DOUS
iition leure son noper ,
B du^
ms le-4-
stanjour lomw ' itrdsl'jine vent agnint de 3ue8t I failli sur eesos «bre,
ont pour résultat un froid excessif, contre lequel un abri de coton et une couverte de laine ne sont paa une protection suffisante. Aussi avons-nous eu froid et avons-nous trouvé le matin une chaudiôre d'eau placée à nos côtés, sous la tente, complètement glacée pendant la nuit. Mais la vie de camp a cela de particulier qu'elle nous habitue aux froids les plus intenses, dont les atteintes ne se font plus sentir.
Fendant la première nuit au lieu de nous déshabiller, nous nous vêtissions pour dormir, mais quelques semaines plus tard nous abandonnions notre paletot comme un embarras pendant le sommeil.
Notre voisinage des lacs nous permettait d'entendre dans le silence de la nuit, les craquements de la glace répétés par l'écho des montagnes boisées. " La glace serre de ce temps-là " disaient nos sauva g en attisant les braises du foyer.
A peine avions-nous fait un mille que nous arrivâmes à un lac de forme irrégulière que nous traversâmes sur la glace. Nous \ reprîmes le sentier plaqué et après avoir ■f" traversé une hauteur assez considérable nous arrivâmes au Lac Caribou vers midi.
Sur tout le parcours du chemin, des attrapes étaient tendues par les chasseurs que nous' avions rencontrés, mais comme elles avaient été visitées depuis deux jours, à en juger par les pistes récentes imprimées sur la neige, nous ne trouvâmes pas une martre prise. Ces attrappes sont d'une construction fort simple. Quatre copeaux lungs de 18 pouces et larges«de six sont enlevés à quelque sapin voisin et enfoncés dans le sol de manièi e à former une petite chambre ronde, recouverte par une branche de sapin Une porte longue de neuf pouces est ménagée d'un côté, devant laquelle joue dans une coulisse, faite avec deux petits piquets, une perche longue de six pieds et grosse comme le bras, retenue à six pouces de terre par un petit support mobile. Pour arriver à l'appât placé à l'intérieur de la chambre la martre est obligée de déranger le support et en même temps la perche lui tombe sur le col et la tue à l'instant même. Une tête de truite sert ordinairement d'appât. La neige et la glace en embarrassant le jeu de la perche dans la coulisse rend impossible l'emploi des attrapes en hiver.
Les sauvages ont également l'habitude de tendre des collets aux caribous qui sont assez ingénieux, mais dont un faillit nous causer un grave accident. Ce collet consiste dans une forte courroie, disposée en nœud coulant et étendue sur le sol, dans un sentier
fréquenté par les caribous ou les or^aux, Attaché au sommet d'un jeune arbru bien flexible, le ooUet est retenu à terre par une branche et un petit piquet disposés en attrappe. De sorte qu'au moment où le pied de l'animal se pose au milieu du nœud coulant, la perche se relève avec force et retient par la patte l'imprudent carribou qui perd son équilibre en ayant un de ses pieds soulevés de terre et est impuissant à se retirer du piège dans lequel il est tombé. Malheureusement un de ces pi^es avait été tendu dans le sentier que nous suivions, entre deux racines traçantes, laissant un espace profond de dix pouces et large de trois pieds. Déjà nous avions <^vité ce danger avi c un certain nombre des hommes en sautant d'une racine à l'autre sans nous douter du piège qui nous était tendu, lorsque M. Hamel effleura le nœud coulant et le fit partir à la grande frayeur de M. î^lson qui le suivait de près et qui faillit le recevoir dans la figure. Nos sauvages n'hésitèrent pas à dire que si un homme fàt tombé dans le collet, il aurait été enlevé par les pieds, tandis que le front aurait donné contre les racines, de manière à le blesser grièvement, sinon mortellement.
Après quelques instants de repos sur les bords du lac Caribou, dont une partie seulement était glacée, nous repartîmes, traversâmes bientôt un nouveau lac moins grand, dont la glace put nous porter, et commençâmes l'ascension d'une montagne peu haute il est vrai, mais d'une pente trèsrapide. De fait c'est la seule difficulté sérieuse que nous ayions encore rencontrée pour le tracé d'un chemin, et il n'est pas douteux que cette difficulté pourrait être tournée. Une neige abondante tombe à gros flocons et déjà nous enfonçons jusqu'aux genoux sans pourtant avoir besoin de nos raquettes. De fait, depuis notre départ nous n'avons pas eu une seule journée sans pluie ou sans neigé et sans avoir été mouillés complètement de la tête aux pieds.
Une montée comme celle que nous gravissons est bien faite pour exténuer nos porteurs, surtout à la fin d'une journée déjà longue ; aussi campons-nous sur le premier plateau dans une forêt épaisse de bois verts, chargés de neige, et près d'un ruisseau tombant en cascade dans un ravin profond.
LA MABE DE LA BIVIERB ICONTKOBSHOT.
0U8 étions en marche depuis une heure, jeudi le 29, lorsque pendant un repos sur le flanc d'une colline, nous aperçûmes descendant à grands pas derrière nous trois hommes, qse
nous reconnûmes bientôt pour être Simon le vieux trappeur de Lorette avec son fils et Jean. Baptiste, trois hommes d'une force et d'une expérience peu communes, dont le renfort assurait notre traversée jusqu'au Lao St. Jean, considérée douteuse jusqu'à ce jour. Après les premiers serrements de main, ils nous informent que de retour de leur chasse d'automne ils se sont mis à notre poursuite ainsi que l'ordre leur en avait été donné. Les chefs de l'expédition décident alors, pour hâter notre voyage, de garder tout le personnel jusqu'au Lac Jacques-Cartier en répartissant également la oharge entre tous les hommes, de manière à« faire de plus fortes journées de marche. Nos nouveaux porteurs ayant fini leur paquet, nous partons légèrement et arrivons aux bords de la rivière Montmorency, dont les eaux coulent ici avec une lenteur qui lea ' a fait donner le nom de Mare. Les derniers froids ont glacé la rivière et nous avons la perspective d'une bonne journée de marche devant nous. Les paquets sont placés sur des traîneaux improvisés et nous marchons d'un pas rapide vers le lac Jacques-Cartier. Ici la rivière Montmorency parcourt une vallée assez large dont la culture serait très-possible. Un fcin naturel épais et de bonne qualité abonde sur tout son parcours, en même temps que des feux ont brûlé la forêt dès longtemps et ont préparé le sol au passage de la charrue Vers midi, nous nous arrêtons derrière une pointe élevée qui nous protège contre un vent violent, nous poussant en route. Nous repartons bientôt au pas de course, et placés à l'avant de notre colonne, nous venions de doubler une pointe de la rivière, lorsque nous aperçûmes un original avec deux petits, buvant à un trou d'eau sur la glace, à deux cents verges de nous.
Nous retournâmes au plus vite sur nos pas pour arrêter le reste de la colonne au-delà de la pointe, et le plus grand silence succéda au tapage général pendant que M.
Neilson coulait une balle dans son fusil. Il s'approchait déjd à une portée convenable lorsqu'une bou£féede vent avertit l'oiignal de la présence d'un ennemi. En même temps il traversa la rivière et bondit dans la forêt, suivi de près par ses deux petits.
Quelques heures après, nous traversâmes leurs pistes, et bien qu'à une grande distance de l'endroit où nous les avions «urpris, ils oouraient encore à toute vitesse, ainsi que nous pouvions en juger par leurs pistes
Îrofondémbnt enfoncées dans le sable éclaoussé sur la neige. Nous continuâmes
ainsi le reste de la journée sur la glace que nous n'abandonnions que pour couper - des pointes trop longues et abréger ainsi notre chemin. Le soir, nous oampâmes dans un petit îlot tout entouré de glace. D'industrieux castors avaient inondé toute la vallée par une chaussée habilement construite et qui agrandissait l'étendue de leurs domaines.
Vendredi le 30, nous continuâmes notre route sur la glace jusqu'à ce que quelques petits rapides nous forcèrent de laisser cette route facile, mais peu sûre, pour un sentier pierreux très-difficile à suivre. Ici une partie de la vallée se compose de roches dénudées, sans la moindre trace de végétation, formant un paysage accidenté. Sur les bords de la rivière, le sol se compose de gros cailloux roulés à travers lesquels croît ici et là quelque rare épinette rabougrie.
Il ne faudrait pas conclure que tout le pays environnant est de cette nature ; il y aaussi des alluvions de sable et des prairies naturelles susceptibles de culture. Nous campons encore près d'une chaussée de castors.
LE LAC JACQUIS4ABTIEB.
AMEDI, le 31, de bonne heure, nous levons le oimp par une pluie torrentielle, bien décidés à faire les six milles qui nous séparaient encore du lac Jacques-Cartier sur les bords duquel' nous voulions passer le Dimanche, ^ous traversâmes d'abord des savanes dans lesquelles nous enfoncions à chaque pas, puis nous prenons une ai< ntagne dans laquelle le sentier que nous suivons est à peine trh ce. ' A chaque instant nous le perdons, et ce n'est qu'après s'être séparés dans toutes lesdirections et après de minutieuses recherches que nous le retrouvons. A midi, nous nous arrêtons un instant pour manger un biscuit et réchaufiPer nos membres engourdis par le froid. Nos effets complètement trempés se collent sur nous, et pendant que la chaleur du foyer répand une douce chaleur sur nos poitrines, noua avons froid au dos, et la pluie froide qui n'a cessé de tomber par torrents depuis le matin continue son œuvre sans relâche, au grand détriment de notre comfort. Dans ces circonstances, le repos est pire que la fatigue et nous repartons avec la perspective de camper bientôt. En effet, à trois heures, après avoir descendu une côte rapide, nous arrivons sur les bords d'une immense nappe d'eau, sur laquelle la vue s'étend à trois lieues, c'était le lac Jacques-Cartier. Au milieu des clameurs les plus enthousias-
tes et 4e8 féoilitationa réciproques sur notre arrivée nous étions descendu sur le sable même du rivage pour en mieux voir les , bords, lorsque nous aperçûmes sur une pointe voisine de la décharge du lac un caribou pacifiquement occupé à brouter l'herbe. On se tait, et M. Neilson, armé de son fusil, avançait le long de la berge pour l'approcher, lorsque l'animal releva la tête et se mit à flairer l'air comme s'il se disposait à partir. M. Neilson alors pressa la détente et le coup partit. Le caribou bondit sur lui-même et s'élança dans la décharge du lac, traversa de notre côté et s'enfonça dans le bois. Un de nos sauvages le suivit, mais ne trouva aucune trace de blessure.
A quatre heures nous étions comfortablement campés, et à la chaleur d'un grand feu chacun était occupé à faire sécher ses effets.
Après une longue nuit de repos, nous nous réveillâmes dimanche 1er Novembre, par une tempête de vent et de pluie qui n'était que la continuation du temps que nous avions eu tout le jour précédent. La neige avait complètement disparu et nous nous en félicitions dans l'e^érance que nous passerions les hauteurs sans le secours des raquettes, lorsque vers midi une neige épaisse commença à tomber. Immédiatement après les prières du dimanche, nos cinq porteurs canadiens furent informés par les chefs de l'exploration que leurs services n'étaient plus requis. En effet les provisions avaient diminué de moitié et nous n'étions partis que depuis onze jours. La partie la plus difficile et la plus longue du chemin nous restait à faire et la saison avancée nous faisait craindre des neiges profondes à franchir, qai nécessairement, retarderaient encore notre marche. Pendant qu'ils se préparaient à partir, Messieurs Neilson et Hamel étaient occupés à leur correspondance. Vers deux heures, tout étant prêt, nos hommes partirent après nous avoir fait les meilleurs souhaits, emportant avec eux les dernières nouvelles d'une expédition, dont Québec ne devait entendre parler qu'un mois plus tard. Nous n'étions pas sans nous douter des dangers qui nous attendaient, et pour donner une idée de notre manière de les voir, en même temps que pour réfuter l'accusation portée contre nous, personnellement, par les faiseurs de colonisation, qui n'ont vu dans notre excursion qu'un mesquin intérêt per- «onnel, et une mission d'étoufièr à prix fixe le projet d'une voie de communication entre
Québec et le lac St. Jean, nous publions ici la correspondance que nous adressâmes dii< lac Jacques-Cartier au" Canadien." Disonsle, nous étions loin de nous douter qu'au moment où nous tracions ces lignes, nous étions vilipendé et travesti par celui-là même à qui elles étaient adressées, en qui nous pensions avoir un ami personnel frano et loyal, sinon un ami politique.
COBBESPORDANCE D ATEE DU LAO JA0QUI8-
CABTIEB.
Lac Jacques-Cartier, dimanche 1er ifovem'
bre 1863.
Mon cher confrère,
L'intérêt qu'ont pris vos lecteurs à tout ce qui se rattache à la colonisation des terres incultes situées entre Québec et le lac St. Jean m'engage à vous annoncer que nous sommes aujourd'hui campés sur les bords du lac Jacques-Cartier, à 70 milles à peu près de Québec.
Quand je dis nous, je présume que vous n'êtes pas sans savoir que le gouvernement, cédant à la demande d'une " exploration chargée de trouver une ligne pratiquable et avantageuse pour la construction d'un chemin projeté entre Québec et le lac St. Jean" a nommé Messieurs Neilson et Hamel de Québec pour exécuter cette exploration avec toute la célérité convenable.
Un personnel de porteurs, composé de trois.
Hurons, trois Maléchites, un Abenaquis et de cinq pêcheurs du voisinage, ayant été organisé, j'obtins la faveur de suivre l'expédition, et nous partîmes de Stoneham vendredi le 23 octobre.
Jusqu'ici, nous avons suivi les sentiers de chasse, en grande partie plaqués, et les plus grandes difficultés que nous avonseues à vaincre se trouvent dans les charges considérables de provision qu'il faut transporter à dos d'homme, les embarras sans nombre de la forêt et un pied de neige dans quelques «ndroits. Je ne tiens pas comptede la pluie et de la neige qui nous trempent et qui se détachent des arbres par l'efiet dm vent et plus souvent encore par les secousses que nous imprimons aux branches en nous frayant un chemin à travers le bois.
Rien n'est beau sans doute comme le port d'un arbre résineux, pliant ses granda^ bras sous le poids de la neige. Rien n'est beau non plus, comme le manteau blanodont les poètes savent si bien draper les montagnes et les vallées. Mais mon cher confrère, lorsque les résineux forment une muraille presque impénétrable, même au. regard, et que ce manteau blano cache soug> ses replis ondoyants toutes espèces de surpri^-
«e, oomme uo trono glissant qui nous retv- Terse, oomme uae petite mare d'eau dans laquelle disparaît notre chaussure, ou encore «omme un vide entre deux cailloux dans lequel nous enfonçons avec arme et bagage, je vous avoue que la poésie fait trop t6t place au prosaïsme le plus vulgaire. Pis que cela, nous nous surprenons à désirer moins d'arbres résineux, moins de neige sur leurs grands bras, et pas de manteau blano du tout pour draper les montagnes mu toute la diistanoe des cent milles qui nous séparent de notre destination.
Pourtant si nous avons eu des obstacles ik vaincre, nous avons eu aussi quelques lieaux jours, et le froid en congelant la sur- &0& des lacs nous a rendu des services signalés et nous a donné une route Êicile pour le transport des paquets, sur des bran-
■ «hes servant de traîneaux improvisés. Nous avons traversé ainsi le lac Noël et le lac Travers. Le lac Lépaule a des eaux profondes et n'était pas encore glacé. Le lac Oaribou et la Mare en grande partie aidèrent également notre route en nous offrant «un passage facile.
Je ne puis entrer ici dans aucun détail -sur la valeur des terrains que nous avons traversés, mais en attendant que je puisse, à mon retour, compléter cette lacune, je puis "VOUS informer que jamais, dans mes nombreux voyages, je n'ai vu jusqu'ici de terrain moins propre à la culture. Même les résineux les moins exigeants ne peuvent puiser dans le sol couvert de leurs débris accumulés, les éléments nécessaires à leur
'«développement complet. A cinquante ans,
• ils arrivent à un diamètre de sept pouces à peu près. Leur végétation est souvent maladive et leur éoorce chargée de mousse.
Le sol est chargé de cailloux roulés et se
' compose de sable dans les bas-fonds. Le terrain est d'une grande pauvreté, à tel
E)intque les arbres ne peuvent y.implanter urs racines avec assez de force pour résister aux coups de vent de 'la localité. Nous «vous ainsi traversé des " renversis" d'un quart de mille d'étendue et sur toute la route nous marchons sur des corps morts ^ui embarrassent considérablement la marehe.
Il est très-facile de faire un chemin jusqu'au lac Jacques-Cartier,mais il ne sera pas i^alement possible de trouver des colons pour <défrioher les terres, qu'il traversera. Dans ie voisinage des lacs, le long de la Mare, il 7 a du terrain propre à la culture, mais, mur les hauteurs, je maintiens que nos cé- 'itfalas ne sauraient venir i maturité, même
dans les meilleures ciroonstances. A Stoneham, Mr. Henright, qui cultive defmB 20 ans un domaine <;|tt'il a défriché lui-mdme, affirme que l'avoine ne mûrit ohes lui que lorsqu'elle est semée depuis le 10 jus-
Îu'au 25 de Mai. Or l'altitude du lac aeques-Oartier est de plus de 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, nlus du double de celle de Stoneham ; il faut donc en conclure que le climat de la région que nous avons traversée est de beaucoup moins favorable à la culture du sol.
Je voudrais pouvoir continuer ces renseignements pris et donnés sur les lieux mêmes, mais les cinq hommes que nous renvoyons partent et il me faut terminer.
Demain nous construirons un radeau pour remonter le lac Jacques-Cartier, qui a plus de trois lieues de largeur. Nous suivrons ensuite une route entièrement nouvelle pour atteindre la rivière Upica que nous ^ traverserons pour nous diriger ensuite vers la ' rivière Metabetchouan, à l'embouchure de laquelle se trouve le poste de la Compagnie de la Baie' d'Hudson, sur les borda du lac St. Jean. Nous reviendrons par Chicoutimi, St. Urbain et la Baie St. Paul. Nous prenons des vivres pour 20»jours. Si nous en manquions, seulement à cinq milles de notre destination, la position serait fort embarrassante. Nous comptons sur la connaissance des bois de nos sept sauvages, dont pas un pourtant n'a fait le trajet, et sur nos pieds pour nous tirer d'embarras dans un cas de difficulté!
Tout à vous,
J. PEREAULT, Directeur de la Revue Agricole.
Telle était notre correspondance qu'un ami de Québec a cru devoir intercepter.
Après les attaques auxquelles nous avions été en butte de la part du " Canadien " et que nous ignorions personnellement, notre ami n'ayant pasouvert notre correspondance, crut qu'il était prudent de ne pas donner des armes à la mauvaise foi et l'intercepta. Nous avons beaucoup regretté cette démarche, car elle eût mis fin aux accusations toutes gratuites dont nous étions alors victime.
Avant de continuer le compte-rendu de notre voyage nous allons nous arrêter à l'étude de l'avenir des hauteurs du lac Jacques Cartier, car il est temps, croyons nous, d'entrer dans la discussion sérieuse du projet d'ouvrir une voie de communication directe entre Québec et le lac St. JeM.
BXPLOAATION SB QDBBBO AU LAC ST. JBAN.
BJBUXIKMX FASTIB.
ATSmB DES HAUTEITBS DU LAC JACQUES OABTIEB.
EMlSAIMi:*— Lm hMiteun du 1m Jacqurt Cartier-IUpport de l'eiplontion BUtklook— De Stonehftn à.> hauteur des terres par Blalklock— La hauteur dra terres par Blaikiook— De la hautear de* terres au lao 8t. m, par Biaikk>ok— Influeuoe d* l'altitude sur le vlimat «t la végttatiou— lufluenoe du olimat, du sol et des
débouchés.
LM HAUTBVBS DV LAO JAGdUBB OABTIEB.
,OUS elasserons sous le nom de " Hauteurs da lae Jacques Cartier toute cette région de montagnes dans lesquelles prennent leurs sources les rivières Montmorency,
Jacques Cartier, Batiscan, Ste. Anne,
Malbaie, Chicoutimi, Upica, Kouspagen,
Metabetchouan,Ouatohouan et les confluents
de la rivière Croche. Le seul fait que cette
région de montagnes est la source d'un aussi grand nombre de rivièrei< considérables,
est une indication par lui-même de la nature
et de la configuration du terrain. Il n'y a
que de hautes montagnes à plusieurs mille
pieds au dessus du niveau de la mer, qui
puissent par l'abaissement de leur température condenser sur leurs flancs boisés la
Vapeur d'eau dont sont chargées les brises tiè-
des de nos étés excessifs. Il n'y a que de
hautes montagnes aussi qui puissent accumuler sur leurs cimes altières et dans les
ravins profonds qui les séparent ces amas
de neiges, nous ne disons pas éternelles
mais suffisantes au moins pour alimenter
pendant 10 mois de l'année les cours d'eau
rapides et souvent navigables que nous
avons nommés. Les hauteurs de Jacques
Cartier sont pour nous ce que sont pour
l'Europe les Alpes et les Pyrénées. Là
bas sont des glaciers étemels où s'arrêtent
les limites de la V( gc tation Ici nous arrivons à une altitude ou le- bois feuillus font
place aux arbres verts plus robustes. Nous
aurions aimé à donner ici le journal des arpenteurs chargés de l'exploration, mais il
n'a pas encore été dépose au ministère de
l'agriculture. Nous aurions également
ainte à enregistrer ici le rapport de l'explo-
iration de M. Blaikiock de Stoneham au
lao Kenogomi par le lac Jacques i artier,
mais ce document ne se trouve pas non
plus dans les archives du gouvernement. Il
lae nous reste donc que l'expl ration du M.
Blaikiook en 1849 de Stoneham à lu rivière
Metabetchouan, aidé de M. Geo. Debergers,
chargé par le gouvernement d'alors de faire
le tracé du chemin. Au reste toute la région des hauteurs de Jacques Cartier offre
& même configuration à très-peu près, et
tout en pouvant suivre les gorges des mon-
tagnes de manière à tracer un chemin'
[>ratioable, il n'en est pas moins vrai que e pays n'est qu'une succession de montée»
*et de pentes rapides, séparées seulement par d'étroites valléea Les arpentasses que noua donnons^ ayant été faits avec la plus minutieuse exactitude, pourront guider le lecteur dans son appréciation des difficultés que nous avons eu à vaincre dans tout le trajet.
BAFFOBT DE L'EZFLOBAHOK BLAIKLOCK.
ONFORMEMENT aux instruotiens reçues du département des terres de la couronne, daté s le 24 août 1849, je laissai Québec le 16 septembre,accompagné de M. Geor« ge Duberger comme assistant, et me suis rendu à l'angle S. 0. de Stoneham, (endroit fixé comme point de départ dans mes instructions,) où, après avoir établi la latitude et les variations, la première étant 46° 69' 29" Nord, la dernière 16° 30' Ouest, je partis une ligne dans la direction astronomique N.lô** 0., que j'ai, prolongée jusqu'à la rive Sud du lac St.
Jean. Cette ligne est sortie à 66 chaînes à l'Ouest du poste de commerce de l'honorable compagnie de la Baie d'Hudson, et est de 104 milles, 20 chaînes et 74 chaînons en longueur.
En fiiisant cette exploration, mon intention s'est portée sur les objets suivants, savoir : l'ouverture d'une ligne de commufaication depuis les établissements en arrière de Québec jusqu'aux terres cultivables situées sur les bords du lac St. Jean et les facilités qu il y a de faire des établissements sur le dit chemin.
En décrivant le pays que la ]i(;ne doit traverser, je me bornerai à parler des traits principaux qu'il présente et des difficulté qu'il faudra surmonter pour établir une bonne ligne de conmiunicution.
Entre le point de départ et la rivière Jacques Cartier, distance de six milles et demie, rien ne s'oppose à la construction d'un boa chemin. Bien que la ligne droite passe à.
travers un pays considérable qui n'offre qu'un terrain difficile et rocheux, c pendant eft pratiquant une légère déviation le chemiifc
V?=^ ^-■«■.ïitfKK
peut devenir très-bon. Le premier obstacle se rencontre sur la rive Nord de cette rivière •qui, ici, a deux chaînes de large et coule dans une yaUée profonde entre deux chaînes parallèles de hauteurs considérables qui augmentent en élévation et en raideur vers le N. E.; celle de la rive Nord courant bien loin vers le S. 0. Le lit do ce cours d'eau est bien plus bas que le niveau général du pays au-delà; aussi pour y parvenir H faut se diriger en zig-zag en face de la hauteur, qui est bien bouleversée et rocheuse et qui nécessiterait des tranchées et des terrassements considérables sur le flanc de la montagne. Après avoir monté sur cette montagne, le chemin aurait à faire un détour de quelques milles vers le N. E., et passer autour d'un lac appelé lac St. Vincent ; — ici il faudrait surmonter une seconde chaîne de montagnes, et cela par un passage difficile qui demanderait aussi beaucoup de tranchées et de terrassements. Mais comme le soin d'explorer et tracer la ligne du chemin a été confié à M. George Duberger, qui n'a pas encore transmis son rapport, je ne suis pas en état de faire rapport sur la partie qu'il a explorée, (environ 40 milles), et je me bornerai aux observations que j'ai faites en tirant la ligne droite.
DE 8T0NEHAM A, LA HAUTEUB DES TEBBES.
PAS BLAIKLOCK.
jEPUIS la rivière Jacques-Cartier jusqu'au 24e mille, le pays que traverse la ligne s'élève par une succession de montagnes anfractueuses, escarpées et rocheuses, dont les faces Sud et Sud-Est le sont tellement qu'elles sont inaccessibles en plusieurs endroits, le roc nu perçant à travers les arbres dans presque toutes les directions; le 'bois est maigre et rabougri, et le sol (pour «e qu'il y en a) est de la description la plus pauvre— la ligne passe dans le lie mille par un petit lac dont la décharge, dansl'es- |)ace d'un demi-mille, descend au moins cent pieds par des cascades et des chûtes innombrables.
Du sommet d'une montagne dans le 13e mille, j'ai pu voir les eaux du lac St. Charlés, les riveâ du St. Laurent et les paroisses dé la rive Sud du fleuve, aussi loin que ma Tue pouvait atteindre.
Les rangées de montagnes qui suivent une direction Nord-Est et Sud-Ouest doivent être coup es presqu'à angles droits ,par la ligne du chemin; et bien qu'il y ait quelques points où ces rangées pourraient •être traversées à des hauteurs moins consi-
dérables qu'ailleurs, toujours il faut atteindre à la nauteur des terres : et je pense que je dis plutôt moins que plus en oisant que certaines parties des eaux des rivières Ste. Anne et Jacques-Cartier (que la ligne coupe) ont une élévation de trois mille pieds au dessus du niveau du St. Laurent; et quelques-uns des sommets les plus élevés dans ces rangées de montagnes ont de quatre à cinq mille pieds. Les vallées, ou pour mieux dire les ravines, qui se trouvent entre ces rangées, sont étroites, et il y coule généralement quelques petits ruisseaux ou cours d'eaux.
Quelquefois elles sont parallèles avec les rangées de montagnes, d'autres fois elle, les coupent directement. Elles sont aussi obstruées par des fragments de rochers à gros grains, variant d'un à cent tonneaux en pesanteur, qui paraissent avoir été détachés des flancs des montagnes adjacentes et précipités dans les vall^s. Au 17e mille la ligne traverse les premières eaux tributaires de la rivière Ste. Anne par un petit lac, (le lac au Canard) : elle traverse aussi un grand ruisseau au 18e mille. A environ deux milles à l'Ouest du 10e mille se trouve la rivière Tourile, une des branches principales de la rivière Ste. Anne ; ici elle fait presque un détour rectangulaire et coule dans une direction Sud-Ouest, pendant qu'elle vient du Nord-Ouest au détour.
Sur la rive Ouest de la rivière est la grande montagne Tourile, qui élève sa tête gigantesque de mille à quinze cents pieds au-deesus du niveau du cours d'eau qui se trouve à sa base et est absoli^ment inaccessible des côtés Sud et Est. Les rochers et les rocs qui sont suspendus au-dessus de la rivière à des centaines de pieds de hauteur, présentent un ooup-d'œil remarquablement grand.
Pendant plusieurs milles en descendant comme en montant*ce ruisseau, les montagnes sont excessivement escarpées et rocheuses — dans plusieurs endroits elles sont touiàrfait inaccessibles. Du sommet des 'montagnes, au 21é mille, on a, pour plusieurs milles au Sud et à l'Ouest, une étendue de pays qui paraît extrêmement brisé et montagneux — ce sont des pics qui s'élèvent derrière des pics, des montagnes, jusqu'à ce que, se confondant ensemble, ils forment une rangée continue dans un horizon éloigné. La rivière Tourile coule parallèle à la ligne pendant environ quntre milles, puis elle fait un détour et vient du Nord- Ouest à travers une tranchée profonde dans les montagnes. La ligne ne coupe aucune des grandes branches de la rivière Ste.
vre.
par
inégi
Anne, mais Bimplement les tributaires les inoins considérables.
Du 18e au 24e mille le pays est extrêmement brisé et bouleversé, et présente de hautes rangées de montagnes qui s'élèvent à angles de 30° à 40o, avec des fragments perpendiculaires de rochers couverts çà et là de mousse ; les vallées, comme il a déjà été dit, sont couvertes de frngments de rochers qui paraissent avoir été détachés par l'effet de la glace et précipités dans l'abîme qui s'ouvre au-dessous, en laissant des traces sur les flancs de la montagne, où ils ont renversé les arbres devant eux.
Le 24e mille me parait être environ à la hauteur 'des terres, ou à l'endroit le plus élevé dans la rangée des montagnes qui courent toutes vers le Nord-Est et le Sud- Ouest ; mais le terrain en est tellement brisé que le pays présente une succession infinie de hauteurs à sommets arrondis et plus ou moins escarpées dans toutes les directions.
Dans toute cette partie du pays que je viens de mentionner, je ne pense pas qu il y ait des terres qui soient propres à l'agriculture au nord du 10e mille, au moins à 6 milles de chaque côté de la ligne.
Le bois est de la description la plus pauvre, (du sapin, épinette noire et du bouleau blanc,) et le sol est de la qualité la plus inférieure, (du sable et du gravois,) très-compact, avec douze à dix-huit pouces de tourbe et de mousse ; le terrain est tellement pierreux et rocheux que c'est avec la plus grande difficulté que j'ai pu planter mes baguettes (bien que le bout en soit d'acier) pour m'aider à tirer la ligne. Le bois est aussi très-maigre et rabougri, et pousse ti serré que les branches sont mêlées les unes avec les autres, et c'est avec beaucoup de difficultés que l'on a pu se frayer un passage. Le rocher est si près de la surface et les arbres y tiennent si peu, que les gros vents qui régnent dans ces montagnes, dans le printemps et dans l'automne, en Tcnversent des étendues de plusieurs acres ; et ces renversis sont si nombreux que parfois j'ai été obligé de marcher plusieurs centaines de verges sans pouvoir toucher à la terre ; ceci, joint aux difficultés déjà mentionnées, fait que le pays est non-seulement difficile mais encore dangereux à traverser.
Il serait très-difficile de construire un chemin passable dans cette section du pays, par rapport à la nature montagneuse et inégale du terrain, et au sol pierreux et rocheux qu'il faudrait traverser.
LA HAVTXDB DBS TXRBB8 FAB BLAOCIOOK.
U 24e au 33e mille, le pays est comparativement de niveau ; c'est un plateau élevé, qui a ses coteaux, ses marais et ses savannes, l^èrement incliné vers l'Ouest avec les eaux qui coulent dans le Tourille.
, Quoique ces coteaux soient peu élevés, il en est cependant qui sont escarpés; le roc est prcsqu'à la surface du sol et perce au sommet ; le sol qui le couvre est mince et composé de gros sable et de gravois aveo beaucoup de pierres à la surface, le tout couvert d'une couche épaisse de mousse ; dans les savannes l'on voit une tourbe et une mousse noire d'un pied et demi à deux pieds d'épaissseur ; le bois est de l'épinette noire, du sapin et du bouleau blanc, mais d'une crue très-petite et rabougrie.
Du sommet d'une élévation, dans le 33e mille, on peut voir le pays pour dix milles à la ronde; il paraît brisé par des monta»
gnes qui sont comme des vagues (particulièrement dans le Nord-Ouest et le Nord- •Est,^ courtes et détachées, avec des rochers qui percent au sommet ; le bois est noir et rabougri, et le sol maigre, couvert de pier res et de sable ; les arbres sont aussi reu versés en grand nombre.
Depuis le 33e mille le pays est coupé par de profondes ravines et des coteaux de rocbers escarpés. Dans le 38e mille, la ligne traverse un lac long et étroit dont les eaux se déch irgeiit au Sud-Est ; il a quatre milles de long sur environ ^ de large et forme la source des eaux de la branche Nord-Ouest'dti la rivière Jacques Cartier; ce lac reçoit ses eaux à plusieurs milles à la ronde. A environ deux milles à l'Ouest de la tête de ce lac, on rencontre le Metaubetchoan, grande rivière qui se décharge dans le lac St. Jean. Au 39e mille, la ligne traverse les premières eaux tributaires du Metaubetchoan, et le terrain penche vers l'Ouest. Au 45e mille, la ligne traverse un endroit très-élevé dans la rangée des montagnes, et offre un point de vue étendu au Sud et au Sud-Ouest du pays, qui est brisé, rocheux et stérile, comme on l'a déjà décrit ; sur un autre point élevé je pouvais voir de l'autre côté de la vallée du Metau] betchoan, au Nord-Ouest, à une distance de 20 milles ; à l'Ouest de la rivière le pays ne paraissait pas aussi brisé ; les montagnes s'élevaient les unes au-dessus des autres jusqu'à ce qu'elles se perdissent dans la dis tance ; d'après leur apparence, j'oserais dire que la terre était de beaucoup meilleure qu'aucune partie de celle sur la ligne qu'on
•ftt encore paaeé. Au Sud-Est et aa Nord- Est, aussi loin que la vue peut s'étendre, on voit encore les mêmes coteaux tristes et stériles; ce point ptirait être à la plus grande hauteur des terres dans la seconde chaîne de montagnes, et le terrain s'abaisse
Saduellement au Nord et au Nord-Est.
u 23e mille au 45e mille, le pays semblerait avoir la même élévation générale, et quoique bien coupé et brisé par des montagnes et des coteaux, il est le Dassin dans lequel les rivières Ste. Anne, Jacques-Cartier, Batiscan, Metaubetohoan et Kspicabaw prennent leurs sources ; il est si pauvre et n stérile que je ne crois pas que les terres •oient bonnes à aucune chose quelconque.
Du sommet d'un coteau dans le 54e mille, je pouvais voir «bien loin dans une direction Sud ; le pays conserve le même caractère stérile et montagneux, avec des rocs et des rochers dans toutes les directions ; le sol est de la plus pauvre description, et le bois est rabougris et petit— (sapin, épinette noire et bouleau blanc.) Je p^s aussi apercevoir un grand brûlé au Sud-Est et, au Nord-Est, aux environs des sources de rXJpicabaw ou rivière à l'Ecorce.
Ici les montagnes prennent de nouveau mne forme continue ; quand elles ne suivent
Îoint la direction de quelques grands cours 'eau elles prenaent une direction Nord- Est et Sud-Ouest; mais elles sont tellement coupées par les ravines et les petits ruisseaux qui descendent de leurs flancs que le pays parait être abuolument bouleversé. Un trait particulier de ces monta- Snes, c'est qu'elles s'élèvent par une suite e montées presque perpendiculaires e. sont toujours plus escarpées au Sud et au Sud- Est qu'au Nord et Nord-Ouest. Depuis le 39e mille, toutes les eaux coulent vers rOuest et s'unissent à celles du Metaubetohoan.
Au 56e mille, la ligne coupe une branche considérable de la rivière llpicabaw, et la coupe de nouveau au 58e mille. Ce cours d'eau vient du Sud-Est et est bordé de hautes rangées de montagnes rocheuses.
Mais après avoir coupé de nouveau la ligne il continue sa course tortueuse à travers une savanne plate, dans une direction Nord, et unissant ses eaux à celles d'une autre grande branche qui < ient aussi du Sud-Est, il suit cette direction pendant plusieurs milles, lorsqu'il tourne à peu près vers le Nord-Est ; et après avoir couru dans cette direction pendant plus de trente milles entre des montagnes élevées et irrégulières, il décharge ses eaux au milieu du lac Kauogami.
Aux 65^ milles la ligne entre dans un grand brûlé où le bois a tout été détruit, par le feu et se trouve aujourd'hui remplacé par une seconde crue de cerisiers, de saules, de peupliers, de bouleaux blancs et de broussailles. La matière végétale a été consumée par le feu, et il ne reste plus qu'une couche légère de sable et de gravois
3ui couvre les rochers ; dans quelques enroits ce n'est qu'une mousse légère. Ce Brûlé s'étend à une grande distance au Sud-Ouest et au Nord-Ouest et varie de douze à vingt milles en largeur.
A l'Ouest de la ligne, à environ deux milles du 58e poteau de mille, se trouve un lac qui est la source de la branche Sud-Est de la rivière Metasquiao, un.desplus grands tribu taires du Metaubetchoan. Cette rivière coule dans une vallée profonde, direction 0. S. 0., et est bordée par deux rangées de montagnes hautes, escarpées et rocheuses ; , elle est rejointe à quelques milles de sa source par une autre grande branche qui vient du N. E. Il y a un nombre de grands et petits lacs sur ce cours d'eau, auprès de quelques-uns desquels la ligne passe. Ces deux branches sont navigables pour de petits canots.
Du 58e au 68e le pays continue à être brisé et coupé, les montagnes s'abaissent graduellement et se détachent à mesure que vous avancez vers le Nord. Au 60e mille, j'envoyai mon assistant avec un parti d'hommes pour avoir des provisions à l'un des dépôts sur le Metaubetchoan, (qui se t ouve éloigné ici de douze milles) ; faisant ainsi vers l'Ouest une section transversale du pays. Sur sa route, il ne vit pas moins do treize petits et grands lacs, tous tributaires de la branche Nord-Est du Metasquiao ; tout le pays était brûlé à un demimille de la rivière et n'était pas aussi brisé ni aussi montagneux que jusqu'ici.
J'ai aussi fait une autre exploration transversale, à partir du 68e mille, pour rencontrer mon canot voyageur sur la rivière, qui était aussi éloignée d'environ douze milles. Cette ligne a traversé plusieurs lacs, et le terrain était beaucoup moins brisé, plus ondulé de coteaux, mais le sol est de la plus pauvre description.
I Du 68e au 77e mille, la ligne traverse lune étendue de terres plus unies. Les I coteaux sont bas et ondulés, les vallées qui ' les séparent sont larges et sont généralement des savannes et marais à épinette.
C'est le bassin où la branche i ord-Est da Metasquiuc prend sa source, ainsi que 1& Kishpahagan et quelques-uns des tributaire»
EXPLORAtlON m: QIÙiIbBC ATJ LAC ST. JBAK.
dà Upioabsw. La ligne traverse la branche
Einoipale du Kishpahagain ao 75e mille, i|aelle branche prend sa source dans un Sund lao situé entre la' ligne et la rivière etabetohouan.
Dk LA HAUnUB DIS TEBBX8 AV LAO ST.
JBAN. PAB BLADUOOK.
^ËPUIS le 77e mille, la ligne passe le long d'une rangée de montagnes di£Boiles et brisées pendant environ quatre milles. C'est dans ces montagnes que la rivière Kishpahaganish prend sa source; elle coule dans une direction Nord-Est. A l'Ouest de cette rangée il y a un grand lao dont les eaux coulent dans le Metaubetohoan.
Du sommet de cette rangée de montagnes j'ai eu plusieurs points de vue étendus de pays à l'Ouest, au Nor4 et à l'Est. A l'Ouest et au Nord-Ouest ce sont des coteaux couverts de bois sombres, avec çà et là des quan ités de bouleaux blancs près de leurs sommets, et une rangée de coteaux peu élevés sur les boi^ds de la rivière Metaubetohoan. A l'Est et au Nord-Est apparaissent des coteaux ondulés peu élevés, avec une étendue considérable de terrain maréct^euz, couvert d'un bois sombre, (épinette, sapin, bouleau blanc, et de la mélèze ) Je pouvais voir les vallées du Kishpahagan et Kispahaganish, courant dans une direction Nord-Est. Depuis cet endroit, le p:iys s'abaisse rapidement vers le Nord et le Nord-Est. Depuis le 83e mille le terrain descend très rapidement pour deux milles dans les bus-fonds qui bordent la rivière Metaubetcboan, qui s'approche ici très près de la ligne et la suit jusqu'au 87e mille. Cette rivière tourne alors vers le Nord-Ouest et la ligne monte de nouveau un coteau élevé et escarpé. Près de l'ext éuiité du 85e mille, la ligne est coupée par un ruisseau de €6 pieds de large, d'une eau morte'et' profonde qui est la décharge d'un grand lue situé à l'Est de la li<;ne ; ce lac a environ 5 milles de long et entre 1^ à 2 milles de large^ et est presque situé Nord et Sud.'
Le pays s'améliore sensiblement dans cette dernière section ; le bois est plus grand et plus gros et p us varié. Outre le bois le plus cotùoiun déjà mentionné, on y trouve le bouleau noir, le peuplier, le mélèze et lu plâin -, avec des brôuasaillos de bois dur : le BOl est aussi d'une nature plus propre à la eultùre.
Depuis le 94é mille jusqu'à près dé l'extréiinîté de la li^ne, le pays est très brisé,
difficile et rocheux, et s'abaisM raj^ldemlèât vers le lao. Quelques-unes des montaxaé»
sont tout-à-fkit inaccessibles, particulièrement dans les trois derniers milles dans leisquels la ligne coupe trois fois le Metaubet* choan. Les rives sont ici formées par dés bancs de rochers qui varient de un à trois cents pieds de hauteur, et les eaux en sont précipitées dans le lac St. Jean, au-dessous, par une succession de chûtes et de cascades qui se fraient un chemin dans cette gorge étroite de la chaîne de montagnes.
Il y a dans cette section quelques endroits où le sol est bon, bien qu'il soit très-cob]^ par des coteaux et des monticules. Le bois est gros, élevé et d'une bonne description ; le bouleau blanc, le bouleau noir, le sapin, le peuplier, le pin rouge et blanc et des mélèzes, avec quelques cèdres et érables. Où le sol n'est pus trop pierreux et trop rocheux, il est composé d'une bonne marne sèche. Il pourrait y avoir quelques centaines de billots de soiuge de pin rouge et blanc à quelques milles du lac.
Le Metaubetcboan, qui se décharge dans le laC St. Jean, e>t une grande rivière d'au moins qnatre-vin^dix milles en longueur et large d'environ quatre-vingt verges pour soixante milles ; elle prend sa source entre les rivières Ste. Anne et Batiscan, et coule dans une direction N. N 0. Ellepassepar sept ou huit lacs assez considérables tt par autant de chûtes et de mauvais rapides. Elle est n .vigable pour les canots dans toute sa longueur, jusqu'à sa source. Les bords de cette rivière offrent bien peu d'endroits où l'on pourrait faire quelques bonnes fermes, mais, généralement parlant, la terre est d'une qualité inférieure.
INFLUENCE DE L'ALTITUDB SUE. LE OLIHAT EILA VEOETATIOV.
PRES avoir lu la description qttô fuit Buikiock, des hauteurs qu'il a traversées, il est inutile, croyonsnous d'ajouter notre propre appréciation de la configuration de cette n gion de montagnes. Toutefois îl est une considération sur laquelle il nous parait important d'appuyer, c'est celle de l'altitude générale de ce payn, dont l'influence sur le clim it et lavég« tation ne'patraît pas suffisamment comprise. Lorsqu'on ' s'élève dans l'atmosphère, la tempe aturë éoroitavcc rapidité./ Lés lieux situés dans IcS montagnes possèdent un cliniat d'autant plus rigoureux quUls sont placés à un6 plus grande éKvatioft. Sous 1 éqUateurmSme, la havtéumiodifie tellement les Saléonk^
aoe U métairie d'Autisana, nous dit BousiDgault, dont la latitude n'utteint pas 1 ^ Sud. niaifi qui est élevée de plus de 12,000 pieuH, présente une température moyenne qui ne diffère pas senHibtcmcnt de celle de St. i'etersbeurg. Près de \i^ mais encore plus haut, le sommet du Cozambe est reeouvert par un immense amas de neige, qi\otqu'il soit traversé par la ligne équinoxiale. On attribue le froid des hautes montagnes à la dilatation que l'air des régions basses éprouve en s'élevunt; à unoévuporation plus rapide de l'humidité, à l'intensité du rayonnement nocturne. Nulle part sur le globe on ne s'aperçoit mieux de la diminution de la chaleur occasionnée par l'élé- Tation que dans les montagnes équinoxiales, et ce n'est pas sans étonnement qu'on parvient, souvent en quelques heuns, des régions brûlantes ou pousse le bananier aux régions stériles, recouvertes de neiges éternelles. " Sur chaque marche de la pente rapi ie des Cordillères, dit M. de Humbolt, dans la série des climats superposés par étages, se trouvent inscrites les lois de décroissement du calorique et de la distribution géographique des formes végétales."
L'élévation au dessus du niveau de la mer ngit donc sur le climat comme un accroissement en latitude. Sur les montagnes la végétation se modifie dans ses formes et disparait vers la ligne de neige permanente, comme elle cesse au delà du cercle polaire, et cela par la même cause, l'abnissement de la température. Kn Europe, à 6,000 pieds, les végétaux de la plaine ont disparu pour la plupart : la température ne leur permet plus de se propager.
Pendant toute la durée de . notre exploration nous avons pu suivre la disposition successive des érables, des frênes, des ormes, des merisiers, même des bouleaux, à mesure que nous nous élevions, jusqu'à ce que nous soyons arrivés à la hauteur des terres, où nous n'avons plus rencontré que des sa-
fûns et des épi nettes rabougris. Et encore e sapin lui-même disparaissait-il sur les hauteura les plus élevées où nous ne trou- ▼ions plus que l'épinette noire, dont la taille peu élevée disait à quelles rigueurs était soumise la végétation à une altitude de cinq mille pieds dans un climat aussi excessif que le nôtre. Si nous voulons juger de I intensité du climat par l'étude des arbres qu'on y rencontre, nous trouvons d'abord les érables, l'orme et le frêne, qui se voient déjà dans les pentes et sur les plateaux d'une élévation assez coo>idérable. Le merisier ne redoute pas les climats rudes
et nous le trouvons haut dans la montagne, mais lui aussi disparaît bientôt pour taire
f)lace au bouleau, qui supporte les climate es plus froids. En nous élevant totgoura, nous l'avons vu dépasser de beaucoup la dernière limite des autres essences feuillues, et faire place aux bois résineux, le sapin et l'épinette. Le sapin aime également les climats froids, et dans les Pyrénées il s'élève à 6,000 pieds il s'arrête à 4,&000 pieds dans les Alpes ; tandis que l'épinette s'élève jusqu'à 6,000 pieds dans les Alpes et couronne les hauteurs les plus élevées de nos montagnes.
nrFLXrBNOE du OLIMAT. du bol et DBS DBBOU0HS8. 'INFLUENCE de l'altitude ne se borne pas à la végétation des forêts, mais se fait vivement sentir aussi dans l'exploitation agricole. Déjà aux pieds de cette chaîne de hauteur, à Stoneham, les renseignements que nous avons obtenus de M. Henriglit, dont l'expérience embrasse une pratique de 3Ô années, nous apprennent que les semences chez lui, à 2,000 pieds d'élévation, ne peuvent se faire avant le 10 de mai et doivent être terminée's avant le 1er de juin pour assurer la maturité des récoltes. Et quelles récoltes ? non pas le blé et l'orge, qui offrent des risques considérables, mais l'avoine qui est la récolte principale, avec les patates.
Celles-ci souffrent souvent des gelées tardives du mois de juin, si sévères dans les montagnes, et d'autant plus sévères que l'altitude est plus grande. Car alors la radiation pendant les magnifiques nuits du mois de juin est d'autant plus puissante. Nous croyons donc que sur les hauteurs du lao Jacques-Cartier, la maturité des récoltes courrait des risques tellement considérables, que la culture des céréales serait une impossibilité comme pratique générale, sans tenir compte des difi&cultés des débouchés et de la stérilité du terrain. Pourtant nous croyons aussi que dans les vallées profondes, sur les bords des cours d'eau, là où se trouvent des alluvions plus ou moins faciles à cultiver, là où l'abri des montagnes voisines protégerait la végétation contre les vents dominants et les effets désastreux de la radiation nocturne, où le voisinage même d'un cours d'eau maintient l'équUibre dans la température des 24 heures, la culture des céréales serait très-possible sur une petite échelle, suffisante peut-être pour la consommation du colon, à condition, toutefois, que les travaux de semailles fussent exécutés avec toute la diligence possi-
Ue et à l'époque la plus favorable. Evidemment les p&turages et les prairies devront XMuvrir les dix-neuf vingtièmes do l'étendue ealtiv('>o do cette région, tiinsi que cela se pratiqiac en Suisse, où nous voyons quelques pvtlitf ohainps de blé ou do seiglo dans ) étroite et profonde vallée où est b&ti le chalet, tandis que les nombreux troupeaux de bétail graviaserit le penchant des hautes montagnes, en suivant la fonte des neiges qui disparaissent successivement, jusqu'à ce que le pays tout entier ne soit ph\B qu'un immense pâturage. L'automne, lorsque les
J)remières neiges couronnent les souiniets es plus hauts, les troupeaux redescendent vers la plaine, suivis de près par le blanc manteau de l'hiver qui tous les jours s'étend davantage en chassant devant lui les troupeaux, descendant dans la vallée pour y trouver un abri contre le froid et une ration d'entretien pendant un hivcrnement de cinq mois.
Le climat seul ferait au colon une nécessité de la culture pacoagère, mais le sol et les débouchés ne lui laissent plus d'alternative. Composé d'un sable, peu riche, souvent mêlé dç gros cailloux roulés ou de fragments de roohes descendus de la montagne voisine, le sol ne se prête que raremont aux travaux de culture. Le pâturage au contraire est peu exigeant sous le rapport deç travaux ou des engrais et se présente de lui-même comme la seule opération pos- , sible, à lexception toutefois des quel jues rares terrains d'alluvion qui bordent les cours d'eau. Les débouchés concourent encore à l'adoption de la culture paccagère, dans un pays où les transports sont diffici- .les et longs, il est important de produire
une marchandise pouvant se transporta d'elle-même sur le marché de consommation, telle que le bœuf, le mouton ou le porc. Oa bien il faut produire une marchandise d'une grande valeur sous un petit volume ; or !• beurre et le fromage remplissent également bien ces deux conditions. D'ailleurs le oo> Ion montagnard devra s'aider de la chasse et de la pêche comme moyen d'existence, et ces deux sources précieuses de richesse ne peuvent être exploitées qu'autant que le système de culture adopté ne soit pas trop exigeant sous le rspport dos travaux. La culture paccagère po^Doettrait donc au colon de s'adonner à la vie des bois tout en surveillant ses troupeaux répandus dans la montagne. L'ensemencement au printemps de quelques arpents de terrain pour sa consommation et la fenaison des fourrages de la vallée pour l'hivernement de son bétail résumeraiont à peu près ses travaux pendant la saison des paccagcs, tandis que les soins donnés au bétail pendant l'hiver seraient la seule occupation do la ferme.
Tel est à notre avis le seul avenir possible pour les hauteurs du lac Jacques-Cartier. Nous aurons là une population de Montagnards se livrant à une foule de petites industries, dont le bois leur fournira la matiè.'e première ; des colons vigoureux et hardie, disséminés en petit nombre sur un vaste territoire, que le touriste ira visiter en se rappelant les paysages les plus renommés de la Suisse. Mais espérer là un vaste champ de colonisation et une population dense de cultivateurs ' aisés, c'est rêver une impossibilité, c'est ignorer les données les plus élémentaires sur ce qui constitue, dans tons les pays, la base de la prospérité agricole.