Chaanbasy d'après M. Duveyrier
que la mission trouyerait dans ce poste tout ce qui lui était nécessaire. L'un d'eux^ ancienne connaissance du colonel, l'assura de son déyouement et de celui de tous les Ghambàs. v
Le 21, la mission se rendit à Hassi ould Miloud, marchant ainsi dans le lit de l'Oued Igharghar, dont la configuration semble frapper encore l'attention de son chef, c Ce lit, ditil, est de plus en plus indéterminé ; c'est une bande de dunes et de dayas, dont la largeur semble varier de 2 à 10 kilomètres et où l'on a de la peine à se figurer un thalweg quelconque. Elle fait tant de méandres vaguement dessinés, que s'il y avait de l'eau, on aurait en somme un immense lac allongé, où les contreforts de séparation des détours, émergeraient en forme d'îlots de sable!... Autant dire, comme il a été remarqué déjà, que depuis El Goug, il n'y a pas, à proprement parler, de lit de l'Oued Igharghar.
» Toutefois, à hauteur de Hassi ould Miloud, le long de la dune, il y a apparence d'un lit ou cuvette allongée de 5 à 6 kilomètres; mais cela ne change rien, en somme, à l'appréciation générale. On n'est même pas d'accord dans le pays, pour savoir dans quel sens coulerait l'eau, s'il y en avait; mais l'eau, dans l'Oued Igharghar, c'est le domaine de la légende arabe. On a vu couler l'Oued Mzab, TOued Mia, etc. ; et là, il n'y a pas de doute; mais personne, ni de la génération actuelle, ni de la génération précédente, n'a jamais vu couler l'Oued Igharghar.
» Pour celui qui n'est pas prévenu, il n'y a là ni rivière, ni trace de rivière. Cependant, pour tous les indigènes, c'est bien un oued, dans le lit duquel on chemine plus ou moins. Par € oued » il faut entendre ici une sorte de dépression, plus ou moins interrompue çà et là, dans le genre de ce qu'on est convenu d'appeler l'Oued Ghir : mais les chotts étant réduits par les dunes et par les mouvements du terrain.
> Quoi qu'il en soit, les renseignements recueillis tendent à démontrer que l'indétermination de l'Oued Igharghar commence au-dessus d'El Biodh, et même déjà plus haut. »
 l'est de rOued Igharghar, la mission put constater l'existence d'une plaine d'un abord facile, qui porte le nom de sahel ou de sahou, mots arabe et berbère qui signifient tout deux facile, fertile.
Dans le milieu de la même journée, elle aborda le pays de Yerg^, région des dunes, qui se présente ici comme un prolongement courant vers le Souf, des grandes dunes qui passent au sud d'Ouarglà et vers Ghadamès. Peu d'instants après, elle atteignit Hassi ould Miloud.
Le lendemain S2, elle reprit sa route à l'ouest, repassant dans l'Oued Igharghar, qui, en cet endroit, parait avoir un lit bien dessiné, sur un parcours de 4 à 5 kilomètres, en remontant au sud. Ce fait est également signalé par M. Duyeyrier dans son livre. «Il ne doit pas, écrivait le lieutenantcolonel, modifier l'idée générale que l'on peut se faire de l'oued, car, au sud, d'après les renseignements recueillis, les cuvettes deviennent d'autant plus resserrées qu'elles sont envahies par les grandes dunes. >
Le S3 fut une journée sans eau, car la caravane ne put atteindre son campement d'Hassi Rebaïa; elle consomma l'eau des tonneaux et se rendit le 24, en marchant toujours à l'ouest, à Hassi Hofrat Chaouch, où devait passer à son tour, quelques jours plus tard, M. Tingénieur Choisy.
Hofrat Chaouch, le « trou du chaouch, » doit son nom à un de ces événements tragiques, si communs dans le Sahara, qui eut pour cause première le payement d'un impôt en
1. Erg, dérivation du mot arga, grande dune; areg^ pluriel d'arga; armath, petite dune, généralement mobile. L'armath se modifie suivant les circonstances atmosphériques. Les areg, an contraire, ne se modifient pas sensiblement.
EXPLORATION DU SAUAUA. 21
usage dans ces contrées^ sous le nom de ghefara, droit de protection.
Les renseignements que nous a transmis à ce sujet le chef de la mission, touchent en même temps de trop près à la situation politique des régions parcourues, pour ne pas leur laisser leur originalité propre, en reproduisant textuellement son récit.
« Il y a quelques centaines d'années, dit-il dans son journal, Ouarglà payait sinon un impôt, du moins une ghefara, au bey de Tunis, qui envoyait chaque année un chaouch, pour toucher en argent ou en nature. Une année, le chaouch, après avoir reçu son argent, s'était remis en route, lorsque le cheikh Bou Rouba des Ghambas l'ancêtre d'après la tradition, des Chambàs d'Ouarglâ, courut après lui, l'atteignit à £1 Hofra, le tua et emporta Targent. Le bey de Tunis, trop loin pour venger cet affront, ne s'en préoccupa guère et Bou Rouba, par ce fait, se substitua à lui pour toucher le ghefara d'Ouarglâ.
> Les Chambàs ont perçu cet impôt jusqu'à l'occupation française, et même quelque peu depuis ; ils le touchent encore d'autre part, de Ghadamès, par exemple, qui leur donne à ce titre, deux négresses par an. Mais il faut qu'ils aillent les chercher; car, sans cela, on ne les leur enverrait pas.
» Ce droit de ghefara est le droit de protection du Sud. C'est, en général, le nomade qui le perçoit sur les oasis. Il devient ainsi le patron desKsouriens*, pour protéger leurs convois.
)) Les Larbà de Laghouat le percevaient dans l'Ouest, sur Metlili et sur le Mzab. Les Touareg le perçoivent sur Rhàt, Ghadamès, etc. L'administration française l'a aboli en
1. Ksourien, habitant du ksar, village (au pluriel, htour). Les K«ouriens sont les habitants sédentaires du Sahara.
Algérie par une police efficace des routes. Comme d'ailleurs, tel percevait le ghefara des uns qui le payait aux autres, le nouveau système n'a pas soulevé une bien grande opposition.
» Hofrat Chaouch* est resté célèbre dans le pays, par la grande ghazia qu'y exécutèrent en 4826, les Touareg Azgars ou Azdjer, contre les Cbambfts; 60 de ces derniers y périrent. Les Chamb&s se vengèrent depuis, en exécutant contre les Azgars, deux ghazias, un peu au nord de Rh&t. 48 Azgars succombèrent dans l'une et 52 dans l'autre. Depuis dix ans environ, on considère l'honneur comme sauf entre les deux tribus, et Azgars et Cbambfts vivent en bonne intelligence.
» Cette levée des Azgars en 1826, avait pour cause les intrigues d'un Targui* qui prétendit, à son retour d'Ouarglà, avoir été molesté en route. > De là des susceptibilités, puis des inimitiés, enfin une guerre. Elle est heureusement finie et les Touareg attribuent^ dit-on, ce résultat aux Français et à leur fermeté.
Le 25, la mission n'était plus qu'à huit kilomètres environ d'Ouarglâ, quand elle vit s'avancer à sa rencontre, l'agha, accompagné de tous les caïds de l'aghalik. Ils venaient, suivant l'usage traditionnel des Arabes, rendre hommage aux nouveaux arrivants, représentants à leurs yeux de l'autorité souveraine. « La réception, du reste, fut des plus sympathiques, écrivit Flatters. Les indigènes paraissaient revoir avec plaisir Tancien commandant supérieur de Laghouat, et tous lui firent les meilleures protestations de bon vouloir. »
Le capitaine Masson étant arrivé par Ngoussa, le 26, la mission se trouva de nouveau réunie. Le mokbaddem de Tamelhat était aussi arrivé à Ouarglâ.