‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 122 sur 662 · NAUFRAGE A LA COTE DE BARBARIE · texte numérisé non relu

NAUFRAGE A LA COTE DE BARBARIE

ctun nommé Savary, de Nantes, fut trouvé noyé dans un tonneau dudit vin, sa teste un peu trop pesante ayant emporté ses pieds comme il en vouloit puiser encore. Enfin, quinze jours après cette malheureuse prise, l'ivrognerie continuelle ne finissant point, une nuit du mois d'Avril, un peu avant le jour, qu'il faisoit assez beau temps, ils donnèrent sur des roches à la coste de Barbarie, 35 lieues sud-est du cap Blanc, Ledit Sagean estoit par bonheur de quart, lorsque le bastiment toucha. Son premier soin fut de songer à son salut, et, comme la pluspart des officiers et le capitaine mesme estoient endormis et ivres, il n’eut pas de peine à se saisir d’une petite pirogue de Sauvage, toute d’une pièce, qui leur servoit de chaloupe. N’en ayant point d'autre, ils s'embarquèrent neuf de ceux qui avoient conservé le plus de raison dans cette ivrognerie presque générale, dont il n’y avoit que ledit Sagean de François, quoiqu'il y en eust plus de quarante dans l'équipage dudit bastiment, et parmi ces neuf, il n’y avoit aucun officier que le bosseman. Tous les autres furent noyés ou massacrés, aussi bien que tout le reste de l'équipage, dont la plus grand part estoient si ensevelis dans le vin qu'ils périrent avec le bastiment; d’autres, ayant gagné la terre, estoient incontinent massacrés par les Barbares. Ledit Sagean perdit en cette occasion tant en argent qu’en pillage la valeur de 1400 escus. Le capitaine et quelques autres, ayant aperçu le bateau au large et voyant, ainsi que ceux dudit bateau, comme l’on massacroit à terre les gens qui y abordoient, fut à la nage pour s’embarquer dans ledit bateau, mais on fut obligé de le repousser à coups d’aviron, le bateau n’en pouvant contenir davantage, et ce malheureux périt aussi bien que tous les

autres, excepté les neuf. Ledit Sagean fut fort affligé de la

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