‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 350 sur 662 · M, DE BOURGMONT CAMPE PRÈS DU VILLAGE DES CANZÉS · texte numérisé non relu

M, DE BOURGMONT CAMPE PRÈS DU VILLAGE DES CANZÉS

Bourgmont. Ils l'ont receu avec les François, qu’il avoit avec luy, le calumet au vent, avec grande réjouissance. Après avoir donné à fumer aux François, ils ont estendu la natte de guerre et ont fait faire festin avec des viandes qu'ils avoient toutes apprestées, ct ils ont fait aussi des honneurs aux nations des Osages et des Missouris.

Nous avons campé là sur la hauteur de la prairie. Ils ont tous dansé et fait un feu de mousqueterie. Nous avons marché toute la journée, du costé de l'Ouest ; nous avons fait cinq lieues, vent au Nord, frais.

Vendredy, 7. — Nous sommes partis à quatre heures ; nous avons marché environ une lieue dans la prairie; ensuite nous sommes entrés dans les bois, nous avons trouvé beaucoup de montées et de descentes, les chemins mauvais pour les chevaux. Nous avons marché, toute la journée, du costé de l'Ouest. Nous sommes arrivés à quatre heures après midy, sur le bord de la rivière de Missoury, vis-à-visle village de Canzés où nous avons campé ; nous avons fait sept lieues de marche dans nostre journée. Chaleurs.

Samedy, S. — Nous avons passé la rivière du Missoury environ les huit heures du matin, dans une pirogue, les chevaux à la nage et les Sauvages sur des cajeux, nous avons débarqué à la portée d'un fusil du village des Canzés, où nous avons campé. Les Sauvages sont venus en troupe recevoir M. de Bourgmont avec de grands calumets de valeur ; ensuite les grands chefs ont commencé leur harangue et luy

ont amené deux chevaux en présent .

« Mon père, nous venons te voir et te porter notre parole; tu nous vois icy sept chefs; nous sommes obéis par notre

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JUILLET 1724, — HARANGUE DES CANZÉS. 4oi

nation, et nous te disons et t'asseurons de not» part et de la ; l

unes gens que nous voulons tous aller avec toy aux Padoucas et que nous n’av

part de tous nos je

ons d'autre volonté que la tienne. Ainsy tu peux délibérer de nous ; nous ne laissons à notre village que les vicillards et nos femmes et nos petits enfans. Nous t'avons veu les années passées parmy nous, tu ne nous as jamais trompés, tu as passé le Grand Lac,

tu nous avois promis de revenir, tu nous as tenu ta parole.

Ainsy nous t'aimons, nous t'escoutons et te suivrons partout

où tu voudras, nous n'avons d’autre volonté que la tienne. » Le premier qui parla S'exprima dans ces termes; tous les

chefs ont fait la mesme harangue et ont donné à fumer

ançois qui estoient avec luv, Pour asseurer ce qu'ils venoient de dire:

dirent une grande robe de bœuf et mir

à M. de Bourgmont et aux Fr

ensuite ils estenent M. de Bourgmont dessus et le portèrent dans la cabane du premier chef, Là ils

luy firent encore la mesme harangue et luy firent leurs pré-

sents de quelques pelleteries et de vivres ; ils le portèrent après dans les cabanes des autres chefs, où ils redoublèrent leur

harangue et se mirent à le frotter. ct ceux qui l'accompa-

gnoient, qui estoient le sieur Renaudière et le sieur de Bellerive, Ils donnèrent toutes les Marques d'amitié à M. de Bourg-

mont, ensuite ils nous firent faire festin ct nous menèrent dans plusieurs cabanes pour y faire d'autres festins : de ]à ils vinrent à nostre camp chercher les autres François et les mencrent en festin à leur tour.

À cinq heures du soir il arriva un François avec un Sauvage, qui venoit par terre, envoyé de la part de M. de Saint-

Ange qui commande le convoy par eau, rapportant qu'il v

102 ENVOI DE SECOURS A M, DE SAINIT-ANGI

avoit plusieurs François attaqués des fièvres, et qu'ils ne pouvoient se rendre. M. de Saint-Ange marquoit à M, de Bourgmont de luy envoyer cinq François avec des vivres. M. de Bourgmont luy envoya ce qu'il demandoit et lus marqua de faire diligence, tant pour se rendre que pour depescher son voyage des Padoucas; que d'ailleurs 1} avoit cent soixante Sauvages à nourrir, et qu'il falloit traiter des vivres tous les jours à cette nation pour leur subsistance.

Dimanche 0. — A huit heures du matin M. de Boursmont fit partir les cinq François dans une pirogue avec des vivres ct neuf Sauvages, une partie pour ramer Îles pirogues ct les autres pour chasser, et envoyaen mesme temps cinq Missouris chez les Othos pour leur donner avis de son arrivée aux Canzés. Les Sauvages continuent toujours à nous venir chercher pour aller en festin chez eux, ils viennent aussy chercher les Missourys et Osages par bande de vingt-cinq ou trente à la fois.

Lundy 10, — Tout le monde a esté fort tranquille en nostre camp, nos chasseurs sont arrivés environ vers les trois heures, chargés de chevreuils. Il est arrivé à sept heures du soir les quatre Sauvages Missourys que M. de Bourgmont avoit envoyés aux Othos, disant qu'ils avoient rencontré une bande de Sauvages de cette nation. qu'ils estoient en chasse exprès pour attendre M. de Bourgmont, et qu’en attendant son arrivée ils chasseront ct feront sécher des viandes pour donner à ses gucerriers en arrivant et que leur chef partiroit incessamment pour aller trouver M. de Bourgmont ct luy porter parolle.

Mardy 11. — [l'est mort à six heures du matin une des

deux esclaves Padoucas, que M. de Bourgmont menoit avec

luy pour rendre à leur nation. M. de Bourgmont a eu deux

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M. DE BOURGMONT SOIGNÉE LES SAUVAGES MALADES. 403 accès de tievre depuis sen départ du fort d'Orléans, il s'est soigné et purgé. Grandes chaleurs.

Mercredy 12. — Les chefs Canzés sont venus chercher M. de Bourgmont avec les François qui l'accompagnoient sur les S heures du matin, et l'ont amené dans les cabanes des chefs pour y faire festin; ensuite ils ont fait venir environ 30 esclaves Padoucas, qu'ils ont fait danser devant M. de Bourgmont. Grandes chaleurs et nuits fraisches.

Jeudy 13. — Nos Sauvages commencent à s'ennuyer de ce que les pirogues n'arrivent pas assez viste, M. de Bourgmont est fort inquiet. Depuis notre arrivée, la rivière du Mississipy a diminué d'environ quatre pieds, ce qui nous fait espérer nos pirogues au premier jour, par rapport que les grands courants ont beaucoup diminué.

Vendredi 14. — Nous avons plusieurs de nos Sauvages qui sont tombés malades de la fièvre chaude. M. de Bourgmont en a saigné cinq aujourd'huy. Les Sauvages Canzés continuent toujours à nous festiner et à nous fournir de vivres nécessaires pour nous et pour nos Sauvages.

Samedy 15. — [l est tombé quatorze de nos Sauvages malades de la tièvre chaude dans notre camp. Nos chasseurs sont arrivés sur les quatre heures après midv chargés de chevreuils. M. de Bourgmont a préparé des médecines pour les Sauvages malades. Les Canzés nous apportent du raisin en quantité, dont nous faisons du vin, que nous buvons tous les jours et que nous trouvons fort bon; ils viennent aussy nous chercher dans notre camp pour aller avec eux festiner.

Dimanche 16. — Les médecines, que M. de Bourgmont a

données, ont fait bon effet, ce dont ils sont bien contents. Le

sieur de Bellerive est party ce matin pour aller au-devant

404 HARANGUE DE M, DE BOURGMONT AUX CANZES,

des pirogues, estant venu un Sauvage à dix heures, qui ne les a quittées qu'à deux pointes d'icv. M. de Saint-Ange est arrivé avec le convoy à deux heures après midy, avec une partie de ses gens malades des fièvres chaudes, ce qui l'a empesché d'arriver plus tost. Les Canzés sont venus chercher nos nouveaux arrivés pour les mener à leurs cabanes et leur faire festin.

Lundy 17. — Nous avons commencé à descharger nos pirogues à quatre heures du matin; à huit, M. de Bourgmont a fait des balles de marchandises, et fait faire des lots pour correspondre aux présents que les dits Canzés luy avoient faits. Il a fait faire un lot à part pour le présent qu'il leur avoit promis l'hyver passé, quand il leur tit présent d'un pavillon de la part du Roy. Quand les marchandises ont esté préparées et loties, à chacun son endroit, il a envoyé chercher les chefs des Canzés, et sur-le-champ M, de Bourgmont les a fait asseoir et les a harangués en ces termes :

« Mes chers amis, je vous ay envoyé chercher pour vous tesmoigner la joye que j'ay eue, à mon arrivée, de voir que vous avez conservé le Pavillon que je vous av donné quand vous m'estes venus voir. À mon arrivée, je l’ay veu paroistre et je le vois encore aussy blanc que quand je vous l'ay donné, et ainsi je vous exhorte à le conserver tousjours. Je vous annonce et proteste que je suis venu de l’autre costé du Grand Lac, où vous sçavez que j'avois passé. Je suis revenu de là part du Grand Chef de toutes les nations pour vous assurer tous de sa part qu’il vouloit ct entendoit, sans aucun refus, vous mettre tous en paix ct que toutes les nations luy obéis-

sent, et ceux qui n'exécuteront pas sa parole, il les fera défaire

entièrement. Je m'en vais partir dans trois ou quatre jours

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