NOTRE CONCLUSION
I ES la première partie de cette étude nous avons suffisamment établi croyons nous, l'impossibilité de livrer à la culture les Hauteurs du Lac Jacques Cartier et comme conséquence le peu d'avenir de cette infertile région. Nous compléterons notre opinion par celle de M. Drapeau qui nous dit :
La colonisation est nulle dans le comté de Québec en conséquence du sol qui est extrêmement rude et montagneux, en arrière des premières montagnes qui servent de bordures à la belle et magnifique vallée du St. Charles et du St. Laurent. Il n'y a encore aujourd'hui que deux cantons qui soient arpentés dans les limites de ce comté, Stoneham et Tewkesbury, situés en arrière de Charlesbourg, au-delà et autour desquels on ne trouve partout qu'un triste désert qui n'est fréquenté que par quelques rares chasseurs et qui n'a pas encore été exploré.
En arrière de St. Joachin, sur le bord occidental de la rivière Ste. Anne, se trouve la paroisse de St. Féréol qui s'étend sur une longueur assez considérable, laquelle renferme une population de 882 âmes. Le sol de cette paroisse étant considérablement élevé et par conséquent très exposé à la rigueur du climat et des vents, les récoltes y éprouvent quelquefois des dommnges assez sérieux. L'orge, le seigle, l'avoine, et les patates y sont les principales récoltes. Il n'y a guè-
re plus de 1,500 arpents qui soient ensemencés chaque année, sur les 3,800 acres qui sont en état de culture.
C'est donc Trente lieues de montagnes arrides et inhabitables en grande partie que le chemin projeté devra traverser pour arriver aux terres cultivées du Lac St. Jean situées au Nord de la Belle Rivière, car il est impossible que les colons au sud d' Hebertville fasse un détour considérable en remontant le Lac jusqu'à Métabetchoan pour prendre le chemin proposé. En consultant l'ouvrage de M. Drapeau nous trouvons que les cantons qui sont appelés plus particulièrement à profiter de cette nouvelle voie de communication ont une population approximative de 600 habitants, non compris les sauvages qui s'adonnent exclusivement à la chasse, et une étendue défrichée approximative de 1000 acres de terre comme suit.
Metabetchouan...ll8 âmes 188 acres.
Charlevoix 137 " 235 "
* Roberval 266 " 512 "
Ouayatchouan.... 62 "
Depuis le dernier recensement l'augmentation peut être portée à 200 familles peutêtre qui se serviraient de ce chemin. L'entretien en hiver ou en été d'un pareil chemin exigerait une population de 10,000 âmes au moins pour qu'il fut passable.
Mais on répondra peut-être que ce chemin servira aux nouveaux colons venant de Québec et se rendant au lac St. Jean. Erreur ! Les colons se rendent en été lorsque la saison leur permet de passer quelques jours sous un léger abri en attendant la construction de la "maison en billots. Et l'été la route du fleuve sera toujours plus courte et moins coûteuse pour le transport des colons et de leurs ustensiles de ménage.
En résumé le seul moyen pratique selon nous de favoriser la colonisation du Saguenay c'est de relier le lac St. Jean avec le centre judiciaire et le chef-lieu du comté, par de bonnes voies de communication se ramifiant dans les cantons les plus éloignés. Puis de relier Chicoutimi à Québec par une ligne de vapeurs régulière arrêtant à tous les principaux points de la côte du Nord. A quoi servent donc les sommes fabuleuses dépensées à la construction des quais trop célèbres de la Malbaie, des Eboulements? Peut-on concevoir que des centres de population aussi considérables que Chicoutimi, Grande Baie, Malbaie, Eboulements, Baie St. Paul, St. Joachim, Ste.
Anne, Château Richer restent sans communications régulières avec Québec lorsque sur leur rivage coule un fleuve comme le St. Laurent ou une rivière comme le Saguenay? Evidemment il y a là un manque d'énergie qui fait peine. Le gouvernement croyons nous devrait prendre l'iniative du mouvement en offrant un' subside postal à toute compagnie de bateaux à vapeur qui entreprendrait le voyage régulier de Chicoutimi à Québec en s' arrêtant à tous les ports que nous avons nommés. De cette manière, les nouveaux colons de ces paroisses auraient un transport facile jusqu'à Chicoutimi. De là, aux extrémités les plus éloigna es du lac St. Jean, il serait facile d'organiser le transport par terre ou par eau en so servant du remorqueur de la maison Price, avec laquelle l'agent de colonisation de la localité pourrait s'entendre pour le nombre de voyages à faire et les jours de départ. C'est là, croyons- nous un projet beaucoup plus réalisable immédiatement, beaucoup moins coûteux pour le gouvernement et pour les colons, que d'ouvrir un chemin impratiqua- , ble à travers une région de montagnes inac- i cessibles.
Et non-seulement la côte du Nord se I
trouverait ainsi reliée à Chicoutimi et à Québec, mais même la côte du Sud jouirait des mêmes avantages au moyen du chemin de fer de la rivière du Loup et de la traverse régulière qui doit être établie dès cet été, entre ce port et Tadousac, où est construit actuellement le plus grand hôtel du bas fleuve, et qui promet d'être le plus fashionable de tous les endroits fréquentés par les baigneurs, pendant nos étés excessifs. Un bateau à vapeur doit faire la traverse régulière de manière à correspondre chaque jour avec l'arrivée et le départ des convois du grand tronc. En arrêtant à Tadousac la ligne de vapeur de Chicoutimi à Québec relierait donc la côte du Sud au Saguenay. Rnppeions-nous qu'un chemin d'été entre Québec et le lac St. Jean coûterait avec les ponts au moins $50,000 sans résultat, et nous n'hésiterons plus à abandonner ce projet en faveur des voies de communication intérieures et d'une ligne de bateaux reliant le Saguenay avec la rivière du Loup et Québec. Si toutefois le gouvernement veut tenter une expérience, qu'il ouvre un chemin d'hiver en se servant des rivières et des lacs glacés et l'avenir dira si la province peut faire plus en faveur de l'intérêt général.