, Reg., xli, 1-18.

<2) Ibid., xvi, 21.

(3) Conc. Trid., sess. xiv, can. 12.

de remède pour les péche's passés et de préservatif contre les rechutes.

Explication. — C'est surtout dans les sacrements que Jésus-Christ nous applique ses mérites et les fruits de sa mort, c'est-à-dire qu'il nous les communique, en sorte que ces mérites deviennent les nôtres. Cette application qu'il nous en fait est une pure grâce de sa part ; nous n'y avons nul droit; il demeure, par conséquent, toujours le maître des conditions auxquelles il veut nous la faire. Dans le baptême, il a voulu nous faire cette application sans exiger de nous aucune satisfaction, tant pour le péché originel que pour les péchés actuels que nous aurions commis avant d'être baptisés; c'est pour cela qu'on n'impose aucune pénitence dans le baptême. Mais si. après avoir été réconciliés avec Dieu dans le baptême, nous redevenons encore ses ennemis par le péché, et qu'en nous appliquant de nouveau ses mérites, et en nous pardonnant, il exige de nous quelque satisfaction, quelque peine temporelle, quoi de plus conforme à Ja justice et à la raison? Convenait-il que la seconde faute fût aussi facilement pardonnée que la première? et n'était-il pas dans l'ordre que le Seigneur, tout en déployant sa miséricorde et sa clémence, conservât à sa justice une partie de ses droits, en exigeant que celui qu'il consentait à recevoir en grâce restât quelque temps pénitent? « Dieu, en agissant ainsi envers nous, fait à peu près comme une personne charitable qui, voyant un homme condamné à passer le reste de ses jours en prison pour dettes, les acquitte pour lui; puis, si cet homme se met encore de nouveau dans le même cas par sa faute, cette personne charitable veut bien lui rendre le même service, mais elle exige qu'au moins il paie ce qu'il pourra (1). »

= D. Pouvons-nous satisfaire à Dieu pour cette peine? — R. Oui, nous le pouvons par les mérites de Jésus-Christ.

Explication. — Nous ne pouvons, par nous-mêmes, sa--

(1) L'abbé Vermot, Questions pratiques, p. 311.

— SoG — tisfaire à Dieu, et réparer l'injure nue nous lui avons faite par le péché, mais nous le : m en Jésus-Chrfet et par

Jésus-Christ, c'est-à-dire en ncus appliquant, par des œuv: es de mortification et de pénitence, la satisfaction que ce divin Sauveur a- faite sur le calvaire; satisfaction offerte pour les péchés de tout le genre humain, mais dont on ne recueille les fruits qu'en satisfaisant soi-même autant qu'on le peut. C'est dans ce sens que saint Paul disait : « J'ac- « remplis dans ma chair ce qui manque à la passion de a I\otre-Seigneur Jésus-Christ. »

— D. Comment satisfait-on >l Dicw ? - R. On satisfait à Dieu en accomplissant par soi-même, avec dévotion, la pénitence imposée par le ïitf.

E::::.:càtïo:>\ — Les œuvres par lesquelles nous satisfaisons à Dieu sont de plusieurs genres. On doit mettre au premier rang la pénitence imposée par le confesseur dans le saint tribunal , parce qu'elle appartient plus particulièrement que toute autre au sacrement, et elle est même la seule qui srâttraimeaft sacramentelle. Il est utile, il peut même être nécessaire d'y ajouter ; il est impossible de la suppléer : elle est la condition expresse de l'absolution. C'est pour le confessseur une obligation de l'imposer, et c'est aussi pour le pénitent une obligation de l'accepter, à moins qu'il ne lui soit impossible ou très-difficile de l'accomplir, et alors il doit le dire en toute simplicité au confesseur. On doit accomplir sa pénitence avec recueillement, dévotion et piété; s'en acquitter le plus tôt possible : une pénitence longtemps différée est ordinairement une pénitence mal faite; et si le prêtre a prescrit le temps et la manière de la faire', il faut se conformer exactement à tout ce qu'il a ordonné.

Le pénitent doit accomplir sa pénitence par lui-même, comme il doit avoir la contrition et se confesser par luimême. Ce sont des actes personnels pour lesquels il n'a pas le droit de se faire remplacer par un autre; la doctrine

contraire a été condamnée par le souverrin pontife Alexandre VII (■!). D'où il s'ensuit que, si quelqu'un avait pour pénitence de faire l'aumône, il ne serait pas libéré de cette obligation parce qu'un de ses amis aurait donné pour lui aux pauvres telle ou telle somme. Mais si, tirant de sa bourse ce qu'il doit donner, il chargeait quelqu'un de le distribuer aux malheureux, il aurait accompli sa pénitence (2).

D. Le pénitent peut-il changer lui-même la pénitence qui lui a été imposée par le confesseur? — R. Il ne le peut pas.

Explication. — Le pénitent ne peut pas, de son autorité propre, changer la pénitencee qui lui a été imposée, quand bien même celle dont il se chargerait serait plus rigoureuse que l'autre. Le changement de pénitence est, comme son imposition, un acte de juridiction que le coupable ne peut pas exercer. D'ailleurs, la satisfaction que le pénitent s'imposerait ne serait pas sacramentelle, ne ferait pas une partie du sacrement, et n'aurait pas, comme celle qui est imposé par le confesseur, la vertu de remettre par elle-même les peines dues au péché. Il faut donc aller trouver le confesseur lorsqu'on est dans l'impossibilité d'accomplir sa pénitence ou qu'on ne le peut sans de grandes difficultés, afin qu'il en impose une autre. Il faut agir de la même manière si l'on a oublié la pénitence qu'il a imposée ; et si, en se confessant, on s'apercevait que le prêtre ne pense point à donner de pénitence, on devrait l'en avertir (3).

(1) Pœnitens propria auctoritate substituere sibi alium potest, qui loco ipsius pœnitentiam adimpleat. (Prop. 15 inter damnatas ab Alexandro VII.)

(2) Sœttler, t. iv, p. 256.

(3) Non potest pœnitens propria auctoritate commutarc sibi pœnitentiam in aliud opus, etiamsi mclius. Ratio est : 1° quia rcus non potest mutare pœnam sibi impositam a judice, uti ncc subditus opus sibi injunctum a superiore ; 2° quia id, in quod commutabit, non erit satisfaotio integrans sacramentum ; neque adeo remittet pœnam ex opcre operato, quia non veniet a potestate clavium. (Mazotta, Theol. moral.. p. 318.)

D. Le pénitent peut-il parler de la pénitence qui lui a été imposée par le confesseur ? — R. Il doit garder ie silence à cet égard.

Explication. — C'est ce qui a été recommandé par un grand nombre de conciles, et en particulier par le concile célébré à Bourges Fan 1528, sous le pontificat, de Gl ément VII (1). « L'obligation que le pénitent a detre fidèle à garder le silence sur ce qui s'est passé entre son confesseur et lui, dans le confessionnal, est fondée sur îe respect dû au sacrement,, où il se fait entre le confesseur et ie pénitent une espèce de traité qui engage Fun et l'autre, à se garder réciproquement le secret, quoiqe le pénitent n'y soit pas obligé aussi étroitement que le confesseur. Ainsi, le pénitent ne doit point, sans un besoin véritable, dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du saint tribunal : comme sont les avis que le confesseur lui a donnés, les remèdes qu'il lui a proposés, les pénitences qu'il lui a imposées (2) ; » et s'il y a quelque raison qui porte le pénitent à parler de ce qui s'est passé entre lui et le confesseur, par exemple s'il ne sait où. trouver telle prière qu'on lui a ordonné de réciter, sïl ne sait pas comment s'y prendre pour accomplir telle œuvre qui lui a été prescrite, il ne doit s'expliquer qu'avec la plus grande circonspection et ne consulter que des personnes sages, éclairées et discrètes. Qui pourrait dire, hélas! combien de maux et de scandales résultent tous les jours de l'indiscrétion de certaines personnes, qui, à peine sorties du tribunal de la pénitence, ont la déplorable habitude d'aller raconter en le dénaturant, et souvent au premier venu, tout ce qui leur a été dit par le confesseur î Quiconque a une piété sincère et une dévotion bien entendue ne donnera jamais dans un pareil excès.

= D. N'y a-t-ilpas encore d'autres moyens de satisfaire à Dieu?— R. Oui, on satisfait encore à Dieu en s'imposant des pénitences

(!) Statuit ne pœnitehtcs nijunctain sibi pœnitentiam a sacerdote revoient. {Bclectus (■:: .; èîesiœ universâlis, t. Il, p. 1802.) (2) Rituel de Toulon, t. n, p. 171.

volontaires, telles que la prière, le jeûne, les mortifications et ■l'aumône.

Explication. — La pénitence imposée par le prêtre est ordinairement trop légère pour que nous puissions par elle seule satisfaire à la justice de Dieu; nous devons donc y ajouter d'autres œuvres satisfactoires, comme la prière, le jeune et l'aumône. La prière comprend tous les 'exercices de piété propres à humilier l'âme et à l'unir à Dieu, comme la récitation des psaumes de la pénitence, les lectures do piété, l'assistance à la messe, l'assiduité aux instructions et aux offices de l'Église. L'aumône comprend toutes les œuvres de miséricorde, tant spirituelles que temporelles, que l'on peut exercer envers le prochain, comme le soulagement des pauvres, la visite des malades, l'instruction des ignorants, les bons conseils, etc. Le jeûne ne comprend pas seulement un certain retranchement du boire et du manger, mais encore tout ce qui tend à mortifier les sens, comme la privation du sommeil, l'assiduité au travail, la pratiqua du silence, etc. Toutes ces œuvres sont méritoires devant Dieu, et par elles nous satisfaisons à sa justice : « Rachetez vos péchés par des aumônes et vos iniquités par a des œuvres de miséricorde, » dit le Seigneur par la bouche du prophète Daniel (1). « La prière, » est-il dit au livre de Tobie, « accompagnée du jeûne et de l'aumône, « vaut mieux que tous les trésors et tout l'or qu'on peut « amasser; car l'aumône délivre de la mort, et c'est elle a qui efface les péchés et qui fait trouver la miséricorde et a la vie éternelle (2). »

<= D. Satisfait-on aussi à Dieu par le travail et les autres peines <te nette vie? — R. Oui, pourvu qu'on les lui offre en expiation des péchés qu'on a commis.

Explication. — Outre les œuvres satisfactoires imposées par le confesseur, outre les pénitences volontaires aue nous

(1) Dan,, iv, 24.

(2) Tob.j xn, 8, 9

nous imposons à nous-mêmes, les traverses, les misères, les maladies, les revers de fortune, la pauvreté, les injures, les calomnies, les persécutions, les tribulations de tout genre que nous éprouvons dans le cours de la vie, sont autant de moyens de satisfaire à Dieu. Si nous les supportons avec une patience chrétienne, si nous les offrons à Dieu pour Fexpiation de nos péchés, sa clémence infinie daigne les accepter ; c'est ce qu'enseigne positivement le concile da Trente (1).

— D. Comment rendons-nous nos satisfactions agréables à Dieu et utiles pour l'expiation de nos péchés? — R. Nous rendons nos satisfactions agréables à Dieu et utiles pour l'expiation de nos péchés, en les unissant aux mérites de Jésus-Christ, avec l'intention de satisfaire à la justice de Dieu.

Explication. — Ce n'est pas de nos propres mérites que nos satisfactions tirent leur force et leur vertu, mais des mérites et de la satisfaction de Jésus-Christ ; c'est-à-dire, c'est par Jésus-Christ que nous faisons de dignes fruits de pénitence et que Dieu les agrée. La satisfaction surabondante de notre divin Sauveur supplée au défaut de la nôtre, et toutes nos œuvres ne sont réellement satisfactoires que par leur union à la satisfaction de THomme-Dieu. Pour rendre nos satisfactions méritoires, il faut donc les unir aux mérites de Jésus-Christ, avec l'intention de satisfaire à la justice de Dieu.

= D. Qu'est-ce que satisfaire au prochain ? — R. Satisfaire au prochain, c'est lui rendre exactement ce qu'on lui doit pour le tort qu'on lui a fait dans sa personne, dans son honneur, dans sa réputation ou dans ses biens.

Explication. — La satisfaction, considérée par rapport au prochain, n'est autre chose que la réparation des dommages qu'on lui a faits dans sa personne, dans son honneur, dans sa réputation ou dans ses biens. Si on lui a fait quelque tort dans sa personne, en le blessant, en la frap-

(l) Sess. xiv, c. 9.

prant..., il y a obligation de le réparer en lui donnant un juste dédommagement. Si on lui a fait quelque tort dans son honneur et dans sa réputation, il y a obligation de rétracter le mal qu'on lui a faussement imputé ; et, si l'on n'a dit que la vérité, de faire tout ce qui est possible pour détruire la mauvaise opinion qu'on en a donnée. Si on lui a fait quelque tort dans ses biens, en lui volant de l'argent ou d'autres objets, en le trompant dans des contrats de vente ou d'achat...., il y a obligation de lui rendre ce qu'on lui a pris ou de le dédommager de la perte qu'on lui a causée. Cette obligation est indispensable, et quiconque n'est pas dans l'intention de la remplir ne peut rentrer en grâce avec Dieu. Rappelez-vous, mes enfants, ce que nous avons dit à ce sujet en expliquant le septième et le huitième commandement de Dieu.

TRAITS HISTORIQUES

Page 1