ACHMET-BEY
Adji-Achmet, bey de la province de Constantine, est un courouly de cette ville ; il a une cinquantaine d'années. Sa taille est
moyenne et sa complexion forte. C’est un homme de sens et de résolution.
La capitale de la province étant éloignée du littoral, et le chemin
de la ville d'Alger, où résidait le maître absolu de la régence , se trouvant long, difficile et coupé par des accidens de terrain formidables , Achmet a jugé qu'il devait baser sa puissance sur les bonnes dispositions des chefs de ses tribus arabes. Il a espéré braver ainsi les efforts de ses ennemis et les caprices du pächa d’Alger. Achmet a épousé quatre femmes, qui sont filles et sœurs des scheiks les plus puissans. L'une est de la tribu de Gerfa sur le chemin de Bone ; deux appartiennent aux peuplades du sud ; une d'elles est fille de Ben Gana ; la quatrième , descendant d’un pacha d'Alger, est alliée aux grands personnages de la ville de Constantine,
La prise d'Alger et la chute de Hussein, dey, ont permis à Achmet de suivre ses projets de réforme. Quoique fils de Turc, il préfère avoir des soldats arabes à son service, et il a saisi avec habileté une occasion propice, mais difficile, pour se débarrasser des Tures que le dey d'Alger lui avait imposés, et de ceux qui s'étaient réfugiés auprès de lui lors de la prise d'Alger.
Un courouly comme Achmet était parvenu à se rendre favorables plusieurs tribus , et à gagner les Turcs de la garnison de Constantine, qui allèrent le joindre dans son camp. Le bey marcha contre eux et parvint, par ses promesses et ses liberalités, à faire rentrer dans le devoir les Turcs rebelles. Dès lors son adversaire ne put lui résister ; il Le fit périr et rentra à Constantine, où, par des exécutions fréquentes, il punit la perfidie des Turcs,et s’affranchit d’une milice infidèle. Il ne lui en reste plus qu’une centaine incapables d’un bon service, |
Il y a dix ans que le bey Achmet remplace Ibrahim, qui ne payait pas des impôts assez considérables au pacha d'Alger.
Les forces permanentes du bey consistent en 2,000 zouaves à pied et en 42 à 1500 Arabes à cheval , qui reçoivent une solde journalière. Ils ont quelques pièces de montagne , et campent sous les murs de Constantine. Cette armée de 3 à 4,000 hommes peut être grossie par les tribus arabes, et s'élever à plusieurs milliers de combattans. Des scheiks puissans, ordinairement insoumis , font la guerre au bey, mais par haine contre les infidèles , ils pourraient se réunir à lui. |