LES IROQUOIS PRIÉS DE NE PLUS BRULER LES FRANÇAIS
cents, revenant de faire la guerre aux François de Canada, dont ils avoient emmené quarante-huit prisonniers de tout sexe et de tout âge, desquels la pluspart estoient attachés à des poteaux, entre autres six hommes, auxquels ces Barbares avoient desjà arraché les ongles et la chevelure avec la peau de la teste, qui est leur prélude ordinaire, quand ils les ont condamnés à mourir; ce qui fut un spectacle bien touchant pour ledit Sagean, auquel et à ceux de sa compagnie les chefs des Iroquois ayant demandé ce qu'ils vouloient, ils respondirent d'abord qu'ils estoient venus pour les voir et leur présentèrent à mesme temps du tabac haché, dont chacun emplit son calumet, et ils fumèérent tous ensemble, chacun sa pipe, dans un grand silence, suivant la coustume de ces Barbares. Après quoy ils se mirent à crier : Coa, coa, qui est à dire : Que demandes-tu? Pour lors, ledit Sagean leur exposa le sujet de son ambassade, leur disant qu'il estoit là de la part de l'Onnontio des Anglois, pour les prier, par l’amitié qui estoit entre eux, de ne plus massacrer, comme ils faisoient, les François, qui avoient le malheur de tomber entre leurs mains, mais de les envoyer au fort d'Orange pour les rançonner, ce que les Hollandois appuyèrent de leur costé, Mais, bien loin de leur accorder cette demande, ils protestèrent que, tant que le soleil et la lune paroistroient, ils ne cesseroient de faire la guerre aux François et de les massacrer, « pour venger, disoicnt-ils, la perte de plus de quatrevingts des leurs, que M. Denonville, gouverneur de la Nouvelle-France, leur avoit enlevés, lesquels il avoit envoyés en Europe, d’où ils n’estoient jamais revenus, et qu'ils devoient cette satisfaction à leurs parens, qui ne cessoient de pleurer
leur perte et d'en demander vengeance ; que tant qu'il y au-
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