DU LHUT ENTREPREND DE PACIFIER LES NATIONS
pour asseurance soit de leur seureté contre ces Sauvages, soit de leur bonne réception par Onontio, je demeurerois en ostage chez eux. Ce fut à ce coup qu'Oumamins ne douta plus que je ne fisse le voyage, et dit que les Saulteurs en auroient une joye inconcevable, et, comme ordinairement ils parlent par similitude, il s'en servit d'une, en me disant que je renaissois pour donner la vie tant aux Saulteurs qu'aux Nadouesioux, joints à beaucoup d'autres nations, qui ne respirent que la paix. Après quoy, Oumamins demeurant dans le silence, je luy fis demander ce qu’il croyoit des Hurons qui sont partis cet authomre de Michilimakinac, au nombre de quatre-vingtz guerriers, pour ailer en guerre chez les Nadouesioux; non pas que ce fust la crainte que j’ay, qui me cause cette curiosité, puisque ny eux ny les autres qui sont en guerre ne m’empescheront point d’y aller, estant résolu, si l’on m'attaque, de me bien défendre, soustenu par les François qui me feront l'honneur de m'accompagner. A quoy Oumamins me respondit que, si les Hurons causoient le moindre trouble, les Saulteurs les tueroient. Comme je croyois nostre conversation finie par un long silence d'Oumamins, il reprit la parole en me disant que ce qu'il voyoit de fascheux, c'estoient les gens du Nord, lesquels, ne sçachant pas cela, et estant en guerre avec les Nadoucsioux, pourroient faire un obstacle à mon entreprise. A la vérité, je fus embarrassé sur le champ; toutesfois, connoissant l'esprit timide et variable des Sauvages, je crus qu'il estoit de la dernière importance et mesime de l’intérest de la Colonie de le rasseurer, et, pour luy lever toute sorte de craintes, je luy promis que, dans le moment que je partirois pour les Nadouesioux, d’autres François prendroient le chemin du
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