AVRIL 1742. DIFFICULTÉ D'ACHEVER LE VOYAGE. 4S
l'usage. * Le sieur Fabry assembla les quatre Canadiens et le sergent: il leur représenta leur situation, et les bords de cette rivière, qui ne leur permettoit ny d'avancer ny de rétrograder, et que, n'ayant plus d'espérance qu’elle montast ou que la crue durast assez pour leur faire faire plus de trois cents lieues par eau jusqu'au portage, ils vissent entre eux de quelle façon ils pensoient que l’on dust faire pour achever le voyage, et que, sur leur avis, il prendroit un party.
Le lendemain, 2 Avril, ils se rassemblèrent. Le sentiment de Mallet l’aisné fut qu'il n'y avoit point à désespérer de monter la rivière, qu'il falloit attendre au mois de May que les écorces d’orme, avec lesquelles on pourroit monter à peu …. !, Son frère proposa d'envoyer chercher des chevaux chez les Panis noirs. Philippe et La Rose dirent qu'ils suivroient le party qu'on voudroit prendre, par terre ou par cau, ct le sergent, que, s’il estoit question de marcher par terre, les soldats ne pourroient porter que leurs armes et peu de vivres, que mesme il y en avoit un hors d'estat de marcher, qu'au reste le détachement estoit prest à suivre le sieur Fabry, qui leur respondit que le party, que Mallet l’aisné avoit proposé d'attendre le mois de May pour faire des canots, ne paroissoit pas convenable, d'autant que, si la rivière avoit de l’eau, il la monteroit avec ses pirogues sans le secours des canots; que si elle ne montoit pas, il faudroit traisner les canots aussy bien que les pirogues, puisque, lorsqu'ils avoient descendu 4o lieues dans le bas de la rivière avec deux petits canots allèges, ils avoient traisné en plusieurs endroits; qu'ainsi
1, Mots passés dans l'original...
* Les Canadiens, qui ont fait cette route, protestent que de cet endroit il ne restoit pas plus de 150 lieues ; ils s’offrirent à mener et rendre fe sieur Fabry à Santa-Fé en moins de 22 jours, quelque mauvais marcheur qu'il fust, et de luy
porter toutes ses hardes, ce à quoy s'offrit parcillement le détachement. VE.
152 lABRY REJIETTE LES PROPOSITIONS DES MALLET,
dans le haut de la rivière, il faudroit traisner du matin au soir avec moins d’eau et des canots plus pesans: qu’en supposant mesme qu'on ne fust point obligé detraisner, il faudroit plus de trois mois pour faire 300 lieues dans une rivière, qui est un torrent quand elle monte, et qui ne garderoit pas son eau la moitié de ce temps, puisqu'il lavoit trouvée basse lorsqu'il s’y estoit embarqué le 20 Juin; que d’ailleurs luy et les autres luy avoient souvent dit que ces canots * d'écorec demandoient beaucoup de soins, qu'ils se gastoient au soleil, et s'usoient promptement à traisner sur le sable; qu'on devoit penser que les soldats n'ayant point habitude de se servir de ces canots, ils en crèveroient tous les jours quelqu'un; que. naviguant dans le temps des chaleurs, il seroit impossible de les garantir du soleil ; qu’estant obligé de les traisner, ce qui ne manquercit pas d'arriver, ils ne dureroient pas longtemps. et qu'alors on se trouveroit dans des prairies, où l'écorce manqueroit pour en faire d’autres, on se verroit réduit à de dures extrémités, ** Mallet ne pouvant rien objecter à toutes ces raisons, sa proposition fut rejetée; celle de son frère ne fut pas plus recevable, puisque, n'ayant pu trouver les Mentos qui estoient à deux pas du camp, il n'estoit pas naturel d’aller chercher les Panis noirs, qui en estoient six fois plus loing. A l'égard de la marche à pied, le sieur Fabry repondit que ce seroit sa derniere ressource, et qu'alors il abandonne-
roit tout ce qu'il avoit apporté, mais que, quand on luy avoit
* Ces sortes de canots ne se traisnent point, mais deux hommes les portent aisément.
** Mallet et ses associés, n'ayant que leur expérience pour ces sortes de voyage: à opposer aux raisons du sieur Fabry, ne pouvoient pas manquer de le mettre mauvaise humeur, puisque, dès lors, il avoit resolu de relascher, voyant qu'il nc pouvoit arriver avec le train d'un ambassadeur, leur alléguant qu'il avoit ordre de monter la rivière en voiture et de ne s'y rendre qu’en manière décente,
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