DES PÉCHÉS CAPITAUX EN GÉNÉRAL
=^B. Y «'$41 des péekét qm toient regardés comme la tourte d$ tout les avitês ?— R. Oui, let pour cela on les appelle capitaux.
Explication. — 11 y a des péchés qui sont regardés comme le principe et la source de beaucoup d autres péchés; oo les appelle capitaux , d'uo mol latin [captU) qui signifie source, principe , origine.
D. Quels sont tes j^kés cspimu»^ — R« li y a sept pébhés capitaux, savoir : l'orgueil, ravariee, la luxure, Fenvie, la gourman- ^se, là colère et la t)aresae.
Explication. — Quelques interprètes des dfîvtnes Ëerîtures pensent que Jésus-Christ a voulu désigber les sept
pécbéB capitaux, lorsqu'il parle dao9 TEvaugile de sepl dé* motis qui s'emparent de l'homme. Preoez garde qu'il ne s'emparent de vous , mes enfants ; et si déjà ils exerçaient sur vous quelque empire, attaquez-les avec courage, avant quils aient pris racine dans votre âme , et hâtez- vous de les chasser de votre cœur.
= D. Ces péchés sont-Us tous mortels? — R: Oai, ils soot tous mortels de leur nature, mais ils peuvent n^étre que véniels par légèreté de matière ou par défaut de consentement.
Explication. — Les sept péchés capitaux sont ordinaire* ment et presque toujours des péchés mortels ; ils le sont de leur nature et par eux-mêmes, sans qu*il soit besoin pour cela qu'il soient accompagnés de quelque circonstance qui en change lespèce ou qui en augmente l'énormité. Ds peuvent cependant n'être que véniels, parce qu'il peut se faire qu'ils manquent d'une des deux conditions requises pour qu'il y ait péché mortel. Ils ne sont que véniels, si la matière en est légère, si en les commettant on ne viole la foi de Dieu qu'en chose peu grave, ou si le consentement qu'on y donne n'est qu'imparfait. Par exemple, boire à un de ses repas un peu au-delà du nécessaire, ce n'est qu^un péché véniel, quoique la gourmandise soit de sa nature un péché mortel ; négliger ses devoirs pendant quelques minutes, ce n'est qu'un péché véniel, quoique la paresse soit de sa nature un péché mortel ; avoir des pensées, des sentiments d'orgueil, d amour-propre, de vanité, mais n*y donner qu'un léger consentement, ce n'est qu*un péché véniel, quoique l'orgueil soit de sa nature un péché mortel, etc.
«= D. iVv a-t'il point (Fautres péchés mortels de leur natt&e'^ — R. 11 y en a bien d'autres.
Explication. — Outre les sept péchés capitaux, il y en a un grand nombre d*dutres qui sont mortels de leur nature, comme le sacril^e, le parjure, le blasphème, la médisance, la calononie, etc. ; et vous savez mes enfants, qu'il y a péché mortel toutes les fois x|u'on viole un commande-
ment de Dieu ou de TE^Iise en chose considérable ei avec UD parfait cônsenteineDi.
^ D. Pourquoi donc appetie-t-on ceux-là les sept péchés mortels oucapitauxt — R. Parce qu'ils çont les plus ordhiaires et la source de beaucoup d'autres.
Explication. — L'orgueil, Tavarice. la luxure, Tenvie, la gourmandise, la colère et la paresse, sont appelés tes sept péchés mortels, parce qu*ils sont ceux que Ton commet le pkis souvent. Ils Sont appelés péchés capitaux, comme nous lavons déjà dit, d'un mot latin qui signifie tète, principe, parce qu*it3Sont le principe et la source de beaucoup d'autres péchéa.
D. Les péchés capitaux ne sonP-ils pas appelés aussi des vices capitaux? — R. Oui, quoiqu'il y ait de la différence entre le vice et le péché propremeot dit.
Explication. — Les péchés capitaux sdnt appelés vices capitaux, c*e^-à-dire vices dont chacun est le chef, la racine et la source de plusieurs autres, parce qu*on peut les considérer comme des dispositions au mal, des inclinations déréglées, de mauvaises qualités de Tâme, d'où naissent, par le consentement libre de la volonté , dé mauvaises actions ou péchés. Mais , comme il a été dit précédemment , il y a cette différence entre \e vice et le péché proprement dit, que le vice est une disposition habituelle qui porte au péché, et que le péché est laction produite par celte dispo* »tion, lorsque celle-ci est parvenue à séduire te cœur (4)»
TRAIT HISTORIQUE
Le 80LITAIBE IÇT SES DlSCIPLEjS.
H est rapporté dans la vie des Pères du désert qu^un ancien solitaire étam interrogé par ses disciples sur la manière de combattre les passions et le^ Yices, leur répondit par cette figure : il était alors dans un lieu planté de cyprès; il commanda à Tun des disciples
(ij Conf. du Puy, pag. i7S.
cfarràdia im pelât cyprès hiuUI lui montra; le^impte rarraclia sans beaucoup de peioe et d^uoe seule maio. Le solitaire lui ea paarqua ensuite un antre uo peu plus g;rand , qu'il arracha aussi majs avec un pen pfus d^effort, et en y mettant les (teux mains. Pour en arracher un troisième, qui était plus fort, il (atlut qu'un de ses compagnons lui aidât ; enfin un quatrième, qui était beaocoup plus gros, ne pttt être eiilefé par tous les jetme» discipto jréinis. Alors le siriilaâre prit de le oœasion de les instraîre ; «iToilà, ms enfants, leur dit*il, comme il en «si de laos passions ; au coBUBeacernent, quand elles ne sont pas eni^cinées, il est facile de les extii;per, pour peu qu'on soit attentif aies combattre ; mais lorsque par une longue habitude on leur a laissé prendre de proibodes racines dans le cœur, il est très difficile de s*en rendre le maitre. Travaillex donc de bonne heure à combattre et k vaincre des ennemis qui, dans la suite, vous causeraient des latte lîûtete, et peut-être entraîneraient totre perte. »
PÂBAfiRAPHE SEOOND.
M l'ORCOKIL*
^ D. Qu^est^e que C orgueil ? — R. L'orgueil (1) est une vaine complaisance en soi-même, par laquelle on s'attribue ce qui yienl de Dieu, on méprise les autre» et on veut s^éleVer au-dessus d'eux.
Explication. — U nous eat permis, disent le& théologi^is, de Dous dimer notu-mèmes, en estimaot les vertus, \e& bonoes qualUég, les perfections que nous avons reçues de Dieu. Les talenis de Tesprit, les avantagi^ de la nature, la noblesse, la grandeur de la naissance, et mille autres dons qui nous sont venua des mains de la divine Providence peuvent nous plaire, pourvu qu'en même tenips nous reconnaissions que tout cela ne vient point de nous-mêmes, mais de Dieu, que tous ces aTantâgês sont autant de titres que le Seigneur s^est acquis à notre amour el à notre recohnaissance. — Tout le mal de Porgneil consiste à séparer Dieu de tout le bien qui est en nouret dont il est uécessai-
0) Du grec dp-pî, orgueil.
iement le prineipe; il coomte à se oomplaife, It ge gioii* fier en soiHoaèHie, à se cootempler avec one joie secrète, • à s'admirer, comme si on était soi-même Tauleor de son être et seul Tartisan de son propre mérite, au lieu de rapporter i6ute ^oire à Dieu, auteur de tout bien, (.'orgueil est le plus grand de tous les vices. « Il est, dit rEcriture(i), la source de tous les péchés qui se coomietteut; )» il a été la cause de la chute des mauvais anges et du premier homme; il attaque Dieu directement, en s'attribuant ce qui n appar* tient qu'à Dieu : il lui dfspute sa gloire et voudrait régner à sa placé. — c L*orgueil est haï de Dieu et des hommes (2}; » il produit un grand nombre de péchés et de vices que les saints docteurs appellent ses filles ; . les principaux sont le mépris du prochain, q^ue rôrgueilleux ne regarde et n'écoute qu*avec dédain, parce qu^'l s'imagine valoir mieux que lui et lui être bien supérieur ; ïambitim , qui est un désir immodéré de se distinguer des autres, de s*élever au-dessus d'eux , d'obtenir des places , des honneurs , des dignités; lat;amM,qui est un désir d'occuper de soi les autres et dobtenir leurs louanges ; la vaine gloire ^ qui foit que l'on se glorifie des bonnes qualités qu'on a , et qu'on s'attribue même souvent celles qu* on n'a pas ; Vostentationt qui est raffectation de faire voir aux autres les avantages que Ton possède, soit en richesses, soit en talents ; la pré* somptùm, qui est un penchant déréglé du copùr par lequel llièname, d'après la bonne opinion qu'il a de, lui -même, entreprend avec témérité des choses au -dessus de ses forces ; Yhypocrisie , par laquelle » pour s'attirer l'estime des hommè^, on s'efforce de paraître meilleur qn'on ne Test véritablement ; Vopiniâtreté, qui fait qu'on s'entête tellement dans sa manière de voir les choses, qu'on ne veut point se rendre à l'avis des autres ; là désobéissance^ qui fait qu'on ne veut dépendre d'aucune autorité , qu'on refuse de se
(1) Eccl., X, 15.
(4) Ibid., X, 7.
soumettre aux avis ou aux ordres de ses supérieurs, et .qu'oui en vient quelquefois )usqu*è la haine, au mépris ^ aux injures, etc.
— D. Quelle est la vertu opposée à Porgueii^ *- R. Cest Pbumi-. lilé, qui nous rnootre nos défauts, et nous empêche de mépriser les autres.
ExPLicATio.N. — L'humilité est une verlu qui , par la connaissaiice qu'elle donne à Thomme de sa faiblesse, de son impuissance, de ses misères, de ses défauts, de son néant, fait qu1l se méprise smcèrement lui-même , et Tempèche de miiépriser les autres et de chercher à s'élever aM -dessus d'eux. — L'humilité nous est spécialement recommandée par Jésus-Christ dans VEvangile : « Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble decœor (4). ]i Un jour ses discijples lui firent celte question : « Maître, quel est celui d'entre nous qui sera le plus grand dans le royaume des cieux ? > Pour guérir cette enflure d'esprit, il Çt venir un petit en£an(, le plaça au milieu d*eux et leur dit: « Voyez- vouscet enfant? si vous né devenez simples et humbles comme lui, si vous n'êtes par vertu ce qu'il est par Tinnocence dé son âge, i^orn n'entrerez point dans le royaume des cieux {%), » Quoi de plus formel et de plus positif que ces paroles ^ ne prouventellesr pas* évidemment que l'orgueil est un obstacle insurmontable au salut, et que, sans l'humilité, il est absblumeat impossible de parvenir au ciel ? «c C'est par l'humUité. qui est la verlu opposée a l'prgueil, qu'on parvient à la vie, dit saint Âmbroise ; Phumilité, voilà le vrai chemin du cieL et il n'y en a point d'autre. Celui qui veut aller par une autre route, tombe plutôt qu'il ne monte ; il n'y a que l'humilité qui nous élève : « Quiconque s'abaisse sera élevé, mais qui« « conque s'élève sera abaissé (3). n
(1) îtfatUi. XI, i9.
(2) MalUi. V, 20.
(S) Luc, XIV, 11.
TRAITS HISTORIQUE
PAROLE DE SAINT PACOMB A UN ORGUEILLBUX,
Le principal soin de saint Pacôme était de guérir ses disciples de leurs passions, et surtout de tVgueil. Un moine fit un jour le dbu* ble de son ouvrage : deux nattes, au lieu d'nne^ et les mit dans UO' lieu où il savait qu^elles. seraient aperçues de Pabbé. Pacôme les aperçut, en effet, et devinant le motif du frère : < Voilà, dit il, biei^ du travail et des peines pour le démon. » Il réprima ensuite cellevanité par des humiliations salutaires. Le religieux futoncore <^»i* damné à garder sa cellule pendant cinq mois, sans autre nourrilure qu'un peu de pain, de sel et d'eau.