JUGEMENT DE VILLERMONT SUR LE RÉCIT DE SAGEAN
d'autant plus que le Père Martini luy avoua, en la Chine, qu’il avoit confessé en espagnol une fenime mexiquaine, qui, ayant esté enlevée esclave au Mexique, estoit arrivée de pays en pays, de nation en nation et d’esclavage en esclavage, en la Chine, par terre, sans avoir passé qu'un petit détroit de mer, et cette histoire est rapportée dans le cinquiesme volume in-8e en italien, avec figures de Giro del Mondo, du docteur Gemelli, Napolitain, arrivé depuis un an à Naples, d'où je me suis fait venir ce livre en six volumes.
J’auray l'honneur de vous dire aussi, en faveur de Mathieu Sagean et de sa déposition, que Jean de Laët, que vous avez, rapporte au chapitre 25, page 232, l'extrait d’un voyage de dom Jouan d'Ognato, qu'apparemment Mathieu Sagean n'a pas lu, que cet Espagnol estant parti de Mexique avec une armée de 5,000 personnes de tout sexe, après une marche de 50o lieues au travers de plusieurs provinces, dont les peuples habitoient des villes élégamment basties, il y est fait mention des Canibas au delà du Nouveau-Mexique, et il y a bien de l'apparence que Mathieu Sagean n'a pris ny dans la Relation de dom Jouan d’Ognato, ny dans le Recueil de Richard Hakluyt, des relations estrangères en 5 volumes où il en est fait mention, ny de Jean de Laët, ce qu'il dit des Canibas dans sa déposition. Ce Jean d'Ognato parloit des richesses immenses, surtout en or et en argent, de ces pays-là. Dans l'extrait que j'ay de Mathieu Sagean, il n'est point fait mention de ce que ces 3,000 bœufs rapportent aux Canibas pour l’eschange de cet or, et je crois que vous pourriez sans prévarication me faire la grâce de m'éclaircir.
Je suis très parfaitement, Monsieur, ete,
DE Vicreronr,