DE LA DISTINCTION SPÉCIFIQUE ET NUMÉRIQUE DBS PÉCHÉS
D. Comment les péchés se distinguent-ils les uns des autres? — H. Les péchés se distinguent les uns des autres, ou par leur espèce, qui n'est pas toujours la même, et c'est ce qu'on appelle
(i) S. Théodore, abbé de Gonstantinople.
dislioctiOD spécifique; oa t>ar leur nombre, qnaad ils sont de la même espèce, et cVst ce qu'on appelle disiinciion numériquep
D. Quelle esH la source de la dUlinction spécifique du péché ? — R. La différence spécifique des j>écbés a s^ source dans les différeales sortes d'oppositions qu'ils ont à la loi.
ExPLicATioif. — Ainsi s'expriment ia plupart des théologiens. D où il faut conclure que les péchés sont de différentes espèces, lorsqu'ils ont différentes sortes d'oppositions à la. loi. Or, les péchés ont différentes oppositions à la loi, lorsqu'ils sont opposés à des vertus différentes , ou à différents devoirs de la même vortu , ou à la même vertu dune manière contraire, ou enfin à la même ver4u d'une inanière différente , quoique non contraire. Par exemple, les péchés contre la foi, l'espérance et la charité sont de différente espèce » parce que ces trois vertus , auxquelles ils sont opposés, sont différentes Tune de l'autre. Le par* jure, le blasphème, la superstition sont des péchés d'espèce différente, quoiqu'ils ofmbattent la même vertu, qui est la vertu de religion, parce qu'ils sont opposés à différents devoirs de cette vertu. La prodigalité et l'avarice sont des péchés d'espèce différente , parce qu'ils sont opposés, en sens contraire, à la libéralité, savoir, la prodigalité par excès, et l'avarice par défaut. Enfin, le vol, la rapine, la médisance et l'homicide sont des péchés d'espèce différente^ parce qu'ils sont opposés à la charité et à la justice d'une manière différente et disparate, quoique non contraire.
D. Quelle est la source de la distinction numérique des péchés ? — R. La distioclîon numérique des péchés a sa source dans la moltiplieité des actes de la volonté sur on même objet, et dans la difersiié des objets dans un même acte.
Explication. — Il est évident que ieà péchés spécifiquement distincts le sont numériqueme,nt ; celui, par exemple, qui pèche contre ta foi , la charité et la justice , commet èvideronEient trois péchés. 11 s'agit ep ce moment de la distinction numérique des péchés d'une nième espèce ; Àr, <^e distinctioDse tire, d'abord, de ta multipUoîté des actes
èb h volonli mxr om mAne objet ; en secood lieu, de la diversité des ofafels dans un méikie péché.
<• M y a anlant de péchés qu^l y a d'actes de la volonté, tontes les fols qu'A y a , entre ces actes , ane înterraption morale qui ne permet pas de les tegarder comme une seule et même action. — Cette interruption morale a lien , lorsque , après un premier acte , on change de volonté par un repentir on par un acte contraire. Ainsi, céleri qui, après s'être laîssé ailer à la haine du prochain, s'en repent ou bien entre dans des sentiments d^aroitié ponr lui , et tombe ensôile dans une nouvelle haine contre la même personne , commet deux péchés contre la charHé. — La mtaie inter* ruption morale est effectuée par le sommeil et les distractions, pourvu que le sommeil et les distractions aient duré au moins quelque temps; d'où il suit que cdui qoi a coo* senti à un mouvement dorgueil et pensé ensuite à d'autres diosesqui le distraient de cet orgueil , commet un nouveau péché, si, après cette distraotfon, il consent h un nouveau mouvement d^orguQil, parce que la distraction fait que Tacte intériear cesse entièrement , et n a nulle liaison avec Fade suivant. — Les actes de' la volonté, qui tendent è faire quelque action extérieure, ne sMnterrompent que lorsqu'ils cessent en eux-mêmes , et dans Top^ation à laquelle ils tendent. Un homme, par exemple, se propose de commettre on homicide dans un lieu éloigné ; il se met en route pour exécuter son dessein, et, pendant le chemin, il bdt, il mange, il dort, il pense à beaucoup d'autres dMses. Son mauvais dessein persévère dorant tout son voyage, et, s'il l'exécute, il ne comcnetira qu'un seul péché d*bomicide, d'autant plus grief, cependant, qu'il aura renouvelé pins souvent la voloolé de le commettre.
2* Un seul et mteae acte renferme autant de péchés qu'il y a d'objets mauvais, Icu'sque ces objets tmiift moralement dîsIlDcts, et forment chacun un tout complèl ; par exemple, celui qui, d'un seul ooap, donne b mort à vin^ personnes, oommel vîngl JMunieîdes; «lui qoi, parùa»4MoieactioD,
vole vingt francs à tîi^ persœmes différeoles, coçoispei Thigt péchés de voi. La raisoo de eela est ipie, dans Pub et l'autre cas, on iriole le droit de Yiugt personnes.
TRAIT HISTORÏQIJÉ.