‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 456 sur 662 · LS · texte numérisé non relu

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ce qu'ils ont vu, ils ne font point difficulté de substituer des romans, qu'ils digèrent assez bien, à la place de la vérité qu'ils ne connoissent pas.

Pour revenir à mon voyage, le fleuve St-Laurent ne fut pas plutôt libre que je partis pour le remonter. C'étoit à la fin d'Avril 1721 ; je passai par le fort de Catarocouy, je traversai le lac Ontario, je fis le portage de Niagara pour éviter cette fameuse chüte, et je me rendis par le Lac Erié au Détroit. De là je remontai le Lac Huron jusqu'à Michillimakinac, d’où j'accompagnai M. de Montigny à la Baye des Puans! où il alloit commander. J'y restai quelques jours et je n’eus pas lieu de me repentir d'y être allé. C'est là où je compris l'importance d'aller au Lac Supérieur, et ce fut pour prendre sur cela des mesures que je retournai à Michillimakinac.

En arrivant j’appris que M. de la Nouc, qui avoit commandé plusieurs années à Gamanistigouya, dans le Nord du Lac Supérieur, venoit de partir pour Montréal. Je pris le parti de courir après lui, et je le joignis le lendemain au point du jour ; mais je ne tiray de luy que la confirmation de ce que m'avoit déjà dit le sieur Pachot, qu’au delà de la nation du Brochet, il y en avoit une autre qui n’étoit pas loin de la mer; il avoit avec lui un Sauvage de cette nation, mais qui, ayant été pris fort jeune, ne pouvoit rendre compte de rien. Il avoit eu aussi un coquillage qu'on lui avoit volé.

Pour moi, Monseigneur, étant pour la troisième fois de

1, Ce poste qui a dans ses dépendances plusieurs nations sauvages, parmi lesquelles se trouvent celles des Renards, Maskoutins et Kikapous, qui sont très difficiles à gouverner, a besoin d’un gouvernant qui ait de la capacité, de l’expérience, de la fermeté et de la résolution, et qui se soit acquis de la réputation dans la guerre, Le sieur de Montigny a toutes ces qualités et il n’est point d'oflicier en Canada qui convienne mieux que lui pour cette place, qu'il remplit dignement, (Extrait d'une lettre de Vaudreuil, 20 octobre 1722.)

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retour à Michillimakinac, et la saison se trouvant trop avancée pour entreprendre d'aller au Lac Supérieur, je m'arrangeai, ainsi que j'eus l'honneur d'en informer Votre Altesse Sérénissine pour le faire l'année suivante. Je donnai de bons mémoires à M. de Saint-Pierre, qui commande à Chagouamigon où les Sioux vont de lEMPS En temps, ct qui étoit venu faire ses Pasques à Michillimakinac. Je priai M. des Chaillons, qui alloit succéder à M. de La Noue à Gamanistigouya, de suivre ce que son prédécesseur avoit commencé. J'engageai un Canadien, qui sçait le Sioux, et qui alloit hiverner avec M. de Saint-Pierre, d'aller jusqu'aux Sioux pour scavoir s'ils étoient encore dans la disposition d'écouter un missionnaire, au cas qu'on jugeàt à propos de leur en donner un. Je passai ensuite quelque temps à questionner le père Marest, ancien mission. naire, qui a été quelque temps avec les Sioux, ct quelques Voyageurs qui me parurent plus instruits. Après quoy, je m'embarquay pour la rivière Saint-Joseph, qui est au bout du lac Michigan,

Je trouvai dans ce poste un missionnaire et des Sauvages qui ne me furent pas inutiles, ct, après y avoir été retenu six semaines par quelque incommodité, je pris la route de la Loui. siane par le Théakiki, que j'ai descendu depuis sa source jusqu'à ce que, joint avec la rivière des Illinois, il se décharge dans le Mississipi, Après avoir fait environ quarante lieues sur ce grand fleuve, j’arrivai aux Cascasquias, où je passai un mois,

I y a là, Monseigneur, quantité de Canadiens qui ont voyagé lontemps, ia pluspart, dans le Missouri: je les ai tous

entretenus fort à loisir; mais j'ai trouvé tant de contradictions

dans leurs rapports que je n'ai pas jugé y devoir faire beru-

coup de fond, excepté sur ce que je trouvai conforme à ce qui m'avoit été dit d'ailleurs.

On m'avoit assuré, lorsque je partis de Paris, que je trouverois aux Illinois des ordres pour me faire faire le reste du voyage jusqu'à la mer ; ces ordres n’étoient point venus, ct M. de Boisbriant ne jugea pas à propos de prendre sur lui cette dépense, qui auroit été fort petite pour lui, et qui n'a pas laissé d'être considérable pour nos missionnaires, qui ont bien voulu la faire. Avec le secours qu'ils me donnèrent j’allai lentement mais heureusement jusqu’à la Nouvelle Orléans, sans aucune mauvaise rencontre de la part des Chikachas, qui tuèrent derrière moi deux Canadiens beaucoup mieux armés et mieux escortés que moi.

Je ne demeurai que quinze jours à la Nouvelle Orléans, ensuite je continuai de descendre le Mississipi avec M. de Pauger, ingénieur du Roy, et nous sondûmes ensemble la barre et toute l'embouchure du fleuve; nous nous rendimes ensuite par mer au Biloxi au commencement de Febvrier 1722, où une maladie, qui me dura six semaines, me mit entièrement hors d'état de remonter le Mississipi, selon mon premier projet.

Je cherchai donc une autre voice et, sur la fin de Mars, je m'embarquai sur une flutte de la Compagnie qui alloit à l’isle de Saint-Domingue, où je me flattois de trouver des bateaux pour Québec et d’y être encore à temps pour aller au Lac Supérieur. Mais le naufrage, que nous fimes au cap de la Floride, m'ôta cette seconde ressource. Nous fümes cinquante jours à nous rendre au Biloxi, où, si j'eusse rencontré un vais-

seau prêt à faire voiles pour le cap François, j’aurois encore pu

gagner Québec avant l'Automne, J'y aurois passé l’hyver, ct

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l'été prochain j'aurois fait le voyage que je m'étois proposé,

Mais je ne pus partir de Biloxi que les derniers jours de Juin. Nous fümes soixante et quatre jours à gagner Saint-Domingue ; ainsi, la saison pour aller en Canada étant passée, je n’eus plus d'autre parti à prendre que de revenir en France. En allant à Saint-Domingue, nous touchâmes à la Havane. Je me proposois d'y roir Mathieu Sagean, ce fameux aranturier, dont J'ateu l'honneur de présenter la relation à Votre . lltesse Sérénssime ; mais le gouverneur Espagnol, à qui j'étois allé demander la permission de faire entrer notre navire dans le port pour y faire de l’eau, et y achepter quelques provisions dont nous avions un extrême besoin, non seulement nous la refusa, mais ne me donna pas même le loisir de chercher mon voyageur.

Voilà, Monseigneur, un récit abrégé de mon voyage, et voici en peu de mots ce que j'en ai recucilli touchant la mer de l'Ouest; j'aurai l'honneur de présenter dans un autremémoire à Votre Altesse Sérénissime une description exacte des pays que j'ai parcourus et les remarques que j'ai faites sur tout ce que j'ai vu, pourvu toutefois qu’elle le trouve bon.

[. Il paroît certain que depuis les 40° de Latitude Nord ct même encore plus bas jusqu'aux 50, les terres de l'Ouest se terminent à la Mer, tantôt plus proche de la Louvysiane, tantôt plus loin. Deux esclaves Panises, interrogées séparément, ont assuré y avoir été après ‘:ois mois de marche, tout le village fuyoit devant un parti ennemi, C'étoit vers l'Équinoxe, et le pays d'où ces Sauvages partoient est environ par les 430 et

leur route fut toujours au soleil couchant, On trouvera encore la mer à l'Ouest et au Sud-Ouest du lac des Assiniboils, qui

estautant qu’on en peut juger par les 50°. On ne peut presque point douter que les Sioux ne l'ayent à leur Ouest. Il y a sur cela un sentiment unanime d’un très grand nombre de Sauvages. Tousceux quiont entendu parler du pays des Assiniboils ont été surpris d’aprendre que l'air y est beaucoup plus tempéré que dans le Canada, quoiqu'il soit beaucoup plus

au Nord; cela ne dénote:t-il pas le voisinage de la mer ?

IT, Il n’y a guère lieu de douter qu'à l'Ouest des Sioux il n'y ait des Sauvages, les uns disent Illinois, les autres disent Miamis, et cette variété de sentiment ne fait rien contre la vérité du fait. Ces deux nations ont vraisemblablement la même origine et leurs langues ont beaucoup de rapport entre elles. La tradition des Illinois du Canada est que ces Illinois ou Miamis occidentaux sont proches de la mer.

III. La pluspart de ceux qui ont eu connoissance de la Mer de l'Ouest y ont vu des Européans ou en ont trouvé des vestiges; on m'a assuré qu'il y avoit paru deux prêtres au Lac des Assiniboils; on parle de deux sortes de François. Les Sauvages appellent François tous ceux qui ne sont pas de leur couleur, les uns blancs, bien faits et en tout semblables à nous; les autres noirs, velus et portant de longues barbes. Quelques-uns ajoutent que ces deux peuples différents se font la guerre.

IV, Plusieurs Sauvages Miamis, Illinois, Sioux, Missourites et autres assurent qu'à la hauteur des terres du Mississipi, du Missouri et de la Rivière Saint-Pierre, on trouve des rivières qui courent à l'Ouest; les meilleurs guides et ceux

dont on aura des connoissances plus certaines sont les Aiouez

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ENQUÊTE DU PÈRE CHARLEVOIX, sa ct les Sioux. Ces deux nations ont Commerce entre elles, et un missionnaire chez les Sioux, dès qu'il scroit en état de se faire entendre, pourroit, en fort peu de temps, être instruit de tout ce qu'on souhaitte savoir, d'ailleurs nous ne manquons point d'interprètes Sioux ct Miamis, et avec ces deux langues on ira partout,

Mon dessein, Monseigneur, si tous les Passages ne m'avoient pas été bouchés, pour mon retour à Québec, étoit de rester au Lac Supérieur tout le temps qui m'auroit été nécessaire pour avoir des nouvelles certaines par les Sioux, et, si la chose m'avoit paru pratiquable, de m'abandonner à quelques-uns qui auroient voulu me mener à la Mer.

Pour découvrir qui sont les Européans que les Sauvages

ont vu du côté de la Mer de l'Ouest, il faudroit avoir des cartes espagnoles. On m'a assuré qu'il y en a une à l'Escurial de toutes les Indes Espagnoles et qu'elle est unique.

Vous scavés mieux que personne, Monseigneur, ce qu'on doit penser de ce qui se trouve rapporté dans un livre Espagnol, dont la traduction, faite en mauvais françois, par l'autheur même, est dédiée à Votre Altesse Sérénissime, à sçavoir, qu'un vaisseau parti de la côte occidentale du Mexique, ayant été forcé par un gros vent de Sud-Ouest de s'élever au-dessus de la Californie jusques par les 48° de latitude Nord, les courans le firent dériver, sans qu'il pût l'éviter, dans un détroit, où il fut obligé de l’abandonner, et qu'après avoir été toujours au Nord-Est, il s’étoit trouvé en peu de jours au Nord de Terre- Neuve, d'où il passa en Écosse et de là à Lisbonne, et tout cela en si peu de temps que tout son voyage depuis le Mexique jusqu’en Portugal ne fut que de trois mois.

Il est certain que feu M. d'Iberville a toujours eu en tête de tenter la découverte de la mer de l'Ouest par la Baye d'Hudson, Un officier de la Marine, avec qui j'ai fait tous mes voyages de Canada, et qui a presque toujours été avec M. d'Iberville dans ses campagnes du Nord, regardoit cette voie comme la plus sûre et la plus courte. Le sieur Jérémie, qui a commandé au Port Nelson, m'a dit qu'il avoit envoyé au Lac des Assiniboels, d'où sortla rivière Bourbon, qu'on lui en a apporté de l'argent et qu'on l'a assuré que cela est dans un très beau pays.

Si Votre Altesse Sérénissime cest toujours dans le dessein qu'on suive cette aflaire, j'aurai l'honneur, quand elle le souhaitera, de luy dire ma pensée sur la route qu'il y a à prendre et les autres moyens de réussir dans cette entreprise.

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