M, DE JONCAIRE CALME LES CRAINTES DES SAUVAGES
quel je répondis par d'autres petits présents. M. de Joncaire m'assura qu'il étoit temps qu'il arrivât pour dissiper la terreur qui s'étoit emparéc «e l'esprit des Sauvages, que plusieurs s'étoient retirés dans les bois et que les autres avoient fait leurs paquets pour en faire de même. Je fis partir M. de Joncaire pour la Paille Coupée.
Le 30, je me rendis à la Paille Coupée, où j'avois envoyé la veille M. de Joncaire. Les Sauvages de cet endroit avoient pris le dessein de se sauver dans les bois, sur le rapport que leur avoient fait ceux qui nous avoient découverts dans le lac de Chatakoin, qui leur avoient dit que nous étions un gros considérable, et que sans doute c'étoit pour les détruire. M. de Joncaire eut beaucoup de peine à leur ôter cette impression, quoique ce fussent des Iroquois des Cinq Nations qui composoient ces deux villages, et qu'il soit enfant adopté de la nation, et qu'ils ayent beaucoup de confiance en luy. Sitôt que je fus campé, les chefs s'assemblèrent et vinrent à ma tente. Voicy leurs premières paroles.
Paroles des Sonontouans établis au village de la Paille Coupée, autrement nommé Kachiriodagon et de Ka-
naouagon, à M. de Céloron par deux branches de porcelaine, le 30 Juillet 1740.
« Mon Père, nous venons te témoigner la joye que nous avons de te voir arriver dans nos villages en bonne santé. Il y a longtemps que nous n'avions eu le plaisir de voir notre
père dans ces terres, et ta marche, que nous avons apprise il y a un mois, a causé beaucoup d'inquiétude et de frayeur, non seulement dans nos villages, mais dans tous ceux de la
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Belle Rivière. Tu t'en es aperçu, mon Père, et pour rassurer tes enfans intimidés et sans esprit, tu as bien voulu nous envoyer notre fils, Joncaire, pour nous dire d’être tranquilles et d'attendre dans nos villages ton arrivée, pour entendre la parole de notre Père Onontio, que tu nous apportes. Les branches de porcelaine nous ont entièrement remis l'esprit de toutes les frayeurs qui s’étoient emparées de nous; nos paquets étoient faits pour fuir, et nous étions comme des gens ivres ; tout a disparu, et nous sommes restés, comme tu l’as souhaité, pour écouter ce que tu as à nous dire. Nous sommes charmés que notre Père Onontio tait choisi pou nous faire savoir ses intentions. Ce n'est pas d’aujourd'hüy que nous te connoissons ; tu nous as gouvernés à Niagara, et tu sais
que nous n'avons fait que ta volonté. »
Réponses de M. de Céloron aux paroles cy-dessus par trois branches de porcelaine, le 30 Juillet 1740.
« Je suis charmé, mes enfants, que l’arrivée de M. de Joncaire dans vos villages vous ait remis l'esprit et dissipé la frayeur que ma marche dans ce pays vous avoit causée. Sans doute qu’elle est occasionnée par les mauvaises manœuvres de gens qui travaillent toujours aux mauvaises affaires; ce que je trouve de surprenant, c'est que ceux qui ont l'esprit droit et qui ont toujours écouté la parole de leur père Onontio ayent donné dans cette crainte.
« Par ces trois branches de porcelaine, je débouche vos oreilles afin que vous entendiez bien ce que j'ay à vous dire de la part de votre père Onontio, et je vous ouvre aussy les yeux pour vous faire voir clairement les avantages que votre
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