GRAND ACCUEIL FAIT AUX FRANÇAIS
ou pour l'agréable. Il estoit mesme defendu aux filles de leur rien refuser, à peine de la vie; un desdits François, nommé Turpin, estant sujet à s’enivrer du vin de palme, qui est commun en ce pays là, fut cause qu'on en poignarda six, parce qu'il s’estoit plaint autant de fois, dans son ivresse, qu'elles l'avoient rebuté :.
Le Roy fit tous ses efforts pour les retenir à son service, jusques là qu'il voulut donner en mariage audit Sagean une de ses filles, qui n’estoit agée que de quatorze ans, et luy dit, à son départ, qu'il la luy garderoit, luy ayant fait promettre de retourner.
Lesdits François, ayant chacun un fusil et de la munition, et craignant qu'il ne prist envie au Roy ou à d’autres de la nation d’en avoir quelqu'un, leur en firent un mystère, leur disant que c’estoient des esprits, qui leur estoient familiers et qui tuoient tous ceux qui en approchoient, autres qu'eux, tout de mesme comme ils tiroient les oiseaux et les bestes, quand ils le leur commandoient. Pour leur rendre la chose plus mystérieuse, ils observoient de ne les charger jamais devant eux, et ces pauvres idiots demeuroient dans un estonnement merveilleux, à la veuc de l'effet desdites armes, et leur portoient une vénération si craintive et si grande, qu'ils n’osoient seulement en approcher ct qu’ils ne marquèrent aucune envie d’en avoir. — Les deux Sauvages ou Indiens, qui accompagnoient lesdits François, leur servoient d'interprètes et se faisoient fort bien entendre des Acaanibas, quoiqu'ils ne parlassent pas leur mesme langage et qu'ils ne fussent pas de leur nation, estant Chaouanons?, distans des
1. Le pays est fécond en Lucrèces. (Note du ms.) 2.11 veut dire Loups, (Note du ms.)
HRESGESE