‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 128 sur 662 · GAMBIE, GUINÉE, COTE D'OR · texte numérisé non relu

GAMBIE, GUINÉE, COTE D'OR

taine. Le flibustier eut trois hommes blessés, qui guérirent bientost.

Après ce combat, ils entrèrent dans la rivière de Gambie, où ils trouvèrent les vaisseaux du Roy, commandés par M, de Gennes, qui avoient pris le fort dudit Gambie sur les Anglois. Ledit sieur de Genres proposa au sieur Léger de grossir son escadre et de le suivre à la mer du Sud; mais, n'ayant pas voulu s'y accorder, et cette proposition ne luy convenant point, ledit sieur de Gennes le chargea de porter à Sestre, un fils du Roy nègre d'Axeny, qu'il avoit mené de France dans son bord. Après avoir fait de l'eau et pris quelques cordages, dont ils avoient besoin, ils furent à Catchaa, qui est environ 20 lieues dudit Gambie, croyant y trouver quelque Anglois; mais n'y ayant rien trouvé, ils suivirent la coste jusqu’audit Sestre, distant de 150 lieues, et ayant fait de l’eau et du bois dans ces deux endroits, ils poursuivirent toujours leur route le long de la coste, et au lieu de laisser ledit Prince nègre à Sestre, comme ils en avoient la liberté, ils crurent bien faire de le mener, comme ils firent, jusqu'à Axeny, son pays, qui estoit encore esloigné de 100 lieues ou environ dudit Sestre. Ils arrivèrent devant la rivière d’Axeny, environ un mois ct demy après leur départ de Gambie, et mouillèrent dans une anse à l’abry d’un cap, à une lieuc de terre, sans pouvoir approcher davantage, cette coste estant presque impraticable, mesme par les plus petits bateaux, tout le long de l’année, à cause de l'agitation continuelle de la mer, si ce n'est pendant un mois ou environ après Noël,

D'abord qu'ils eurent mouillé, plusieurs canots de nègres

se rendirent à bord. Le prince s’'embarqua dans un, et le

CA

142 LE PRINCE ji AXENY VEUT ALLER À LA MARTINIQUE,

capitaine Léger, avec son Quartier maistre, dans un autre, et s’en furent à terre, non sans courir risque de la vie, car leurs canots tournèrent, mais, comme ils estoient près de terre, on les sauva. Ce pauvre prince ayant trouvé son père mort en arrivant, et le trosne occupé par un de ses frères de père, il s'abandonna aux larmes et à la douleur. Le nouveau Roy luy fit néantmoins grand accueil, aussi bien que tout le peuple. Le capitaine Léger et son Quartier-maistre furent bien regalés et remerciés, mais ce fut tout ce qu'ils en eurent, car ils furent fouillés par l'équipage en arrivant à bord, ses gens ne pouvant croire qu'ils n’eussent esté gratifics de quelque présent de la part du Roy nègre. Pour le prince qu'ils avoient amené, il leur parut tousjours un pauvre Prince. Ledit Sagean n’a sceu ce qui s’estoit passé à terre, que par la relation que luy en fit ledit Quartier-maistre, qui fut le seul de l'équipage, qui y descendit avec le capitaine et le prince.

Ledit Quartier-maistre, nommé Des Vallons, dit encore que le nouveau Roy avoit proposé devant luy et ledit capitaine audit prince de s’en retourner en France, et qu’il luy donneroit une certaine quantité d’or, qu’il fit apporter devant eux, et en fit un si grand monceau qu’il ne peut juger de ce qu’il yen avoit, ayant esté esblouy d’en voir une si grande quantité. Le prince tesmoigna qu’il estoit content de se rembarquer dans le mesme bastiment ,qui l’avoit porté, avec tout l'or qu'il luy offroit, non pour retourner directement en France, mais pour aller à l’isle de la Martinique, où il avoit desjà esté autrefois avec M. Ducasse, à présent gouverneur de Saint-Domingue, et il offrit au capitaine Léger et à son équipage la valeur de 10,000 escus en or pour son passage,

Page 1